Human Village - information autrement
 
Le cri de colère des pêcheurs entendu par les autorités
par Mahdi A., mai 2017 (Human Village 30).
 

Le cri de colère des pêcheurs djiboutiens semble avoir été entendu par les pouvoirs publics. Les gardes-côtes devraient dorénavant enfin faire appliquer le Code de la pêche à la lettre, en interdisant aux chalutiers de sévir dans les eaux territoriales conformément aux textes en vigueur. Il en est ainsi fini de l’impunité dont a pu bénéficier ces derniers mois le groupe algérien Cévital [1], société concessionnaire du port de pêche pour trente années.

Un mouvement d’humeur pour mettre fin à l’impunité et dire que trop c’est trop !
L’appel au secours de la communauté des pêcheurs a été entendu au delà de leur attente. Les réseaux sociaux ne sont pas demeurés en reste, ils ont relayé les inquiétudes et la colère des pêcheurs au point d’en faire le buzz ! Le petit mouvement d’humeur des pêcheurs pour la défense de notre écosystème marin s’est transformé en un élan citoyen dénonçant les agissements de ceux qui détruisent impunément l’environnement et de ceux qui laissent faire… Ibrahim Mougga, président du syndicat des pêcheurs d’Obock, a été en première ligne pour défendre un mode de pêche respectueux de l’environnement, s’opposant frontalement à la pêche industrielle. Pour rappel, nos écosystèmes marins sont fascinants, riches par la qualité de leur couverture de corail (entre 80 et 90%) et leur biodiversité. Ce patrimoine marin exceptionnel aurait pu être mis en danger irréversiblement sans le cri et la mobilisation des amoureux de la mer.

Cette forte mobilisation de la population dans son ensemble n’est pas dénuée de bon sens. L’interdiction de la pêche au chalut en République de Djibouti a été dictée par l’écologie marine particulière de notre pays. Un rapport publié en 2013 [2] nous apprend que « Djibouti dispose d’une côte de quelque 380 km et revendique une zone économique exclusive (ZEE) d’environ 7190 km2 comprenant un plateau continental (sur une frange de 12-15 km et une profondeur de 50m) de 2490 km2 où sont concentrées la plupart des ressources halieutiques. La nature rocheuse de ses côtes et l’étroitesse de son plateau continental en limitant cependant les possibilités de chalutage. C’est pourquoi les autorités compétentes y interdisent la pêche industrielle au profit de la pêche artisanale ».

Flotille de dix chalutiers en rade de Djibouti.

Halte au chalut dans les eaux djiboutiennes
Le rapport Cofrepêche donne quelques autres informations utiles : « Au cours des trente dernières années (1983-2012), l’évolution de la production halieutique annuelle a traversé grossièrement quatre étapes. Avant 1996, elle est restée inférieure à 500t/an (360t en moyenne). Puis elle a augmenté régulièrement chaque année, de 500t en 1997 jusqu’à un pic de 1570t en 2005. Les quatre années suivantes, elle a régulièrement baissé jusqu’à un minimum de 1060t en 2009. Enfin, depuis 2010, elle connaît une augmentation régulière et significative et aurait dépassé les 2000t en 2012 ». Ce document appelle aussi à la vigilance et à la prudence, une sorte de mise en garde appuyée, du fait de l’insuffisance des données statistiques fiables et actualisées pour évaluer sérieusement le potentiel halieutique national : « En dépit de sa petite taille, son industrie de la pêche est en plein essor, particulièrement sur la côte. En 2010 on a dénombré 300 bateaux de pêche pour des débarquements d’environ 1 600 tonnes de poisson. Ces débarquements ne représentent cependant que 32 % du potentiel exploitable estimé à 5 000 tonnes par an. Les ressources halieutiques du pays paraissent par conséquent sous-exploitées, surtout les poissons pélagiques. Cette production locale couvre largement les besoins nationaux et permettra d’exporter les excédents, principalement en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. D’après les statistiques officielles, le secteur a généré 3 000 emplois directs et indirects en 2007. Certains de ces opérateurs se sont regroupés en associations ou en coopératives. […] Le développement de ce secteur est cependant confronté à de multiples contraintes. Parmi les plus marquantes de ces contraintes, on peut citer : la méconnaissance du secteur et de son potentiel halieutique à cause de l’insuffisance des données statistiques fiables et réactualisées ; l’inefficacité du système statistique en place ; la faiblesse quantitative et qualitative du capital humain ; l’absence de recherche halieutique nationale, et donc la base scientifique sur laquelle les plans d’aménagement des pêcheries sont établis provient des programmes d’assistance technique. De fait, Djibouti ne dispose pas de données récentes sur l’évaluation de ses ressources halieutiques pour corroborer ou infirmer les estimations selon lesquelles le potentiel halieutique serait loin d’être atteint. En effet, la dernière étude dans ce domaine est celle réalisée par la GTZ en 1996, c’est-à-dire il y a 16 ans. Les résultats de cette étude ont depuis lors servi de base aux objectifs de production et les plans de développement sectoriel. Or, Djibouti partage ce potentiel avec les autres pays voisins, qui disposent, eux, d’armements industriels. ».
Le gouvernement a été sensible aux cris des pêcheurs et de la population dans son ensemble. Il a rétropédalé et renoncé à ses intentions concernant la pêche au chalut. Pour démêler la pelote et y voir plus clair dans cette histoire de gros sous, nous nous sommes rendus au siège du groupe algérien à Djibouti la semaine dernière. Nous avons rencontré deux responsables qui ont bien voulu nous expliquer - par une litote - que ce malentendu sur le fait que la compagnie qui les emploie contreviendrait à la législation en vigueur aurait pour origine un simple quiproquo ! Après nous avoir fait part de leur surprise devant la réaction de la population, ils donnent leur sentiment sur cette affaire : « Il faut comprendre que l’ambition du groupe Cevital est de redonner ses lettres de noblesse au port de pêche, insuffler l’ambition qui a toujours été inscrite dans son ADN : devenir la principale plateforme régionale d’exportation des produits marins. Pour ce faire nous avons noué des accords pour exporter en Chine, et principalement à destination de Hong Kong. Il faut bien saisir qu’au moment de la signature de la concession et la présentation de nos projets, nous n’avons jamais caché nos projets aux autorités djiboutiennes concernées. Il avait été convenu que nous pourrions exercer la pêche au chalut... maintenant, on nous a demandé de mettre la pédale douce sur cette pêche au gros dans les eaux nationales, du fait que la population ne l’accepte pas, en plus qu’elle soit interdite par le Code de la pêche… Nous comprenons la situation et nous n’avons rien à redire au respect de la législation ».

En effet devant le tollé général et une polémique dont on ne voyait pas la fin, le gouvernement a fait marche arrière à son projet et décidé de mettre le holà à cette forme pêche illégale. Les explications du personnel de Cevital semblent être corroborées par des propos tenus par le ministre de l’agriculture, de l’élevage, de l’eau et de la pêche, chargé des ressources halieutiques, Mohamed Ahmed Awaleh, qui aurait déclaré à un quotidien d’Alger que « des négociations sont très avancées pour que Cevital s’installe au port de pêche […] indiquant que le groupe privé algérien “a déjà acheté deux navires de pêche” pour pêcher sur les 372 km de côtes de la République de Djibouti mais également au niveau d’une grande partie des côtes du Somaliland. “Nous mettons à la disposition de Cevital plus de 1000 km de côtes, des plus poissonneuses au monde”, a précisé le ministre djiboutien » [3].
Malgré cette mésaventure, la partie algérienne aurait quand même quelques raisons de s’estimer encore très gagnante dans cette opération commerciale malgré l’interdiction de chalut à Djibouti… sauf que d’autres difficultés apparaissent ! Comment ?

Dénonciation du protocole d’accord entre Djibouti et la Somaliland !
Avant d’aller plus loin dans l’analyse, il faut rappeler que la République de Djibouti et le Somaliland sont liés par un accord de pêche signé en 2012. Il autorise les navires immatriculés à Djibouti à pêcher le long de la côte somalilandaise contre le paiement d’un droit, une sorte de redevance.
Le montant de cette contrepartie financière varie en fonction de la méthode de pêche utilisée : artisanale ou industrielle. En outre, la législation somalilandaise n’interdit pas la pêche au chalut. Enfin, ce texte confère également aux pêcheurs somalilandais la possibilité de pouvoir débarquer leurs produits au port de pêche de Djibouti, au même titre que les navires djiboutiens.
Mais voilà, depuis le début de l’année le gouvernement somalilandais a suspendu provisoirement cet accord de pêche. Il souhaite le voir modifié, notamment les articles fixant les compensations financières. Il estime que cet accord le lèse et profite plus à la partie djiboutienne.

Pourquoi cette dénonciation des accords maintenant ?
Cet accord de pêche n’est pas nouveau, le premier a été signé en 1986. Alors pourquoi ce coup de clairon ? Il est fort probable que la venue dans le secteur de la pêche régionale du mastodonte algérien ait pu susciter quelques appétits de la partie somalilandaise qui considère – probablement à juste titre – que les énormes retombées attendues pourraient également leur profiter.
Bref, Mohamed Ahmed Awaleh a probablement vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Il aurait été plus prudent de bétonner la renégociation d’un nouvel accord avec le Somaliland au lieu de se faire prendre la main dans le sac en fanfaronnant sur l’arrivée d’un groupe international au port de pêche… Après le revirement sur les activités possibles dans les eaux djiboutiennes, voilà une situation bien plus délicate pour le groupe algérien, qui se retrouve mains et poings liés, puisque ce sont maintenant plus de six cent kilomètres de côtes somalilandaises très poissonneuses qui lui sont fermées !

La partie somalilandaise est-elle dans son droit ?
Malheureusement, oui ! Le protocole stipule que l’accord - qui ne contient aucune restriction ni sur les quantités pêchées ni sur les espèces - a une validité de trois années, « reconductible automatiquement, sauf dénonciation ou demande d’amendement par l’une des parties ». C’est sur la base de ce dernier alinéa que la partie somalilandaise suspend l’accord et demande une renégociation de ses aspects financiers.
Que dit l’accord précisément sur les questions financières et sur les conditions de l’exercice de la pêche : « Aucune compensation financière n’est versée par Djibouti au Somaliland pour les captures effectuées dans les eaux somalilandaises par les bateaux djiboutiens. Toutefois, pour opérer dans les eaux du Somaliland, chaque bateau djiboutien doit être titulaire, en plus d’une licence de pêche djiboutienne, d’une licence de pêche délivrée par les autorités somalilandaises et renouvelable mensuellement. D’après la société Red Sea Fishing, près de 80% des bateaux basés au port de pêche de Djibouti (environ 150 unités) et la totalité de ceux basés à Loyada (une dizaine) opèrent plus ou moins régulièrement dans les zones de pêche du Somaliland, plus proches et plus productives que celles situées au nord du golfe de Tadjourah. Notamment l’été, quand la pêche est rendue difficile par des conditions météorologiques défavorables. Chaque mois (et toute l’année), 20 à 25 de ces bâteaux opèrent au Somaliland, et doivent pour cela faire l’acquisition d’une licence de pêche somalilandaise. Pour ces unités, le prix de la licence est de 5000 DJF (près de 21 euro) par mois. Le montant total de cette redevance serait donc compris entre 1,2 et 1,5 million de DJF par an (soit 5000 à 6250 euros). Les captures effectuées dans les eaux somalilandaises par ces unités et débarquées au port de pêche de Djibouti seraient comprises entre 300 et 500 t/an, ce qui représente une valeur débarquée de 105 à 275 millions de DJF, soit de 437 500 à 1 145 800 euros.
Ces chiffres ne tiennent pas compte des 36 tonnes de poisson débarquées en 2012 par des navires somalilandais au port de pêche de Djibouti et des résultats de l’entreprise leader Red Sea Fishing, qui possède notamment deux chalutiers-arrière, et qui a débarqué pour sa part en 2012 en provenance du Somaliland entre 15 et 20 tonnes de crevettes pour une valeur comprise entre 30 et 50 millions de DJF et 500 à 550 tonnes de grands pélagiques, dont la valeur est comprise entre 175 et 302,5 millions de DJF. […] Pour opérer dans les eaux du Somaliland, la société Red Sea Fishing paierait chaque année de 2,7 à 3,2 millions de DJF (11.250 à 13.300 €). Cette dépense couvrirait le coût d’un permis annuel pour la société, l’achat chaque mois de 8 à 10 licences mensuelles pour ses navires, la taxe sur le volume des captures (estimée en fonction de la capacité de stockage du navire concerné) et l’indemnité mensuelle versée pour l’inspecteur du Somaliland embarqué sur le chalutier opérant dans les eaux somalilandaises. ».
Selon le même rapport Cofrepêche, Djibouti est de loin le premier client des produits de la pêche somalilandaise : « en 2012, les débarquements en provenance du Somaliland (815 à 1070t) auraient représenté 38% à 49% en poids et 48% en valeur (moyenne) de la production nationale (2170t et environ 980 millions de DJF) ».

La partie somalilandaise n’ignore certainement pas l’existence de ce rapport public et ses commentaires sur le déséquilibre manifeste des échanges entre les deux parties. La conclusion est en effet sans appel : l’accord « apparaît très avantageux pour la partie djiboutienne. Après déduction des dépenses engagées pour l’achat de droits de pêche dans les eaux somalilandaises, le bénéfice tiré de cet accord par les pêcheurs djiboutiens peut-être très grossièrement estimé à près de 465 millions de DJF (1 937 500 euros). En comparaison, les retombées économiques pour la partie somalilandaise restent actuellement limitées et n’atteignent que près de 50 millions de FDJ (environ 208 000 euros). […] Pour le Somaliland, l’intérêt de l’accord consiste surtout dans la possibilité de débarquer au port de pêche de Djibouti et d’accéder ainsi au marché djiboutien, très demandeur actuellement en produits halieutiques. L’accord permet aussi à ce pays de tirer un certain profit de sa ressource crevettière, grâce à l’autorisation de pêche délivrée à Red Sea Fishing pour ses deux chalutiers. En effet, le Somaliland ne possède pas de chalutiers et cette ressource n’est pas exploitée par des navires nationaux ».

Le même accord existe avec le Puntland mais il n’a jamais été appliqué du fait des risques liés à la piraterie. Dans la perspective de la mise en place d’une plateforme pour les produits aquatiques, les agents de Cevital nous apprennent que leurs chalutiers ne se rendront pas dans les eaux du Puntland, mais qu’un accord financier a été finalisé afin que les navires puntlandais débarquent leur pêche à Djibouti : « nous sommes convenu d’offrir aux pêcheurs des prix autour d’un dollar le kg de poisson ». Concernant l’armada de dix chalutiers à l’équipage chinois qui sont au mouillage dans la rade de Djibouti, ils nous affirment que ces derniers n’appartiennent pas au groupe Cevital mais à un particulier djiboutien qui souhaite aussi se lancer sur ce secteur de la pêche au gros...

Comment parvenir à rapprocher les deux parties ? Le dialogue, le dialogue, et encore le dialogue !
Le groupe Cevital va devoir s’armer de patience et revoir son business plan afin que la partie somalilandaise puisse elle aussi y trouver son compte. C’est ainsi que mercredi 2 mai dernier, les différentes parties concernées se sont réunies au ministère de tutelle. Etaient présents Mohamed Ahmed Awaleh avec ses collaborateurs, les responsables de la société concessionnaire Cevital de la branche local – ainsi que l’un des fils du président du groupe algérien, Salim Rebab qui a effectué une mission de 48 heures sur le territoire – et enfin les autorités somalilandaises dont le ministre en charge des questions halieutiques et le percepteur des impôts au niveau de Zeyla. Il a bien entendu été question de la renégociation de l’accord de pêche et des conditions d’intervention des chalutiers djiboutiens dans les eaux somalilandaises. La partie somalilandaise a argué durant les échanges - qui ont duré plusieurs heures et pris fin aux alentours de 15h - de sa volonté de développer son secteur national de pêche, mais aussi de prévenir l’épuisement total de ses réserves de poisson par l’armada de chalutiers que compte déployer le groupe. À ce motif, le Somaliland exige un nouvel accord lui concédant de meilleures conditions.... C’est le début de longues et difficiles négociations entre Djibouti et le Somaliland puisque ce dernier a mis la barre très haute. Les Somalilandais demandent par chalutier, et pour dix jours d’activité, la coquette somme de cent mille dollars US, et 50 dollars/jour pour les petits navires de pêche… On est loin du compte puisque la meilleure offre proposée par Cevital a été de mille dollars pour dix jours par chalutier. Après moult palabres les parties sont tout de même parvenus à des points d’accord, mais le désaccord majeur sur les redevances de chaluts a fait achopper la réunion. Salim Rebab est reparti le lendemain de ce premier round de négociation. Pour ce qui est de la suite des tractations, il est fort probable que, d’ici la tenue du second round, Mohamed Ahmed Awaleh aura pris son bâton de pèlerin afin de tenter de ramener nos amis somalilandais à des prétentions plus réalistes !

L’exportation de poisson vers les marchés extérieurs où les prix sont plus attractifs, objectif affiché du projet Cevital, et plus particulièrement sur le marché chinois – l’épouse de Salim Rebab est citoyenne chinoise, de Hong Kong - dont les règles de contrôle sanitaire de poisson sont moins élevées que celles prescrites par les règles internationales, restera en cale sèche pour encore un petit moment semble t-il… à moins d’un miracle de Mohamed Ahmed Awaleh.

Mahdi A.


[1Cévital a enregistré une flotte de quatre chalutiers à Djibouti. Cependant deux d’entre eux sont manquants, le personnel chinois aurait dérobé les navires une nuit il y a près d’un mois. Un mandat a été diffusé via le réseau Interpol afin que le personnel puisse être appréhendé et les navires arraisonnés pour être restitués au groupe algérien.

[2Cofrepêche, Appui à l’administration de pêche pour l’évaluation des ressources halieuthiques en République de Djibouti, 14 novembre 2013, PDF en ligne.

[3« Nous avons besoin du savoir-faire de Cevital en Afrique », voir en ligne.

 
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