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Le lycée français Kessel déclaré coupable par la justice

par Amina Abdi, juin 2025 (Human Village 54).
 

La plaidoirie prononcée la semaine dernière, le 22 juin par Me Fardoussa Mohamed Hassan, au nom du collectif des parents, était empreinte de gravité. Elle a rappelé qu’un pacte implicite lie chaque parent à l’institution scolaire : celui de la protection de l’enfant. C’est ce pacte qui, selon elle, a été rompu. Se fondant sur des textes juridiques précis – notamment la circulaire 96-248 et l’article R.421-10 du Code de l’Éducation –, l’avocate a démontré que l’établissement et ses dirigeants avaient failli à leur devoir de prudence et de sécurité.

Le récit est accablant : un premier bus tombe en panne sans avertissement ; un second véhicule, vétuste et sans ceintures de sécurité, est envoyé sans vérification préalable. Le conducteur roule à une vitesse excessive. Pire, l’administration, loin d’alerter immédiatement les parents, aurait dissimulé l’accident. « Les enfants vont bien », aurait répondu le proviseur. Ce silence, pour les parents, est devenu une deuxième violence.

Durant les audiences, les témoignages poignants des parents d’élèves ont mis à nu une profonde détresse : enfants mutilés, traumatismes psychologiques, cauchemars, phobies, rejet de l’école… Une mère raconte que sa fille porte aujourd’hui douze vis dans la colonne vertébrale. Les témoignages des parents d’élèves se succédant à la barre, amplifient cette douleur collective, soulignant l’absence d’écoute, le manque de compassion, et un sentiment de mépris ressenti par les familles de la part de la direction de l’établissement. Les accusations se multiplient : prestataire de transport mal choisi, absence d’escorte, déficiences organisationnelles, désinvolture dans la communication.

Les avocats de la défense ont plaidé une thèse différente : l’imprévu plutôt que la négligence. Pour eux, la responsabilité incombe au conducteur, salarié d’un prestataire externe (la société STRC), qui n’aurait pas respecté les consignes. Le proviseur Bruno Lassaux et son directeur administratif Jean-Christophe M’Boya auraient agi de bonne foi, dans le respect des procédures habituelles. Ils dénoncent un amalgame entre émotion et responsabilité pénale.
Ils ont également soulevé des vices de procédure, espérant une annulation des citations. Mais la chambre correctionnelle du tribunal n’a pas suivi cette ligne.

La Cour rend son verdict
Dans sa décision rendue en première instance ce matin, dimanche 29 juin, le tribunal a partiellement suivi les conclusions du collectif des parents : coupables de mise en danger de la vie d’autrui : le Lycée français de Djibouti (LFD), la société STRC et le conducteur du bus, Abdoulkader Moussa Aden.
Le LFD et STRC ont été condamnés une amende d’1 million FDJ chacun ; le chauffeur à 18 mois de prison, dont 6 mois ferme.
La cour a demandé des mesures complémentaires, notamment une expertise judiciaire pour évaluer les préjudices, avec la désignation d’un expert, et convocation d’une audience complémentaire en septembre 2025.

Dans un commentaire à chaud recueilli à la sortie de l’audience, l’avocate des parents d’élèves, Me Fardoussa Mohamed Hassan, a déclaré :
« La question pendante devant la juridiction répressive était d’établir l’auteur de la mise en danger des enfants mineurs. Les avocats de l’établissement et des deux prévenus ont rejeté la mise en danger. La cour a répondu que le Lycée français de Djibouti représenté par Bruno Lassaux et Jean-Christophe M’Boya ont mis en danger les mineurs en ce que ces deux responsables ont failli à l’obligation de prévention et de sécurité qui leur incombaient au regard de la gravité des dommages causés aux élèves. Nous sommes satisfaits de la décision. Désormais Bruno Lassaux ne peut plus dire qu’il n’a pas failli aux diligences normales révolues à la fonction de chef d’établissement. »
Cette décision marque un tournant : le tribunal reconnaît la responsabilité collective des institutions éducatives dans la sécurisation des sorties scolaires, indépendamment des fautes d’un prestataire externe. Il établit clairement que la délégation ne peut servir d’alibi.
La plaidoirie l’a dit sans détour : « La responsabilité éducative n’est pas une simple formalité, mais un devoir sacré. » Par son jugement, le tribunal a réaffirmé que lorsqu’un chef d’établissement engage une activité scolaire, il engage aussi sa vigilance, son éthique et son obligation de résultat, surtout quand il s’agit de mineurs.

Si le tribunal a reconnu les manquements et prononcé des condamnations, la douleur des familles reste vive. La reconnaissance judiciaire ne guérit pas les cicatrices physiques ni les blessures invisibles. Mais elle peut restaurer partiellement une confiance entamée, et rappeler aux institutions que l’éducation ne peut se concevoir sans une vigilance constante, une transparence absolue, et un respect profond des familles.
En septembre, les débats reprendront pour l’évaluation des préjudices.

Amina Abdi

NB : Sollicités par Human Village après le prononcé du verdict pour recueillir leurs réactions, ni Bruno Lassaux, ni Jean-Christophe M’Boya n’ont souhaité réagir.

 
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