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Cacophonie à répétition à l’UMP : le PSD claque la porte !
par Mahdi A., février 2018 (Human Village 32).
 

Rien ne va plus au sein de la coalition UMP. Le dernier épisode de la course à l’échalote des législatives a fini par faire voler en éclat l’union des partis de la majorité… Un climat de tension et de forts remous secouent les partis au pouvoir. Il faut dire que l’absence d’une opposition crédible dans le paysage politique a permis l’expression de rancœurs trop longtemps contenues par les uns et les autres à l’égard du RPP.

Rappel
L’UMP est le seul groupement politique à avoir investi soixante-cinq candidats aux législatives. Cette incroyable machine électorales aux moyens illimités domine la vie politique nationale. Non sans couacs, comme le montrent les tensions qui secouent la coalition dont la clé de voûte est le RPP. Ce parti cumule quarante années de pouvoir sans interruption. Pivot de la coalition qui le lie aux PSD, UPR, FRUD, et PND, il règne sans partage sur les investitures à la députation des membres de tous les partis. Les autres non pas voix au chapitre. D’ordinaire, ils baissaient l’échine et se contentaient des miettes que le RPP acceptait de leur concéder… C’est ainsi qu’en allaient les rapports de forces au sein de la majorité, jusqu’à ce que les responsables du FRUD commencent à se rebiffer en prenant pour prétexte la publication de la circulaire organisationnelle du comité de direction de l’UMP pour la campagne législative, le mois dernier. Dès sa diffusion, sa composition a été dénoncée par des personnalités issues de tous les partis de l’Union pour la majorité. Ces responsables estimaient n’avoir pas été consultés. Mais est-ce une raison suffisante pour menacer de rompre les ponts avec la majorité ? La cause de ce coup de fièvre n’est–elle pas plus profonde ? Ce qui exacerbe et cristallise les tensions ces derniers mois au sein de la majorité, c’est le sentiment partagé entre les leaders de ces mouvances que leur fidélité n’est pas récompensée… Ils ignorent à quelle sauce ils seront mangés et s’ils feront partie des postulants retenus par le RPP pour concourir sous les couleurs de l’UMP.
Les responsables du FRUD ont été les premiers à donner un coup de poing sur la table, pour ce qui s’apparente plus à des pacotilles, qu’à autre chose. L’objectif premier de ce coup de gueule est, avant tout, de se rappeler au bon souvenir des instances du RPP au moment où ses responsables clament leur intention de donner un coup de balai afin de renouveler la classe politique de fond en comble. Le brûlot de Bolock Mohamed Abdou sur le ras-le-bol du FRUD quant à l’état de cette alliance politique nous éclaire sur les tensions vivaces qui agitent la majorité. Selon lui, elle serait déséquilibrée et aurait conduit le FRUD dans une « impasse politique ». Il estime avoir été roulé dans la farine avec des promesses non tenues, pointant du doigt avec des mots forts, la roublardise, « la mauvaise foi de son allié » du RPP, sa « brutalité et irrespect » à l’égard de son mouvement politique. Il prévient finalement, pour ce qui apparait comme une mise en garde : « on ne va pas se laisser faire. Désormais on va répondre ». Il reproche à la première force politique du pays de constituer « tout seul la direction de la campagne » et d’avoir eu le culot de proposer « aux dirigeants du FRUD de faire valoir leur droit à la retraite politique et de déguerpir ». Apparemment la pilule ne passe pas !

Rétropédalage
Il semble à la lecture de la circulaire du 4 février que le coup de semonce ait été entendu, puisqu’elle institue un nouveau comité de direction de la campagne, et le retour sur le devant de la scène du président du FRUD, Ali Mohamed Daoud dit Jean-Marie. Le nouveau comité comprend onze membres. On notera que sa composition contrevient quelque peu à l’esprit de la loi sur le quota, pourtant promue par la majorité, puisque le comité ne comprend aucune femme. On constate qu’il faudra encore un peu de temps pour que les modes de fonctionnement habituels de nombreux partis et structures politiques cessent de faire obstacle à la participation des femmes à la vie politique…
Ce nouveau comité reste cependant un véritable camouflet pour le président de l’UMP, Abdoukader Kamil Mohamed et son cabinet de la Primature, contraints de revoir leur copie pour accorder une place de choix au président du FRUD ainsi qu’au secrétaire général du RPP, Ilyas Moussa Dawaleh, qui signe là, son retour en force. Si l’on se fie au pamphlet de Bolock Mohamed Abdou, il aura fallu l’arbitrage du président du RPP, Ismaïl Omar Guelleh, pour inverser la vapeur et permettre au FRUD de sauver la face. Il faut dire que le parti avait mis tout son poids dans ce différend allant jusqu’à menacer de prendre le maquis si ses doléances n’étaient pas entendues… Pensant avoir éteint le début d’incendie au sein de la majorité, le RPP étant loin de s’imaginer qu’il allait ouvrir une nouvelle brèche…

Après le PND, c’est au tour du PSD de claquer la porte de l’UMP
Une nouvelle séquence gênante pour le RPP, où ses divisions éclatent encore une fois au grand jour, est la volée de bois vert distribuée par la présidente du PSD, Hasna Moumin Bahdon, le 4 février : « Compte tenu de la mauvaise manière des préparatifs des élections législatives du 23 février 2018, le manque de considération survenu lors de la dernière réunion avec le responsable du RPP, le non respect des accords initiaux avec le parti allié, sans oublier nos différentes propositions non retenues, le PSD a pris la décision de mettre fin à l’alliance avec le RPP à compter de ce jour ».
Cela ne fait plus aucun doute, l’UMP est confrontée à sa plus grave crise. Tous ses membres (PSD, PND, FRUD, UPR) estiment ne pas être suffisamment payés en retour de leur soutien indéfectible. Ils grondent car ils ne supportent plus le manque d’égards et le fait que tous les partis ne sont pas logés à la même enseigne.
Ce communiqué, publié dans la foulée de la diffusion des listes des candidats investis pour les législatives par l’UMP, renseigne sur la guerre de nerfs qui secoue cette union. Comment expliquer cette menace de rupture ? La raison est simple : Hasna Moumin Bahdon a été positionnée à la 30e place dans la circonscription de Djibouti-ville, qui compte 35 sièges à pourvoir. L’UMP pense pouvoir rafler 80% des sièges à Djibouti, et donc conquérir 28 sièges sur 35. L’opposition devrait se contenter sur la capitale des sept sièges restant. Selon ce schéma, la seule place accordée au PSD ne serait pas éligible. C’est l’affront de trop !

Les jeux seraient faits avant l’heure et en dehors des urnes
Le gouvernement, toujours soucieux de prendre soin des siens, a eu l’excellente idée d’organiser – avant l’heure et en dehors des urnes – la répartition par désignation des sièges au sein des partis de la majorité ainsi qu’entre les partis de l’opposition autorisés, puis entre la majorité et l’opposition. Cette construction tenait compte de plusieurs éléments gravés dans le marbre, comme le dosage entre les communautés, les clans, les sous-clans, entre les sexes, et en panachant les résultats sur six régions… Dans le cas de Hasna Moumin Bahdon c’est une candidature problématique qui l’a disqualifiée. Comment ? La présidente du PSD joue de malchance - comme d’ailleurs en 2013 [1] – puisque la liste rivale de l’opposition UDJ-PDD, présente en position éligible un membre de sa propre communauté (Issa, Abgal, Yonis-Moussa, Odahgob, Reer Kool…). Pour respecter le dosage tribal, avec l’introduction d’une dose de proportionnelle depuis les législatives de 2013, la coalition au pouvoir a décidé de désister systématiquement son candidat en le plaçant en position inéligible, lorsque le risque d’un doublon d’élus de la même communauté se présentait. Ce choix de bon père de famille, guidé par le souci de ne pas bouleverser les équilibres entre les communautés dans leur représentation au Parlement, peut se justifier. Au delà, le recalibrage des listes de la majorité met en lumière une étrange réalité… que des tripatouillages sur les listes de candidatures de l’UMP s’effectueraient en dehors de toute légalité, après qu’elles ont été officiellement déposées au ministère de l’intérieur. On comprend mieux à l’aune de ce postulat, qu’il ait fallu attendre, dix jours, pour que les listes soient communiquées au public [2]. Le temps nécessaire aux recalibrages de la marmite des investitures de la liste de la majorité sans doute. L’ancien président de la République, feu Hassan Gouled Aptidon, aimait à dire que cet équilibre communautaire reposait sur une science, celle de la « mathématique », pour insister sur son immuabilité. Cela implique que les candidats soient désistés – repositionnés en position inéligible - partout où un risque du doublon apparaît. Les urnes ne tranchent pas le débat, il est décidé en amont et n’est pas laissé aux électeurs. Mais qu’adviendra t-il le jour où les résultats sortis des urnes ne seront pas ceux escomptés par la majorité au pouvoir ?

Ménager ses alliés sans pour autant garantir des places réservées, voilà le dilemme du RPP. Ses alliés considèrent que ce procédé est une aberration. Voilà pourquoi la présidente du PSD tente l’arme de la dernière chance, l’arme atomique de la rupture, pour revenir dans le jeu. Ce qui fait encore plus enrager Hasna Moumin Bahdon, c’est que les exemples de candidats de la majorité protégés sont légions. Comme en 2013, avec Ali Chehem Bourhan, Ali Mohamed Daoud dit Jean-Marie, ou bien pour la 8e législature à venir, Dileita Mohamed Dileita et Ibrahim Chehem Daoud. C’est cette différence de traitement que la présidente du PSD dénonce dans sa déclaration à l’emporte pièce.

Une opération de câlinothérapie
La réaction de l’UMP ne s’est pas fait attendre. Une opération de câlinothérapie a été diligentée au lendemain de l’annonce de cette rupture. Tous les proches du pouvoir ont défilé au domicile de la présidente du PSD où se sont engagées de longues discussions pour trouver un compromis, n’excluant pas la possibilité de repositionner Hasna Moumin Bahdon à une place rendant son élection plus assurée : Ibrahim Chehem Daoud, Ali Abdi Farah, Djama Elmi Okieh, Ougoureh Kifleh Ahmed, Naguib Abdellah Kamil... La situation reste en suspend, aucune option ne fuite, et les négociations se poursuivent dorénavant à un échelon au dessus ! Une source proche des négociateurs a même affirmé qu’un compromis avait déjà été obtenu. L’hypothèse que le PSD rentre au gouvernement reste toutefois très peu probable.

Mahdi A.


[1La candidature d’Ibrahim Soultan Abdillahi en position éligible sur la liste de l’UMP l’avait contraint au désistement pour préserver les équilibres communautaires.

[2Les dépôts des listes ont eu lieu le 25 janvier, elles ont été rendues publiques le 4 février 2018, soit dix jours plus tard.

 
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