Human Village - information autrement
 
Mauvaises habitudes… et prévention font rarement bon ménage, pourrons-nous à Djibouti faire mentir l’adage ?
par Mahdi A., mai 2008 (Human Village 2).
 

Dans la culture djiboutienne, les oiseaux, qu’ils soient sauvages ou d’élevage (poules et poulets), sont communément considérés comme des animaux sains, des animaux bénis par les cieux. Leur présence dans les cours, les jardins n’est pas le fait du hasard, ils font partie de notre quotidien. On les voit parfois nous guetter du haut d’une petite branche ou du rebord d’une gouttière, attendant patiemment leur pitance. Ils attendent que l’on veuille bien prendre le temps de remplir leur abreuvoir et leur coupelle de pain perdu ou de graines.
Qu’est ce qui peut bien expliquer cette ferveur nationale pour ces oiseaux sauvages ? On raconte que les oiseaux sont des animaux différents des autres. On dit souvent que nous-mêmes, être humains, pourrions sans craindre partager notre gamelle avec eux… Notre proximité avec eux, leurs attroupements dans nos jardins, devant nos maisons, sont souvent considérés dans nos coutumes locales comme une présence plus que nécessaire, car ils possèderaient le pouvoir de recouvrir notre foyer d’un voile protecteur contre le mauvais œil. Détenteurs d’une sorte de bienveillance qu’ils porteraient en eux, et dont le rayonnement se propagerait jusque dans les foyers qui leur fourniraient ombrages et couverts.

Malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples, que cela soit les oiseaux migrateurs que les endémiques ou d’élevage, ils sont devenus potentiellement dangereux. En effet, un danger jusqu’à ce jour inconnu sur nos côtes vient de faire son apparition : le H5N1, plus connu sous le nom de grippe aviaire, dont certains de ces oiseaux migrateurs peuvent être porteurs, pire elle peut se transmettre de l’animal à l’homme.
Pour mémoire, en 2006, ce fléau s’est retrouvé sur nos rivages. La République de Djibouti avait déclaré un cas de grippe aviaire humain et trois cas aviaires confirmés de H5N1. Il s’en était suivi une importante riposte multisectorielle qui a conduit à l’abattage massif de près de 3000 poules. Une campagne de communication avait été conduite en parallèle par le ministère de la Santé, visant à informer et à rassurer la population. L’objectif était de faire prendre conscience aux Djiboutiens que ce qui leur assure une subsistance peut aussi tuer.
Mais même après l’abattage de tous les élevages domestiques, le risque est toujours là. En effet, vivant en liberté, les oiseaux sauvages se retrouvent dans nos rues et à l’intérieur de nos maisons, mais la découverte de la transmission du virus H5N1 de l’animal à l’homme rend cette symbiose dorénavant mortelle.
Sur ce sombre paysage se dessine la menace que le virus puisse s’adapter pour se transmettre d’homme à homme. En effet, cette maladie n’est pas seulement le fait des pays asiatiques, les oiseaux migrateurs ne connaissent pas les frontières, doit-on encore le rappeler ? Pour ceux qui semblerait l’oublier, le cas du virus H5N1 transmis de la volaille, à l’être humain tout près de nous dans la petite localité de Douda, à proximité de Djibouti ville devrait donner matière à réfléchir. À plus d’un.

Notons que le péril pour la santé humaine persistera aussi longtemps que le problème chez les animaux, Djibouti n’est par conséquent nullement à l’abri d’une nouvelle crise.
Les responsables gouvernementaux et les experts nationaux savent désormais comment procéder, grâce aux conseils et à l’assistance fournis, dès l’apparition de l’épidémie par les partenaires au développement. Les moyens d’éradiquer cette maladie existent, cela nécessite néanmoins la vigilance de tous. Les efforts conjoints des partenaires au développement et du gouvernement ont permis d’alerter la population, mais les efforts ne doivent pas s’arrêter. La lecture de l’enquête nationale CAP (PNUD, UNICEF et ministère de la Santé), effectuée après la première campagne de sensibilisation afin d’évaluer l’impact sur les populations des mesures de prévention portant sur un échantillon de 1000 personnes, âgées de 15 ans et plus, révèle que la grande majorité des personnes interrogées (78%) ont non seulement entendu parler de la grippe aviaire mais savent aussi qu’elle constitue une maladie se transmettant de la volaille à la personne humaine. Le message de prévention semble passer auprès des populations, mais l’on ne doit pas s’arrêter en si bon chemin, puisque 20% des personnes interrogées répondent ne pas avoir connaissance de la maladie.
Pire, cette étude relève que seuls 52,8% des personnes interrogées savent que la grippe aviaire se transmet précisément des oiseaux à l’homme à la suite d’un contact répété et prolongé avec ces derniers. Ce pourcentage tombe à 12,2% pour ceux qui connaissent les modes exacts de transmission et de prévention de la maladie.
Au niveau de la perception de la grippe aviaire, les résultats sont encore plus criants, moins de la moitié des enquêtés (41,9%) connaît la réalité de la grippe aviaire et la nécessité d’y faire face. On voit bien qu’un important travail reste à faire pour faire évoluer les mentalités. Mais les traditions et les mœurs ont la peau dure, et malgré tous les efforts entrepris par le gouvernement, il sera difficile de faire changer les habitudes si les citoyens n’y mettent pas du leur.

Pour y remédier, le gouvernement en partenariat avec l’UNICEF, a entrepris d’expliquer inlassablement aux habitants des villages touchés, quelles précautions prendre pour éviter de contracter la maladie.
Des mesures de prévention simples adoptées par les populations peuvent souvent éviter la contamination. La contamination par le virus aviaire se fait soit par contact direct avec des sécrétions respiratoires, des fientes de volatiles ou bien encore par contact indirect (par l’intermédiaire de surfaces souillées). Il est donc recommandé d’éviter tout contact avec les volailles (marchés, élevages…) et de ne pas consommer de viande et œufs peu cuits (attention aux plats à base d’œufs crus !). Un lavage soigné des mains est enfin nécessaires dès qu’il y a un contact manuel avec un animal ou une surface potentiellement souillée. Ces mesures peuvent sembler anodines, mais ce sont les seules mesures qui permettent la non transmission de la maladie de l’oiseau à l’humain.

Mahdi A.

 
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