Human Village - information autrement
 
Le conflit entre les groupements de transitaires ATD et TTI : happy end !
par Mahdi A., septembre 2015 (Human Village 25).
 

Les voies du seigneur sont impénétrables, on ne sait pas vraiment comment les deux parties ont pu revenir à la raison et faire prévaloir le bon sens finalement, mais c’est ce dernier qui l’a emporté !
Le conflit sur le partage des fruits du connaissement direct, entre le GIE ATD et le GIE TTI a connu son happy end, comme on dit dans les bons westerns américains. La justice, qui aurait du rendre son prononcé sur l’affaire le 13 septembre 2015, n’aura plus à le faire. Il semblerait les positions n’étaient pas si éloignées, que l’on aurait pu le croire puisqu’il n’aura fallu que deux petites rencontres entre les différents belligérants autour d’un café dans les locaux de l’ATD, les 2 et 3 août 2015, pour que finalement d’un commun accord les compteurs aient été remis à zéro. Un gentlemen’s agreement a été scellé : aucun papier n’a été signé, des engagements uniquement sur l’honneur ont été pris de part et d’autre. Le GIE TTI s’est engagé a retiré sa plainte et donc à renoncer aux 500 millions de francs réclamés au titre des dommages et intérêts… En contrepartie, les deux principaux responsables de l’ATD se sont engagés à intégrer l’ensemble des membres du GIE TTI à l’ATD au plus tard le 30 septembre 2015. Selon le document que nous avons consulté, le GIE TTI a retiré sa plainte le 6 août 2015.

Que peut-on retenir de cette bataille judiciaire inédite ?
Les négociations commerciales avec notre partenaire éthiopien devraient dorénavant être plus inclusives, les secteurs économiques et groupements concernés devraient être consultés en amont ; mieux, ils devraient être parties prenantes des tenants et aboutissants de ce dialogue commercial. On peut considérer qu’il peut être rudement dommageable de se priver des avis et des commentaires des opérateurs portuaires privés, surtout si les engagements pris par les pouvoirs publics engagent l’avenir de la profession, et a fortiori lorsqu’ils aboutissent à des situations invraisemblables, comme on a pu le voir notamment avec notre enquête sur la mainmise éthiopienne sur les activités du PAID… L’État devrait saisir la perche et mieux s’appuyer sur le secteur privé pour faire peser la balance en faveur des intérêts nationaux.

Aujourd’hui, il ne sert à rien de chercher à qui faire porter le blâme, ce qui est fait est fait, ce qui importe dorénavant c’est que les erreurs du passé ne se reproduisent plus. Pour ce faire il est important que les transitaires s’unissent et s’organisent entre eux et établissent un diagnostic sérieux de la profession, de leurs handicaps, de leurs difficultés, et de leurs ambitions pour l’avenir. Il n’y a plus de temps à perdre. Il faut rappeler pour ceux qui l’ignorent, que l’ATD ne peut en aucun cas être habilitée à représenter les intérêts de la profession, comme ce fût la règle par le passé. L’Association des transitaires djiboutiens (ATD), contrairement à ce que laisse penser son nom, n’est nullement un groupement associatif de l’ensemble des transitaires djiboutiens, mais un groupement d’intérêts économiques privés. De cet amalgame d’ailleurs est né le différend sur le connaissement direct. En soit ce dernier n’est pas à blâmer, il a profité à un petit nombre alors que l’on peut supposer que dans l’esprit des pères fondateurs de cet accord, il aurait du profiter à l’ensemble des transitaires. Aussi, il pourrait sembler être en conformité, non seulement à la lettre, mais plus encore à l’esprit de l’accord sur le connaissement direct, que l’ATD incorpore en son sein non seulement les membres du GIE TTI comme convenu, mais également l’ensemble de la profession des transitaires.
Que les trente deux membres de l’ATD se rassurent, ils peuvent continuer à dormir sereinement et à couler des jours heureux : il ne s’agit pas de toucher à leurs énormes bénéfices, qui ne seront aucunement affectés, mais de grappiller des morceaux de la très grosse part de gâteau de Maritime Transit Service of Ethiopia (MTSE). Cette entreprise à capitaux éthiopiens, de droit djiboutien, est également membre de l’ATD. MTSE contrôle plus de 70% du volume des activités de connaissement direct de l’ATD. Tous les opérateurs du connaissement direct peuvent aisément trouver leur place au sein de l’ATD, il faut juste ponctionner dans la part de Maritime Transit Service of Ethiopia. Des emplois seront créés, les devises quitteront moins le pays, le regain d’activité des opérateurs djiboutien sera réinjecté dans le circuit économique national et irriguera tous les pans de la société…

Il n’est jamais trop tard pour bien faire, l’ensemble des transitaires devraient se réunir rapidement au sein d’un groupement syndical afin de mieux représenter les intérêts de la corporation : il en va de l’intérêt de tous. Ils doivent se muer en puissant lobby pour essayer d’imposer leurs vues, défendre leurs intérêts. Le contexte est idéal : une importante partie va se jouer sous peu et toutes les cartes vont être rebattues.
En effet, avec la mise en service du futur port de Doraleh, l’accord sur l’utilisation du port de Djibouti et le transit des marchandises (25A-ETH du 13/04/02) nous liant à l’Ethiopie deviendra de facto caduc puisque la gestion du port ne sera plus comprise dans le domaine public, elle deviendra privée. Une jurisprudence existe en la matière : l’accord supposé être perpétuel sur les facilités portuaires entre le Chili et la Bolivie a été annulé à la suite de la privatisation en 2004 des ports d’Arica et d’Antofagasta [1]. Il n’en sera pas autrement à Djibouti. On peut supposer que les Chinois ne peuvent être satisfaits de la situation actuelle : ils espèrent quand même un jour amortir leurs importants investissements, et pour l’heure cet objectif semble bien difficile à atteindre.

Le tête à tête à huit clos avec nos amis éthiopiens sur les questions portuaires, c’est du passé. Heureusement pour nous pourrait-on ajouter ! Ce sont les Chinois qui seront dorénavant à la barre, ils fixeront les nouvelles règles, ils distribueront les cartes, qui seront toutes sur la table : general cargo, vrac, transport du fret par train à destination de l’Éthiopie, etc.
Dans cette nouvelle partie de Black Jack qui va débuter, un syndicat des transitaires devrait prendre place à la table de jeu afin de veiller au grain et défendre les positions de la corporation : il n’est plus question que les opérateurs djiboutiens se contentent d’une portion congrue et continuent à servir de banque à l’économie éthiopienne… Comme on dit, « les absents ont toujours tort »… il appartient aux opérateurs djiboutiens de ne pas rater le coche cette fois-ci !

Mahdi A.


[1Le Monde diplomatique, septembre 2015, numéro 738, voir en ligne.

 
Commentaires
Le conflit entre les groupements de transitaires ATD et TTI : happy end !
Le 13 septembre 2015, par Mohamed.

Comme quoi, le courage et le bon sens sont toujours les marques de fabriques des hommes au pays des Braves. Bravo aux deux parties. A présent, il serait temps que les transitaires djiboutiens rament ensemble dans la même direction pour mieux défendre leurs intérêts communs. Chapeau bas au Journal Human Village et surtout à son patron Mahdi A. Cher Mahdi, tes articles sont de vraies perles, on y trouve une info de première main et le traitement si professionnel qui en est fait servirait bien de leçon à. Toujours aussi aussi pertinent et avisé dans tes analyses. Bravo encore !


Le conflit entre les groupements de transitaires ATD et TTI : happy end !
Le 18 septembre 2015, par bahnan.

Cher Mahdi,
tes articles sur ce conflit entre transitaires furent passionnant.
Merci d’avoir réussit à vulgariser ce theme surtout pour moi..
Bon courage pour la suite et tiens bon surtout, tes articles sont une bouffée d’oxygène pour de nombreux lecteurs.

 
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