Human Village - information autrement
 
Djibouti et la Corne face à la Somalie de Farmaajo
par Aden Omar Abdillahi, décembre 2017 (Human Village 31).
 

En cette journée du 8 février 2017, les Somaliens se préparent à suivre une longue soirée électorale qui devra déboucher sur l’élection du président de la République fédérale de Somalie pour les quatre prochaines années. Après plusieurs reports et un processus compliqué et inabouti de formation des États fédérés, l’élection du président somalien se fera cette fois aussi par le parlement contrairement au souhait illusoire de l’organiser à travers un suffrage universel direct. Cependant, le processus électoral 2016-2017 diffère légèrement de celui de 2012 dans le sens où le collège électoral a été plus élargi et la sélection des parlementaires plus inclusive en amont avec l’implication des États fédérés. Le parlement fédéral somalien qui élit le président de la république compte cette fois deux chambres au lieu d’une seule en 2012  : la House of the People ou chambre basse avec 275 membres et la Upper House, chambre haute, avec 58 membres. Au lieu de choisir directement les 275 députés de la chambre basse par les 135 chefs coutumiers représentatifs de tous les clans et sous-clans somalis comme en 2012, cette fois les chefs traditionnels se sont limités à sélectionner 51 délégués pour chaque collège électoral, autrement dit pour chacun de 275 sièges à pourvoir. Ainsi, les 14 025 délégués ont élu les 275 députés. Ici on est resté dans le cadre de la formule clanique classique de partage du pouvoir en Somalie  : le 4.5. Par contre les membres de la chambre haute du parlement ont été élus par vote des Assemblées des États fédérés à partir des candidats sélectionnés par les présidents de ces États [1]. Au niveau national, la Federal Indirect Electoral Implementation Team (FIEIT) composée de 22 membres – 10 choisi par le gouvernement fédéral et 12 par les Etats fédérés, dont 7 femmes – conduit le processus électoral. Au niveau des États fédérés établis ou en formation, les State Indirect Electoral Implementation Teams, six au total, étaient à la manœuvre avec chacun 11 membres dont 8 choisis par les États fédérés et 3 par le gouvernement fédéral.

C’est à la faveur de ce processus électoral plus élargi à défaut de suffrage universel et malgré le niveau élevé de corruption électorale que le très austère et non moins populaire Farmaajo a été élu à la fin du second tour parmi les quatre candidats restants sur les 21 en compétition au premier tour. Le finaliste et président sortant Hassan Sheikh Mohamud, pourtant arrivé en première position au premier tour, s’est désisté constatant qu’il ne pourrait réunir la majorité de deux tiers des voix des membres du Parlement requise pour être élu président avec les 97 votes qu’il a obtenus au second tour face à l’avance confortable de Farmaajo qui totalisait déjà 184 votes en sa faveur. Farmaajo était à son deuxième essai cette année suite à son élimination dès le premier tour en 2012, une élection entachée par l’achat des votes des parlementaires et dont l’issue s’tait déterminée par la logique du plus offrant. Même si les conditions auraient rendu possible la tenue de l’élection présidentielle de 2017 au suffrage universel direct, il est fort probable qu’il l’aurait remportée également sans grande difficulté compte tenu de son immense popularité auprès de la population somalienne. Dans un sens, il semblerait que les parlementaires somaliens aient entendu et traduit cette fois cette volonté populaire en votant massivement pour Farmaajo.

Dès l’annonce des résultats vers 20 heures, des scènes de joie éclatèrent un peu partout en Somalie, notamment à Mogadiscio où les gens sont descendus dans les rues, bravant le risque d’attentat d’Al Shabaab, à un moment où la menace est la plus élevée, et rompant le couvre-feu nocturne de rigueur dans la capitale pour accueillir la victoire de Farmaajo. Des manifestations de joie sont également recensées au Kenya parmi les Somalis. Rarement l’élection d’un président somalien n’a suscité autant de ferveur et d’enthousiasme de la part des Somaliens et des Somalis, qu’ils se trouvent dans les pays de la corne de l’Afrique ou ailleurs dans le monde. Il faut dire que l’homme qui vient d’être élu a su conquérir les cœurs des Somaliens et les convaincre. Mais qui est-il au juste cet homme sur qui se porte désormais l’espoir fou des Somaliens d’extirper leur pays du chaos et de retrouver le chemin de la normalité  ? 55 ans, issu du même sous-clan que Mohamed Ziyaad Barre. Sous le régime de ce dernier, il a commencé à travailler au cours des années 1980 au ministère des Affaires étrangères et a même été affecté durant un moment à l’ambassade somalienne à Washington. Après l’effondrement de l’État somalien, il a poursuivi des études universitaires en histoire et en science politique dans l’État de New York et y a entamé par la suite une carrière d’administrateur dans le domaine des finances. Il a vécu plus de la moitié de sa vie aux États-Unis et est détenteur de la nationalité américaine. Sa carrière politique en Somalie a démarré en novembre 2010 lorsqu’il devint Premier ministre du gouvernement fédéral de transition sous la présidence de Sheikh Sharif Sheikh Ahmed. Il a perdu son poste suite à l’accord de Kampala de juin 2011 [2] qui devait mettre fin à la crise politique ouverte entre le président somalien Sheikh Sharif et le président du Parlement Sharif Hassan cosignataire de l’accord. Cet accord prévoyait aussi le report d’un an de l’élection présidentielle d’août 2011 à laquelle étaient candidats déclarés les deux Sharif, et par conséquent entérinait le prolongement d’une année de leur mandat respectif. Les conditions controversées de son éviction, le travail accompli et les résultats atteints en si peu de temps lui ont attiré la sympathie des Somaliens et de la communauté internationale. Ces sept mois passés à la tête du gouvernement somalien lui ont permis de se tailler une réputation de gestionnaire efficace et incorruptible, de patriote doublé d’un nationaliste qui rappelle les bonnes heures de la Somalie, d’homme honnête soucieux avant tout des intérêts de la population somalienne et d’un leader politique qui fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait. Cette renommée qui ne l’a plus quitté depuis, malgré l’échec de 2012, l’a conduit six ans plus tard à la Villa Somalia, siège de la présidence somalienne.
Si sa rhétorique populiste et nationaliste galvanise les foules en Somalie et son arrivée au pouvoir fait renaître dans les esprits la possibilité d’une renaissance de l’Etat somalien, son programme inquiète tout autant les États de la corne de l’Afrique. Sa présidence pourrait chambouler bien des équilibres entérinés et positions conquises en l’absence de la Somalie. L’arrivée de Farmaajo au pouvoir n’est pas d’emblée sans incidence sur l’influence de Djibouti en Somalie, et à partir de cette dernière sur son rôle et statut géopolitique. L’objectif de ce papier est de questionner le programme du nouveau président somalien, notamment ses vues en matière des relations avec les pays voisins, et tenter à partir du contexte de la région d’explorer les conséquences plausibles de l’hypothèse du retour de la Somalie sur Djibouti et plus généralement sur la Corne.
Nous aborderons cette réflexion par un rappel de l’importance de la Somalie pour Djibouti, pour analyser par la suite les raisons de la méfiance de Farmaajo à l’égard de Djibouti et enfin esquisser les contours de la reconfiguration qui s’annonce dans la corne de l’Afrique.

I. Importance identitaire et stratégique de la Somalie pour Djibouti
Il s’agit d’analyser la plausible perte d’influence de Djibouti suite à l’élection de Farmaajo en Somalie. Sur un autre plan, cette nouvelle donne, bien que menaçante en retombées directes pour Djibouti de la situation somalienne, pourrait être porteuse aussi d’opportunités nouvelles dans le contexte actuel et à venir. Mais avant tout rappelons quelques traits caractéristiques de la politique étrangère djiboutienne.

1. Les deux effets de la diplomatie djiboutienne
Dans ses relations avec les puissances étrangères, la diplomatie djiboutienne s’appuie sur deux leviers fondamentaux : l’effet de contraste et l’effet de balancier. L’effet de contraste résulte de la disposition du pays à offrir à un partenaire étranger un service ou un avantage convoité qu’aucun concurrent potentiel n’est en mesure de proposer à des meilleures conditions ou du moins dans des termes similaires. Cette disposition unique de Djibouti dans la région est le fruit de la combinaison de deux facteurs : la stabilité politique et l’ouverture du pays. A la conflictualité en tout genre – guerres interétatiques et intra-étatiques, terrorisme, terrorisme d’État, révoltes communautaires, fragilisation et rupture de l’État, etc. – qui sévit dans la région, Djibouti oppose une stabilité relative en quarante années d’indépendance, en dépit de quelques brefs épisodes sans conséquences sur la continuité du pouvoir étatique. C’est aussi une stabilité nécessaire garantie à la faveur des impératifs économiques du pays par une détermination politique et populaire. C’est enfin une stabilité à marche forcée qui s’est parfois faite au détriment de la souveraineté nationale et du progrès démocratique.
L’ouverture du pays est plurielle. Elle est identitaire et culturelle du fait de la double appartenance du pays aux mondes arabo-islamique et africain sans oublier l’influence de la culture occidentale importée par la colonisation ; historique et idéologique, grâce aux contacts permanents sans heurts ou élans de xénophobie des Djiboutiens avec l’autre qu’il soit militaire, réfugié, touriste ou simple ressortissant étranger, sans à priori racial ou confessionnel ; maritime puisqu’elle facilite une bonne communication aussi bien avec l’Europe, l’Asie que l’Afrique de l’Est ; et enfin géographique car sa position offre une vue panoramique imprenable sur la péninsule arabique, la corne de l’Afrique et pour la surveillance du très stratégique détroit de Bab-el-Mandeb, porte sud de la mer Rouge et voie de navigation cruciale pour les échanges commerciaux mondiaux. Dès lors, il serait très réducteur de croire que la géographie constitue le facteur déterminant quand le Yémen, l’Erythrée ou la Somalie pourraient proposer le même service et représenter autant d’alternatives hypothétiques à Djibouti. Mais aucun de ces pays ne réunit simultanément ces facteurs clés ni leurs éléments constitutifs comparativement à Djibouti.

Pour ce qui est de l’effet de contraste, il s’agit de mettre en avant des atouts uniques et de profiter d’un monopole situationnel, d’une exclusivité structurelle. C’est grâce à cet effet de contraste que sont rendus possibles pour Djibouti l’attrait du trafic maritime éthiopien, les investissements arabes et chinois dans les infrastructures portuaires, l’accueil des forces armées américaines, européennes, japonaises et chinoises sur son territoire. Si l’effet de contraste procure un avantage certain mais statique, l’effet de balancier le rend dynamique.
L’effet de balancier résulte de la capacité du pays à optimiser un avantage, à réduire une dépendance ou à (r)établir une situation d’équilibre dans une relation exclusive avec un partenaire initial en impliquant un tiers susceptible de rivaliser et de surenchérir sur cette exclusivité. Ici on ne parle plus de disposition – comme dans le cas de la définition de l’effet de contraste - mais de capacité et cela suppose une aptitude à prendre une bonne décision et par conséquent des risques. Il ne faut se tromper ni sur le choix du tiers rival ni sur le timing. Si le tiers rival potentiel est en général une donnée des enjeux de la géopolitique et parfois relève d’un pur calcul économique, il en va tout autrement du timing adéquat : trop tôt ou trop tard, cela risque de compromettre une bonne relation.
L’effet de balancier n’est pas tant lié à la qualité des rapports avec tel ou tel pays ou au niveau des retombées que cette relation procure, c’est le surplus qu’engendre l’implication d’un tiers dans un partenariat bilatéral. Il ne s’agit pas seulement de tirer profit de la mise en compétition des partenaires, mais de maximiser les bénéfices tirés de chacun des partenaires, de réduire une dépendance, de sortir d’un face-à-face qui va se transformer en déséquilibre gênant pour Djibouti dont les capacités sont très limitées. Il ne vise pas non plus seulement à transformer une relation bilatérale en relation triviale ou de multiplier les partenaires autour du même centre d’intérêt, mais le plus important reste l’activation d’un rapport compétitif et mutuellement contre-balancé entre le partenaire initial et le tiers rival. Ce fut le cas lorsque la France a rehaussé le loyer de sa base militaire à Djibouti suite à l’arrivée des Américains après le 11 septembre 2001, ou lorsque ces derniers ont doublé leur loyer récemment pour dissuader Djibouti d’accueillir des bases militaires chinoise et russe. Egalement, ce fut le cas dans le cadre de la gestion concédée du port en 2002 à DP World qui devait le moderniser et surtout le rentabiliser face à son unique client, l’Éthiopie, et au-delà. Les investissements émiratis ont permis aussi à Djibouti de réduire sa dépendance économique par rapport à la France, tout comme aujourd’hui ceux des Chinois l’autonomisent de DP World.
A chaque fois que cet effet de balancier n’opère plus et qu’un partenariat exclusif s’instaure avec une puissance étrangère, les intérêts à long terme de Djibouti se trouvent menacés. Il est indispensable pour Djibouti, voir même vital parfois, d’œuvrer à la pérennisation de cet effet dans ses relations avec les puissances étrangères. L’exclusivité ne fait pas ses affaires. Nous l’avons vu avec la France, avec Dubaï, avec l’Éthiopie et sûrement avec la Chine demain.

2. Être par contraste
La Somalie demeure un partenaire stratégique historique de Djibouti. Son soutien fut décisif pour les Djiboutiens dans la lutte contre la colonisation et elle a endossé dès l’indépendance le rôle d’allié incontournable en cas de conflit avec une puissance étrangère ou contre un mouvement armé qui menacerait la sécurité, l’intégrité territoriale ou la pérennité de l’Etat djiboutien. Une dette historique et des liens de fraternité assez singuliers que Djibouti estime avoir honorés avec beaucoup de détermination et des sacrifices depuis le début de la crise somalienne en 1991 en passant par l’accueil des vagues de réfugiés, la conférence d’Arta de 2000 jusqu’à son engagement militaire auprès de l’AMISOM en 2011 dans le combat contre le terrorisme sans oublier tous les efforts directs ou indirects que Djibouti a consentis pour la paix et la stabilité de la Somalie [3].

Toutefois, pour Djibouti, la Somalie représente bien plus que ce que les événements nous invitent à retenir. La Somalie, c’est d’abord, un élément central de la politique étrangère de Djibouti. Un point nodal qui a donné cohérence, armature, maturité et consistance à la diplomatie djiboutienne encore en gestation, difforme et inaudible sur la scène régionale et internationale. Depuis les débuts de la crise en 1991, la situation de la Somalie a offert un créneau devenu la singularité et la substance même du discours diplomatique de Djibouti. Ainsi, la jeune république, largement inconnue, s’est trouvée une cause à porter dans les arènes de la diplomatie internationale, un moyen de se garantir une voie d’accès à des tribunes et à des acteurs, une façon de se familiariser avec la communauté internationale, mais elle s’est surtout dotée d’une voix pour signifier sa propre existence et son utilité aux yeux du monde. Avec le temps, Djibouti a accumulé sur la Somalie informations, connaissances et expertises qui font d’elle un acteur consulté et écouté, un passage obligé et une plate-forme de projection, une rampe de lancement des opérations humanitaires et militaires à destination de la Somalie.
Autant dans la naissance de la république de Djibouti que dans sa viabilisation et sa consolidation, la Somalie a occupé un rôle de premier plan. C’est grâce au soutien de l’État somalien [4] que la conquête de l’indépendance politique de Djibouti a été rendue possible. C’est sa disparition et les turpitudes que traverse encore ce pays qui ont donné à Djibouti l’occasion de faire fructifier les potentialités de sa position géographique. Une Somalie unie et stable aurait été une alternative crédible. Même durant la période 1977-1990, l’existence de l’État somalien constituait un contrepoids diplomatique et militaire vis-à-vis de l’Éthiopie dans la région et représentait ainsi une sorte de seconde garantie – en plus des Français - au bénéfice du fragile État djiboutien. Egalement, dans un tout autre registre, la Somalie a rendu possible cet effet de contraste psychologique à partir duquel Djibouti se définit et se positionne. L’expérience malheureuse de la Somalie a permis à Djibouti de cimenter sa propre cohésion nationale et de maintenir sa stabilité intérieure. La rhétorique politique de « la paix  » n’aurait de sens et de pertinence que contrastée avec la situation de la Somalie qui rappelle et témoigne de son absence aux Djiboutiens.
Ces quelques éléments montrent que la dépendance de Djibouti à l’égard de la Somalie est plus profonde et plus existentielle qu’elle ne le laisse supposer a priori. L’existence et la disparition de l’État somalien ont toutes deux, chacune à sa manière, été bénéfiques à Djibouti pour se façonner une identité politique et stratégique. Ce sont ces acquis que pourrait remettre en cause l’élection de Farmaajo en Somalie. Néanmoins, cet événement et surtout la perspective du retour de la Somalie pourrait rétablir un effet de balancier que Djibouti a perdu avec l’Ethiopie devenue partenaire exclusif en l’absence du contrepoids naturel de cette dernière dans la région.

3. Contrepoids naturel de l’Éthiopie
Loin derrière sont les prétentions déclarées de la Somalie et de l’Éthiopie à l’égard de Djibouti, encore colonie française. Au lendemain de l’indépendance de Djibouti, la Somalie avait déjà mis en exécution son projet de formation de la « Grande Somalie  » dont Djibouti faisait partie théoriquement. Ce projet ne survivra pas à la conquête ratée de la région somalie de l’Éthiopie en 1978 et au naufrage de l’État somalien en 1991, qui a plongé le pays dans une longue guerre civile. Quant à l’Éthiopie, qui a longtemps caressé le rêve d’une ouverture maritime par l’annexion de Djibouti, elle s’est vue contrainte de calmer ses ardeurs face au maintien d’un fort contingent militaire français à Djibouti et la signature d’un accord de défense entre la France et le nouvel État pour garantir sa sécurité extérieure. La course effrénée à l’hégémonie régionale entre la Somalie et l’Éthiopie constituait une autre garantie de la pérennité de Djibouti.

Suite à un conflit (1998-2000) avec l’Erythrée, l’Éthiopie a dérouté l’ensemble de son trafic maritime vers le port de Djibouti et continue d’en dépendre malgré quelques tentatives non abouties de recherche d’alternative dans la région. D’ailleurs, l’Éthiopie, plus consciente depuis quelques années de sa trop grande dépendance à l’égard de Djibouti, a commencé à parler d’interdépendance [5] entre les deux pays, d’intégration économique, parfois même laisse transparaitre son inquiétude en murmurant un projet d’intégration politique entre les deux pays. C’est le sens du discours du Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, prononcé en février 2015 devant le Parlement djiboutien  :
« As I address you here today, high in my agenda is- protocols and formalities aside- a call to further action in our quest to meeting the perennial demands of our two peoples for an ever closer cooperation, an even greater economic and social union and, who knows, an even closer political integration that simply logically follows from our belief in and dedication to fulfilling our historic common destiny. I don’t know what name political scientists or pundits will give to that sort of closeness but we are slowly but surely inching towards it because, after all, that is what our two peoples so passionately desire and our children so richly deserve ».
Une invitation que le président djiboutien a courtoisement déclinée lors de son discours-réponse devant le Parlement éthiopien en mars 2017 [6]. Quoiqu’avec le temps Djibouti et l’Éthiopie ont su tisser des relations économiques étroites basées sur une compréhension commune et raisonnable de leurs intérêts et dépendances réciproques, depuis la perspective djiboutienne d’une intégration régionale plus judicieuse et plus approfondie ne pourrait occulter le concours des autres partenaires et en premier lieu de la Somalie. Le retour de la Somalie dissiperait l’effet de contraste géopolitique mais rendrait possible un effet de balancier stratégique et économique avec l’Éthiopie. Le potentiel agricole somalien demeure largement inexploité par Djibouti qui continue de dépendre presque exclusivement des produits éthiopiens. Les troubles récents en Éthiopie et les perturbations consécutives en matière d’approvisionnement pour Djibouti - d’autant plus que le Yémen traverse une grave crise depuis 2015 - justifient amplement l’exploration de l’option somalienne, même à titre de ressource complémentaire.
Enfin, Djibouti ne voit pas d’un mauvais œil la réticence de Farmaajo sur l’installation d’une base militaire émiratie au Somaliland qui aurait des répercussions sur la mise en œuvre du projet d’investissement de Dubai Ports World dans le port de Berbera, concurrent direct des ports djiboutiens, auquel est associé l’Ethiopie. Son premier déplacement officiel à l‘étranger en tant que président de la Somalie étant réservé à l’Arabie saoudite, en compétition avec les Égyptiens et peut-être avec les Émirats arabes unis dans la Corne, laisse supposer qu’il serait moins enclin à coopérer avec les Émirats, qui de surcroît avaient soutenus ses concurrents lors des élections.

II. Farmaajo n’est pas pro-djiboutien
Au vu des discours du candidat et du président élu Farmaajo, le moins que l’on puisse dire est que la politique étrangère de la Somalie semble prendre une nouvelle direction. Farmaajo, dont les idées en la matière demeurent empreintes d’un nationalisme avéré et assumé tant il séduit les Somaliens et s’alimente de leur hostilité exacerbée ces dernières années par les comportements erratiques des puissances voisines présentes militairement en Somalie et par la faiblesse des autorités fédérales sur fond d’une situation qui ne s’améliore guère, n’a cessé d’appeler à la fin de l’ingérence des pays voisins dans les affaires somaliennes et de prôner des « relations fondées sur un partenariat équilibré et un respect mutuel  » [7] avec ces derniers. Il prévoit de privilégier le développement des relations commerciales avec les partenaires étrangers et d’accélérer avec leur soutien la formation des forces somaliennes de sécurité et de défense. Néanmoins, sa stratégie sécuritaire « Security Pact  » composante essentielle du « New Partnership Pact » présenté en mai 2017 lors de la conférence de Londres sur la Somalie semble très, voire trop ambitieuse pour que le pays se débarrasse des Shabaab et s’autonomise à moyen terme du soutien de l’imposant effectif de l’AMISOM qui compte près de 22 000 hommes. Malgré le succès de cette rhétorique auprès d’une grande majorité des Somaliens, les élites autant que le peuple, il ne serait pas sans savoir qu’en Somalie, plus que partout ailleurs, politique étrangère et politique intérieure sont intimement entrelacées et qu’il est très hasardeux d’envisager à court et moyen terme la fin de l’ingérence étrangère tant que le sort - budgétaire et sécuritaire - de l’État somalien dépendra de l’extérieur.

De tous les gouvernements somaliens qui se sont succédés depuis 1991, rarement l’influence stratégique de Djibouti ne s’est trouvée aussi menacée que par la nouvelle politique qu’envisage de mettre en œuvre Farmaajo. Rappelons-le, Djibouti s’est construit et consolidé en tirant un avantage stratégique de la situation somalienne. Par conséquent, sa position est telle que le moindre changement dans celle de la Somalie l’impacte d’une façon ou d’une autre. Une dépendance stratégique non entièrement maitrisée par Djibouti et qui au gré des circonstances et d’événements fortuits s’est accrue les deux dernières décennies avec l’explosion des phénomènes du terrorisme et de la piraterie en Somalie.
Si toutefois Farmaajo persistait à appliquer son programme, compte tenu de ses idées et antécédents, Djibouti encourerait trois séries de risques échelonnés dans le temps. A court terme, Djibouti pourrait perdre son influence sur le gouvernement fédéral. Depuis la chute de Mohamed Siyaad Barre en janvier 1991, trois des six présidents qu’a connu la Somalie ont été élus à Djibouti suite à des conférences de paix et processus électoraux que le pays a abrités : la conférence de Djibouti de juillet 1991 qui a débouché sur l’élection d’Ali Mahdi Mohamed, celle d’Arta de 2000 avec l’élection d’Abdiqasim Salad Hassan et les élections de 2009 desquelles est sorti victorieux Sheikh Sharif Sheikh Hassan [8]. De ces trois événements, la conférence d’Arta – réussie en partie grâce à la détermination du gouvernement djiboutien [9] - occupe une importance charnière puisqu’elle a permis de remettre la crise somalienne à l’agenda de la communauté internationale frileuse quant au cas somalien suite à l’échec de l’opération Restore Hope en 1993. Depuis la conférence d’Arta, les Somaliens accordent beaucoup de crédit et de confiance au gouvernement et au peuple djiboutiens qui se sont défaits à leurs yeux d’une image de petitesse et d’insignifiance. Le président Farmaajo semble indifférent à cette considération particulière des Somaliens à l’égard de Djibouti [10] contrairement à une Ethiopie et un Kenya perçus par ses compatriotes moins soucieux de leur situation. Malgré l’épisode Abdullahi Youssouf, 2004-2008, et l’engagement militaire des puissances régionales en Somalie, l’influence de Djibouti sur le gouvernement somalien est restée assez forte. Farmaajo pourrait reprocher à Djibouti sa proximité, voire sa complicité, avec le gouvernement éthiopien [11] et l’iririsation [12] de la politique djiboutienne en Somalie, un parti pris clanique.
A moyen terme, l’élection de Farmaajo pourrait avoir des conséquences économiques sur Djibouti. Il est hautement probable que malgré l’enthousiasme qu’a suscité son élection, la situation somalienne ne puisse s’améliorer significativement. Dès lors, ce dernier pourrait être tenté d’opter pour la reviviscence du nationalisme somali [13] comme ossature idéologique de son discours politique pour combattre Al-Shabaab, le créneau de la religion n’étant ni disponible ni recommandable pour le moment et encore moins compatible avec le personnage. Lutter contre un ennemi invisible qui se confond parfois avec le citoyen lambda nécessiterait de faire appel au seul sentiment identitaire qui par le passé a servi de puissant levier pour unifier les Somaliens et même l’ensemble des Somalis par delà les frontières de la Somalie. Egalement, le réveil du nationalisme somali serait la solution contre les divisions claniques, sous-claniques, géographiques et idéologiques entre Somaliens. Il pourrait rapprocher les positions du Sud et du Nord : entre le gouvernement fédéral basé à Mogadiscio et les autorités de la région sécessionniste du Somaliland [14]. Si le nationalisme somali pourrait s’avérer efficace en matière de politique intérieure pour lutter contre Al-shabaab et le radicalisme religieux, il y aurait un risque d’exacerbation des tensions entre les Somali et les autres groupes ethniques qui conduiraient à la déstabilisation de la région toute entière.

Dans un sens Farmaajo a raison de se méfier de la complicité de l’axe Djibouti-Addis Abeba, un bloc qu’il soupçonne de conduire une seule et même politique dans la région et dont les vues communes entre les deux gouvernements se multiplient : face à l’Érythrée, la stabilité régionale, l’intégration économique régionale ou face aux mouvements d’opposition. Mais cette communauté d’intérêts s’arrête-elle ici ? L’affaiblissement et la balkanisation de la Somalie ne déplairaient nullement à l’Éthiopie, et le retour d’un État somalien fonctionnel et souverain constituerait en soi un risque. Et à Djibouti, les gains et retombées tirés de la situation actuelle sont très importants et personne n’a envisagé les adaptations nécessaires en cas de changement positif de la donne en Somalie. Même si rien ne semble soutenir l’idée d’une coordination de leurs politiques respectives à l’égard de la Somalie, une convergence des intérêts n’est pas à exclure surtout ces dernières années. Officiellement, les deux gouvernements soutiennent la reconstruction de l’État somalien, mais officieusement beaucoup d’appréhensions entourent la question. Plus globalement dans la région, aucun pays n’est préparé à un hypothétique retour de la Somalie. Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya et l’Ouganda ne sont pas disposés à se résigner à cette éventualité puisque chacun trouve son compte dans la situation présente de la Somalie. Pourvu que ça dure !
A long terme, l’évolution de la situation somalienne laisse planer, outre la perte de certains avantages comparatifs liés à la stabilité intérieure ou à la qualité des infrastructures économiques, la fin de la présence militaire étrangère à Djibouti et de son monopole dans la région. Djibouti pourrait perdre son caractère stratégique et se voir contester son statut actuel.

III. Vers une reconfiguration des équilibres entre les pays de la corne  ?
Après la chute de l’État somalien et plus récemment l’affaiblissement du Soudan par le lancement d’un mandat d’arrêt de la CPI en 2009 à l’encontre de son président et par l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, l’Éthiopie domine sans partage la région et l’organisation régionale, l’IGAD [15]. D’autant plus que le Kenya et l’Ouganda ne se sentent pas très concernés par l’IGAD et lui préfèrent l’intégration dans la Communauté d’Afrique de l’Est [16] ; l’Érythrée étant suspendue depuis près dix ans ; Djibouti contraint de s’effacer du fait qu’il abrite le siège de l’organisation et qu’il ne dispose pas surtout des moyens nécessaires pour prétendre à une hégémonie régionale et le Soudan du Sud empêtré dans une guerre civile aussitôt son indépendance proclamée. Dans la région, nombreux sont ceux qui ironisent sur le fait que l’IGAD ne serait plus qu’un département du très efficace ministère éthiopien des Affaires étrangères [17].
A la création de l’IGAD en 1986, deux pôles se faisait face : d’une part la Somalie, nation arabo-musulmane, bénéficiant de la sympathie du Soudan, et d’autre part l’Éthiopie soutenue par le Kenya dans une alliance que certains n’hésitent pas à qualifier de confessionnelle [18] mais plus vraisemblablement motivée par l’irrédentisme somali. Cette bipolarisation a perdu sa pertinence avec l’effondrement de l’Etat somalien et la vieille rivalité entre Somaliens et Ethiopiens a cessé de structurer les relations des pays de la région bien qu’ayant changée de forme surtout pour l’Éthiopie :
« Whatever its motives, Ethiopia is an important actor in blocking peace-building efforts in Somalia. Since the beginning of the civil war Ethiopia has been playing with Somali factions : supporting one, destroying it and then supporting it again. This process of balancing factions has become very obvious over the past ten years. Hussein Aideed, who lost Baidoa because of Ethiopia, became its friend and spoiler in destroying the Arta Peace Agreement. Even more disturbingly, the Ethiopian regime has always helped any destabilising forces or actors in Somalia (particularly in the southern part). When Ali Mahdi was chosen to head an interim government in 1992, Ethiopia supported his main rival, General Aideed. When Aideed became stronger and created his own administration in 1994, Ethiopia supported Ali Mahdi and his groups. When all Somali groups signed the Cairo Accord, Ethiopia recruited Abdullahi Yusuf and Adan Abdullahi Nur. When Somalis formed the TNG, Ethiopia organised all the opposition, helped them create the SRRC (Somali Restoration and Reconciliation Committee) and provided military aid to subvert the TNG  » [19].

Cette rivalité constituait un élément central pour mieux comprendre la géopolitique de la corne de l’Afrique. Elle caricaturait, sur fond de compétition pour l’hégémonie régionale, un affrontement entre le nomade et le sédentaire, le musulman et le chrétien, et fut le point d’ancrage des interférences des puissances étrangères en compétition dans la région. Une rivalité centenaire – du jihad ou croisade du XVIe siècle en passant par le nationalisme somalien des années 1960 qui projetait de former la Grande Somalie [20] jusqu’aux interventions militaires éthiopiennes en territoire somalien dont la toute dernière date de 2006 – a jalonné les relations entre les deux entités pour ne pas réduire la question aux deux pays [21]. Bien plus que la religion, c’est le nationalisme somali, une menace latente, qui cristallise les craintes éthiopiennes aujourd’hui à un moment où les contestations des Oromo quant aux méthodes du gouvernement fédéral se conjuguant aux mécontentements des Amhara et des Afar remettent en question la viabilité du fédéralisme ethnique.

La guerre de 1998-2000 entre l’Érythrée et l’Éthiopie et l’indépendance du Soudan du Sud ont ouvert une période d’hégémonie éthiopienne incontestée dans la région. L’Erythrée et l’Éthiopie se livrent une guerre froide à travers la crise somalienne et par mouvements d’opposition armés ou non interposés [22]. Leur confrontation indirecte qui alimenta le conflit armé entre l’Érythrée et Djibouti en 2008 a donné naissance à l’axe Djibouti-Addis Abeba, essentiellement commercial au départ mais qui s’est progressivement élargi en alliance militaire contre l’Érythrée. Le Soudan doublement affaibli tant sur le plan économique que diplomatique s’est beaucoup rapproché de l’Éthiopie tout en gardant de bonnes relations avec l’Erythrée. Si Djibouti et l’Ouganda ont pris une certaine importance diplomatique durant la dernière décennie en partie grâce au chaos somalien mais aussi la crise yéménite pour le premier et la sud-soudanaise pour le second, l’Éthiopie demeure au centre de l’échiquier régional avec près de 40% de la population de l’IGAD, des frontières avec six des sept autres pays membres de l’organisation, un statut de pôle de croissance en devenir qui pourrait tirer à l’avenir l’économie de toute la Corne et une implication dans tout ce qui se fait ou se défait dans la région. C’est elle qu’affecterait en premier le retour de la Somalie.
Dans la corne de l’Afrique, outre ces foyers de tensions – frontalières et liées aux guerres civiles – la question du partage des eaux du Nil divise les pays de la région autour du clivage entre l’Égypte, en aval du Nil, et l’Éthiopie, en amont. Le monopole de l’Égypte et du Soudan en vertu du traité de 1929 et par la suite de l’accord de 1959 fait face à une « contestation hydropolitique » [23] de la part d’un groupe de pays galvanisés par la détermination de l’Éthiopie, source du Nil bleu qui représente plus de 80% de l’approvisionnement en eau du Nil et désireuse de poursuivre des projets de barrages hydrauliques à destination de la production agricole et électrique. Dans ce différend, l’Égypte a toujours pu compter sur le soutien du Soudan dont la position semble de plus en plus indécise et s’appuyer sur la Somalie et l’Érythrée – bien que pas directement concernées par le Nil – pour agir contre l’Éthiopie en cas de nécessité.
C’est dans un environnement géopolitique et économique en pleine recomposition, marqué par une décennie d’hégémonie éthiopienne, que le nationaliste Farmaajo a pris le pouvoir en Somalie. Ce n’est pas un président élu par défaut, il a bénéficié d’un large soutien en Somalie et parmi les Somali de la région et de la diaspora. Il a été élu contre les souhaits de l’Éthiopie, pour contrer les ingérences des pays de la région et trouver une solution somalo-somalienne à la crise. L’arrivée au pouvoir de Farmaajo qui a consacré ses deux premiers déplacements à l’étranger à l’Arabie saoudite [24] et au Kenya semble augurer une nouvelle ère pour les équilibres de la corne de l’Afrique. Si en Arabie aaoudite Farmaajo voudrait rehausser son image de musulman pieux auprès des Somaliens et pour solliciter la générosité et l’influence de Ryad, à Nairobi il chercherait à s’allier au voisin le moins influent en Somalie contrairement à l’Ethiopie ou à Djibouti et à marquer sa priorité pour le développement des relations commerciales.

Conclusion
Au-delà des pays de la corne de l’Afrique impliqués directement dans le dossier somalien, pour espérer venir à bout des défis sécuritaires et économiques de la Somalie Farmaajo devrait également prendre en compte dans ses paramètres l’influence d’au moins trois autres puissances présentes dans la région militairement et/ou économiquement et qui pourraient plus ou moins influer sur son action. Il s’agit de la Turquie, des Émirats arabes unis et des États-Unis d’Amérique. La Turquie est de loin depuis 2011 le partenaire le plus important de la Somalie avec une large gamme de coopération qui va de l’humanitaire au militaire en passant par la construction et la réhabilitation des infrastructures publiques (écoles, hôpitaux, routes) et économiques (port et aéroport) surtout à Mogadiscio [25]. C’est dans la capitale somalienne également que la construction de la première base militaire turque en Afrique vient d’être achevée [26]. Officiellement, elle est destinée à la formation des troupes de l’armée somalienne par des militaires turcs. De leur côté, les Émirats arabes unis ont signé en 2016 deux accords avec le Somaliland : le premier de septembre concerne la concession pour 30 ans du port de Berbera à DP World, opérateur portuaire émirati, avec un investissement de 442 millions de dollars pour le moderniser et le second est signé en octobre pour l’établissement d’une base militaire émirati pour 25 ans dans la même ville. De même en avril 2017, un autre opérateur portuaire émirati, le P&O Ports a obtenu la concession pour 30 ans du port de Bossasso, au Puntland, avec un investissement prévu de 336 millions de dollars. La présence d’un opérateur portuaire émirati n’est pas une première dans la corne, DP World obtenait en 2000 la concession du port de Djibouti. La nouveauté mais surtout la crainte des pays de la région réside dans ces projets de bases militaires émiraties à Berbera et à Assab, en Érythrée où un accord a été signé en 2015 pour une période de 30 ans. Ces deux bases émiraties et celle de l’Arabie saoudite prévue à Djibouti font suite à l’offensive de mars 2015 de la coalition arabe emmenée par l’Arabie saoudite pour déloger les rebelles Houtis qui ont pris le pouvoir au Yémen. Une présence militaire émiratie derrière laquelle se profilerait l’ombre de l’Arabie Saoudite, voir de l’Egypte. Mais pour aucun de ces accords signés avec le Somaliland et le Puntland, deux entités somaliennes, l’avis du gouvernement fédéral de la Somalie n’a été sollicité et les efforts de ce dernier pour stopper le projet de base militaire émirati à Berbera ont été vains.
Enfin, Farmaajo devrait compter aussi avec le concours des États-unis qui disposent depuis 2002 d’une base militaire à Djibouti et qui sont un atout indéniable pour l’armée somalienne et les forces de l’AMISOM dans la lutte contre les terroristes d’Al Shabaab. Sans oublier la Chine, désireuse d’accroitre son influence et déjà très présente sur le plan économique dans la Corne et qui dispose d’une base militaire à Djibouti, qui pourrait être intéressée par une Somalie stabilisée.

Aden Omar Abdillahi
Chercheur à l’Institut d’études politiques et stratégiques (Centre d’étude et de recherche de Djibouti, CERD)



Annexe  : Discours d’investiture du nouveau président somalien, Mohamed Abdillahi Mohamed dit « Farmaajo  » [27]

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Vive la Somalie  !
Vive la Somalie  !

Merci

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Messieurs les anciens présidents de la Somalie
Messieurs les anciens premiers ministres de la Somalie
Messieurs les présidents des deux chambres du parlement somalien
Messieurs les membres des deux chambres
Messieurs les ministres
Monsieur le président de la cour suprême
Messieurs les présidents des Etats régionaux
Messieurs les officieux de l’armée
Messieurs les chefs d’Etats et de gouvernement et représentants des pays amis
Messieurs les diplomates somaliens ici présents
Représentants des différentes catégories de la société somalienne
A tous les distingués invités ici présents
Et à toute la population somalienne qui suit cette cérémonie,
Je vous salue par le salut de l’Islam  : Assalamu alaykum wa rahmatullahi wa barakatu.

Tout d’abord, je voudrais remercier les présidents des deux chambres du parlement somalien et les membres des deux chambres pour la bonne organisation des élections. Je remercie aussi largement les responsables de l’ancienne administration en premier lieu le président Hassan Sheikh Mahamud et le premier ministre Omar Abdirachid pour leur rôle dans la conduite et l’aboutissement du processus électoral et pour le travail conséquent qu’ils ont accompli dans des circonstances très difficiles. Les responsables des administrations régionales et des comités électoraux au niveau fédéral et régional ont joué également un rôle important dans cette tâche difficile. Nous les remercions tous. Egalement, la communauté internationale a joué un rôle décisif dans la tenue de ces élections. Nous remercions l’AMISOM qui a assuré la sécurité de la tenue de ces élections et les bailleurs des fonds.

Messieurs, Mesdames,
C’est un honneur pour la Somalie de faire partie des pays démocratiques où l’alternance se fait pacifiquement. C’est un honneur de compter parmi nous ici dans cette salle les anciens chefs d’Etats somaliens avec qui nous avons travaillé. Cette image réjouit l’ensemble de la population somalienne et entérine la tradition démocratique que la Somalie a choisie au lendemain de son indépendance en 1960.

Messieurs, Mesdames,
Notre Etat devra faire face à beaucoup des défis. Même si nous n’allons pas épargner nos efforts, j’aimerais prévenir la population somalienne que compte tenu des capacités étatiques limitées sur le plan économique, militaire et sécuritaire notre marge de manœuvre sera étroite pour changer la donne. Nous savons tous et sommes convaincus que nous aimerions que je résolve durant les quatre prochaines années tous les problèmes. Néanmoins, cela sera difficile. Les nombreux problèmes que vous connaissez se sont construits durant les vingt-six dernières années jalonnées de conflits et de sécheresses. Pour les résoudre nous aurons besoins de plus d’une vingtaine d’années également. Je souhaiterais que tous les somaliens œuvrent à la résolution des problèmes fondamentaux dans les quatre prochaines années. Si nous résolvons ceux-là les autres le seront par les gouvernements qui viendront après nous. Mais pour l’actuel gouvernement que je dirige, je vous fais la promesse de rétablir la dignité, l’honneur et la considération de la Somalie. Parmi les défis les plus importants, il y a l’insécurité, les problèmes humanitaires comme la sécheresse actuelle qui sévit dans le pays, compléter la réconciliation des clans somaliens, consolider l’Etat de droit et le système judiciaire, rétablir la confiance de la population en leur Etat, combattre la pauvreté et la misère qui touche la population somalienne, renforcer l’économie nationale et augmenter les recettes de l’Etat, orienter la force et l’intelligence de la jeunesse somalienne, renforcer le standard étatique, renforcer le système fédéral, une politique étrangère fondée sur le respect et la coopération.

Si je commence par les questions sécuritaires, je vais mettre l’accent sur le renforcement des capacités des différentes forces de sécurité et de défense. Je vais m’assurer que nos braves soldats disposent de tous les moyens nécessaires  : salaire, équipement, formation et camps. Comme nous le savons tous, l’AMISOM, dont font partie l’Ouganda, Kenya, Burundi, Djibouti et l’Ethiopie, a fait un bon travail dont nous avions besoin, à vrai dire. Ils sont là depuis dix ans durant lesquels ils ont sacrifié moyens humains et financiers pour nous soutenir à reconstruire une armée nationale capable d’assurer notre sécurité. Ils ont perdu beaucoup et bien d’autres ont été blessés et nous devons nous en rappeler tout le temps. Cet objectif est en grande partie atteint mais il reste beaucoup à faire. Mon gouvernement va œuvrer avec l’AMISOM, si dieu le permet, pour atteindre l’objectif de reconstruire notre armée dans le plus bref délai afin que la Somalie dispose d’une armée en mesure de garantir sa sécurité et celle de son peuple.

Messieurs, Mesdames,
Depuis quelques temps, dans plusieurs parties du pays sévit une sécheresse qui a décimé hommes et bétails. Ces images de bêtes qui souffrent et de sols craquelés font mal au cœur. Ces sécheresses récurrentes ont engendré des famines comme en 2011 et dont nous redoutons aujourd’hui. Notre gouvernement, puisque ce gouvernement est la propriété de tout le peuple, avec le soutien d’experts nationaux et étrangers, va mettre en place une stratégie claire pour faire face à l’impact de la sécheresse. Cette stratégie sera basée sur les principes internationaux de renforcement des capacités de faire face aux catastrophes ou « résilience  ». L’absence de pluie à laquelle nous ne pouvons rien faire fait partie des affaires de Dieu mais nous pouvons nous préparer à ses conséquences.

Messieurs, Mesdames,
La réconciliation, chantier qui a débuté il y a plus d’une dizaine d’années, est toujours en cours. Notre gouvernement se responsabilisera particulièrement pour compléter cette réconciliation sociale. Il est honteux qu’en 2017 encore des membres de la même famille habitant la même ville soient divisés. Depuis le soir où j’ai été élu cette ligne de fracture a été abandonnée spontanément. La réconciliation ne se réduit pas seulement au fait de s’assoir face à face. Parfois, un événement déterminant pourrait précipiter le rapprochement. Notre gouvernement mettra l’accent dans la réconciliation dans la ville de Gaalkacyo pour trouver une solution durable. Je rends hommage aux responsables qui m’ont précédé qui ont beaucoup œuvré, ainsi que les NU et l’UA que je remercie pour leur effort dans cette réconciliation des frères. Notre gouvernement viendra avec une feuille de route claire pour réconcilier les clans frères somaliens en conflit dans les différentes parties du pays. Je suis confiant que nous pouvons faire beaucoup dans ce sens. Inshallah si Dieu le veut. Les pourparlers, déjà entrepris, entre le gouvernement central et nos frères somalilandais sont en bonne voie et nous sommes déterminés à les poursuivre pour les faire fructifier.

Messieurs, Mesdames,
La primauté du droit constitue le pilier central de l’Etat. Le chemin le plus adéquat pour y parvenir passe par le renforcement du système juridique du pays. Notre gouvernement fera une révision profonde de notre système juridique et renforcera constitutionnellement la force de la loi. Je prendrai le devant pour la primauté du droit et l’égalité devant la loi.

Messieurs, Mesdames,
Il est indispensable que nous rétablissions la confiance du peuple somalien dans le gouvernement. Il faut que le peuple voit un Etat qui travaille pour lui et non de lui  ; un Etat qui le sert et non qui se sert de lui  ; un Etat qui prend soin de lui et non qui le piétine  ; un Etat soucieux du peuple et non un qui bafoue sa dignité. Pour parvenir à cela, nous allons prendre des décisions claires pour rétablir cette confiance perdue entre la population et l’Etat.
L’Etat sera exemplaire dans sa détermination à servir le peuple. Nous demandons au peuple somalien de soutenir l’Etat puisqu’il lui appartient. Nous lui demandons de nous aider dans la sécurité. Nous lui demandons de s’acquitter des taxes, recettes pour que l’Etat fonctionne parce que quelle que soit mon honnêteté je ne pourrais gérer que ce qui m’a été confié. Ainsi, j’exhorte les Somaliens à aider leur Etat sur le plan économique en payant les taxes.

Messieurs, Mesdames,
Mise à part l’insécurité, le deuxième ennemi qui handicape le pays et ce peuple est la pauvreté de masse. Le taux de chômage est à plus de 80%. Cette situation a entrainé que les jeunes somaliens qui représentent plus de 70% de la population ont perdu espoir et prennent le chemin de l’immigration vers l’Europe ou les Etats Unis. Beaucoup de nos fils et de nos filles sont morts dans les mers qui séparent l’Afrique et l’Europe. Beaucoup d’autres se trouvent dans les prisons des pays de destination et d’accueil. Et beaucoup des jeunes désorientés par les mouvements radicaux cherchent espoir et vie dans le ralliement du terrorisme. En tant que père je pourrais comprendre la douleur que représente la mort de ses enfants en mer ou leur emprisonnement ailleurs.

Notre gouvernement accordera beaucoup d’importance au développement économique en poursuivant l’exécution du programme de développement national initié par le gouvernement précédent puis ratifié majoritairement par les Etats régionaux et accueilli par les bailleurs des fonds. Ce projet précise clairement le processus du renforcement de l’économie avec un accent particulier sur l’orientation et l’emploi des jeunes somaliens. Le projet des trois prochaines années va créer des opportunités d’emploi et d’entreprenariat très nombreuses. II facilitera la reconstruction des piliers de l’économie nationale. Notre gouvernement veillera à ce que ce programme traduise les besoins et la vision de l’Etat central et de l’ensemble des Etats régionaux.

Messieurs, Mesdames,
La Somalie a choisi un système fédéral. L’ancien gouvernement a le mérite d’avoir mis en place quatre Etats régionaux puisque l’Etat du Puntland existait déjà et en est même le précurseur. Notre gouvernement poursuivra cet effort. Inshallah. Nous allons renforcer la collaboration et la coopération entre le gouvernement fédéral et les Etats régionaux, notamment dans la sécurité, le système étatique, le commerce et les affaires sociales. Nous allons former les commissions prévues par la constitution chargées de renforcer les relations entre le gouvernement fédéral et les Etats régionaux. Particulièrement, nous allons nous concerter avec les Etats régionaux sur l’augmentation des recettes des deux côtés, le partage des ressources naturelles, le renforcement du commerce entre les Etats régionaux et naturellement la coopération entre les institutions sécuritaires et judiciaires.

Les Etats régionaux sont les ailes qui permettront à l’Etat fédéral de prendre son envol. L’Etat fédéral représente les yeux des Etats régionaux. Leur coopération est indispensable. Très prochainement, je visiterai toutes les instances des Etats régionaux tout en écoutant leurs responsables et leur population.

Messieurs, Mesdames,
Les dix dernières années, la Somalie a travaillé pour rétablir ses relations diplomatiques internationales. Notre gouvernement viendra avec une politique étrangère basée sur deux piliers fondamentaux  : premièrement la coopération et deuxièmement le respect. Notre gouvernement s’attellera à développer une coopération étroite avec les autres pays et notamment les plus proches  : les pays de la corne, l’Union Africaine, la Ligue des Etats arabes, l’Organisation de la Coopération Islamique, l’Union Européenne et les Etats Unis. La coopération la plus importante entre deux pays est celle fondée sur le commerce et c’est celle-là dont la Somalie a le plus besoin. Notre gouvernement va promouvoir un climat favorable à la coopération commerciale. Nous allons finaliser le code des investissements étrangers ratifié par l’ancien parlement et nous allons mettre en place une agence pour la promotion des investissements étrangers en Somalie. Nous allons développer en particulier avec les pays de la région un partenariat commercial. Je suis convaincu que le commerce facilitera l’intégration des peuples et que les deux gouvernements profiteront de ce développement économique. Le deuxième principe est le respect. Nous accorderons aux pays de la région le respect qu’ils méritent. En premier, nous nous préserverons de s’immiscer dans leurs affaires intérieures et espérons de même de leur part. Inshaallah.

Un conseil. Un conseil que je voudrais transmettre à ceux qui refusent la paix  : Al-Shabaab. Comme vous le savez durant l’année dernière, les attaques et attentats d’Al-Shabaab ont tués près de 900 personnes somaliennes innocentes en majorité des enfants, des vieux et des femmes. Avant-hier ils ont tué 30 personnes innocentes en majorité des enfants, des femmes et des vieux et blessé 40 autres personnes. Je leur dis que vous ne pouvez pas vous mettre en travers du chemin de plus de 12 millions de Somaliens. Vous n’allez pas entamer le moral des Somaliens en tuant quelques-uns ou en détruisant quelques biens. Les Somaliens sont solidaires aujourd’hui. Nous informons les jeunes somaliens induits en erreur d’arrêter à partir d’aujourd’hui de se faire exploser contre leurs frères somaliens et de ne pas détruire les biens de leur pays. Nous les prévenons qu’ils ne peuvent pas stopper le progrès de ce pays. Nous sommes prêts à tendre la main à ces jeunes désorientés et leur procurer les moyens de travailler et une vie. Ceux qui travaillent pour Al-Qaeda ou l’Etat islamique ou d’autres qui ne veulent pas que ce pays se stabilise, nous leur disons  : le temps de la division des Somaliens est terminé. Vous avez une chance de rejoindre le développement de la Somalie. Rejoignez vos frères. Ce que vous avez fait vous l’avez fait, vous avez été induits en erreur. Nous sommes prêts à vous accueillir les bras ouverts. Nous sommes prêts à vous accueillir les bras ouverts ! Si vous refusez, vous ne pouvez pas faire face à douze millions de Somaliens vous qui n’êtes que quelques milliers.

Chers frères, je suis convaincu que pour tous les Somaliens, comme vous le remarquez à travers la présence aujourd’hui des deux anciens présidents, nous entamons le chemin et la trajectoire de la démocratie.
Nous avons vu la guerre civile clanique. Nous avons vu le terrorisme. C’en est fini. Actuellement, nous entrons dans une phase où la compétition avec le reste du monde se fera sur la base de l’économie et de l’éducation. Nous ne pouvons y arriver qu’en travaillant ensemble, en étant sur le chemin de la démocratie, en travaillant avec les pays voisins sur le plan de la sécurité et plus généralement avec le monde, en accueillant tout ce qui nous accorde un soutien et en accueillant même ceux qui ne veulent pas de nous. Cet Etat est prêt à travailler selon vos souhaits et attentes. Cet Etat s’attellera à veiller sur la propriété du peuple. Il y a une mauvaise perception sur le plan international comme quoi nous sommes un pays corrompu. Nous sommes classés dernier sur le plan mondial…

La population et l’État…

Vive la Somalie  !
Vive la Somalie  !


[1Pour une analyse sur les tractations, manœuvres et jeu des acteurs politiques qui ont jalonné ces élections, consulter Roland Marchal, « Une élection somalienne », Observatoire de l’Afrique de l’Est, Note 1, avril 2017.

[2Le point 4. c. de l’accord stipule : « Within thirty days of the signing of this Agreement, the Prime Minister will resign from his position ; and the President will appoint a new Prime Minister ».

[3Pour une synthèse sur le rôle de Djibouti dans la résolution de la crise somalienne, consulter Mohamed Omar Youssouf, « Djibouti and the Somali Conflict : permanence, évolution and constraints associated with a commitment to a complex crisis », Horn of Africa Bulletin, vol. 26, n° 3, mai-juin 2015.

[4Malgré les interrogations sur ses réelles motivations à l’époque.

[5Endalcachew Bayeh and Kidanu Atinafu, Economic Interdependence as a Driving Force for Peace and Security Cooperation : Ethio-Djibouti Relation », Global Journal of Human-Social Science : Political Science, Vol. 15, n° 1, 2015.

[7Discours du 8 février 2017 du candidat Farmaajo devant le Parlement durant les élections et discours du 21 février 2017 du président Farmaajo à la cérémonie d’investiture. Voir également le site internet du candidat : farmaajo2016.org

[8Les deux dernières élections présidentielles – en 2012 avec la victoire d’Hassan Sheikh Mohamud et en 2016 celle de Mohamed Abdullahi Mohamed Farmaajo - se sont tenues à Mogadiscio tandis que celle de 2004 s’est déroulée au Kenya avec l’arrivée au pouvoir d’Abdullahi Youssouf.

[9Roland Marchal, « Mogadiscio dans la guerre civile : rêves d’Etat », Les études du CERI, n°69, 2000, p. 29.

[10Accueil et longs applaudissements réservés au président djiboutien – comparé au président kenyan ou au premier Ministre éthiopien - lors de la cérémonie d’investiture de Farmaajo à Mogadiscio.

[11Un fort sentiment anti-éthiopien, perceptible dans les discours et commentaires médiatiques, traverse les Somaliens ces dernières années. L’anti-éthiopianisme des Somaliens n’est pas nouveau mais il semble revenir en force dans le contexte des élections présidentielles de 2017 où le discours politique s’est clivé autour des questions identitaires et nationalistes.

[12Pour simplifier, les Darood reprochent à Djibouti de favoriser leurs rivaux Hawiye pour le contrôle du pouvoir politique en Somalie du fait de l’apparentement Irir (grande famille clanique au sein des Somali) des Hawiye et des Issa au pouvoir à Djibouti. Simple coïncidence ou fruit d’une politique mûrie : l’ensemble des processus de réconciliation ou électoraux qui se sont tenus à Djibouti ont débouché sur l’élection d’un Hawiye.

[13Reconstruire par le nationalisme ce qu’il a lui-même détruit par le passé.

[14Le Somaliland, ancienne colonie britannique très distincte de la Somalie italienne, ne formait qu’un seul pays avec la Somalie dès l’indépendance en 1960 jusqu’à la chute du gouvernement central somalien en 1991. A partir de cette année, le Somaliland a mis en place ses propres institutions étatiques, déclaré unilatéralement sa sécession de la Somalie et recherche activement une reconnaissance internationale.

[15L’IGAD (Autorité intergouvernementale pour le Développement) comprend Djibouti – qui abrite son siège -, l’Éthiopie, l’Érythrée, le Kenya, l’Ouganda, la Somalie, le Soudan et le Soudan du Sud. L’Érythrée a rejoint l’IGAD en 1993 et le Soudan du Sud en 2011, années de leurs indépendances respectives.

[16Plus connue sous son sigle anglais EAC, East African Community.

[17Plus généralement l’incurie de l’organisation rend crédible les voix qui appellent à sa suppression pure et simple au profit d’une intégration plus sérieuse et plus significative au sein du COMESA et de l’EAC.

[18Il n’est pas anodin de noter que le français et non l’arabe – bien qu’on compte trois pays arabes dans lesquels l’arabe est parfaitement parlé parmi les six membres fondateurs de l’IGAD – forme avec l’anglais les deux langues officielles de l’IGAD. Sur un plan purement linguistique l’IGAD compte deux pays (Kenya et Ouganda) dont l’anglais est langue officielle, un seul pays (Djibouti) dont le français est langue officielle principale à côté de l’arabe et un pays (Soudan) dont l’arabe est langue officielle. La Somalie utilise le somali et l’arabe et l’Éthiopie l’amharique et accessoirement l’anglais.

[19Afyare Abdi Elmi et Abdullahi Barise, « The Somali conflict : root causes, obstacles, and peace-building strategies », African Security Review, 2006, p.32-54. Voir également sur le rôle déstabilisateur de l’Éthiopie et ses ingérences continues dans les processus de reconstruction de la paix et de l’Etat en Somalie, Ken Menkhaus, « State collapse in Somalia : second thoughts », Review of African Political Economy, vol. 30, n° 97, 2003, p. 405-422.

[20Tout comme le symbolise les cinq branches de l’étoile blanche du drapeau somalien, la Grande Somalie comprend cinq parties : Somalie, Somaliland, Djibouti, le Nord-Est du Kenya et le Sud-est de l’Ethiopie peuplés par les Somali.

[21Pour une analyse sur cette rivalité historique, voir Alain Gascon, « L’intervention éthiopienne en Somalie : la croix contre le croissant ? », Outre-Terre, vol. 3, n° 20, 2007, p. 447-463.

[22Voir Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Franck Gouéry, L’Erythrée, un naufrage totalitaire, PUF, 2015.

[23Pierre Blanc et Wahel Rashid, « Hydropolitique du Nil : la sortie du statu quo hydro-hégémonique de l’Egypte », Observatoire des Enjeux Politiques et Sécuritaires dans la Corne de l’Afrique, note 15, 2016.

[24Les relations se sont détériorées avec l’Arabie saoudite suite à la décision de Farmaajo de ne pas prendre partie dans la crise qui secoue les Etats du Golfe depuis juin 2017 autour de l’isolement économique et diplomatique du Qatar.

[25Pour des analyses sur l’action de la Turquie en Somalie consulter : International Crisis Group,« Assessing Turkey’s Role in Somalia », Crisis Group Africa Briefing n°92, 2012 et Brendon Cannon, « Deconstructing Turkey’s efforts in Somalia », Bildhaan, vol. 16, 2016.

[26Garowe Online, « Somalia : Turkey completes the construction of military base in Mogadishu », 15 juillet 2017, www.garoweonline.com, consulté le 31 juillet 2017.

[27Traduction de l’auteur à partir du discours prononcé en somali le jour de son investiture, le 22 février 2017 à Mogadiscio.

 
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