Human Village - information autrement
 
Tempête dans un verre d’eau pour un navire iranien bloqué à Djibouti
par Mahdi A., juin 2019 (Human Village 36).
 

La présidence de la République a publié un communique de presse, dimanche 9 juin 2019, niant des informations, qu’elle qualifie de diffamatoires, diffusées par certains journaux et repris par une partie de la presse internationale. Elles font état « de la présence de navires de guerre iraniens dans les ports de Djibouti. Ces informations relèvent d’un faux et doivent en conséquence être perçues comme un pur mensonge. […] Il est d’autant plus malhonnête de prêter à Djibouti des accointances avec l’Iran que notre pays est connu de notoriété mondiale pour avoir mis fin, depuis plus de trois ans, à toute forme de relation avec Téhéran ».

La diligence avec laquelle le gouvernement a tenu à démentir ces éléments est plus que révélatrice du niveau de tensions qui entoure la question iranienne et les sujets liés, comme la guerre au Yémen et la supposée fourniture d’armements à la résistance houtie, et plus encore l’épée de Damoclès que fait peser le déploiement de la 61e flotte navale iranienne le long des côtes de la mer Rouge sur la libre circulation dans le Bad el-Mandeb [1]. Cette importante voie maritime qui se verrait grandement perturbée en cas d’escalade militaire débouchant sur un affrontement direct avec les États-Unis d’Amérique, s’il entrainait le blocus des détroits du Bad el Mandeb et d’Ormuz par le régime iranien qui tient là un argument de poids pour freiner les ardeurs des plus va-t’en guerre. Le risque d’un débordement est si élevé que le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a entamé hier, mercredi 12 juin, une visite de deux jours à Téhéran afin de jouer les médiateurs et tenter de rapprocher les positions des différentes parties concernées sur les termes d’une possible renégociation du traité sur le nucléaire iranien.

Dans ce contexte de fortes crispations, où tous les acteurs ont les nerfs à vif du fait des incertitudes qui pèsent sur les développements potentiels explosifs pour la stabilité régionale et la sécurité maritime mondiale, il était important pour Djibouti de réaffirmer sa position, « partenaire efficient de la coalition démocratique mondiale contre les régimes connus pour leur propension avérée à l’instabilité », dès lors que les navires de guerre iranien, à la recherche d’un port proche de la mer Rouge pour effectuer les avitaillements indispensables et éviter de retourner à leur port d’attache du golfe Persique. La flotte iranienne est certainement confrontée à des difficultés logistiques pour maintenir sa mission dans la région, puisque les différents ports de la zone lui refusent l’accès aux infrastructures portuaires, du fait de leur appartenance à la coalition « pour la mer Rouge et la Corne de l’Afrique » mise sur pied par les Saoudiens, en décembre 2018, qui comprend l’Égypte, la Somalie, le Soudan, le Yémen, et la Jordanie.

C’est cette même démarche de clarté, et probablement aussi prudentielle, qui a amené la direction portuaire du PAID dans la même soirée du dimanche 9 juin à faire remorquer par un puissant boutre un navire iranien de type General Cargo - Tondar 1 (IMO 9481764) - et son équipage en panne moteur dans nos eaux territoriales depuis janvier dernier. Ce bâtiment, au mouillage un temps, stationnait au quai 5 depuis trois semaines. Cet éloignement s’explique aussi par l’arrivée à Djibouti le 20 juin 2019 du navire amiral de la flotte navale française, le porte-avions Charles de Gaulle, au quai 11. Les mesures de sécurité entourant cette visite sont importantes, et il n’est pas impossible que la présence à quelques centaines de mètres de la flotte française de personnel iranien, même civil, ait pu donner des sueurs froides aux autorités diplomatiques et militaires tricolores présentes à Djibouti, en charge de la coordination de cette escale de quelques jours. Cet épisode rend d’autant plus nécessaire le démarrage des travaux d’extension et de construction d’une infrastructure portuaire autonome dans l’enceinte de la base française de l’ilôt du Héron avec un financement européen. Djibouti deviendrait ainsi la deuxième base navale européenne, après celle annoncée à Chypre fin mai 2019 [2].


Les autorités portuaires nationales n’ont pas lésiné sur les moyens pour faire peau neuve et accueillir dans les meilleures conditions ce géant des mers. Elles ont engagé de grands travaux, encore en cours au moment où nous publiant ces lignes, en procédant notamment au remplacement des trois défenses cylindriques en caoutchouc du quai 11, rudement endommagées par vingt-deux années de service. Les travaux sont conduits par la société de construction maritime Bragante, installée à Djibouti depuis 1961. Une équipe d’experts militaires dépêchée par avion directement depuis Paris est attendue pour s’assurer de la conformité et de la qualité des réalisations effectuées et donner son quitus à l’appontage du fleuron de la marine française. Bref, Djibouti met les petits plats dans les grands pour marquer le passage du titan des mers et célébrer la qualité de liens raffermis après une période de désamours et de mésententes réciproques.

Mahdi A.


[1La 61e flotte iranienne est composée du destroyer Sabalan et du navire logistique Bandar Abbas. « Iran deploys large flotilla to important shipping corridor off Yemeni coast », AMN, 18/3/2019.

 
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