Human Village - information autrement
 
Flambée de violence à Tadjourah
par Mahdi A., mai 2018 (Human Village 33).
 

Selon un communiqué de la Ligue djiboutienne des droits de l’homme (LDDH), la ville de Tadjourah aurait connu hier matin, lundi 14 mai 2018, des manifestations qui auraient dégénéré en confrontation avec les forces de l’ordre. Le communiqué mentionne aussi l’arrestation de jeunes, détenus à la brigade de gendarmerie de Tadjourah. En lien avec ces heurts, les communications mobiles auraient été également coupées dans la localité pour bloquer la diffusion d’informations sur les réseaux sociaux. Leur accès serait redevenu normal le lendemain de ces violences selon la LDDH. Aucune explication officielle n’a été fournie sur cette interruption.
« La jeunesse tadjourienne s’est de nouveau manifestée pour exprimer leur refus d’injustice lors de l’embauche au port de Tadjourah. […]
Comme d’habitude la police a usé de la force pour réprimer cette manifestation. L’on déplore plusieurs blessés et des arrestations abusives et pour empêcher la circulation de l’information les autorités de la région ont coupé les liaisons téléphoniques jusqu’à ce matin. […] LDDH dénonce et condamne énergiquement l’usage de la force pour réprimer le droit au travail de la jeunesse » [1].

Les manifestations se multiplient à Tadjourah, mais que de telles violences ont rarement été rapportées. Les réseaux sociaux se remplissent de photos et de commentaires sur la colère des habitants de la ville aux Sept mosquées, qui ne voient rien venir de la part du gouvernement et dénoncent la violence des forces de l’ordre. Le gouvernement aurait déployé un important dispositif pour étouffer le mouvement de contestation. En l’état des éléments à notre disposition, notre rédaction n’est toutefois pas en mesure de pouvoir confirmer les arrestations, ni le nombre de blessés, ni se prononcer sur le déroulement des incidents.

Appel au calme et injonction au gouvernement par l’ARD
« Non au chômage, non à la discrimination, non à l’oppression.
Encore une fois, la ville de Tadjourah a été le théâtre d’une violente répression.
Constatant que les promesses de recrutement au nouveau port n’étaient que leurre et qu’ils avaient été bernés, de jeunes chômeurs ont exprimé leur ras-le-bol de la discrimination dont ils sont victimes en organisant une manifestation pacifique en ce lundi matin.
Comme à l’accoutumée, le régime a répondu à leurs légitimes revendications par la répression : des tirs à balles réelles ont ainsi fait deux victimes, dont une grièvement.
Nous condamnons ce recours excessif et illégal à la force, ainsi que l’usage d’armes à feu contre des manifestants sans aucune intention agressive.
Nous condamnons la discrimination ethnique dont les jeunes de Tadjourah et d’ailleurs sont victimes, discrimination à l’origine du conflit civil.
Nous mettons en garde ce régime irresponsable : l’aggravation des causes du conflit civil ne pourra que conduire à de fâcheuses extrémités, dès lors que toute revendication pacifique est réprimée dans le sang.
Nous appelons la jeunesse au calme, à la solidarité et à la vigilance face aux provocations » [2], déclare le président nouvellement élu de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD), Hassan Mohamed Hassan dit Dilleyta. Ce dernier a succédé à la tête du parti, à Cassim Ahmed Dini.

La population gronde… mais où sont les relais coutumiers
Les mouvements contre la pauvreté et les mauvaises conditions de vie s’intensifient à Tadjourah. Les manifestations auraient débordé en affrontements avec la gendarmerie après la publication de la liste des candidats retenus pour une embauche à la sécurité portuaire. L’annonce pourtant très attendue a mis le feu aux poudres. Il a été signalé des actes de saccages et de vandalisme, comme une bâtisse incendié. Les nombreux commentaires postés sur les réseaux sociaux expliquent ce regain de violence par le fait que le gouvernement aurait fait des promesses, au cours notamment des campagnes électorales aussi bien locales du 24 février 2017 que législatives du 22 février 2018…, qui seraient restées depuis lettre morte. Ce serait l’élément déclencheur, au delà du fait que la population estime ne pas bénéficier des retombées des grandes infrastructures en cours de réalisation dans la région. Les habitants se sentent les laissés pour compte d’une croissance économique qui enrichi pourtant les sphères qui gravitent autour du pouvoir. Ils dénoncent les agissements d’une oligarchie locale qui systématiquement préempterait pour leur profit et ceux de leur proche les quelques ressources disponibles.
Ces iniquités seraient doublées d’une autre combinaison de difficultés : chômage massif, aggravé par l’absence de formation adaptée et donc de qualification. Elles ont certainement contribué à exacerber les frustrations et les craintes pour son avenir de cette jeunesse tadjourienne. L’enquête djiboutienne auprès des ménages EDAM 4 publiée le 19 mars 2018 a révélé que le taux de pauvreté y serait le plus élevé du pays. Les souffrances et les difficultés ne seraient pas imaginées mais bien plus criantes qu’ailleurs dans le pays. Il est certain que la situation sociale se dégrade de plus en plus.

L’expression d’un mécontentement de manière aussi violente ne peut que nous interpeller : que sont devenus les relais coutumiers traditionnels ? Ont-ils perdu de leur autorité et de leur légitimité auprès de la jeunesse ?
Indéniablement la contestation populaire dans le Nord du pays ne s’inscrit plus dans les réseaux traditionnels. Est-il possible que cette jeunesse ait décidé de se détourner des autorités communautaires, estimant ne pas être suffisamment défendue dans ses revendications ? Assistons-nous à un processus de remise en cause de l’ordre social ancestral ?
Interrogé sur l’influence des relais communautaires auprès de la population de la ville Blanche, dont il est natif, le parlementaire et co-leader de l’opposition dite « modérée » Mohamed Daoud Chehem nous donne son sentiment sur les événements de ces derniers jours : « Ces jeunes sont désœuvrés, ils n’ont malheureusement pas trouvé d’autre moyen pour exprimer leur rage. Le gouvernement ne peut ignorer ce signal d’alarme, cet appel à l’aide, ce cri de douleur de la jeunesse. Concernant les chefferies locales, je partage votre constat. Ces dernières semblent être en perte de vitesse et ne parviennent plus à canaliser les frustrations et la déshérence de nos populations. Il faut également comprendre qu’il y a dorénavant un fossé générationnel et numérique entre eux... Cela rend la communication tout de même difficile ».
Faute d’interlocuteur légitime pour faire valoir leurs difficultés, cette jeunesse a-t-elle essayé de s’extirper de cette désespérance en faisant entendre sa voix par la violence, en prenant à témoin de leurs malheurs, de leurs souffrances sociales souvent extrêmes, l’ensemble de la nation ? On ne manque pas de rappeler que cette région a accordé un score à la soviétique, avec 94,82 % des suffrages exprimés, sa confiance à la coalition de la majorité aux élections législatives du 22 février 2018. Sans doute attend-t-elle d’en être payée de retour…

Mahdi A.


 
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