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Djibouti : un désert culturel ?
 

Il fut un temps où notre capitale était un carrefour culturel. Des multitudes d’activités y étaient organisés. Rencontres culturelles des années ’80, le Fest Horn qui a duré plus de douze ans. Des troupes théâtrales produisaient à profusion et multipliaient les spectacles. Depuis quelques années, Djibouti est devenu un désert culturel. La ville manque cruellement d’activités artistiques et culturelles et ne possède même pas un cinéma, car l’unique « Odéon » a rendu l’âme il y a très longtemps. Pourquoi ce déclin et quelles sont les causes et les conséquences de cet appauvrissement culturel ?

La culture est l’âme d’un peuple. Elle est l’essence même de son existence. Elle demeure ce qui reste lorsqu’on a tout oublié disait Emile Henriot, poète, écrivain et essayiste français.
« Djibouti, capitale culturelle de la Corne », ce vieux slogan est galvaudé. De nos jours notre ville manque cruellement d’activités culturelles pour l’épanouissement de la jeunesse. Seul un festival des Qasaid, chants religieux, est organisé annuellement et c’est tout ce qui reste pour l’instant.
Il est bien loin le temps où notre capitale grouillait d’activités culturelles : les rencontres se succédaient et ne se ressemblaient pas. Les décennies ’80 et ’90 ont été les plus animées. Les rencontres culturelles organisées à cette période drainaient des foules énormes qui assistaient régulièrement aux spectacles organisés sur plusieurs sites dans la ville. Elles ont permis l’éclosion et l’émergence de nouveaux artistes talentueux qui ont pris la relève des anciens. C’est grâce à ces rencontres culturelles qu’un certains Abdallah Lee, paix à son âme, a été découvert par le public.
Et puis en 2000, le Fest Horn a été lancé par l’ONG ADAC qui s’était donnée comme objectif de faire rayonner notre pays dans le domaine culturel. Ce festival régional très apprécié par les Djiboutiens et auquel participaient des artistes renommés de la région, mais aussi d’autres venus de très loin, a permis durant douze ans de faire vibrer les chants pour la culture de la paix. En parallèle des ateliers de musique interactive, d’échanges culturels et artistiques étaient organisés. Et puis le Fest Horn rendit l’âme. Une gestion hasardeuse de la part de l’ADAC, doublée d’un manque de volonté politique de pérenniser cet évènement de la part des pouvoirs publics, l’ont achevé.
Rappelons nous aussi que des troupes nationales comme Gaan Macan, 4 mars, Degan, ont durant plusieurs années animé la scène.
Dans un article publié récemment, le grand écrivain djiboutien Ali Moussa Iye rappelait que la période coloniale était de loin le temps où la création artistique était à son apogée. « Paradoxalement, c’est pendant la colonisation et son entreprise de dévalorisation de notre culture que les artistes djiboutiens feront preuve d’une grande créativité musicale dans leur résistance culturelle contre l’aliénation. Des clubs culturels s’étaient crées dans les différents quartiers qui deviendront des pépinières d’artistes mus par la volonté de se servir de leur création culturelle pour participer au combat contre la domination coloniale », écrit-il [1].
À part un éphémère forum culturel, organisé à la hâte en 2012, c’est le calme plat dans notre capitale. Peut-être cela est dû aussi au décès des grands auteurs comme Ibrahim Gadhleh, Hassan Elmi, Omar Maalin et dernièrement Omar Kuul, qui ont laissé un vide énorme sur la scène artistique nationale.
Il ne faut pas oublier aussi que l’émission « Jeune talent » organisée en 2014 par la RTD a permis de sauver les meubles. Et depuis l’expérience n’a pas été renouvelée pour permettre à d’autres talents d’émerger sur la scène artistique.
Composée à plus de 70% de jeunes, la population djiboutienne a soif de divertissements et de spectacles. Cela pourrait éviter à la jeunesse de sombrer dans les drogues et juguler le fléau de la délinquance juvénile. Vivement une capitale animée où il fait bon y vivre.

Kenedid Ibrahim


[1Ali Moussa Iye, « La chanson djiboutienne : A la recherche d’un nouveau souffle », 21 août 2013, voir en ligne.

 
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