Human Village - information autrement
 
Inauguration du Mémorial du Barrage
juin 2022 (Human Village 45).
 

D’après un communiqué de l’Agence djiboutienne d’information.

Le président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, a procédé ce dimanche 26 juin à l’inauguration du « Mémorial du Barrage de Djibouti », consacré à l’histoire d’une des périodes les plus douloureuses du combat de notre société pour l’indépendance nationale.

Dans une allocution lors la cérémonie d’inauguration de ce bâtiment érigé à la sortie de la ville de Djibouti, le chef de l’État a tout d’abord décrit la construction du barrage de Balbala comme « l’initiative de répression maximale à laquelle la puissance coloniale s’est résolue pour infléchir la volonté de plus en plus ferme de notre population à accéder à la souveraineté ».
« Lorsque l’administration coloniale, dans la foulée des évènements politiques d’août 1966 décide d’ériger un barrage long de 14,5 km pour cercler la presqu’île de Djibouti, c’était un défi lancé à tous les indépendantistes qui avaient osé avec courage réclamer la souveraineté nationale à l’arrivée du général de Gaulle », a dit en substance le Président.

Il a ensuite décliné les modalités de l’intimidation, de la coercition et de la violence que portait « ce mur de la honte …, ce barrage, truffé de mirador, de mines, de fils barbelés… ». Il créait aussi « de facto une séparation aussi brutale qu’arbitraire du territoire…, une discrimination aussi abjecte que répugnante parmi les autochtones », a martelé le Président de la République. C’était, à ses yeux, de nature à aggraver les frustrations ressenties par « cette population dont le nomadisme, c’est-à-dire la liberté de circuler, est un mode vie ancestral ».

Mais toutes ces mesures répressives n’ont pu venir à bout de la détermination de notre société à réclamer son droit inaliénable à la liberté et à l’auto-détermination, s’est réjoui Ismail Omar Guelleh, pour qui « paradoxalement ce barrage n’a fait qu’intensifier la lutte populaire ».
« Malgré les souffrances endurées des familles séparées, certaines même déportées, le barrage ne pouvait ni dissuader, ni contrôler et encore moins stopper la soif de la souveraineté qui émanait du peuple », a estimé le chef de l’État.

Le Président qualifie la création du Mémorial du Barrage de Balbala « d’initiative judicieuse, aux relents patriotiques ». « Il aura valeur de relai physique dans l’archivage et le maintien en vie d’un des faits majeurs de l’histoire collective de notre société. […] Il contribuera indubitablement aussi à l’essor de notre cohésion et identité nationale », a-t-il poursuivi, rendant un « hommage appuyé à l’ensemble des martyrs, blessés et familles des victimes du Barrage de Balbala. »

Outre l’allocution du chef de l’Etat, la cérémonie d’inauguration du Mémorial du Barrage de Balbala a comporté un important volet de remise de décorations à des survivants de la violence perpétrée par la puissance coloniale sur notre peuple durant les dix années précédant notre accession à l’indépendance.
Un peu plus d’une vingtaine d’anciens ont été décorés ce matin par le président de la République qui leur a remis par la même occasion des brevets de reconnaissance de la patrie.

Local flambant construit en deux mois, le Mémorial du Barrage de Balbala comporte une salle d’exposition, une bibliothèque et une salle de réunion.
Il est doté aussi d’une importante esplanade parrainant un majestueux Mémorial, en hommage aux héros nationaux tombés au champ d’honneur.

Réalisé sous l’impulsion et la supervision directe du président de la République, le Mémorial du Barrage de Balbala est désormais placé sous l’autorité du ministère djiboutien de la Culture.

Outre les membres du gouvernement et du Parlement, la Première dame et présidente de l’Union nationale des femmes djiboutiennes, Kadra Mahamoud Haid, a pris part à cet évènement.

Discours d’Ismaïl Omar Guelleh

« Mes chers compatriotes,
L’événement qui nous réunit aujourd’hui évoque sans doute une des périodes la plus sombre de l’Histoire de notre pays.
Il s’agit d’une tragédie insondable dont notre mémoire collective reste à jamais marquée. Aujourd’hui, nous honorons la mémoire des victimes directes d’une barbarie sans nom. Nous prions le plus Haut et le plus Miséricordieux pour qu’il les accueille dans son paradis. Amin.
Les survivants blessés sont aujourd’hui avec nous et méritent notre admiration et notre gratitude. Ils seront honorés.

Mes chers compatriotes,
Il n’y a pas que notre mémoire collective qui porte le deuil de cette tragédie, car il y a aussi les familles et les descendants des victimes dont la trajectoire existentielle a complément été bouleversée. Nous pensons à nos frères et nos sœurs, à ces hommes et ces femmes ou à ces enfants qui ont basculé, du jour au lendemain, dans la situation d’orphelinat ou de veuvage. Ces hommes, ces femmes et ces enfants ont grandi, portant avec eux ce lourd fardeau de douleur et de désespoir.
Le mémorial qui se dresse devant vous, mes chers compatriotes, ne rendra pas justice à ces innocents dont la vie a brutalement été enlevée. Ce mémorial n’a pas non plus vocation à réparer les dommages infligés à l’ensemble de notre Nation. Malheureusement, on ne refait pas l’Histoire, et on ne peut pas réparer l’irréparable.
Lorsque l’administration coloniale, dans la foulée des événements politiques d’août 1966, décide d’ériger un double barrage long de 14,5 Km pour cercler la presqu’île de Djibouti, il crée de facto une séparation aussi brutale qu’arbitraire du territoire. Il établit une discrimination aussi abjecte que répugnante parmi les autochtones, parmi cette population dont le nomadisme, c’est-à-dire la liberté de circuler est un mode de vie ancestral.
Naturellement, ce barrage, truffé de mirador, des mines, de fils de barbelés, ne pouvait pas ne pas faire écho au mur de Berlin. Ils ont d’ailleurs été qualifiés tous les deux “de mur de la Honte” à l’époque.

Sauvegarder les intérêts politiques et économiques de la puissance coloniale, telle était la raison d’être de ces barbelés. Ce barrage était aussi un défi lancé à tous les indépendantistes qui avaient osé avec courage réclamer la souveraineté nationale avec des banderoles et des pancartes à l’arrivée du général de Gaulle sur le territoire en août 1966. Car pour l’administration coloniale, alimenter et entretenir la division entre les communautés ne suffisait pas. Il fallait aussi endiguer la marche en avant vers l’indépendance en triant la population en autochtones, en allogènes, en indigènes, en français de papier et je ne sais quoi encore.
Au fur et à mesure, que le désir d’indépendance se transformait en une volonté et une détermination inébranlable dans la conscience populaire, l’administration répondait par des rafles, des expulsions, des refoulements. Et ceux qu’elle considérait comme des activistes et des leaders étaient soient emprisonnés, soient assassinés. Mais la population n’était pas dupe et ne se laissait pas intimider. Le référendum truqué du 19 mars 1967 a donné lieu à des manifestations et des émeutes meurtrières.
L’administration coloniale et les légionnaires, manifestement débordés par l’ampleur de la contestation populaire, n’avaient d’autre choix que de faire usage d’une violence répressive et dissuasive. A cela s’ajoutait également les tracasseries administratives et les falsifications d’identité qui tendaient à présenter les indépendantistes comme des alliés objectifs des puissances étrangères.
Dans ce contexte de tension sociale et politique, le barrage, présenté par l’administration coloniale comme un dispositif de sécurité, était en réalité censé contrecarrer voir étouffer les velléités indépendantistes. Mais paradoxalement ce barrage n’a fait qu’intensifier la lutte populaire.
Malgré les souffrances endurées, des familles séparées, certaines mêmes déportées, le barrage ne pouvait ni dissuader, ni contrôler et encore moins stopper la soif de souveraineté qui émanait du peuple.
Avec l’édification de ce barrage, ce fur de l’avis même des commentateurs, les 10 dernières années les plus rudes et les violentes qu’ait connu le territoire avant la délivrance et l’accession à l’indépendance nationale.

Mes chers compatriotes,
Si nous avons édifié ce mémorial, ce n’est pas pour ressasser le passé, c’est juste pour ne pas oublier ce qui s’est passé. Pour se souvenir, mais aussi transmettre. C’est une partie de notre histoire. Nous ne devons pas la rejeter dans l’oubli, mais au contraire la préserver au fond de notre mémoire collective.
Oui, le devoir de mémoire participe à la cohésion de notre société et à l’affermissement de notre identité nationale. Mon souhait est que ce mémorial par sa puissance évocatrice rappelle à mes compatriotes la noblesse des combats lorsque ce combat débouche sur la souveraineté d’un peuple.
Je vous remercie de votre attention. »

 
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