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Protection des réfugiés et mouvements migratoires mixtes
 

Les 24 et 25 août 2015, le Kempinski Palace a abrité les travaux d’un atelier consacré à la question de la protection des réfugiés dans un contexte de dynamiques migratoires mixtes. Les débats riches et animés ont permis au plateau d’experts et de techniciens des agences des Nations unies de croiser et confronter les grands principes de protection des personnes avec les expériences de terrain de représentants des forces de l’ordre et de cadres des services publics.

L’identification des interactions entre les besoins de protection des migrants et la gestion de la migration irrégulière par les autorités, dans une approche basée sur le respect des droits de l’homme, a constitué le fil d’Ariane de la rencontre. Le droit international distingue les migrants des réfugiés et ils sont par conséquent traités de façon très différentes. Les migrants, en particulier les migrants économiques, choisissent de se déplacer pour améliorer leur qualité de vie. Les réfugiés sont forcés de fuir pour rester en vie ou pour conserver leur liberté [1].
Les migrants et les réfugiés utilisent de plus en plus souvent les mêmes routes et les mêmes moyens de transport pour atteindre leurs fins. Si les personnes composant ces flux migratoires mixtes se trouvent dans l’impossibilité d’entrer légalement dans un pays, elles ont souvent recours à des passeurs. Elles s’engagent alors dans des voyages périlleux, que ce soit par voie terrestre ou maritime, des voyages au cours desquels nombre d’entre elles trouvent la mort. Dans un souci de protection et pour aider les États à gérer ces mouvements migratoires mixtes, le HCR a lancé en 2006 un plan d’action en dix points relatifs à la protection des réfugiés et aux flux migratoires mixtes. Ce plan identifie les secteurs principaux dans lesquels une action est requise pour répondre aux questions de protection.
Les mouvements migratoires mixtes préoccupants s’opèrent principalement dans le bassin méditerranéen, en Amérique centrale et aux Caraïbes, en Asie du Sud-Est, dans les Balkans et dans le golfe d’Aden. Dans cette dernière situation, le phénomène est exacerbé par le conflit au Yémen qui a poussé sur les voies de l’exode des dizaines voire des centaines de milliers de personnes. Et comme toujours, les profiteurs de guerres ne sont pas seulement les commerçants d’armes. Les réseaux mafieux de passeurs et de trafiquants d’êtres humains « participent à la fête » grâce à cette manne infinie que constituent la guerre et la misère. Comment dès lors faire face à l’ensemble de ces crises et ces phénomènes qui s’imbriquent et s’ajoutent au malheur ambiant ? C’est la question qui a conduit l’Organisation internationale pour les migrations à organiser cet atelier de formation sur la protection des réfugiés et des migrants.

L’OIM s’est associée avec le Conseil danois pour les réfugiés (DRC) et le ministère djiboutien de l’Intérieur pour la tenue de cette rencontre de tous les intervenants sur la question des migrations et des réfugiés. Le président de la Commission nationale des droits de l’homme, Ali Mohamed Abdou, et le chef de mission de l’OIM à Djibouti, Henry Glorieux, ainsi que les représentants des différents corps constitués, les responsables des corps consulaires ainsi que des hauts cadres de l’administration publique prenaient part à cet atelier auquel assistait Samira Khamis, actuelle ministre des Affaires sociales du Yémen.
Cet atelier constitue un préalable à l’élaboration d’une stratégie visant à concilier l’action d’assistance en faveur des réfugiés et les obligations de respect des droits de l’homme qui vont de pair avec les politiques de lutte contre l’immigration clandestine.

Les flux et les voies migratoires dans les autoroutes de la mort…

Hassan Omar Mohamed

Lors du lancement de l’atelier, Hassan Omar Mohamed, ministre djiboutien de l’Intérieur, a mis l’accent sur la nécessité de respecter les droits des migrants en leur garantissant une protection maximale dans le cadre du droit international : « Je suis convaincu que les participants auront une connaissance renforcée sur ces thèmes et des outils pratiques pour les soutenir dans leur important travail et notamment ceux qui ont en charge la lutte contre la migration irrégulière. L’Organisation internationale pour les migrants est un partenaire respecté qui ne cesse d’aider la République de Djibouti à relever le défi de la gestion du flux migratoire en vue de contenir cette migration massive dans le respect de la valeur humaine. […]. Les migrants sont exposés aux abus et aux violations des droits de l’homme. Les migrants irréguliers ne sont pas conscients que le passage d’une frontière sans documents de voyage est une infraction aux lois nationales d’immigration ».

Les flux migratoires mixtes sont composés de réfugiés, de demandeurs d’asile, de migrants économiques, de personnes victimes de la traite et de migrants, qui peuvent faire l’objet d’un trafic par les passeurs. Ces personnes sont souvent victimes de toutes sortes d’abus et de violations des droits de l’homme. Les autorités publiques djiboutiennes, avec l’appui des organisations des Nations unies, doivent trouver une réponse adéquate pour garantir la protection des droits fondamentaux de l’ensemble des personnes impliquées dans ces mouvements migratoires. Il faut une réglementation plus stricte sur les voies d’accès aux frontières terrestres, aériennes et maritimes. Par ailleurs, une réponse coordonnée de l’ensemble des acteurs intervenant dans le domaine de la protection des migrants s’impose afin de proposer des alternatives sécurisées à la migration irrégulière et le retour volontaire assisté.

Ali Mohamed Abdou

Ali Mohamed Abdou a fait une entrée en matière très remarquée. Il a largement décrit la situation des milliers de personnes victimes de la traite humaine par les trafiquants et les passeurs. Il en déduit la nécessité d’assurer la mise en œuvre de la Convention internationale sur les droits des migrants, à laquelle notre pays n’a pas encore adhéré. Le chef de mission de l’OIM, Henry Glorieux, a insisté sur le cas des réfugiés yéménites, qui ne représentent pas le seul flux de migrants dans notre pays. Il a assuré que « l’efficacité de la réponse nationale dépend aussi de la bonne compréhension de l’assistance à apporter à des personnes d’horizons divers, ayant des profils différents et des besoins de protection particuliers ».

Pour les personnes présentes, et surtout les officiers des bureaux de l’immigration, le point clé est le renforcement de capacités de gestion des urgences et des besoins de protection des personnes qui risquent leur vie au cours des migrations irrégulières. Des modules de formation sur les droits de l’homme et les besoins de protection, l’orientation vers le retour volontaire, le sauvetage en mer et le premier secours ont été réalisés à l’intention des officiers de l’immigration et des gardes-côtes.

Henry Glorieux

Le chef de la mission de l’OIM a salué à cet égard les efforts « louables » consentis par le gouvernement djiboutien en matière de gestion des flux des migrants. « La République de Djibouti est une terre d’accueil généreuse et une terre de transit de milliers de migrants annuellement », a-t-il dit. Plus de 23 000 réfugiés sont arrivés à Djibouti au cours des quatre derniers mois ». Située dans cette partie de l’Afrique marquée par les guerres et les famines, Djibouti qui accueillait déjà sur son sol, selon le HCR, plus de 25 000 réfugiés de la sous-région, fait désormais face à un afflux de plus en plus massif de réfugiés en provenance du Yémen voisin où la guerre a déjà déplacé près de 500 000 personnes.

Au moment de la clôture des travaux de l’atelier, le bilan était largement positif pour les participants. Les acteurs et les représentants des institutions étatiques ont eu l’occasion d’améliorer leur approche et plus globalement leur appréhension des instruments de protection en faveur des migrants. Les éléments des gardes-côtes et de la police nationale présents ont eu à identifier les mécanismes les mieux à même d’assurer les besoins de sauvetage des vies humaines. Les alternatives à la migration irrégulière et les moyens de lutte contre la traite humaine et le trafic des migrants dans le cadre du droit international ont été largement abordés.

Mohamed Ahmed Saleh


[1Voir par exemple « Migrant ou réfugié, quelles différences » par Alexandre Pouchard sur le site du Monde.

 
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