Human Village - information autrement
 
Philippe Lievin, directeur général de l’aéroport de Djibouti
par Mahdi A., septembre 2010 (Human Village 13).
 

Avec aujourd’hui près de 300 000 passagers et 9 000 tonnes de fret par an, l’Aéroport international de Djibouti, inauguré il y près de quarante ans, semblait quelque peu vétuste et pas parfaitement conforme aux exigences et aux normes d’exploitation aéroportuaire modernes. Sous la houlette de son nouveau directeur, il s’est vu refaire peau neuve : il a pour mission de redimensionner l’infrastructure aéroportuaire nationale afin que celle-ci puisse enfin jouer pleinement le rôle qu’on attend d’elle dans le développement socio-économique et culturel de notre pays. Nous nous sommes rendus auprès de monsieur Philippe Lievin afin de nous enquérir de l’évolution qu’il compte opérer à l’AID afin de relever les défis qui l’attendent.
Se peut-il que demain l’AID se transforme en un maillon essentiel de la croissance djiboutienne ? Monsieur Lievin nous livre ici ses commentaires, ceux-ci sont bruts, francs, et sans langue de bois.

Quelles sont les perspectives d’avenir de l’aéroport de Djibouti ?
Est-ce dû au fait que le tourisme et par conséquent le trafic passager sont peu ou pas développés que votre horizon est en parti bouché ?

Il est un fait évidemment admis par tous, qu’un aéroport, quel qu’il soit n’est pas en mesure de développer tout seul un trafic.
Les passagers viennent à Djibouti pour des raisons d’affaires, et de tourisme. Le trafic passager ne peut donc se développer qu’avec l’appui des autorités djiboutiennes, je pense bien entendu au ministère du Tourisme, qui dans le cadre des salons internationaux se démène sans compter pour vanter les charmes de la République de Djibouti : Ses plages, la richesse de sa faune sous marine, sa douceur de vivre, la légendaire hospitalité de ses habitants, ou bien encore la beauté de ses paysages uniques … En ce qui concerne les affaires, c’est un peu la même la chose, plus les grands projets se développeront à Djibouti, comme ceux du Lac Assal, ou bien encore ceux de la géothermie, et plus les hommes d’affaires, les experts auront de raisons de s’intéresser à Djibouti plus ils auront de raisons de s’y déplacer. Tous ces développements en gestation et en cours de réalisation attireront, j’en suis persuadé, un trafic passager de plus en plus important.
Plus on percevra Djibouti comme une place intéressante pour les affaires et plus les entreprises seront nombreuses à être présentes sur le sol national. C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous souhaitons organiser un forum des utilisateurs du service aéroportuaire.
L’objectif est de rassembler les acteurs du secteur, l’Aéroport de Djibouti, les compagnies aériennes ainsi que les opérateurs touristiques afin de débattre du développement du transport aérien et de la compétitivité touristique du produit Djibouti. Ce sera l’occasion d’écouter l’ensemble des compagnies aériennes et des opérateurs touristiques et de recueillir leurs requêtes. Nous leurs présenterons notre philosophie, ce que nous avons développé, notamment les nouveaux aménagements et ceux projetés, les nouvelles procédures pour réduire les temps d’attente qui induisent d’importantes économies de kérosène, la nouvelle grille tarifaire sur les redevances aéroportuaires et les différents avantages auxquels ils ont droit. C’est ainsi que l’on pourra développer le trafic. Bien sûr il faut que l’aéroport soit attractif, mais il faut garder à l’esprit que les passagers ne décident pas de visiter un pays en fonction de la qualité des services fournis par l’aéroport ou de la qualité de ses équipements. Il est aussi vrai qu’une compagnie aérienne ne peut pas desservir un pays ou un aéroport si l’aéroport ne dispose pas des équipements ou des infrastructures adéquats pour accueillir la compagnie aérienne et ses passagers.

Pensez-vous que les conditions d’accueils de l’aéroport de Djibouti soient optimales ?
Pour améliorer les services de l’aéroport, le flux de ses passagers et son infrastructure, beaucoup de choses restent encore à faire. Le président de la République attend de l’aéroport qu’il soit la vitrine de la République, qu’il offre ainsi un accueil optimal pour les compagnies aériennes et pour leurs passagers. C’est la raison pour laquelle nous lancerons sous peu, avec l’aide des autorités djiboutiennes, un projet ambitieux de réhabilitation de nos infrastructures, notamment en agrandissant certaines salles qui le nécessitent comme c’est le cas aujourd’hui des salles d’arrivée qui sont dorénavant plus grandes et plus conviviales, ou bien en installant une climatisation centralisée plus performante. Mais il est vrai comme je le disais plus tôt que la première image que quelqu’un a du pays à son arrivée c’est l’aéroport. Et la dernière image qu’il a du pays en quittant, c’est encore l’aéroport. C’est pour cela que tout doit être mis en place pour améliorer notre image et rendre le confort du passager le plus acceptable possible et le plus convivial qui soit : Il nous incombe aussi d’accueillir la compagnie aérienne de manière professionnelle et de lui offrir un service performant.

De nombreuses forces militaires étrangères ont établi à l’Aéroport International de Djibouti des bases militaires permanentes, est-ce que l’aéroport en tire un profit, notamment en frais de location pour l’occupation de l’espace mis à leurs dispositions. Par ailleurs la présence de ces forces induit-elle de votre part l’application de mesures de sécurités renforcées, voire spécifiques ?
Il est important de signaler avant tout que les terrains auxquels vous faites allusion ont été concédés dans le cadre d’accords bilatéraux. Cette présence militaire profite grandement aux recettes de l’aéroport puisque les armées paient nos coûts opérationnels. Nous venons d’ailleurs récemment de signer un contrat avec les forces américaines. Je dois signaler par ailleurs que nous travaillons main dans la main avec ces forces militaires quelles soient étrangères ou nationales. Au niveau purement opérationnel il n’est pas toujours aisé de gérer deux entités distinctes qui opèrent des appareils civiles et militaires : nous sommes cependant confiant car l’aéroport et plus particulièrement son personnel dispose dans le domaine d’une longue expérience en la matière.
Présences militaires ou non il faut savoir que la sécurité et la sûreté sont des questions essentielles, tout particulièrement depuis les événements du 11 septembre 2001. Nous sommes à l’Aéroport International de Djibouti très exigeants en termes de qualité, de sécurité et de fiabilité et c’est la raison pour laquelle nous organisons régulièrement la tenue de formation à l’usage du personnel aéroportuaire, il s’agit pour nous d’amener les employés de l’aéroport et les acteurs de la sûreté à appréhender pleinement les enjeux de la sûreté afin qu’ils deviennent des citoyens modèles et respectueux des exigences de sureté ; il en va de l’intérêt de tous.

Pensez-vous qu’avec la situation géographique de Djibouti, l’aéroport pourrait devenir, à l’image du succès indéniable de nos ports, un hub pour la région, un maillon supplémentaire au développement de notre économique ?
Un peu moins de 300 000 passagers, ont été enregistrés à l’aéroport en 2009. C’est une progression à deux chiffres si l’on compare ces résultats avec ceux des cinq dernières années. Ils sont honorables et en progression constantes continues, mais de là à envisager que Djibouti devienne un hub aéroportuaire cela me semble un peu trop ambitieux. Nos ambitions sont plutôt d’ordre régional, notre objectif étant d’atteindre dans les cinq ans le million de passagers.
Il s’agit d’une ambition mesurée, je le conçois mais elle semble réaliste. En règle générale nos fondamentaux sont solides, puisque malgré l’arrêt des vols des compagnies telles que Eritrean airlines et Djibouti Airlines nos résultats nets ont progressé positivement en 2009. Il est à signaler aussi que le cargo postal a augmenté de l’ordre de 19% ces dernières années.

Pour revenir sur la concrétisation éventuelle d’un hub, je suppose que vous faisiez référence au fait qu’il serait possible de faire transiter du fret de nos ports vers l’aéroport ? C’est une idée très ambitieuse... Mais pour cela il faudrait construire des infrastructures aéroportuaires adaptées à de telles ambitions : Cela sous-entendrait de construire des hangars, des quais de chargement, des hangars frigos, et d’accueillir des entreprises en zone franche afin qu’elles utilisent notre plateforme pour répartir leurs productions vers les pays de la région.
Mais la demande doit venir des clients eux-mêmes. Il a d’ailleurs été question à un moment donné de fabriquer à Djibouti des milliers de téléphones portables pour l’exportation. Ces téléphones portables seraient alors entreposés à l’aéroport en zone franche. Ce projet est actuellement à l’étude.
Ce projet ouvre des perspectives attrayantes. Ce transit du port vers l’aéroport créerait cependant plusieurs problèmes dont celui de la double voire de la triple manutention. Or celle-ci coûte cher et comporte des risques dommageables aux marchandises. Ce projet de semble réaliste qu’à la condition que les sociétés produisent à Djibouti en zone franche, dans ce cas de figure l’opportunité commerciale et économique serait bien réelle.

L’Aéroport international de djibouti est en pleine mutation, on pourrait même parler de chantier à ciel ouvert, qu’est ce qui explique cette opération d’embellissement ?
Nous avons procédé ces deux dernières années à la modernisation de l’aéroport en tenant compte de l’évolution du trafic. Au cours de ces cinq prochaines années nous allons poursuivre cette rénovation, à court terme nous visons même l’agrandissement de l’aéroport.
Actuellement je peux le dire sans rougir, c’est un aéroport disposant d’équipements modernes comme ceux qui ont été acquis ces deux dernières années : des bus passagers de dernière génération offrant un maximum de confort et de sécurité et favoriseront la réduction de la durée des escales des aéronefs et par la même permettront d’optimiser l’utilisation de notre espace et de nos infrastructures et donc de nos revenus. De nombreux engins de piste neufs ont été achetés des camions incendies, des véhicules de pistes, des barres de tractage avion, des engins de levage et la réhabilitation de l’entrepôt cargo pour ne parler que de ceux là.
Les achats sont effectués sur fonds propre pour l’essentiel de nos acquisitions. Mais un long chemin reste encore à parcourir. Il faut savoir que les frais de gestion et d’entretient d’un aéroport et de ses infrastructures sont énormes. Rien que les frais d’entretien et de réparation de la piste peuvent s’élever à plusieurs millions de dollars.
Les instruments aéroportuaires coûtent chers mais sont pourtant indispensables pour assurer le confort et la sécurité des vols et des passagers. Ce sont donc des investissements lourds, indispensables au bon fonctionnement d’un aéroport. En deux ans c’est un peu plus d’un milliard de nos francs que nous avons du consentir en investissements dans de l’opérationnels.
Nous ne comptons d’ailleurs pas en rester là ; nous procéderons sous peu à la construction d’un nouvel hangar pour entreposer le cargo, nous procéderons également à la construction de chambres froides, de quais de chargement du matériel d’entreposage et de bureaux. Ces investissements sont extrêmement onéreux. Je reste convaincu que le réalisation de ce plan de développement 2010-2015 contribuera à la croissance du trafic aérien et augmentera l’efficacité de l’aéroport dans la gestion à la fois des passagers, du fret, à travers une amélioration des infrastructures aériennes et terrestres : notre plan permettra également d’assurer la sécurité dans le fonctionnement et la maintenance des équipements sur le long terme.

Mahdi A.

 
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