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Les îles Moucha… paradis perdu ?
par Mahdi A., avril 2017 (Human Village 29).
 

Mercredi dernier, je me suis rendu à l’île Moucha afin de faire découvrir à une amie de passage la beauté de nos paysages marins. Il n’y a pas de cadre plus enchanteur : sable fin, eau turquoise, ciel bleu azur sans le moindre nuage à l’horizon, forêt de palétuviers aux racines tentaculaires comme décor de fond ! Tous les ingrédients sont réunis pour que la magie opère ! Ce n’est pas Tadios Belete, qui investit sept millions de dollars pour un projet touristique dans ce lieu paradisiaque [1], qui me contredira !
Un cadre époustouflant, un silence reposant : en dehors du week end, aucun pèlerin ne viendra vous déranger, d’ailleurs les adeptes du naturisme peuvent s’y adonner en toute discrétion sans perturber les âmes sensibles.
Paradisiaque, donc ? Pas tout à fait…

Cachez la misère que je ne saurais voir
S’il vous vient l’idée de quitter le sable fin de la plage pour vous promener, et de pénétrer la forêt avoisinante, vous risquez d’aller de surprises en surprises : l’envers du décor… est peu reluisant ! Comment cela ? Les abords de la forêt ont été transformés en décharge à ciel ouvert.
Pourtant en posant le pied sur l’île, personne n’imaginerait voir surgir des montagnes d’immondices aux pieds des palétuviers plusieurs fois centenaires. C’est à n’y rien comprendre ! On pourrait penser que pour se rendre à Moucha, il faut forcément être un amoureux de la nature, de la fragilité de sa beauté, aussi comment expliquer un tel cataclysme ?
Détritus, mégots, plastiques, bouteilles usagées de bière… sont comme glissés sous le tapis, loin du sable fin du bord de l’eau afin de soustraire aux yeux des visiteurs, le cauchemar qui enlève au lieu toute splendeur du site.


Il y a une grande inconscience. Pourtant, ceux qui se rendent aux îles, qui pratiquent les activités de loisirs en mer, appartiennent à la catégorie la plus favorisée de la population, celle à même d’avoir été le plus conscientisée à la nécessaire préservation des écosystèmes marins… Il est impossible qu’ils puissent ignorer que ces agissements de vandales fragilisent considérablement ce biotope marin exceptionnel. Les mangroves sont en danger de mort et, avec elles, c’est un refuge qui est menacé puisqu’elles abritent une grande biodiversité animale. De nombreux poissons viennent s’y reproduire, d’autre y assurent leur croissance. Elles servent également de protection aux juvéniles avant leur migration dans les eaux côtières. Des prédateurs viennent s’y nourrir. Les crabes y sont aussi nombreux. Le rôle des mangroves dans l’écosystème est essentiel et irremplaçable.

Rendre les visiteurs plus responsables, plus respectueux de nos espaces de vie ?
Ce n’est pas à la communauté de gérer les déchets des individus. Là où les services de l’État sont réduits, il appartient à chacun d’agir à son niveau avec responsabilité et civisme pour préserver la nature. A la plage, aucun déchet ne dois être enterré dans le sable. Un sac doit être apporté afin d’y mettre tous les détritus et de n’en laisser aucun sur la plage. Les principaux déchets laissés sur les plages sont des restes de pique-nique, des papiers gras, des emballages, des restes de nourriture, des sacs en plastiques, des canettes vides ou des bouteilles en plastique, des paquets de cigarettes et des mégots, des magazines et journaux, des crèmes solaires. Ces déchets se retrouvent la plupart du temps dans la mer, avec des nuisances conséquentes sur la faune et la flore marine.
Il ne faut pas jeter la pierre à l’État, notamment lorsqu’une bonne intention peut se retourner contre ceux qui l’ont initiée, à savoir l’Office du tourisme. Faire installer des fûts pour récolter les détritus le long de la plage n’a pas donné les résultats escomptés. Le coût de l’enlèvement des ordures a été sous-estimé ! Ces poubelles ont conduit à déculpabiliser les visiteurs qui, au lieu de ramener leurs déchets sur la terre ferme, ont continué à les déverser malgré l’amoncellement aux pieds de ces fûts qui vomissent leurs déchets de toutes parts…

Quels risques font courir à la faune et la flore ces agissements irresponsables ?
Ils sont innombrables. Les déchets peuvent par exemple étrangler les oiseaux. Un simple individu, s’il ne fait pas attention, peut devenir un acteur de la destruction de cet écosystème. Le fait de jeter un sac en plastique, une canette, une bouteille ou d’autres choses, peut entraîner la disparition de cet écosystème. Il est donc nécessaire de nettoyer la plage de tous les déchets.
Les déchets les plus courants à Moucha sont les mégots de cigarettes. Il faut savoir qu’ailleurs dans le monde, certaines plages ont décidé de bannir la cigarette, doit-on en arriver à de telles extrémités ? Les mégots mettent entre un et trois ans pour se dégrader, ils polluent durablement nos côtes. Pourtant, il suffit d’emporter un cendrier de poche ou simplement de jeter son mégot dans une poubelle pour éviter de créer une pollution sur nos plages de sable fin.
Les sacs plastiques sont un danger encore plus grave, puisque les animaux marins, et particulièrement les tortues, peuvent les confondre avec des méduses et tenter de les manger au risque de s’étouffer…
Canettes, barquettes, bouteilles, papier, cartons… Tout le pique-nique y passe. Une boîte de conserve met environ cinquante ans à se dégrader, une bouteille en plastique entre cent et mille ans selon sa composition, une canette en aluminium de deux à cinq cents ans, une bouteille en verre environ… quatre mille ans. Il faut en revanche environ cinq minutes pour aller jeter les restes du pique-nique à la poubelle.
Pour ne pas transformer la plage en décharge à ciel ouvert, il faut rappeler aux vacanciers que tous les déchets doivent être jetés à la poubelle. Ils doivent être sensibilisés à la problématique afin de promouvoir des solutions durables et d’encourager l’engagement citoyen dans une logique de responsabilité. D’ailleurs à ce propos, quelles ont été les retombées du projet éco-gardes ? Le projet a t-il été poursuivi après l’épuisement de l’enveloppe budgétaire initiale de deux millions de dollars [2] ? Que sont devenus les jeunes formés à la préservation de l’environnement et à la protection des aires marines protégées [3] ainsi que les outils du programme, dont notamment les petits navires des éco-gardes ?

Un constat s’impose, l’application de la loi pose problème dans notre pays. Pourtant, lorsque l’État s’en donne les moyens, elle est appliquée à la lettre. Le succès de l’application du Code de la route en est l’exemple le plus frappant !
Une solution simple, durable et peu coûteuse existe : faire appliquer en matière environnementale les textes en vigueur par les gardes-côtes, avec la mise en place d’un suivi de la gestion des déchets. Tous les navires de plaisanciers ou de pêcheurs qui sortent en mer sont systématiquement contrôlés par les agents des gardes côtes, au départ mais également au retour. La présence de gilets de sauvetage, un nombre de passagers conforme à la taille du navire, un permis bateau et une assurance valide… sont quelques uns des éléments nécessaires pour obtenir son sauf-conduit de sortie ! Il suffirait d’exiger la présence de plusieurs sacs poubelles dans les embarcations et de veiller au retour qu’ils ont bien servi ! Ensuite, il faudrait seulement des bennes à ordures au port de pêche ainsi qu’à l’Escale pour récolter les déchets des plaisanciers à leur retour.

Mahdi A.


[1« Le chef de l’État et M. Dessalegn parrainent le lancement d’un projet touristique à Moucha », La Nation, 10 février 2015, voir en ligne.

[2« Aires maritimes protégées : une nécessité vitale », site du PNUD à Djibouti, voir en ligne.

[3« Atelier de formation des éco-gardes et de gestionnaires des aires marines protégées sur la navigation, la sécurité et la protection de l’environnement », site du PNUD à Djibouti, octobre 2013, voir en ligne.

 
Commentaires
Les îles Moucha… paradis perdu ?
Le 16 avril 2017, par Kenedid Ibrahim Houssein .

Excellent article sur cet écosystème en danger.


Les îles Moucha… paradis perdu ?
Le 17 avril 2017, par sepecat.

Quel gachis... J’ai connu ces îles dans les années 70 et c’était effectivement un environnement encore protégé. Nous prenions bien soin alors de remporter avec nous les détritus résultant de nos repas sur place. Après tout, les glacières qui avaient servi à l’aller pouvaient bien resservir au retour pour laisser cet endroit propre. Il semble que les choses aient évolué depuis et, malheureusement, dans le mauvais sens. L’irrespect et l’absence de savoir vivre ne sont pas réservés à une catégorie sociale ou une race particulière. Riches ou moins riches, blancs, noirs ou autres ont une égale tendance à se laisser de plus en plus aller et ne plus rien respecter de ce qui les entoure. On peut le regretter, les inciter à plus de civisme, mais il faut bien reconnaître que tant qu’on ne touche pas les gens au portefeuille en leur appliquant des amendes, les choses risquent fort de rester en l’état. Espérons que l’avenir me contredira, mais le même constat peut être fait à peu près partout sur cette planète...

 
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