Human Village - information autrement
 
La loi sur le quota a été adoptée par les députés…
par Mahdi A., janvier 2018 (Human Village 32).
 

Ce qui semblait s’apparenter à un chemin de croix pour le gouvernement a été adopté au Parlement jeudi matin au pas de course, c’est le moins que l’on puisse dire, au cours d’une séance plénière de moins d’une heure.
Les cris d’orfraie – sous le mode chuchotement - de nombreux élus n’y auront rien fait. C’est sans doute le cœur dans l’âme qu’ils ont appuyé sur le bouton vert du système de vote électronique du Parlement pour valider le projet de loi n° 219/AN/18/7ème modifiant la loi n° 192/AN/02/4ème instituant le système de quota dans les fonctions électives et dans l’administration de l’État, ce dernier passant de 10% à 25 % au moins.
Comme pressenti, le texte a été adopté à une large majorité au Parlement au cours de la séance plénière de jeudi 11 janvier 2018. Le décompte est le suivant : 51 députés ont voté pour son adoption, 1 abstention, 7 voix ont rejeté le texte, et 6 autres parlementaires se sont fait porter pâles et n’ont pris part au vote.
La balle est dans le camp du chef de l’État puisque, selon la Constitution, pour que le texte puise faire force de loi le chef de l’État a quinze jours pour le promulguer. L’on peut supposer qu’il ne manquera pas de le faire et qu’il sera applicable à la 8e législature dont l’élection est prévue le 23 février prochain.

Bal des hypocrites
Le lendemain, vendredi 12 janvier, nous avons recueilli les impressions d’un parlementaire, le président du Parti djiboutien pour le développement (PDD), Mohamed Daoud Chehem, à la suite du vote historique en faveur des droits des femmes djiboutienne. Il nous assure sa grande satisfaction de voir ainsi le texte adopté aussi largement par la représentation. « C’est pour moi une joie intense de voir ce texte adopté. Il va permettre aux femmes de mieux participer aux décisions sur l’avenir du pays. Ce combat pour accorder une meilleure représentation des femmes à tous les niveaux : économique, politique, ou dans la fonction publique, est une noble cause à laquelle je ne peux qu’adhérer et apporter tout mon soutien ».
« Mais pourtant vos collègues ne l’entendaient de cette oreille. Ils semblaient outré par le contenu de ce projet de loi et entendaient mener une fronde pour le combattre. Comment expliquez-vous ce revirement de dernière minute ? »
Après un long éclat de rire, il essaye de retrouver son sérieux et déclare : « Oui l’ambiance était à la congratulation et aux applaudissements après le vote. Comment je l’explique… C’était le bal des hypocrites ! Rendez-vous compte : dans moins d’un mois nous serons en campagne pour les législatives, nous allons nous retrouver sur les estrades face à la population dans les quatre coins du pays. Comment voulez-vous vous présenter devant notamment les électrices après avoir clamé depuis l’hémicycle votre refus d’adopter une loi progressiste en faveur des droits des femmes… Vous connaissez nos femmes elles ne mâchent pas leurs mots, cela aurait été une volée de bois vert pour ceux qui auraient osé s’opposer à l’amélioration de leur condition. Tous les hommes politiques en sont conscients. Les hommes ne votent pas, ils se contentent de jacasser dans les mabraz. À l’inverse, paradoxalement, les femmes sont toujours les premières à se rendre dans les bureaux de vote. Politiquement elles sont plus engagées, plus disponibles. D’ailleurs dans la coalition de l’USN que je vais conduire aux prochaines échéances électorales, ma colistière est une femme, c’est la présidente de l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ) ».
Êtes-vous parvenu à réunir les 32 500 000 FDJ de caution à déposer au trésor pour concourir ainsi que le financement indispensable pour mener une campagne électorale à un niveau national ?
« Bien évidemment sinon je vous dirais pas que je me lance dans une échéance électorale ».
Il a été question, à un moment, de la constitution d’une grande coalition de l’opposition « type jamaïcaine », reprenant une expression en vogue en Allemagne qui souligne que l’on peut surmonter les antagonismes les plus vifs en vue de faire front commun en unissant ses forces, en serrant les rangs pour affronter « le rouleau compresseur » aux moyens illimités de la coalition de la majorité.
« Oui il en a été question à un moment donné, mais elle n’est plus d’actualité ».
Quelles sont les raisons de cette désunion ?
« L’alliance républicaine pour le développement (ARD) de Cassim Ahmed Dini a décidé de revenir sur les engagements pris concernant cette union et finalement de concourir de son côté. Il devrait présenter uniquement deux listes. Une à Obock, qui est d’une certaine manière son fief électoral, et une seconde dans la ville blanche de Tadjourah, avec Dileita Tourabh, en tête de liste. Quant au Centre des démocrates unifiés (CDU) de Omar Elmi Khaireh, la négociation pour former une coalition était bien engagée malgré l’absence prolongée en Europe du président du CDU. Elle était conduite pour le CDU par son secrétaire général, Rabache, puis elle s’est arrêtée pour des raisons que je m’explique pas, hormis le fait que Rabache ayant une double nationalité ne peut lui concourir au scrutin ».
Le CDU va t-il participer aux élections selon vous ?
« C’est une question que vous devriez poser au CDU c’est eux que cela concerne. Même si en toute vraisemblance le CDU ne soit pas dans une configuration pour y aller... Moi je ne peux m’exprimer que pour l’USN ».

Pour rappel la loi n’autorise à concourir aux législatives que les partis reconnus par le ministère de l’intérieur. Exit les Model, le MRD, et le RADD, qui de facto se verront priver de tribune médiatique et de candidats pour ces élections. Ils n’ont en effet pas été autorisés par le gouvernement à y participer pour divers motifs.
En divisant ses forces, on retiendra que l’opposition n’a pas tiré des enseignements des dernières législatives. On ne voit pas comment l’opposition autorisée à participer compte recréer l’alchimie de février 2013 - année où tout semblait possible pour eux – en se privant de candidats issus de l’opposition interdite de concourir, à savoir du Model, du MRD et du RADD, de leurs militants et de leur expertise organisationnelle, notamment des rassemblements populaires ?
Il faut se rendre à l’évidence : cette élection parait être pliée avant l’heure pour le plus grand plaisir de l’UMP. Le seul enjeu véritable de ce scrutin sera le niveau d’abstention…

Guerre des nerfs à l’UMP
On notera que la circulaire de l’UMP fixant les dispositions d’organisation de la coalition UMP pour la campagne électorale pour la 8e législature, désignant notamment les responsables des différentes commissions, contrevient quelque peu à l’esprit de la loi qui a été pourtant promu par la majorité : ce comité ne compte que quatre femmes (20%), les hommes y sont représentés en écrasante majorité, à 80%. On peut supposer qu’il faudra encore un peu de temps pour que les modes de fonctionnement traditionnels de beaucoup de partis et structures politiques cessent de faire obstacle à la participation des femmes à la vie politique… On signalera que la circulaire est datée du 10 janvier 2017… probablement une étourderie du signataire !

Au delà, il faut comprendre que derrière la composition de cet organigramme qui fait scandale au sein des instances de l’UMP, ce qui se joue en réalité c’est la bataille du coup d’après pour la prise en main du Rassemblement populaire pour le progrès (RPP) … même si aucun courant ne s’est officiellement déclaré, le parti est fragmenté, différentes écuries s’opposent avec en ligne de mire l’après Ismaïl Omar Guelleh. Les rapports de force seront plus clairs après la publication de la liste des candidats aux législatives. Chacun pourra évaluer son poids à l’aune du nombre de ses fidèles qui y figureront pour échafauder ses plans. Sans aucun doute cet épisode sur la circulaire organisationnelle confirme les passes d’armes feutrées qui secouent le RPP de longue date. Dès sa diffusion, sa composition a été dénoncée par certaines personnalités du RPP ainsi que du FRUD, qui estiment n’avoir pas été consultées, pointant du doigt que seules les ferventes ouailles du "Pacs" - aux intérêts bien compris - du Premier ministre Abdoulkader Kamil Mohamed et du ministre de la Santé, Djama Elmi Okieh, étaient représentées. Enfin on signalera que "l’Oeil de Moscou", comme disent ses contempteurs, en gardant la haute main sur la tirelire de la campagne, le secrétaire général de la Primature, Naguib Abdellah Kamil, jouera nécessairement un rôle de pivot durant ces échéances électorales.
Il va être difficile de trouver une ligne commune à ces différents courants aux objectifs lointains. La tension est d’autant plus vive que la course à l’échalote bat son plein à quelques jours du dépôt officiel. A ce propos il faut constater que les candidats à la députation pour l’investiture de la majorité n’ont jamais été aussi nombreux dans l’histoire électorale de notre pays. Il faut reconnaître que la rémunération est alléchante, l’indemnité énergie appréciable, la charge de travail très raisonnable, et permet de nombreux voyages dans des contrées les unes plus exotiques que les autres sur tous les continents du globe cinq années durant dans des conditions matérielles très confortables… Ca laisse rêveur… n’est ce pas ?

Cependant, tous les scénarios concoctés minutieusement par les réseaux d’influence se sont effondrés les uns après les autres comme un château de cartes. Si la partie n’était pas évidente au départ du fait de la complexité inhérente à la composition d’une tambouille tribale, dont les ingrédients de la recette varient d’une échéance à l’autre sur les marges, tantôt en ajoute une pincée de sel, puis on verse le contenu d’une cuillère à soupe d’huile d’olive, ou bien encore un zeste de Gingembre… Voilà, que le cocktail communautaire quarantenaire se voit secouer au shaker des nouvelles dispositions de la loi sur le quota des femmes aux législatives. Les cartes sont rabattues. Le microcosme politique est complètement désemparé, la tension est palpable. Mais patience… les dés sont jetés, le suspense va prendre fin sous peu !

Mahdi A., photos Hani Khiyari

Une enquête de 2012 sur la situation des femmes

Pour rappel, une enquête de 2012 dans le cadre du questionnaire ESDF/PAPFAM portant sur les violences conjugales et l’attitude et la perception des femmes vis à vis de certaines de ces violences [1], est révélatrice du fait que la femme est avant tout victime du poids de la tradition et de la religion.
« Il ressort de l’examen des données que plus de la moitié des femmes non célibataires de 15 à 49 ans trouveraient justifié en 2012 qu’un mari puisse battre sa femme pour des faits suivants :
- sortir sans avertir le mari (48,9%) ;
- négliger les enfants (52,3%) ;
- se disputer avec le mari (53,3%) ;
- refuser les rapports sexuels (51,9%) ;
- laisser brûler la nourriture (36,7%) ;
- négliger le mari (53,4%).

On voit qu’on est bien ici dans un schéma de soumission de la femme au mari. L’acceptation éventuelle et la justification d’une telle violence par une majorité de femmes mariées, quel que soit le milieu, le niveau scolaire et le statut de bien être, ne peuvent s’expliquer que par le poids de la société, de la culture et de la religion ».

Ce n’est pas tout, l’inégalité dans la prise de décision est frappante entre les hommes et les femmes lorsque l’on consulte « les données de l’EDAM3-SI de 2012, (celles-ci) révèlent que les décisions au sein des ménages sont très souvent prises par les chefs de ménages hommes. Notamment les décisions concernant les mariages (91,7%) ; santé (83,8) ou se rapportant aux investissements. Sachant que plus des trois quarts des Chefs de ménages sont de sexe masculin, on peut affirmer que les prises de décisions par les femmes au sein des ménages sont limitées. Il faut ajouter à cela, comme souligné plus haut dans le rapport, que le statut de Cheffe de ménage s’acquiert le plus souvent par le veuvage ou le divorce. Ainsi le rôle de « décideur » échoit en général à la femme par défaut, c’est à dire par l’absence de l’homme au sein du ménage » [2].

Prise de décision au sein des ménages

Type de décisions Chef de ménage Conjoint
Les dépenses d’alimentation dans le ménage 72,2% 27,%
Les dépenses équipement et ameublement 75,7% 23,5%
L’éducation 82,8% 16,4%
La santé 83,8% 15,5%
Le choix d’une personne pour un mariage 91,7% 7,7%
Les investissements (activité productive) 83,5% 15,7‰
Le séjour d’un visiteur 79,0% 20,3%

Source : EDAM3-IS/2012-DISED

L’égalité de participation active des femmes et la prise en compte de leurs points de vue à tous les niveaux de la prise de décisions, est la condition indispensable pour que les intérêts des femmes soient pris en compte. Un long chemin reste indéniablement à parcourir…


[1« Étude de l’évolution de la situation de la femme à Djibouti de 2000 à 2015 », 2017, télécharger le PDF.

[2« Étude de l’évolution de la situation… », op. cit.

 
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