Human Village - information autrement
 
L’aéroport Al Haj Hassan Gouled Aptidon, conçu comme accélérateur de croissance
par Mahdi A., janvier 2015 (Human Village 22).
 

Il faut savoir que la première impression d’un voyageur ou d’un touriste se fait d’un pays qu’il visite c’est en foulant le sol de son aéroport. C’est la première vitrine d’un pays.

Hier matin, 19 janvier 2015, s’est déroulée officiellement la pose de la première pierre du vaste chantier de l’aéroport international Al Haj Hassan Gouled Aptidon sur le site de Bicidley aux confins des régions Assajog et Binijoog, en présence de la population de la région d’Ali Sabieh et de l’ensemble des officiels et des hommes d’affaires du pays. L’aéroport d’Ambouli était bien veillisant. Il est l’un des derniers vestiges de la colonisation a être encore autant utilisé. Il a été réalisé il y a près de cinquante ans, avec pour seul vocation la desserte des vols réguliers se rendant dans notre pays. Dans sa configuration actuelle il n’est plus adapté à la réalité de l’aviation civile puisqu’il ne répond pas aux normes de sécurité internationalement admises dans ce domaine. Il lui est par ailleurs impossible d’accueillir la dernière génération d’aéronerfs civils, dont notamment l’A380.
Sans compter que du fait de l’occupation par les forces militaires alliées de la zone destinée à l’extension de l’aéroport et de ses infrastructures, il n’était plus envisageable de redimensionner l’aéroport international d’Ambouli sur son site actuel.
Ainsi, la construction du nouvel aérodrome permettra de résoudre les problèmes notamment liés au manque de surface de parking pour les avions, mais également de pouvoir faire face par anticipation à l’augmentation prévisible du nombre de passagers.

Il n’aura échappé à personne que l’aéroport d’Ambouli avait plus des airs d’aéroport militaires que d’aéroport civil. Il n’est aisé nul part dans le monde de faire concilier des activités aussi opposées les unes des autres. Je vous laisse imaginer les questions d’ordre sécuritaires sous jacentes à la présence dans l’enceinte d’un même aéroport de près de 4500 soldats américains, de plus de 1000 soldats français, de plus de 500 soldats japonais, et si cela ne suffisait pas, de plus d’un millier d’autres soldats, composés d’italiens, d’allemands, d’espagnols, et de djiboutiens… qui y font décoller et atterrir tour à tour, drones, avions de chasse, hélicoptères, gros transporteurs, gros ravitailleurs, et avions de surveillance, entre deux vols de transports civils.
D’évidence, la forte présence militaire et ce qu’elle implique comme arsenal militaire dont un stock conséquent d’armes et de munitions dans une aire aussi congestionnée comportait des risques et entravait les ambitions d’expansion d’un aéroport civil. La signature récente de nouveaux accords militaires avec les États-Unis d’Amérique, prévoyant le renforcement de la présence militaire américaine sur notre sol et autorisant l’élargissement du camp Lemonier ont probablement donné le coup d’accélérateur à la délocalisation indispensable des activités de l’aéroport civil.
Le transfert des activités civiles va en outre permettre de solutionner définitivement la question de la viabilisation de la deuxième phase de la cité Barworo 2. Cette zone parcellisée et entièrement vendue à des particuliers par le Fonds de l’Habitat il y a de cela plusieurs années déjà, se situe dans l’un des deux axes immédiat d’atterrissage de l’aéroport d’Ambouli. La mise en valeur de ces terrains à batir rendrait de facto le survol de la zone extrêmement dangereuse pour les populations. Selon l’avis d’experts, il n’existait que deux possibilités afin de permettre la construction de ce lotisssement : soit allonger l’unique piste, notamment en remblayant sur le bras de mer, soit accélérer la délocalisation prévue de l’aéroport. Les détenteurs de titres fonciers de cette zone de survol vont devoir prendre leur mal en patience encore quelques années, jusqu’au déménagement effectif dans les trois ans des activités civiles de l’aéroport sur le site de Bicidley, situé à 56 kilomètres de la capitale, pour valoriser enfin leurs parcelles.
L’ambition est forte avec l’aéroport Al Haj Hassan Gouled Aptidon. Il sera l’un des plus grands de la région avec une superficie de 460 ha. Le président de la République espère le voir achevé en 2018, un record en termes de durée de construction pour un chantier d’une telle ampleur. Mais voilà, il y a urgence et le développement n’attend pas. Ce sera certainement l’œuvre emblématique de la présidence d’Ismail Omar Guelleh. Elle se justifie par une situation d’urgence. L’actuel aéroport de Djibouti, qui accueille moins de 350 000 passagers par an, et près de 12 000 tonnes de fret, est en effet totalement saturé. Le nouvel aéroport aura en termes de fret une capacité de traitement de 100 000 tonnes, et sera en mesure d’accueillir près de 1,5 mllions de passagers. Il comptera 4 pistes : deux de 4500 mètres et deux autres de 4200 mètres. Il y aura des commodités importantes une fois dans les salles d’embarquement : duty free, restaurants, snack-bars, des boutiques de souvenirs, pharmacie, points d’accès à internet, ainsi que des salons VIP.
Cette décision stratégique va permettre de développer les échanges, le tourisme et le commerce. Mais il s’agit aussi d’un moteur du développement économique et social. Le coût estimé de cet ouvrage est de 539 millions de dollars. Sa construction devrait générer, le temps des travaux, environ 500 emplois directs.
Le projet n’est pas nouveau. Mais on avait fini par ne plus y croire, il faut dire ! On avait déjà parlé de cette création de nouvel aéroport dans le cadre d’un projet envisagé en partenariat avec le groupe émirati DP WORLD, il y a 10 ans de cela déjà. A ce moment là, il avait été projeté de délocaliser l’aéroport à Chebbeley et donc à vingt cinq kilomètres de la capitale. Le gouvernement avait finalement renoncé pour des problèmes financiers. Comment ces derniers ont-ils été résolus ? Il serait intéressant de le savoir !
Finalement le site de Chebbeley n’a pas été retenu, à la grande surprise des connaisseurs du dossier, sans doute faut-il y voir le souhait de décongestionner la capitale et de soutenir cette fois-ci par des actes forts, plutôt que des paroles, la politique de décentralisation. L’espoir, en outre, du gouvernement de voir les habitants de cette région réputée frondeuse, s’en rappeler au moment de glisser leur bulletin de vote dans l’urne aux prochaines échéances électorales, n’y est probablement pas pour rien.
La vie monotone de cette région va être chamboulée à tout jamais. Il faut savoir que le site aéroportuaire va être connecté par la voie ferrée au port de Doraleh. Il y est programmé la construction d’une floppée d’entrepôts de stockage mais également d’hangars frigorifiques, au cœur d’une nouvelle zone franche mitoyenne de l’aéroport et où viendront s’installer une multitude entreprises nationales et internationales. Ces dernières feront appel à la main d’oeuvre locale pour assurer les services connexes à leurs activités. A la population de se préparer en conséquence. Il ne suffira pas de dire « la terre à nous » pour être certain de décrocher un véritable emploi.
L’objectif est de faire de ce nouveau pôle de croissance, une sorte de gros pot de miel qui attirera les entreprises de la région comme le miel attire les abeilles. Dans les possibilités futures de la plateforme aéroportuaire, le dispatching des produits vers les pays de la région en un temps extrêmement court est au cœur de la stratégie. Il semble que la boucle soit bouclée ; la stratégie multimodale prend enfin toute sa signification.
La construction de l’aéroport international Al Haj Hassan Gouled Aptidon a été confiée au groupe chinois China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC). Cette firme chinoise sera également en charge de la construction du second aéroport, dont la cérémonie de lancement du chantier se déroule ce 20 janvier à Ras Syan. Ces travaux sont estimés à 60 millions de dollars. Ce nouvel ensemble portera le nom d’une figure emblématique de la région mais également du pays, Al Haj Ahmed Dini Ahmed.

Mahdi A.

 
Commenter cet article
Les commentaires sont validés par le modérateur du site avant d'être publiés.
Les adresses courriel ne sont pas affichées.
 
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 
« Affaire Loukil » : réponse d’Alexis Mohamed
 
L’État s’est-il fait rouler dans la farine par le groupe Loukil ?
 
Financement de projets par l’Union européenne
 
Partie de poker autour du futur port multipurpose de Doraleh !
 
Le conflit entre les groupements de transitaires ATD et TTI : happy end !
 

Stratégie logistique et de transport au service du développement en Afrique
 
| Flux RSS | Contacts | Crédits |