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En aparté avec… Akinwumi Adesina
par Mahdi A., juin 2022 (Human Village 45).
 

Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, a séjourné à Djibouti du 4 au 5 juin. Il a accordé une longue interview à Human Village, dans laquelle il évoque ses actions à la tête de cette importante institution panafricaine, la crise liée au Covid, mais dresse aussi un inventaire des défis de demain pour l’Afrique.
Une partie de cette visite a été consacrée à la rencontre de la société civile et la jeunesse entrepreneuriale dans le cadre d’une conférence-débat. Cette visite aura permis de visiter les projets financés par son institution en République de Djibouti, pour un total d’un peu plus de 200 millions de dollars américains.
Akinwumi Adesina est l’un des responsables africains les plus écoutés du continent. Certains de ses compatriotes rêvaient de le voir être candidat à l’élection présidentielle de la République fédérale du Nigeria du 25 février 2023, le contraignant à publier un démenti le 17 mai dernier pour rassurer les administrateurs de la BAD sur sa volonté d’assumer ses responsabilités jusqu’à la fin de son mandat.
Quels sont les principaux défis auxquels il doit faire face ? Se situe-t-il en rupture ou en continuité avec ses prédécesseurs ? Confronté au risque d’un ralentissement de l’activité économique sur le continent, il propose d’en accélérer le développement.
Rencontre avec Akinwumi Adesina, docteur en économie de l’Université de Purdue, Indiana.

Comment l’Afrique peut-elle développer ses infrastructures lorsque le niveau d’endettement de certains pays est dénoncé par la Banque mondiale ou le FMI tant bien même ces dépenses sont consacrées à des investissements productifs ? Concernant le niveau d’endettement de Djibouti, qui est souvent mentionné dans la presse française, pensez-vous que le risque évoqué de « piège de la dette chinoise » soit réel ? Est-ce que vous estimez raisonnable le niveau d’endettement du pays ?

Akinwumi Adesina

Je pense que le développement ne peut se réaliser sans financement très importants. Beaucoup de pays n’ont pas les ressources suffisantes pour faire face à leurs besoins. Le plus important pour de nombreux pays, ce sont les infrastructures, dont malheureusement le coût annuel est très élevé, de l’ordre de 68 à 108 milliards américains d’après des estimations pré-Covid. Cela signifie qu’actuellement les besoins de financement sont encore plus énormes. La Banque africaine de développement (BAD) a financé la réalisation d’infrastructures au niveau continental pour 40 milliards de dollars ces sept dernières années.
Je me rappelle que lorsque j’étais étudiant aux États-Unis, des banques inondaient ma boite postale de proposition de cartes de crédit. J’ai pris le temps de réfléchir sur ces offres et ce que je pourrais utilement en faire. Il y a selon moi deux sortes de dettes, ce que j’appelle les « dettes hamburger » et les dettes d’investissement. Si j’utilise l’argent pour le dépenser dans une « dette hamburger » je ne peux pas rembourser mes traites. Par contre si j’utilise les ressources mises à ma disposition pour ériger des infrastructures, je peux espérer un retour sur investissement pour rembourser ce que je dois. Aussi, je crois que si les États africains utilisent leurs dettes pour créer un environnement propice à l’accélération de leur croissance, ce sont ce que l’on peut appeler de bonnes dettes.
Nous avons constaté au niveau de l’Afrique que le ratio d’endettement par rapport au PIB a considérablement augmenté, de près de 70%. C’est élevé, sans être toutefois un problème. Pour évaluer les risques, il faut voir comment ces sommes investies ont été utilisées, et si l’environnement est propice aux investissements. J’entends par là, par exemple, si les conditions d’octroi de la dette sont transparents. En outre il est plus que recommandé, pour certains types d’investissements, que les gouvernements africains ne cherchent pas à assumer l’entièreté du montant de l’investissement requis pour un projet, mais plutôt qu’ils laissent un espace au secteur privé pour les accompagner, sous la forme d’investissements public-privé. Troisième point qui me semble essentiel, il faut se montrer vigilant lors de la réalisation de contrat avec les plus grandes firmes transnationales, afin d’éviter des négociations asymétriques. Un autre aspect primordial, est de s’assurer de la qualité de l’investissement réalisé avec la dette. Enfin, dernier point, il est important de privilégier la mobilisation de ressources internes pour financer les grands projets, bien évidemment lorsque c’est possible, car, lorsque le financement venu de l’extérieur est souscrit en devises, il peut connaitre des variations énormes avec la monnaie locale, ce qui peut considérablement augmenter les sommes dues in fine. S’il fallait retenir quelque chose de mon propos, c’est que la dette n’est pas en soi une mauvaise chose, ce qui est crucial c’est comment elle est utilisée.

On parle beaucoup du « piège de la dette » chinoise pour l’Afrique. Je dois dire que c’est assez agaçant d’entendre cette petite musique sans cesse. Je pense que les responsables africains sont des personnes suffisamment capables pour savoir quel type de prêt ils doivent contracter, ou pas, pour leur pays. L’essentiel est ailleurs, il est dans le respect des principes que j’ai listés précédemment, et qui doit encadrer toute souscription de dette.

Vous avez participé début mai 2022 à la conférence Cosap à Abuja. Pensez-vous que cette mobilisation sans précédent des présidents de parlement africain pour obtenir de la communauté internationale l’effacement de la dette continental a des chances d’aboutir ?
La BAD soutient-elle cette initiative parlementaire ?

Il faut éviter, selon moi, une situation où vous avez un « hasard moral » dans le marché financier. Oui, l’Afrique connait de nombreux défis, comme celui du Covid qui a conduit notre continent à avoir besoin de 428 milliards de dollars. La crise mondiale du Covid a ébranlé le monde entier, avec les frontières fermées, les échanges commerciaux à l’arrêt ou très fortement réduits, affectant notamment Djibouti avec une nette baisse de son trafic portuaire. À l’échelle du continent, il en a résulté la perte de 30 millions d’emplois, 28 millions d’individus tombés dans l’extrême pauvreté...
L’impact de cette crise a été massif. Pour répondre à cette situation d’urgence, nous avons rapidement mis en place des dispositifs de soutien, avec des décaissements rapides au niveau de la BAD, pour lesquels une enveloppe globale de 10 milliards de dollars a été mobilisée, dont 41 millions versés à Djibouti.
Lorsque que l’on parle de dette d’États, il faut savoir qu’il existe des initiatives multilatérales qui peuvent atténuer certains chocs imprévisibles. Cela s’est traduit entre autres lors du Covid, par des initiatives de suspension du service de la dette (ISSD) par la Banque mondiale, le FMI ou la BAD, qui ont contribué à soulager les pays durement impactés.
Concernant la dette bilatérale, publique et privée, son traitement en commun s’est révélée plus délicat à mettre en œuvre. Cela n’a pas bien marché, notamment avec les créanciers des pays du G20, puisque seuls trois pays ont pu en bénéficier sur le continent : le Tchad, l’Éthiopie et la Zambie. Il faut continuer à améliorer cette initiative G20 pour en faire profiter plus de pays du continent. Il y a aussi et je voudrais le souligner le droit de tirage spécial, dispositif mis en place par le FMI qui a permis d’aider beaucoup de pays à affronter ces nouveaux défis du 21 siècle, avec un droit de tirage augmenté de 650 milliards de dollars. Sur ce montant global le continent s’est vu attribuer un droit de tirage de 33 milliards supplémentaires. Bien que la somme soit importante, elle reste insuffisante eu égard aux besoins de financement de notre continent. Cet argent frais a permis cependant de réduire les répercussions négatives du Covid sur les recettes fiscales, voire d’assurer une stabilité des comptes courants. Force est de reconnaitre que c’est encore insuffisant pour répondre efficacement aux besoins de financement de notre population. C’est la raison pour laquelle nos chefs d’État ont demandé à ce que la quote-part du continent soit revue à la hausse pour atteindre au moins 100 milliards de dollars. De nombreux pays occidentaux n’ont pas besoin de ces droits de tirage spéciaux – leur attribution dépend de quota/pays - c’est la raison pour laquelle l’Afrique milite pour que les droits de tirage des pays qui n’en ont pas la nécessité puissent être réalloués aux pays en développement.
Sur le même sujet, je voudrais souligner une décision importante du mois de février, au dernier sommet des chefs d’États réunis à Addis-Abeba. Une partie de ces sommes réallouées va alimenter directement les capacités de la BAD. Vous allez me demander le pourquoi de cette décision ? Premièrement, parce que la BAD est la première institution financière de l’Afrique. Deuxièmement, c’est la seule institution à bénéficier d’un triple A sur tous les continents. Cela veut dire que nous pouvons avoir un effet de levier de quatre fois le montant qui pourrait nous être alloué. Si nous recevons 10 milliards de dollars, nous les transformerons en 40 milliards de dollars de financement pour le continent. 20 milliards de dollars, deviennent 80 milliards pour stabiliser les économies nationales et accélérer le développement de l’Afrique. Notre banque est entièrement engagée sur cette formidable opportunité de démultiplier les capacités et les moyens d’agir concrètement pour impulser un nouveau tournant pour le continent. Nous travaillons d’ailleurs avec les chefs d’États africains pour voir concrètement comment utiliser ces droits spéciaux. Le développement, ce n’est pas seulement stabiliser les banques centrales, même si c’est aussi important. Le taux de PIB ne se mange pas… Il faut que ces ressources nouvelles contribuent à la transformation de la vie quotidienne des populations en termes de santé, d’éducation, d’accès à l’alimentation, à l’eau, ou encore aux services assainissement. C’est ça, le deal !

À titre personnel, pour répondre à votre question, je ne suis pas en faveur du principe de l’effacement de la dette. J’estime qu’il est de la responsabilité des politiques de gérer convenablement la dette, en contractant des engagements principalement pour des investissements productifs, en bon père de famille, et pour éviter les effets d’« externalité morale », qui consiste à démultiplier la dette et se rendre compte ensuite de l’incapacité à la rembourser, et finir par demander son effacement. Ce qui est important, c’est une bonne planification économique, une bonne gestion de la dette, et notamment éviter que la dette contractée soit uniquement constituée d’emprunts à court terme avec des taux d’intérêts élevés.
S’il y a une dette que j’abhorre, c’est celle qui gage les ressources naturelles pour garantir le montant de la dette. Ce genre d’engagement est à proscrire, ils hypothèquent l’avenir du continent.

Votre institution a octroyé 41 millions de dollars à Djibouti durant la période Covid, cet appui a-t-il été sous forme de don ?
Oui l’appui a été sous forme de don pour la République de Djibouti afin de l’aider à stabiliser son économie. Il faut savoir que tous les financements que nous octroyons pour Djibouti sont sous forme de don à 100%. Cela ne génère donc aucun endettement pour votre pays.

Comment expliquez-vous que des jeunes Africains meurent quotidiennement pour traverser la Méditerranée ou le Bad-el-Mandeb ? Pourquoi nos jeunes ne croient-ils pas en l’avenir de notre continent ?
La situation que vous décrivez me fait honte. Pour moi, ces jeunes qui fuient l’Afrique portent un rude coup à l’avenir de notre continent. Ces jeunes sont nos atouts. Ils sont bien formés. En s’exilant hors du continent, ils partent avec leurs idées, leurs capacités d’innover et leurs potentiels.
L’Afrique compte 430 millions de jeunes, c’est un formidable avantage économique qui ne demande qu’à être transformé pour impulser le développement. Mais aujourd’hui, parce que le taux de chômage est élevé, cela devient un problème. Prenez la situation de Djibouti. 60 % de votre population à moins de 30 ans, 75 % des jeunes sont au chômage, et parmi les 25 % des jeunes qui travaillent, 75 % d’entre eux sont dans l’informel, un secteur qui ne fourni pas suffisamment de revenus. C’est un défi pour votre pays, mais également pour tout le continent. Cela dit, je ne crois pas que l’avenir des jeunes Africains soit plus prometteur en dehors du continent. L’avenir des jeunes Africains ne se trouve pas en Asie, en Amérique Latine, ou en Europe, mais chez eux, sur leur continent où le taux de croissance est le plus élevé du monde. Une croissance plus inclusive, avec plus d’équité, qui évidemment générerait beaucoup d’emplois, avec des revenus significatifs pour améliorer la qualité de vie de nos jeunes.
Partout en Afrique, je vois que des dispositifs sont mis en place par les gouvernements pour aider les jeunes, notamment à travers le versement de bourses, d’allocations de subsistance pour aider les familles à nourrir décemment leur foyer, etc. C’est très bien mais ce n’est pas suffisant. Il ne suffit pas de donner un petit peu ici, un petit peu là. L’effort doit être plus conséquent, systémique, plus structurel, et continu dans la durée. Qu’est-ce que je veux dire : il y a effectivement de nombreux problèmes, le plus criant sans doute est l’inadéquation entre les compétences recherchées par le marché et la formation que les gens reçoivent. Il y a un déséquilibre dans tout cela et il faudra le résoudre. Deuxièmement, il faut prévoir une incitation fiscale pour les compagnies qui recrutent. Troisièmement, pour résoudre ce problème d’écart entre la compétence et les besoins du marché, je pense qu’il est temps pour les pays africains de faire les choses de manière structurelle. Ce que je veux dire, c’est que l’on pourrait créer des zones d’augmentation des compétences, zones spéciales dans laquelle vous auriez des sociétés telles que les compagnies pharmaceutique, d’information, de télécommunication, de technologie, d’informatique ou d’électronique, qui pourraient prendre en stage pour des périodes plus ou moins longues des jeunes en recherche d’un premier emploi. Ce type d’accompagnement des entreprises dans la formation de nos jeunes renforcerait la qualité de l’enseignement professionnel. Il orienterait les jeunes, qui pourraient ainsi faire leurs preuves. Ces étudiants, placés dans ces différentes compagnies, verraient leur niveau d’apprentissage augmenter considérablement avec l’acquisition de compétences diverses. Les compagnies auraient bien évidemment la possibilité de les engager à la fin de leur stage. Certains de ces jeunes ne voudront pas être engagé et préfèreront créer leur propre entreprise, que le gouvernement pourrait soutenir en apportant les ressources financières indispensables pour le décollage de l’entreprise. Et enfin, ces zones spéciales pour les compétences devraient nécessairement être liées, connectées aux universités, aux écoles spécialisées afin d’influer sur la pédagogie, la formation, renseigner sur les compétences recherchées, et donc adapter le type de formation à la réalité du marché de l’emploi, puisque cela ne sert à rien de former des jeunes qui ne répondent pas aux besoins.
Enfin, nous sommes en cours de finalisation au niveau de la BAD d’une solution de financement bancaire mieux adaptée aux jeunes entrepreneurs africains. Nous voulons promouvoir et appuyer un écosystème de banques d’investissement sur l’ensemble du continent dédiée à l’entreprenariat des jeunes en Afrique. Ces banques vont soutenir les business des jeunes à grande échelle. Donc voilà, ce que je pense qu’il est très important de réaliser dans les meilleurs délais, pour créer les opportunités pour nos jeunes afin qu’ils ne ressentent plus le besoin de fuir leur continent mais qu’au contraire, il le voit dorénavant comme une terre bénite, riche d’opportunités. Nous allons terminer le développement de ces institutions d’ici la fin de ce mois de juin et escomptons d’ici décembre mettre sur les rails cet ambitieux programme d’accélération du développement, dans un premier temps dans dix pays dont Djibouti.

Quels espoirs fondez-vous sur la création de la nouvelle zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) ?
Vous savez que les chefs des États africains ont cette ambition d’intégration économique au travers le Zlecaf. A la BAD, nous avons pour stratégie d’aider à alimenter en énergie. Mais aussi de nourrir l’Afrique et de l’industrialiser, ce qui permettra d’améliorer la qualité de vie des populations africaines. La zone de libre-échange continentale, c’est un développement majeur pour l’avenir de l’Afrique. On parle d’un PIB cumulatif de tous les pays de l’ordre de 3,3 mille milliards de dollars, ce qui veut dire que c’est un grand marché. La levée progressive des barrières douanières donnera un coup de fouet aux échanges intra-africains.
Mais ce qui donne en réalité la croissance, ce sont avant tout les investissements en infrastructures. Les nations africaines doivent être interconnectées pour commercer entre elles. Si vous regardez la Banque africaine de développement, dans ces sept dernières années, où j’étais président, on a financé des infrastructures à hauteur de 40 milliards de dollars. Par exemple l’infrastructure routière reliant Addis Abeba à Nairobi, puis à Mombassa, pour un montant de 1,1 milliard de dollars, qui a augmenté les échanges commerciaux entre les deux pays de près de 400 % en deux ans. Je peux citer aussi le corridor régional de Nacalan qui relie sur 1 650 Km la Zambie au port du Mozambique via le Malawi, qui a changé complètement les échanges entre les pays. Prenez aussi l’exemple du port au Namibie, le Walvis Bay, qui a augmenté la capacité logistique régionale avec la construction d’un nouveau terminal conteneur sur 40 hectares récupérés sur la mer. Ce port modernisé et agrandi a facilité et accéléré le trafic commercial entre l’Afrique australe, l’Europe et les Amériques, avec l’ambition de devenir la plaque tournante des échanges commerciaux dans la région. Partout, la BAD appuie à l’édification d’infrastructure de base comme des corridors routiers ou des infrastructures digitales avec les câbles sous-marins qui passent partout en Afrique et dont on a vraiment besoin pour le commerce. Voilà ce que nous sommes en train de réaliser. Mais toutefois, il n’y a pas que seulement le commerce pour créer de la richesse. C’est plutôt l’industrialisation qui donne une valeur ajoutée génératrice de richesse. Mon opinion est qu’on doit profondément transformer la zone continentale de libre-échange qui s’est malheureusement cantonnée aux échanges. Dans tous les pays du monde qui ont opté pour le système de libre-échange, leur réussite et leur enrichissement sont dus à la création de valeur ajoutée, avec des échanges commerciaux, comme par exemple la zone de libre-échange nord-américaine Alena. Par exemple, si je vous vends du sorgho, et vous me vendez du maïs, nous continuerons à rester pauvre. Ce qui veut dire que l’échange a été efficace mais sans aucune valeur ajoutée nous restons pauvres ensemble. Personnellement, je pense qu’on devrait transformer notre zone du Zlecaf pour qu’elle devienne une zone industrialisée, une zone de création de valeur ajoutée.

Comment gérer les contraintes, les pressions de tous ordres, qui visent à freiner certains investissements en Afrique, voire sur notre territoire. Comment faire pour préserver les équilibres ? La politique décomplexée, guidée uniquement par leurs simples intérêts, des nations africaines avec pour unique boussole la quête d’une vie meilleure pour ses habitants, est-elle encore possible pour le continent face aux pressions du bloc occidental ? Suffira-t-il de rappeler qu’être un ami, un allié, ne peut être interprété comme un alignement jusqu’à l’absurde ?
Une personne qui veut se marier et qui a de nombreux prétendants, cela signifie que cette personne a beaucoup d’attractivité. L’Afrique est très attractive notamment car elle dispose d’une population jeune. Deuxièmement en termes de terres arables, 65% qui de celles qui n’ont pas été encore cultivées se situent en Afrique. Les terres rares, le métal, le gaz, le pétroles sont ici en Afrique. Les énergies renouvelables, que cela soit le solaire, l’éolien, l’hydraulique sont aussi ici en Afrique. Les gens parlent de voitures électriques, mais le lithium, le cobalt, et le cuivre pour les fabriquer se trouvent où ? En Afrique ! Vous devriez comprendre maintenant la raison pour laquelle il y a tellement d’intérêts pour certains à vouloir épouser l’Afrique coûte que coûte. Mais de la même manière qu’une femme choisit l’homme avec lequel elle veut partager sa vie, l’Afrique peut et doit choisir le partenaire qui sied le mieux à ses intérêts. Il faut renforcer la capacité des pays africains à faire des analyses prospectives, à être en mesure d’apprécier quel type de financements, quel type d’engagements, quel type de contrats sont dans l’intérêt de leur pays.
Vous savez, pour se développer avec fierté, il ne faut pas être un suiveur et demander à ce qu’on vous tienne la main pour traverser la rue. Non !!!
Nous avons les ressources naturelles, nous choisissons le partenaire qu’il faut. Le critère c’est la valeur ajoutée pour nous, dans une relation commerciale gagnant-gagnant pour l’amélioration de nos économies. C’est ça qui est vraiment important. Mais aussi d’éviter de nouer des engagements asymétriques. C’est la raison pour laquelle nous, la BAD, avons un instrument que nous mettons à disposition des États africains, la « facilité africaine de soutien juridique ». Pour les aider dans leurs négociations et éviter les écueils d’appréciation au moment de contracter des liens contraignants qui ne sont pas équilibrés.

Enfin je pense que le développement de l’Afrique doit se faire avec l’investissement. Je vous donne un exemple. En 2018, j’avais créé le Forum d’investissement en Afrique. Il s’agissait d’attirer les investisseurs étrangers en Afrique. En moins de 72 heures, en 2018, nous avons pu mobiliser plus de 37,8 milliards de dollars d’engagements sur les projets proposés. De même en 2019, toujours en 72 heures, nous avons recueillis 41,1 milliards de dollars d’engagement financiers auprès d’investisseurs étrangers. En 2020, la crise Covid a mis un coup d’arrêt à nos rencontres autour du Forum d’investissements en Afrique. Nous avons cette année au mois de mars relancé le Forum pour continuer à générer des financements pour le développement d’infrastructures pour notre continent. Nous sommes parvenus à connecter l’Afrique au reste du monde : ce sont 32,8 milliards d’engagements pour cette édition de 2022. En trois ans, nous avons attiré 110 milliards d’investissements pour l’Afrique. Que peut-on en conclure ? Qu’il est important de nettoyer l’environnement des affaires, de le rendre propice aux investissements. Imaginer que vous vouliez planter du maïs, vous achèteriez de la bonne semence, vous creuseriez un trou dans une belle terre arable, vous arroseriez votre graine convenablement, le soleil et la pluie rempliraient également leur rôle respectif, et c’est ainsi que l’on obtiendrait à la récolte du bon maïs. Pour les affaires, c’est pareil. Il faut améliorer le climat des affaires pour que l’écosystème soit propice aux investissements. Donc pour moi l’accélération du développement de l’Afrique, passe par là, non par les dons, mais par l’investissement productif. Il faut bien comprendre que de l’argent disponible pour investir, il y en a énormément. Mais pour le capter, il faut assainir son environnement des affaires. Il n’y a pas de secret, c’est aussi simple que cela. Il y a tellement d’argent dans le monde qui cherche un endroit où s’investir, que cela fait presque mal au cœur lorsque l’on voit le potentiel de l’Afrique et son taux de rendement des investissements. Il faut saisir que la finance est un peu comme une sorte de fleuve qui s’écoule en cherchant son chemin, cherchant inlassablement un passage dans un environnement sain. Et lorsque ces conditions sont réunies, les capitaux viennent d’eux-mêmes. Voilà mon ambition pour mon continent, aider nos responsables politiques à améliorer le climat des affaires, à mettre en place des politiques publiques qui stimulent la croissance économique et la compétitivité, pour accélérer le développement de notre continent.

Vous avez été décoré cet après-midi par le Premier ministre du grade de commandeur de la plus haute distinction nationale. Quel sentiment a généré cette marque d’estime ?
Une joie immense et un sentiment de grande fierté m’habitent évidemment. Sachez que je suis venu à Djibouti en étant ressortissant nigérian. J’en repars, dans une petite heure, avec un attachement particulier pour votre nation. Voyez-moi dorénavant comme un ambassadeur plénipotentiaire de votre belle patrie.

Propos recueillis par Mahdi A., photos Hani Kihiary

 
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