Human Village - information autrement
 
La noblesse d’une cause
par Mouna Frumence, septembre 2013 (Human Village 21).
 

L’initiative émane du président de la République. Le 30 mars 2007, il organise dans son palais présidentiel une grande cérémonie pour lancer le programme de parrainage des orphelins. C’est le début d’une histoire. D’une prise de conscience. Le sort des orphelins ignoré jusqu’à là, figure désormais dans l’agenda politique et devient même une priorité de lutte contre l’indigence et l’exclusion sociale. C’est ainsi que depuis cette date, le 30 mars est fêté chaque année comme la journée nationale de l’orphelin djiboutien.
Le lancement du programme est une réussite. L’évènement réunit sur place toutes les hautes sphères de la société (membres du gouvernement, parlementaires, grandes sociétés et entreprises, etc.). Immédiatement des cotisations de parrainage pour un peu plus de 500 orphelins sont récoltées auprès des participants. La gestion du programme de parrainage est confiée à la fondation Diwan Az-Zakat, un organisme qui s’occupe de la collecte et de la distribution de la zakat, l’aumône musulman.

Nous avons rencontré M. Omar Ismaël Egal, le directeur de Diwan Az-Zakat. Un homme accueillant, affable et courtois, qui dirige la fondation d’une main de maître. Créée par un décret présidentiel le 3 juillet 2004, la fondation est un organisme semi-public doté d’une autonomie financière et administrative, et qui comme son nom l’indique a pour mission de gérer la zakat tout en acceptant les dons et legs.
Ce n’est pas un hasard si la gestion du programme de parrainage a été confiée à Diwan Az-Zakat. En l’espace de quelques années d’existence, la fondation s’est illustrée par un grand professionnalisme, des réalisations concrètes et des avancées notables sur le plan social surtout en termes des travaux de bienfaisance.
La section « parrainage » s’occupe exclusivement de la préparation, du suivi des dossiers des orphelins, du renouvellement des parrainages ainsi que la transmission de comptes rendus et des informations des filleuls vers les parrains. Mais il faut savoir que le statut d’orphelin est soumis à des conditions assez rigoureuses.

Être orphelin : une situation de fait et de droit
Comme le directeur nous explique, n’est pas orphelin qui veut ! Il existe des critères de sélection. L’enfant doit être orphelin de père ou de deux parents (en effet, dans l’Islam, n’est pas orphelin l’enfant qui a perdu uniquement sa mère), il doit être âgé de 6 à 18 ans (avec certaines exceptions), doit poursuivre une scolarité régulière et enfin être de nationalité djiboutienne.
Pour chaque orphelin, la fondation constitue un dossier de parrainage qui est composé de l’acte de décès du père, l’acte de mariage des parents, l’acte de naissance ainsi que son carnet scolaire. Au final, une fiche de parrainage est établie à l’intention de chaque orphelin. Il doit s’en prémunir à chaque cérémonie de distribution des cotisations qui ont lieu tous les trois mois.
Il existe au niveau de chaque quartier ce qu’on appelle les « comités d’amis » autrement dit des personnes bénévoles qui assurent de relais de transmission entre les orphelins et la fondation. Après avoir mené une étude sociale minutieuse, ce comité procède à la sélection des orphelins pauvres qui remplissent les critères. Cette structure d’amis joue un rôle primordial. Elle recueille auprès des familles les pièces du dossier de parrainage, s’occupe du suivi scolaire des enfants, mène des actions de sensibilisation auprès des parents et notamment des mères sur l’éducation et la santé des orphelins, encourage les personnes aisées de chaque quartier à prendre part au programme de parrainage.
Enfin, le comité d’amis entreprend des démarches auprès des établissements scolaires en vue de suivre la scolarité des orphelins et de leur prodiguer des conseils pédagogiques. Il gère aussi et ce, de façon autonome, une caisse alimentée par les habitants de chaque quartier et à laquelle la fondation contribue symboliquement à hauteur de 10 000 FD par mois. Grâce à ce fonds, le comité offre aux orphelins des fournitures scolaires, des vêtements pour l’Aïd, des cours d’apprentissage du Coran, organise des excursions à la plage ou encore des récompenses pour les élèves les plus méritants, etc.
Mais alors qui sont les bienfaiteurs de la fondation ? Quel est le nombre d’orphelins parrainés ? Combien perçoivent-ils ? Et à quel rythme ?

Qui sont les parrains ?
Il existe ce que la fondation appelle les « grands parrains », c’est-à-dire des personnalités privées, des sociétés ou établissements publics ou des organismes externes, qui prennent en charge plusieurs voire un nombre conséquent d’orphelins. À titre d’illustration, voici une liste non exhaustive des quelques grands donateurs : Djibouti Télécom, EDD, ONEAD, l’Assemblée nationale, Port de Djibouti, SOGIK, AMERGA, BCIMR, Banque Of Africa (BOA), Salaam African Bank, Saba Bank, Ets. Coubèche, Marill Transit, la police Nationale, l’armée Nationale, la Garde Républicaine, Abdourahman Taha, Mohamed Abdi Said, etc.
À noter toutefois que les grands parrains sont loin d’être les contributeurs exclusifs de la fondation. Nombre des personnes (citoyens lambda, simples fonctionnaires, cadres de la fonction publique ou du secteur privé, officiers de police ou militaires, etc.) participent de façon individuelle au programme de parrainage. La fondation prélève auprès de chaque adhérent 5000 fd par mois et par orphelin. Cette modique somme est remise aux orphelins sous forme de cachet trimestriel, généralement en début de la période estivale, lors de la rentrée scolaire et à l’occasion de deux Aïds.
Bien entendu, depuis le lancement du programme de parrainage, le nombre d’enfants est en hausse continue. De 503 au premier trimestre 2007, la fondation Diwan Az-Zakat recense un total de 1445 orphelins parrainés au second trimestre de l’année 2013. Cette explosion s’explique aussi pour une large part par l’extension de la couverture géographique du programme aux orphelins des cinq régions de l’intérieur à partir du troisième trimestre de 2009.

La collecte des cotisations
En sa qualité d’intermédiaire entre les filleuls et les parrains, c’est la fondation qui reçoit les cotisations pour les remettre aux orphelins bénéficiaires. Chaque donateur remplit une fiche de parrainage dans laquelle il s’engage à verser sa cotisation par chèque ou par virement bancaire au compte de la fondation. En principe, le versement est annuel et s’effectue en une seule fois afin de favoriser une meilleure planification.
Parallèlement, la fondation organise un festival au mois d’avril de chaque année. Ce festival, placé sous le patronage du ministère des Affaires musulmanes et des biens waqfs vise un double objectif : réunir bienfaiteurs et orphelins mais aussi sensibiliser le grand public sur la question du parrainage. Faire d’une pierre deux coups comme on dit. Les éventuels contributeurs intéressés par le programme peuvent s’inscrire mais l’intérêt immédiat est de permettre aux donateurs de voir au moins une fois par an, les orphelins qu’ils parrainent. En mettant un nom et un visage sur ces enfants, en lisant la joie et l’espoir sur leurs visages quand ils reçoivent leur cachet, les bienfaiteurs prennent conscience de leur geste ; sa symbolique, son importance, son utilité et surtout sa valeur.
En effet, donner 5000 fdj peut sembler peu, bien peu, très peu pour beaucoup d’entre nous ! Un geste simple et insignifiant vu nos ressources mensuelles mais ô combien important et vital pour ces enfants qui vivent dans la précarité. Au-delà de l’aspect religieux qui nous incite à porter secours et assistance à notre prochain, le fait d’aider nos orphelins peut s’apparenter à un devoir moral.

Des difficultés d’ordre financier
Comme il s’agit d’un programme basé sur le volontariat, il arrive fréquemment que des donateurs se retirent pour des raisons diverses : crise économique, diminution des ressources personnelles, baisse d’activités ou du chiffres d’affaires, etc. De ce fait, beaucoup d’orphelins voient leur parrainage suspendu faute des cotisations permanentes. Pour pallier à ces aléas, la fondation puise dans les fonds de la zakat afin de respecter l’engagement contracté auprès de l’enfant qui n’est pas en mesure de comprendre que son parrain lui a fait défaut. De plus, l’argent récolté au profit des orphelins leur est directement remis. Les frais de fonctionnement de la fondation sont prélevés uniquement dans les fonds propres de la zakat.
Un don du Qatar a également permis la construction d’un immeuble de deux étages dont la location est entièrement allouée aux orphelins.
Malgré toutes ces précautions, le fond pour le parrainage des orphelins connait des sérieuses difficultés financières. Le directeur de Diwan Az-Zakat, M. Omar Ismaël Egal nous apprend avec regret que l’engouement suscité par la mise en place du programme s’est malheureusement essoufflé. En plus du manque des moyens humains et matériels, le nombre des donateurs ne cesse de décroître, alors même que le nombre d’orphelin est en hausse. Certes, le contexte économique difficile de ces dernières années y est pour beaucoup mais l’on sent néanmoins un certain relâchement.
Malgré tout, le défaitisme n’est pas à l’ordre du jour, le directeur reste confiant. Le parrainage des orphelins est une nouvelle forme d’entraide sociale qui n’est pas encore bien ancrée dans les moeurs de notre société bien que tout le monde s’accorde sur ses bienfaits.
La gestion des programmes sociaux est effectivement une nouveauté dans notre pays. Fervent défenseur de la cause des orphelins, le président de la République a donné des directives à bon nombre d’établissements publics afin de les inciter à prendre part au programme de parrainage. Initiative qui a permis de relever les cotisations et par conséquent, le nombre d’orphelins parrainés.
L’intérêt est de sensibiliser l’ensemble des bienfaiteurs nationaux (personnes morales ou privées) et inviter des nouveaux adhérents à prendre part à cet élan de générosité qui vise à faire revivre l’une des valeurs de l’Islam et de l’aide en faveur des orphelins.

Soyons solidaires !
D’autre part, la majorité des donateurs se contentent de verser uniquement leurs cotisations. À l’exception de la société Coubèche qui entretient des liens privilégiés avec ses filleuls (virées en bus, sorties, cadeaux individuels, etc.) pour le plus grand bonheur des enfants. S’inspirant de ce bel exemple, la fondation recommande à l’ensemble des parrains de nouer des liens étroits et de s’impliquer davantage dans le suivi scolaire de leurs filleuls respectifs.
Avant de clore, j’aimerais juste rappeler une parole, celle de notre cher Prophète, qui a affirmé en joignant son index et son majeur : « Moi et celui qui prend en charge un orphelin, nous serons comme ça au paradis ». Je vous invite à une sage méditation !
Pour plus d’informations complémentaires, Diwan Az-Zakat édite chaque année un bilan d’activités disponible au siège de la fondation. Si vous souhaiteriez faire un geste, un don ou participer au programme, voici les coordonnées de la fondation :
Tel : 21 35 74 20, Fax : 21 35 90 58.

Mouna Frumence

 
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