Human Village - information autrement
 
En aparté avec… Cassim Ahmed Dini
par Mahdi A., février 2018 (Human Village 32).
 

Qui est Cassim Ahmed Dini ? Même si le personnage n’est pas un nouveau venu en politique - au delà de l’aura du nom qu’il porte auprès de sa communauté -, il n’est pas connu de la majorité des Djiboutiens. Nous avons voulu profiter des élections législatives pour mieux cerner les parties d’ombres qui entoure l’homme. Le qualificatif d’intellectuel qui est souvent employé pour le décrire – et qu’il a su habilement créer autour de lui -, ne semble pas galvaudé et va de pair avec le caractère austère et parfois lointain qu’on lui prête. Avoir été un temps rédacteur en chef du journal Réalité, organe de presse de l’ARD, lui permet d’acquérir une solide formation en communication politique, renforcée par un bagage universitaire de qualité (après l’IEP de Bordeaux, il commence une thèse à Paris X-Nanterre). Il veut représenter la nouvelle image de l’opposition. Comme un général sur un champ de bataille, il dresse sa stratégie pour gagner le combat politique. Il faut garder à l’esprit que Cassim Ahmed Dini, à l’instar d’un Che Guevara, a pris les armes par le passé pour défendre ses idéaux. Il veut unifier l’opposition divisée enlisée dans des guerres de clochers pour le leadership. Il assure vouloir transcender les clivages artificiels entre les Djiboutiens pour construire une nation. Il lui faudra cependant mettre beaucoup d’eau dans son vin en ce qui concerne ses revendications régionalistes et identitaires. Il promet de nettoyer la vie publique, comparée aux écuries d’Augias. Il tient un langage qui tranche, n’hésitant pas à s’attaquer aux autorités coutumières ou à dénoncer les manipulations du pouvoir pour déstabiliser l’opposition. Il veut bousculer l’échiquier politique, mais il n’a jamais participé à un scrutin électoral… Il prétend que son objectif est de faire tomber le régime d’Ismaïl Omar Guelleh et de réconcilier toutes les communautés du pays autour d’un bien vivre ensemble. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir construit sa base politique dans le Nord du pays ! Indéniablement la personnalité et la réflexion de Cassim Ahmed Dini interpellent. Rencontre avec un non-conformiste...

L’ARD [1] présente des candidats à Tadjourah, mais pourquoi uniquement dans la Ville blanche ?
Cela a été un choix tactique. On voulait Obock pour ramener l’aile dissidente en notre sein, mais cela ne s’est pas fait. Puis à Djibouti il y a eu l’arrestation d’un haut responsable du CDU [2] qui était sur la liste de nos candidats pour la capitale. Cette liste là aurait été invalidée du fait de l’emprisonnement à Gabode de Makahil Abdillahi. Nous sommes réunis en tant qu’AMAN [3] et avons décidé de ne pas entrer dans le piège tendu par le pouvoir en concourant à Djibouti ville, et de nous concentrer chacun dans sa région phare pour ne pas diviser nos forces. Voilà pourquoi le CDU s’est présenté à Ali Sabieh et nous à Tadjourah. Si nous avions pu régler le problème de la dissidence, bien évidemment l’ARD se serait présentée également à Obock. Cela ne s’est pas fait malheureusement.
Bien sûr il y a une raison financière aux choix opérés, mais aussi la question de la dissidence ARD se pose avec moins d’acuité à Tadjourah qu’à Obock, pour des raisons claniques. A Tadjourah nous avons en deuxième position sur la liste de l’ARD une ancienne de la dissidence ARD - qui est la sœur du ministre de l’intérieur, Hassan Omar Mohamed-, à qui nous avons tendu la main. Elle se nomme Fato Omar Mohamed. Je tiens à rappeler qu’elle a fait de la prison par le passé du fait de son appartenance et de sa participation aux activités politiques de l’ARD. Il n’y a plus de dissidence de l’ARD à Tadjourah. Nous lui avons donné la possibilité de se présenter aujourd’hui en tant qu’ARD et de contester mon leadership au prochain congrès si le cœur lui en dit. Je ne vois pas cela comme un problème. L’essentiel selon moi, c’est de battre l’UMP [Union pour la majorité présidentielle] à Tadjourah. Je constate que Fato Omar Mohamed a un sens politique plus développé que d’autres, qui ont refusé la même proposition.
Il ne faut pas se voiler la vérité si l’on s’était présenté en qualité d’AMAN à Djibouti-ville, c’est-à-dire avec une fraction de l’opposition, il aurait fallu suffisamment de délégués pour couvrir les bureaux de votes, ce qui aurait été au dessus de nos moyens.

Combien y a t-il de bureaux à Tadjourah et comptez-vous dans vos rangs des délégués fiables ?
Il y a 48 bureaux de votes dans la préfecture de Tadjourah et nous disposons de ressources fiables, 48 délégués et 48 suppléants.

Vraiment fiables ?
Il n’y a qu’Allah qui est fiable ! Mais oui, nous pouvons répondre pour chacun d’entre eux de leur honnêteté et de leur sérieux. Ce qui n’aurait pas été le cas à Djibouti-ville. Il faut comprendre que la crise de l’USN [4] a démobilisé l’électorat somali dans la circonscription de Djibouti-ville. Contrairement aux régions d’Ali Sabieh et de Tadjourah, où la crise de l’USN n’a eu aucun impact, ni positif ni négatif. A Djibouti-ville, le MRD [5], le RADD [6], le Model [7] ont contribué à démobiliser les électeurs. Il n’est pas certain dans cette configuration que l’on aurait pu trouver les près de 500 délégués et 500 suppléants fiables pour assurer le contrôle des votes.

Pourquoi n’avez vous pas intégré des éléments du MRD, du RADD, ou du Model dans une liste à Djibouti-ville, même si leurs mouvances politiques ne sont pas autorisées dans le jeu électoral ?
La faillite de l’USN est imputable à ceux qui ont appelé au boycott d’un seul coup, sans concertation, à la présidentielle. Pourtant ils avaient participé aux législatives en ayant connaissance des conditions de fraudes. Et tout d’un coup, ils décident de rompre la solidarité au sein de l’USN pour appeler au boycott. Cela a désorienté beaucoup d’électeurs. Par la suite nous avons accepté l’offre de collaboration du président du RADD. Le RADD d’Abdourahman Mohamed Guelleh dit « TX » a proposé de reconstruire, de rassembler l’opposition autour d’une nouvelle fédération de partis, l’AMAN, comprenant l’ARD, RADD et le CDU. Nous considérions que c’était une bonne idée et nous avons adhéré à ce projet politique. Par la suite il s’est retiré de cette union de l’opposition.

Pour quelles raisons ?
Il faudrait lui poser la question directement à lui. Pourtant nous nous étions rendus ensemble auprès des chancelleries installées à Djibouti pour présenter notre projet politique, et à ce moment là notre position était claire : non au boycott ! Et, du jour au lendemain, Abdourahman Mohamed Guelleh dit « TX » appelle ses militants au boycott. Il y a une scission au sein du RADD. De nombreux dissidents de son mouvement nous ont rejoint, notamment une dame extrêmement dynamique, Roda Rose (responsable de la cellule femme à l’USN) et son vice-président lui même, Chehem Mohamed Gadito. Ce dernier est candidat sur la liste à Tadjourah. Quant au Model, nous n’avons pas vraiment de contact. Ils ont été honnêtes, puisque lorsque l’on ne peut pas participer, on ne peut pas appeler au boycott. Ils se sont contentés de dire qu’ils ne prendraient pas part à quelque degré que ce soit à ce scrutin. Je respecte cette décision. Le MRD a quant à lui immédiatement demandé à ses militants de boycotter. Je n’ai pas de contact avec le président du MRD, Daher Ahmed Farah, dit « DAF », mais j’ai eu l’occasion de m’entretenir à plusieurs reprises longuement avec le député sortant Doualeh Egueh Ofleh du MRD, et de le questionner sur le bilan qu’il tirait de son expérience de ces cinq années au Parlement. Il m’a dit que c’était mitigé, mais qu’en tout état de cause il allait respecter les directives de son parti. Quant aux dissidents de l’ARD nous leur avons tendu la main évidemment, mais cela ne s’est pas fait. Donc ce n’est pas de notre fait s’il n’y a pas eu d’unité de l’opposition à Djibouti-ville.

Et pour Obock ?
Tout comme pour Obock ! Nous avons proposé à l’aile dissidente de notre mouvement, conduite par le député sortant Adan Mohamed Abdou, de conduire la liste d’Obock sous l’intitulé de l’ARD. Mais nous avons essuyé un refus à cette proposition.
Il faut comprendre que lors de la signature des accords du 30 décembre 2014, il y aurait eu apparemment un deal entre cette aile de l’ARD et le pouvoir. Le Premier ministre, Abdoulkader Kamil Mohamed, aurait promis de délivrer à nouveau la certification du parti à l’aile dissidente. Jusqu’à encore il y a un mois des élections, ils y ont cru. Pour l’anecdote, qui m’a été racontée par le ministre de l’intérieur lui même, Adan Mohamed Abdou serait venu le voir à son cabinet en tenant un document qu’il aurait établi lui même et sur lequel il demandait au ministre d’apposer sa signature pour remplir l’engagement pris par le Premier ministre. Ce document aurait rendu sa légalité à l’ARD « non autorisée ». Le ministre lui aurait expliqué sommairement que les choses ne se passent pas ainsi, et que si le Premier ministre avait pris cet engagement, il l’invitait à se rendre auprès de lui pour faire exécuter cette promesse. Adan Mohamed Abdou s’est même rendu auprès du Dr Abbatte pour l’inviter à se ranger derrière lui, car il avait la promesse ferme du pouvoir de faire reconnaître l’ARD dissidente comme légale sous peu… Il en était convaincu jusqu’au derrnier moment ! Etant dans cette optique que son aile dissidente allait être reconnue, il pouvait difficilement saisir la main tendue. Puis la décision a été une fin de non recevoir. Ils sont tombés de très haut au sein de l’ARD dissidente, et je pense qu’il leur fallait du temps pour faire leur deuil de cette non restitution. Je regrette qu’il n’ait su se montrer pragmatique : nous avons proposé la tête de liste de l’ARD à Obock à Adan Mohamed Abdou. Cela ne s’est pas fait !

Pourquoi ne pas vous être présenté à sa place après son refus de participer sous vos couleurs ?
Quelque part en politique, il faut savoir être également imprévisible… Le 12 mai 2017 s’est tenu une réunion du conseil national de l’ARD. Nous avions envisagé notre participation aux prochaines législatives et avions demandé à chacun de nos membres de faire un état des lieux, dans les différentes circonscriptions électorales dont ils étaient issus, des possibilités financières, matérielles, et humaines de participation à ce scrutin. Ce travail n’a été effectué ni à Tadjourah ni à Obock. D’ailleurs notre responsable local, Youssouf Ambassa Mohamed qui est député sortant sous nos couleurs, a décidé de soutenir la liste de l’UMP à Tadjourah.

Comment expliquez-vous qu’il ait changé son fusil d’épaule ?
Tout simplement par opportunisme. Il exigeait d’être tête de liste à Tadjourah, mais nous avons demandé le bilan de sa législature.
Et à Obock nous n’avions pas suffisamment de ressources pour y mener campagne dans des conditions optimales. Comme je le disais tout à l’heure, l’incidence de la dissidence de l’ARD porte du tort à notre mouvement, et la division est encore plus aiguë là-bas pour des raisons claniques. Nous avons informé nos militants d’Obock, et ils l’ont compris. Si nous étions parvenus à fédérer les deux ARD pour concourir sur Obock, nous aurions largement gagné. Mon objectif n’était pas de gagner un siège à la députation pour moi. Si mon ambition était uniquement personnelle, je me serai présenté à Djibouti-ville. Notre objectif est de confisquer le pouvoir des régions au pouvoir central, pour poser les jalons d’une vraie réforme de la décentralisation.

Finalement par votre retrait à Obock vous avez ouvert la porte en grand à l’UMP ? Cela explique en partie le désintérêt de la population de la région, puisqu’au 6 février le taux de retrait des cartes d’électeurs était d’à peine 14% ?
Le taux de 14% s’explique par le fait qu’il existe une tradition de remise par sacs entiers aux notables de la région des cartes non retirées. C’est ce que l’on appelle le vote unanimiste, où le responsable local vote pour toute la tribu, là bas. Il y a aussi beaucoup plus de misère et de détresse humaine. Et puis le rôle de l’armée dans la fraude est beaucoup plus accru dans les circonscriptions de Dikhil et d’Obock qu’à Tadjourah. C’est moins violent à Tadjourah qu’à Obock et Dikhil. En tant qu’ARD divisée, nous partions perdants à Obock. C’est la raison pour laquelle nous avons fait le choix de mobiliser nos forces et nos ressources sur la région de Tadjourah. Premièrement car nous avions la meilleure tête de liste possible avec Hassan Mohamed Hassan dit Dilleyta Toureb. Le second atout dans notre manche est qu’un poids-lourd de la dissidence de l’ARD nous a rejoint, Fato Omar Mohamed.

Pourquoi avoir fait l’impasse sur la présidentielle de 2016 ?
J’ai reçu un message du chef de l’État m’invitant, la veille du conseil national du 12 mai 2015, à le suivre dans tous ses déplacements au cours de la campagne électorale à venir.

En qualité de soutien ?
Oui, en qualité de soutien. J’ai accepté l’offre à condition que l’on discute au préalable de l’application de l’accord de paix du 12 mai 2001 sur la base de l’argumentaire sur lequel il m’a fait revenir de France. Pour rappel, le 12 mai 2014, la police a violemment agressé des militants de l’ARD. Nous avions la commémoration de l’accord de paix à célébrer à Arribah. A cause des distensions au sein de l’ARD, nous étions affaiblis, nous n’avions pas de cordon de sécurité efficace. Je suis parti voir mes amis des instances de l’ARD pour leur dire que si les forces de police se permettaient d’agresser nos militants en plein Arribah, c’était du fait des dissensions qui fragilisent le mouvement. J’ai proposé de reconstruire l’ARD sur des bases saines, mais cela ne s’est pas fait. Pour éviter que des militants soient violentés du fait d’une guerre d’égos au sein du parti, j’ai contacté le chef de ma communauté en lui demandant de m’organiser un entretien avec le chef de l’État afin de me retirer de la politique. Je voulais proposer un deal : qu’il applique les dispositions restées en suspend de l’accord de paix de 2001 en contrepartie de mon retrait de la politique. Notamment l’octroi de papiers djiboutiens à tous ceux qui en étaient privés injustement dans le Nord du pays. Le notable contacté est le numéro trois de la hiérarchie du sultanat d’Arheyta, Salah Mohamed Dini. Ce dernier a saisi le sultan de Tadjourah. C’est à lui que j’ai délivré mon message pour le chef de l’État. Dans la foulée, je me suis rendu en France, et c’est là que le chef de l’État m’a fait revenir à Djibouti en m’envoyant comme émissaire Badoul Hassan Badoul, ministre alors.
Il m’a informé que le chef de l’État acceptait le marché. Puis, de retour au pays, et comme je ne voyais rien venir, j’ai convoqué un congrès de l’ARD. Il faut comprendre que j’ai profité d’une brèche, du problème entre l’USN et l’UMP à la suite des législatives.
Comme vous le savez, le chef de l’État cherchait à neutraliser l’USN en la divisant. Cela tombait bien pour moi. Je souhaitais prendre les rênes du parti pour le renforcer, et c’est dans cette optique que nous avons organisée le congrès pour diviser l’USN en novembre 2014. Le chef de l’État m’a attribué le récipissé du parti pour affaiblir l’USN, même si dans l’organisation du congrès nous avons complètement respecté les dispositions statutaires et réglementaires en vigueur.
Il faut comprendre qu’en devenant le président de l’ARD, ipso facto, je devenais le président de l’USN, puisque c’est le président de l’ARD qui préside la coalition de l’USN, à la place d’Ahmed Youssouf Houmed. Le président de la République les avait menacés de signer avec moi les accords du 30 décembre 2014 s’ils ne se décidaient pas à négocier sérieusement la fin de la crise politique à la suite de la dénonciation des résultats des législatives du 22 février 2013. Personnellement, j’étais convaincu que quelle que soit la qualité des négociations menée, le document paraphé par le président Guelleh ne serait pas appliqué. La preuve, l’USN a signé un beau document le 30 décembre 2014, mais qu’en est-il sorti ? Rien n’a été appliqué ! Pour moi, il s’agissait de ne pas perdre son temps, mais plutôt d’aller de l’avant et de préparer sérieusement la prochaine échéance, à savoir la présidentielle d’avril 2016.

Etes-vous conscient d’avoir été l’instrument d’une manipulation pour déstabiliser l’USN ?
Le fait est que les responsables de l’ARD ont intégré l’USN en violation de la volonté des militants qui ne voulait pas de l’USN. J’ai restauré la volonté des militants de l’ARD qui se refusait à cette alliance. En l’absence de retour du chef de l’État j’ai déclaré ma candidature à la présidentielle.

A quel moment ?
C’était à l’époque de Rosa Park, en décembre 2015. Puis je suis parti rencontrer mon ami Mohamed Moussa dit Tour-Tour, qui était aussi candidat pour lui proposer une alliance. Je suis convaincu que le meilleur format pour affronter le chef de l’État c’est celui de 1999 avec Moussa Ahmed. L’opposition toute entière doit se rallier autour d’un seul et même candidat. C’était pour éviter la pluralité des candidatures et les guerres de clochers. Mohamed Moussa a abondé dans mon sens, il a même envisagé de se retirer pour me laisser candidater. Mais la question n’était pas là. D’ailleurs cette option devait être discutée avec la coalition de l’USN puisqu’il m’avait assuré avoir leur soutien. Mais cela ne s’est pas fait puisque, comme vous le savez, l’USN ne l’a pas soutenu. L’USN a elle même implosé entre deux candidatures et le boycott prôné par d’autres. Par conséquent ma candidature ne se justifiait plus car ce que nous voulions éviter c’est produit : des candidatures multiples.

Pourquoi avoir apporté le soutien de l’ARD à Hassan Idriss Ahmed ?
Mohamed Moussa s’est retrouvé isolé au sein du milieu somali à cause de l’USN. Donc en tant qu’ARD et avec le backgroung de lutte armée, l’électorat qui est le nôtre, notre mouvement ne pouvait soutenir qu’un Afar. C’est tribal !
Je l’ai dit sur les ondes de la RTD en langue afar : « On aurait dit qu’Ahmed Dini a ramené Hassan Gouled Aptidon, et son fils a ramené un autre Mamassan » . C’est le backgroung uniquement qui a guidé notre choix. C’est regrettable de devoir faire ce constat mais la perception de la politique à Djibouti est à ce niveau là.

N’y avait-il pas un dialogue engagé en juillet 2017 avec le président du PDD pour une coalition à trois partis pour les législatives ?
Si, si… tout à fait ! Absolument.

Que s’est-il passé ?
Le PDD, je vais être gentil, est à dominante Afar. L’UDJ est un parti à dominante Saad Moussa, une petite fraction des Issa. Les conditions d’arrivée d’Ilaya, à la présidence de l’UDJ peuvent être contestées, mais ce n’est pas là le problème. Nous étions sur le principe très disposé à ce dialogue pour parvenir à une coalition des partis de l’opposition pour affronter l’UMP, mais tout au long de la période de négociation nous n’avons jamais rencontré la présidente de l’UDJ… Nous avions comme seul interlocuteur Mohamed Daoud Chehem pour représenter les deux partis. Ensuite le président du PDD avait des prétentions inacceptables, tels que ses candidats soient têtes de liste à Djibouti ville, à Tadjourah, à Obock, ou bien encore à Dikhil… cela voulait dire que l’ARD n’existait plus. Nous avons soumis la question au comité exécutif de l’ARD. Mais ce qui a posé véritablement problème c’est que nous n’avons pas constaté de positionnement d’opposition politique de la part de la présidente de l’UDJ. Aucune prise de position publique concernant des drames humains comme ceux de Buldhuqo, ou de Tadjourah récemment. Rien, aucun communiqué de presse. Elle n’est pas perçue comme étant une opposante. Enfin, au niveau d’AMAN il y a eu un veto. Pour le CDU et le RADD il était hors de question de nouer une alliance avec le PDD. Il faut savoir qu’au sein de l’USN, entre ces différents partis il y avait un lourd contentieux. Ils sont allés jusqu’à nous dire que s’ils s’associaient au PDD ils risquaient de perdre leurs militants. Leur position était claire, ils préféraient perdre les législatives que leurs militants.

Ces griefs concernent la présidentielle et le prétendu détournement de la trésorerie de l’USN par le président du PDD ?
Absolument ! Mais l’ARD n’était pas partie prenante de ce conflit là. Mais nos alliés avaient ce problème. La pilule des derniers évènements des présidentielles avec le PDD est vraiment très mal passée. D’ailleurs, le seul survivant de la liste de l’USN de 2013 est Mohamed Daoud Chehem. Où sont passés tous les autres ? Il faudrait étudier au cas par cas. Certains sont décédés, comme Aden Robleh Awaleh qui a été remplacé par son suppléant, un inconnu. Le parti PND lui même est fantomatique. Ismael Guedi Hared est également décédé, sa fille a repris le flambeau. Elle est candidate aux législatives. Les membres de l’ARD branche dissidente ne pouvaient pas se présenter, étant illégal. Nous leur avons tendu la main, ils l’ont refusé. Doualeh Egueh Ofleh, et Zakaria Abdillahi Ali ont préféré suivre la discipline du MRD et ont renoncé à concourir à nos côtés.

Auriez-vous donné votre assentiment à ce que ces partis interdits participent sous vos couleurs ?
Absolument ! Avec le président du CDU, Omar Elmi Kaireh nous étions sur la même position quant à la possibilité d’ouvrir nos listes à ces mouvements politiques non autorisés, notamment à Djibouti-ville. Ils ont préféré suivre les instructions de leur direction. Nous avons eu des menaces du régime pour nous interdire de faire entrer dans le jeu politique les députés sortants de l’opposition. Nous n’en avions cure. Nous avons renoncé de nous présenter à Djibouti-ville essentiellement du fait de l’arrestation de Makahil Abdillahi qui était dans les premiers de la liste. C’est une question de principe !

N’est-ce pas jouer le jeu du pouvoir de renoncer à participer aux législatives à Djibouti-ville du fait de l’emprisonnement de l’un des vôtres ?
Non, je ne pense pas ! Il faut comprendre que ses soutiens au sein du CDU étaient très remontés contre le gouvernement. Cette arrestation arbitraire a été vécue comme un casus belli par une large partie du CDU. Ils ont été nombreux à prôner le boycott. Cette arrestation a vraiment déclenché au sein de ce parti une grave division. Se sont opposées deux lignes : les partisans du boycott et ceux qui voulaient quand même prendre part aux élections. C’est ainsi que les partisans de la participation se sont repliés sur la localité d’Ali Sabieh, puisqu’ils ne pouvaient aligner les ressources nécessaires pour concourir à Djibouti-ville.

Que reste t-il de la coalition AMAN ?
Selon la loi, seuls les partis légalisés peuvent fonder des alliances politiques. Il a été fondé par l’ARD et le CDU. Le RADD a joué un rôle très important dans la constitution de cette alliance. Puis le RADD s’est retiré.

Pourquoi le RADD s’est-il retiré de la coalition ?
Le RADD a sorti un communiqué demandant au président du RADD de faire prévaloir son leadership naturel qui s’est exprimé lors des élections cantonale et communales de 2011. Leadership c’est tout, c’est le communiqué qui le dit, ce n’est pas moi.

Donc par refus de la reconnaissance de ce leadership au sein d’AMAN, il aurait plié bagages ?
Tout à fait ! Mais le mieux c’est que vous questionniez le président du RADD sur ce point. Moi je ne peux me référer qu’au contenu du communiqué.

La démarche est quand même surprenante puisqu’en agissant ainsi le RADD se fermait les portes pour concourir aux législatives ?
On n’a pas besoin d’appartenir à un parti politique légalisé pour concourir à la présidentielle. Le calcul est 2021 pour beaucoup de personnes.

Dont Cassim Ahmed Dini ?
Non, pas du tout ! Moi je suis engagé dans les législatives pour le moment avec mon parti. Mais je fais le constat que ceux qui prônent aujourd’hui le boycott, se préparent pour 2021. A cette échéance ils n’auront plus les mêmes scrupules pour participer au scrutin. Il ne sera plus question des fraudes électorales, ils les accepteront en participant.

Comment se passe les élections pour l’ARD à Tadjourah ? Pensez-vous gagner ou, allez-vous vous contenter d’un siège d’élu ?
Nous nous contenterons pas d’un siège, je peux vous l’assurer. Il est déjà acquis. Il faut partir de l’historique des confrontations politiques dans cette ville. En 2003, l’UAD avait remporté les élections législatives dans la circonscription de Tadjourah. La coalition avait réussi à juguler la fraude aussi bien dans la Ville blanche que dans les bureaux excentrés de la région. Sauf que le régime a crée ex nihilo un bureau de vote qui n’existait pas : Daffeynaytou. Mille personnes étaient censées y avoir voté. Tous les résultats de Tadjourah ont été inversés à cause de ce bureau de vote là, sortie de nulle part. Il faut bien saisir que ce bureau de Daffeynaytou a été inventé ! C’est un lieu-dit qui se situe entre les localités Addaylou et Guirori. En règle générale, l’essentiel de la fraude se passe en périphérie des villes. C’est la raison pour laquelle nous serons vigilants sur ces bureaux éparpillés à l’extérieur des chefs-lieux régionaux. Nous partons pour gagner tous les sièges de la circonscription.

Comment expliquez-vous que la petite ARD fasse face aux plus importants ténors de l’UMP, dont un certain nombre ne sont même pas candidats à Tadjourah, mais à Djibouti ?
L’ARD n’est finalement pas si petite que cela voilà tout ! Que cela soit Mahmoud Ali Youssouf, Hassan Omar Mohamed, Ibrahim Chehem Daoud, ou bien encore Mohamed Ali Daoud, dit Jean-Marie, ils ne représentent vraiment pas grand chose auprès de leur communauté respective.

Le vote communautaire est-il si accentué dans le Nord qu’il transcende toute autre considération ? La grille de lecture de la population ne tient-elle pas compte dans la balance des réponses qui aurait pu être apportées par le gouvernement pour surmonter leurs difficultés ?
Sous ce régime, à partir du moment où le député représente une tribu, le vote est communautaire. C’est clair comme l’eau de roche. Chez les Afars, ce vote communautaire est effectivement plus marqué que dans la communauté somalie. Les griefs sont beaucoup plus lourds, beaucoup plus prégnants dans la gestion de vie de tous les jours, pour que la population ne retienne les quelques saupoudrages cosmétiques du gouvernement. En outre, ces ministres ne peuvent pas espérer la moindre légitimité auprès des leurs alors qu’ils n’ont rien fait pour eux, pour leur permettre l’accès à la nationalité et donc au droit de vote. Ils sont apatrides dans leur propre pays. C’est un scandale.

Ce problème de papier est-il propre à la communauté afare ?
En brousse, ce problème touche toutes les communautés. Je vais vous raconter une anecdote qui s’est déroulée en 2005. Le chef de l’État en tournée se rend dans une localité du Nord, Waddi. Il est reçu par les notables, et l’un d’entre eux, lors des échanges, informe le président de la République des problèmes de papiers que connaissent les populations rurales. Le président choqué s’exclame : « Mais ces personnes sans papier seraient-elles tombées du ciel ? ». Il intime l’ordre au Premier ministre de l’époque, Dileita Mohamed Dileita, de régler le problème dans les meilleurs délais. Les sages, très satisfaits, le remercient. Sauf que le lendemain, le malencontreux Obakar Ahmed Oudoum, notable du clan Barhitto, qui avait osé interpeller le chef de l’État sur ce sujet, a été arrêté par les forces de l’ordre et conduit à la sinistre prison de Gabode… La commission ad hoc qui était prévue par les dispositions de l’accord de paix du 12 mai 2001 n’a jamais vu le jour ! Elle devait permettre à tous les ayants droits d’accéder à la nationalité.

A combien de personnes estimez–vous ces personnes apatrides ?
J’en ai sincèrement aucune idée. Mais comment pourrait-on le savoir, nous n’avons même pas un recensement digne de foi des populations peuplant le Nord du pays. Les chiffres sont manipulés dans les régions de l’intérieur. Il faudrait tout reconstruire et envoyer une équipe d’enquêteurs, honnête, transparente et surtout paritaire, pour effectuer un recensement des populations et identifier ceux qui seraient sans papier.

Il y a eu des troubles dans le nord récemment avec pour origine la procédure de recrutement au port de Tadjourah. La population aurait exigé que le personnel soit exclusivement issu de la ville aux sept mosquées. Comment expliquez-vous ces revendications régionalistes et identitaires ? Comment construire une nation avec ce type de prétention communautaire ?
La société afare est fondée sur la terre. Nous avons un profond attachement à la terre, et contrairement à ce qui se dit nous ne sommes pas une société nomade, nous transhumons sur quelques dizaines de kilomètres. Nous ne sommes pas des nomades comme on l’entend pour les Touaregs par exemple. Nous sommes régis par des frontières, et il y a même des frontières entre les différents clans. Un de nos orateurs de l’ARD a rappelé dans un de nos meetings que les Somalis font partie du mijis du sultan de Tadjourah. Cela veut dire que les Somalis de Tadjourah délibèrent aux côtés des autres communautés, auprès du sultan. Et, qu’ils ont également des droits et des devoirs au même titre que les autres communautés. Donc il n’y a pas de rejet de la communauté somalie en tant que telle à Tadjourah. Le problème, c’est l’accès aux ressources. La guerre civile des années ’90 avait pour cause cette raison là, combattre la marginalisation, l’accès arbitraire et discriminatoire aux ressources générées par les activités de l’État, que cela soit dans l’administration, l’armée, la police, la gendarmerie… Même au niveau des affaires économiques, les Afars se sentaient ostracisés. Il y avait une structure étatique fondée sur l’appartenance ethnique qui les défavorisait. Ces maux ont conduit à une guerre comme vous le savez, et les différents accords de paix, y compris celui d’Abaa, parlent de mettre fin à la marginalisation, de mettre en place un système de rééquilibrage de la diversité au sein des institutions politiques, financières et militaires. Si l’État n’arrive pas asseoir son autorité dans les régions du Nord, c’est sans doute du au fait que ces habitants ne considèrent pas avoir les mêmes droits et devoirs envers cet État.

Lorsque je pose un regard sur la situation de la composante afare à Djibouti-ville, il ne m’apparaît pas qu’elle est lésée par rapport aux autres communautés !
Ils sont lésés. Les Afars ont honte des personnalités qui les représentent, dont notamment le Premier ministre, Abdoulkader Kamil Mohamed. Ces personnes choisies par le chef de l’État ne sont pas dignes de représenter une communauté. Ce sont des personnes cooptées. Le fond du problème consiste dans cette cooptation. Les Afars estiment ne pas avoir de véritables représentants.

Et les leaders du FRUD ?
Le FRUD est une dissidence minoritaire de l’ARD. Le FRUD est une trahison fondamentale.

Le FRUD serait minoritaire par rapport à l’ARD au niveau de l’électorat ?
Oui, mille fois plus ! Il faut comprendre qu’il s’agit de personnes qui ont trahi une lutte et qui ont causé des dizaines, voire des centaines, de morts, aussi bien du côté du FRUD armé que du côté de l’Armée nationale djiboutienne (AND).

N’ont-ils pas plutôt contribué à rétablir un début d’accalmie dans le pays ?
Non, pas du tout ! Ils n’ont pas posé les véritables problèmes. Quand la dissidence est apparue, l’Union africaine s’était saisie de ce problème, à travers l’Egypte. Il y avait un mécanisme de régulation des conflits qui devait venir à Djibouti afin de poser les problèmes et proposer des solutions. C’est là que les cagaba sont nés.

Les cagaba ?
Les Afars désignent le FRUD scessionniste comme des cagaba, des genres de sans-foutistes, des irresponsables. C’est très péjoratif dans notre langue. Ils sont considérés comme des traites à la cause Afare.

Comment faire pour prendre le pas sur le sentiment communautaire et faire germer la notion de citoyenneté, de « djiboutiennité » pour employer une expression d’Ali Moussa Iye ?
Tel que le système fonctionne actuellement ce n’est pas possible ! Comme à Ali Sabieh, à Tadjourah nous souhaitons être les premiers bénéficiaires des projets réalisés chez nous.

Aujourd’hui, puis-je me porter acquéreur d’un lopin de terre à Tadjourah ou Obock ?
Oui, sans le moindre problème. Vous pourrez même y ouvrir un commerce si cela vous dit. Pour preuve, le plus grand commerce à Obock appartient à un Issa, à un démobilisé de l’armée nationale en plus. Pour vous dire que l’on n’est pas rancunier. La société afare a toujours su intégrer en son sein les autres communautés.
Concernant l’accès aux ressources étatiques, ce qui importe ce sont les positions de pouvoirs. C’est cela qui cause le tribalisme. À partir du moment où vous avez un régime démocratique, avec des dirigeants élus sans fraudes électorales massives, qui ont une obligation de résultat et de responsabilité, avec des sanctions possibles en cas de violation de la loi, là vous commencez à avoir un début d’État-nation. L’impunité qui prévaut dans ce pays pour les crimes financiers est telle qu’il est impossible de s’unir sur une cause commune. C’est de la science politique. C’est Max Weber qui, dans la sociologie des droits, disait que les humains obéissent aux règles que s’ils ont un intérêt positif ou négatif. L’intérêt positif c’est la promotion, la récompense, etc. L’intérêt négatif, ce sont les sanctions. En l’absence de ces deux principes, personne n’obéit à la loi.
Le problème fondamental des Afars par rapport à la terre ne se pose que lorsque l’on la revendique. Si vous dîtes à un Afar : « j’ai conscience que la terre est à toi, mais je vais y habiter », il te répondra « d’accord ». Mais à l’heure d’internet à quoi cela sert de posséder la terre, autant être locataire et on évite les problèmes avec le propriétaire.
On a essayé d’organiser, avec un groupe d’intellectuels, d’universitaires, dont notamment l’écrivain franco-djiboutien Abdourahman Waberi, une sorte de cercle de réflexion politique, un peu à l’image du « Club de l’Horloge », afin de débattre de ces nombreuses questions de façon dépassionnée, de poser les problèmes du pays… mais nous nous y sommes pas parvenus.

Comment l’expliquez-vous ?
Je ne sais pas. Il faudrait que quelqu’un reprenne cette idée et nous invite à y participer. Tiens, Mahdi, reprenez cette idée, et lancez un appel à tous les amoureux de Djibouti pour une réflexion en dehors des œillères partisanes de la politique.
Je vais prendre un cas concret, l’ogass, que Dieu lui donne longue vie, ne se mêle pas de cette campagne électorale alors que les notables afars sont baladés comme des singes…

A qui faites vous allusion : au sultan de Tadjourah ?
Oui et également à celui du Gobaad, à qui il est demandé de prendre position. Ce n’est pas leur rôle, même si le sultan de Gobaad a inscrit en position éligible sa fille sur la liste de l’UMP. C’est une grave erreur de sa part. Il n’est pas uniquement le sultan de la partie de sa communauté à la sensibilité UMP… Voilà il y a une domination politique sur une base ethnique, et tant que ce problème là n’est pas résolu, il ne faudra pas attendre de changements.

La responsabilité n’est-elle pas celle de la population ?
Non, car il n’existe pas de recours coutumiers. Il n’existe pas de jurisprudence sur ces cas de figure. Prenez autre exemple, le sultan d’Arheyta n’a pas le droit de mettre le pied sur le territoire djiboutien sur la base d’une simple note du chef des armées qui date de 2009. Comment un militaire peut-il interdire à un sultan le séjour dans son pays ? Comment voulez-vous que les Afars se sentent djiboutiens lorsque leurs plus hautes autorités ne sont pas respectées. Et qu’il est impossible de lui rendre justice… J’ai alerté le sultan de Tadjourah de cette situation. Il m’a répondu qu’il allait s’en occuper...

Le sultan de Tadjourah soutient-il l’UMP ?
Le khat, délivré tous les jours gratuitement à la population, est distribué depuis son domicile… La campagne de l’UMP a débuté dans son mabraz à Tadjourah. Lorsque nous l’avons rencontré, la semaine dernière avec les autres membres de l’ARD, nous lui avons dit que nous n’allions pas chercher à l’instrumentaliser comme l’UMP. Ce n’est pas son rôle ! Il devrait être au dessus de la politique. Lorsqu’un chef d’État vient vous voir en sa qualité de président de la République, il faut le recevoir comme tel. Lorsqu’il présente en sa qualité de président du RPP, il est membre d’un parti politique. Malheureusement nos autorités coutumières ne font pas la différence entre l’État et le parti, parce que le RPP c’est l’État djiboutien confisqué par une clique, à laquelle appartiennent aussi bien des Issas, des Afars, que des Arabes… Le RPP c’est l’État confisqué ! Le pouvoir joue sur la faiblesse de la culture politique de nos concitoyens qui font l’amalgame entre l’État et le parti. Et, c’est très difficile d’expliquer cela à nos populations. C’est l’arbitraire et tant qu’il n’y a pas une justice pour poser des barrières entre l’État et le parti il ne peut pas y avoir de vie politique réelle.

Vous décrivez un RPP tentaculaire, serait-il une sorte de Parti communiste chinois ?
Absolument ! Le RPP c’est le Parti communiste chinois, mais sans le communisme comme idéologie, car le communisme demande un minimum de rigueur. Dans le communisme on a jamais entendu parlé de Madame Brejnev ou même de Madame Khrouchtchev… alors qu’ici, c’est une autre paire de manches !
C’est le Parti communiste sans la rigueur ni l’intérêt général. A la limite, il y aurait une forte ressemblance avec le parti communiste actuel, qui est selon moi la plus grande mystification de ce siècle, ce sont des bourgeois capitalistes déguisés en col Mao.

Vous allez adresser une requête en invalidation au Conseil constitutionnel à propos de la liste de l’UMP Tadjourah. Qu’en est –il ?
Les femmes ne sont représentées qu’à hauteur de 16%, en infraction de la loi sur la liste de l’UMP. Nous allons déposer aujourd’hui même une requête en invalidation [ndlr, jeudi 15 février 2018].

Vous avez bon espoir ?
A partir du moment où l’on constate une illégalité, il faut saisir les instances de contrôle. La loi est de notre côté. La juridiction compétente, c’est le Conseil constitutionnel. Pour dire la vérité je n’ai jamais vu le Conseil constitutionnel prendre position contre le gouvernement. J’ai toujours en mémoire les élections de 2003. Si le Conseil constitutionnel n’invalide pas la liste de l’UMP à Tadjourah, cela voudra dire que la loi est à géométrie variable et cela donnera de l’eau au moulin de ceux qui boycottent les élections ou qui mènent la lutte armée. A quoi sert-il de jouer le jeu démocratique si la clé de voûte des dispositifs démocratiques est aux ordres du système ?

L’ARD est-elle financée par le gouvernement ?
Aucun financement, c’est faux.

Il circule la rumeur que l’ARD est un instrument du pouvoir ?
C’est bien évidemment faux ! Je vous ai expliqué le contexte dans lequel s’est déroulé le congrès où le récépissé m’avait été accordé. Depuis, je n’ai plus aucun contact avec le pouvoir. À l’époque, il devait se tenir un dialogue sur les points qui restaient à appliquer de l’accord du 12 mai 2001. Depuis mai 2015, entre l’ARD et le régime, c’est très tendu. Et puis l’ARD n’a pas pu tenir un seul meeting politique. Le 12 mai 2015, nous devions tenir un meeting public, il a été interdit officiellement selon le courrier du ministre de l’intérieur, du fait qu’il ne pouvait en assurer la sécurité… C’est quand même assez grave de se dire que nos forces de l’ordre ne sont pas à même d’assurer la sécurité de la réunion des instances d’un parti politique. À quoi servent-elles ?
Nous discourons également en somali. L’ARD a une dimension nationale. Nous refusions de déplacer notre congrès à Obock, pour ne pas donner une coloration identitaire. Nous défendons les droits de tous les Djiboutiens, au delà des clivages ethniques, qu’ils soient d’origine soudanaise, sénégalaise… Notre credo, c’est la défense des droits de tous les Djiboutiens. A partir du moment où l’on ne mise que sur une communauté, non seulement on est battu, on est perdant et on joue le jeu du régime. C’est du suicide politique. Je ne courtise pas mon clan. L’inverse conduit à devenir esclave de sa communauté, ou à l’instar du chef de l’État, esclave de sa cour. Une cour pour un roi, c’est le meilleur moyen d’entrainer sa chute. Il est prisonnier de sa cour. Il est obligé d’entretenir ses courtisans, et pour entretenir la cour, il lui faut une flopée de conseillers techniques, de l’argent à distribuer… Il paraît que selon une confidence d’un de ses proches, qui l’a beaucoup fréquenté un temps donné, le chef de l’État dépenserait trente millions par jour pour ses Menus-Plaisirs. Sur 365 jours, cela fait plusieurs milliards.

Comment expliquer la scission de l’ARD ?
Les problèmes ont commencé en 2012, lorsque j’ai convoqué les notables de l’ARD afin de leur dire que je n’arrivais pas à travailler en France de manière sereine. Pour que je ne sois pas accusé de causer des problèmes à l’ARD, j’ai indiqué que je quittai l’ARD. C’est ainsi qu’une réunion a été convoquée où j’ai pu dire ce que je reprochais à Adan Mohamed Abdou ainsi qu’à mon cousin Cassim Ali. Ahmed Youssouf Houmed était également présent, et au cours de cette réunion a dit : « on ne comprend pas ce que veut dire le fils d’Ahmed Dini, puisqu’il est le président de l’ARD. C’est le père de l’ARD. Nous avons mis le premier boulon on attend de lui qu’il trace le chemin pour la suite. C’est lui le chef de l’ARD ». Donc les sages présents, qui ne sont pas des personnes instruites et qui n’ont pas une culture organisationnelle, me disent « mais ils te disent que tu est le chef de l’ARD, alors tu n’as qu’à être chef, et vous, arrêtez, de lui mettre des bâtons dans les roues ». A la suite de cette réunion je me suis rendu à Obock et, à mon retour, Ahmed Youssouf Houmed m’a carrément agressé. Je me suis retiré à mon domicile et une nouvelle réunion a été organisée, une sorte de petit tribunal, qui l’a convoqué. Il ne s’y est pas rendu. Il a été condamné par contumace à me verser 120 000 FDJ car il m’avait exclu de l’ARD. Non seulement il a refusé la sentence, mais s’est rendu dans les annexes de l’ARD pour demander à ses membres de m’en interdire l’accès. A l’époque il y avait une vingtaine d’annexes de l’ARD dans la capitale. Aujourd’hui ils n’en restent plus que trois, qui appartiennent à la dissidence, sous sponsoring du régime.
ARD dispose de son siège situé au niveau du boulevard de Gaulle. On a fait des ruptures avec ce qui se passait par le passé. Auparavant le parti finançait les annexes. Mais financer, c’est encourager l’absence d’implication des militants. Il faut qu’ils puissent prendre eux-mêmes leur propre local, qu’ils en paient le loyer, ou que de temps en temps ils mettent une pièce de leur habitation à disposition du parti pour l’organisation des activités du parti.

Combien de militant compte votre parti ?
Aucune idée ! Cette histoire de dissidence a démobilisé un grand nombre de nos militants.

C’est une grosse brèche ?
Oui, effectivement, c’est une grosse brèche. Mais cela va bien au-delà. Nous avons eu des problèmes avec Ali Halas, qui était le secrétaire à l’organisation, en charge des annexes et qui était censé tenir le fichier des militants à jour. Mais il se trouve qu’il n’a jamais fait son travail de manière rigoureuse. C’est l’apprentissage de l’organisation. L’ancienne direction avait monopolisé tous les pouvoirs, il s’agissait de trois ou quatre personnes qui se réunissaient et qui avaient la prétention de penser pour tout le monde.

Comment le parti est-il financé sans militants ?
Nous avons des militants mais il m’est pas possible de vous dire le nombre exact. En l’absence de ressources pérennes, Hassan Mohamed Hassan dit Dilleyta Toureb et moi même nous prenons en charge le financement de nos activités. Ce qui coûte le plus cher sont les tournées à l’intérieur du territoire, mais la fréquence n’est pas régulière.

Quant est-il de cette affirmation selon laquelle l’ARD « autorisée » serait à la botte du pouvoir, qui assurerait son financement à travers notamment l’ancien ministre Badoul Hassan Badoul, qui aurait été le porteur de valises ?
Le pauvre Badoul, il y a perdu son fauteuil ministériel !

Il ne me semble pas que cela soit la raison principale de son renvoi.
Entre autres, entre autres… effectivement il n’y a pas que cela. Il a manqué de respect au chef de l’État en plein Conseil des ministres, où il aurait agressé le chouchou du président de la République, Djama Elmi Okieh.

Quelle est la proximité entre Badoul Hassan Badoul et l’ARD « autorisée » ?
Aucune !

Pourquoi a t-il été désigné alors comme la courroie de transmission ?
Le chef de l’État l’a désigné comme messager, voilà pourquoi il était un moment donné notre interlocuteur. Je ne l’avais jamais rencontré auparavant. On ne se connaissait pas.
Pour revenir aux militants, au cours de ces élections nous avons ouvert quatre nouvelles annexes, deux à Tadjourah-ville, une à Sagallou, ainsi qu’à Kalaf.
En fait ces élections servent de prétexte à remobiliser notre base traditionnelle pour préparer le congrès. Et ce n’est pas seulement notre base traditionnelle afare. Et profiter de notre visibilité pour montrer aux autres communautés que nous n’avons pas de préférence communautaire, notre cause est nationale. Le congrès devrait se tenir dans le courant du mois de mars.

D’ici là il faudra travailler à la réconciliation des deux branches de l’ARD ?
C’est impossible, c’est impossible je crois, et je le déplore… La dissidence au sein de l’ARD prend ses racines à la suite de l’échec de la grande mobilisation du 18 février 2011. Le printemps arabe et la chute des régimes que l’on considérait comme indéboulonnables qui sont tombés du jour au lendemain, comme ceux de Moubarak, Kadhafi, Ben Ali… Ici la crainte était plus vivace du fait du risque d’instabilité que ces pays de traditions, où il existe une culture politique, alors qu’ici c’est un conglomérat de tribus, de clans, de sous clans, et donc plus difficile à contrôler, sans institution tangible. C’est à ce moment là que le quota de 20% a été introduit à Djibouti pour les élections législatives car lorsque l’on participe il faut un minimum de gain, sinon on se radicalise. D’ailleurs le MRD, UDJ, et le PND ont eu des problèmes. Les responsables de l’ARD n’ont jamais été inquiétés à cette période, car non seulement il fallait diviser l’opposition mais aussi les Afars bénéficiaient d’un traitement différencié du fait qu’ils avaient des revendications qui venaient de la lutte armée. A cette époque, l’ambassadeur de Djibouti à Paris, Rachad Farah, m’a lancé une invitation à le rencontrer au domicile de l’ambassadeur du Niger à Paris qui était un de mes amis, avec qui j’avais fait mes études. Voilà, il me dit que mon père lui aurait rendu service à l’époque et qu’il souhaiterait en faire de même. Il ajoute qu’il n’a aucune proposition politique mais il me garantit de m’obtenir un poste d’ambassadeur en 2011.
Je ne vois pas l’ambassadeur Rachad Farah s’engager sans être mandaté. Je lui ai répondu qu’il ne s’agissait pas d’un petit poste pour moi, mais qu’il s’agissait de l’application d’un accord de paix et que si le chef de l’État consentait à discuter d’un certain nombre de points restés en suspend, j’étais disposé à me rendre à Djibouti pour travailler avec l’équipe de l’ARD sur le sujet. Donc je pars du principe que la même proposition a été faite à l’ARD. Et que c’était l’une des conditions de la participation de l’ARD aux législatives de 2013. Participation avec une petite porte politique ouverte par la suite. Je le sais par de petites indiscrétions de personnalités du régime. Et donc la dissidence vient de là. Et ce qui donne crédit à ce que j’affirme, c’est que la direction de l’ARD n’a pas jugé utile d’informer ou de mobiliser la base sur ces différents choix. L’origine de mon différend avec l’ARD vient de là. La direction de l’ARD s’est coupée de la base comme si elle attendait un cadeau du pouvoir. Le problème est que cette direction a été dépassée. Elle souhaitait un jeu politique avec l’opposition traditionnelle qui a été débordée par l’arrivée du Model. L’essentiel de la mobilisation a été faite par le Model, surtout les oulémas. C’est à dire que la mobilisation s’est faite en dehors de la politique, avec le social et le religieux. C’est la raison pour laquelle, dès l’arrestation par le pouvoir des trois religieux, il n’y a plus eu de contestation dans les rues. Il y avait une ritualisation de sa contestation : « manifestation tous les vendredis ». Le chef de l’État, le mercredi qui précédait le vote de 2013, a clairement dit qu’il ne pourrait pas travailler avec eux en cas de victoire. Que des gens auxquels il ne s’attendait pas étaient rentrés dans le combat politique.
Et l’ARD a été dépassée par le Model.

Que pensez-vous de la percée du Model à Djibouti ?
Je ne vois pas de percée. Je vois un immense désarroi d’une population qui s’accroche à des préceptes religieux pour garder un peu d’espoir.

Pourtant on ne peut pas nier qu’à Djibouti ils ont gagné les cœurs et les esprits de la population !
Oui c’est un recours au religieux ! Le fidèle est le plus grand ennemi du citoyen. Le fidèle ne réfléchit pas, il voit le bien ou le mal. Le citoyen juge en fonction de projets. Il faut comprendre que ces fidèles ne votent pas Model, ils votent Allah. Mais Allah n’a pas de concurrent… Il suffit de prêcher quelques hadith du Prophète pour que nos concitoyens soient conquis, car la politique a dégouté la population. Le discours politique pue la malhonnêteté. Nous ne sommes pas crédibles parce qu’il y a trop de transhumance politique, de trahison, dans l’opposition pour incarner la vertu politique. La vertu politique est religieuse dorénavant. On dit que les oulémas sont au service d’Allah. Pour que cela soit bien clair, je suis croyant et fais mes prières, mais cela ne m’empêche pas de penser que le fidèle est l’ennemi du citoyen.

Une critique récurrente à votre égard : on dit que vous êtes éloigné de la population et trop enfermé dans une tour d’ivoire pour percevoir la réalité du quotidien de la population, quand est-il ?
Je ne fais pas de petites casettes comme l’ayatollah Khomeini… mais à l’ARD nous sommes le seul parti qui tient des réunions hebdomadaires, chaque vendredi au sein de son siège. Nos participants sont issus de tous les quartiers du pays, ils répercutent, pas ma parole mais la position validée par le comité. Depuis trois ans, le parti se réunit tous les vendredis après midi à 16h30. Nous sommes une petite quinzaine de personnes engagées. Il y a un ordre du jour, nous débattons, puis des résolutions sont adoptées. Cela permet également de faire avancer la culture organisationnelle au niveau des nouveaux cadres qui n’étaient pas responsabilisés avec l’ancienne direction. Ces derniers se réunissaient tous les mercredis à trois ou quatre et décidaient entre eux. Etait également programmée une autre réunion à l’annexe de quartier 3, toutes les quinzaines. Elle réunissait entre vingt et trente personne. Du temps de mon père, il y avait beaucoup plus de rigueur. Le comité exécutif était composé d’une quinzaine de personnes, tous les mercredis, qui réunissaient que des personnalités respectées. Tous les six mois, normalement, une réunion du conseil national aurait du se tenir, mais du fait de la maladie de mon père, elle ne s’est jamais réunie. Entre novembre 2002 et la tenue de son congrès il n’y eu aucune réunion de l’ARD avec la population, ni même dans les annexes. Je pense qu’il faut responsabiliser le plus grand nombre plutôt que de confisquer le pouvoir. C’est l’objectif de ce Congrès de l’ARD, il va nous permettre de poser un bilan et de voir où nous en sommes.

En ligne de mire, c’est la présidentielle ?
La présidentielle c’est en 2021, mais bien avant ça il faut renforcer le parti, asseoir sa représentativité au niveau de toutes les régions. Nous avions envisagé de nous présenter à Ali Sabieh, mais certains de nos membres attendaient cette élection pour devenir député. Comme Ali Halas, qui exigeait une position de tête de liste, et à défaut a pris les couleurs du CDU. Vous voyez des alimentaires il n’y en a pas qu’à l’UMP, il y a eu aussi à l’ARD. Ou, bien encore, l’ancienne tête de liste de l’USN à Tadjourah, qui a rejoint l’UPR, et donc la coalition de l’UMP. On lui a refusé la tête de liste à Tadjourah car son bilan de cinq ans au Parlement est déplorable. Nos adhérents, nos militants, la population de Tadjourah, nous a dit qu’ils ne voulaient pas de ce personnage pour la représenter. Il pensait sans doute que le député ARD, comme le député UMP, n’a pas de compte à rendre. Si c’est pour faire comme le régime, autant laisser le régime faire !

Quel est le projet de société de l’ARD ?
Il ne faut pas laisser la parole politique au professionnel de la politique. Il faut que des médias indépendants émergents de plus en plus. Il faut une critique objective, qui ne soit pas rattachée à des chapelles partisanes. Human Village est le bienvenu, même s’il est perçu comme très élitiste. Son niveau d’analyse et de français ne sont pas accessibles à la majorité de la population. Vous devriez voir si, maintenant qu’a été institué la Commission nationale de la communication (CNC), vous ne pourriez pas plus donner de la voix. Pourquoi les Somalis sont plus politisés que la communauté afare ? Cela s’explique par le fait que les Somalis ont accès à des médias en langue somalie, comme la Voix de l’Amérique et surtout la BBC, alors que le Dankali n’a accès qu’à la RTD, la radio d’Asmara, et celle d’Éthiopie. Qu’on le veuille ou non, la Voix de l’Amérique donne une information plus objective que les médias publics djiboutiens et donne la parole aux opposants. Vous ne verrez jamais un opposant s’exprimer en afar à la RTD, sauf en période électorale. Il faut voir comment la communauté somalie écoute la BBC tous les jours à 17h. On dirait qu’ils s’adonnent à une prière anticipée. C’est extraordinaire. Cela montre l’investissement citoyen qui n’existe pas dans la communauté afar. Au contraire les Afars sont tous dans les cafés à écouter les ragots, les rumeurs, et les on-dit. En l’absence de médias pluraliste et indépendant, on est devenu une société de ragots ! Il n’existe pas de contre pouvoir. Aussi il est difficile de faire de la politique au sein d’une communauté qui n’a pas les informations objectives. Et quand on n’a pas d’informations objectives, on tombe dans le subjectif du clan, ou du cacique qui travaille pour le régime, et qui est distant de la population.
Moi je suis accessible, je reçois à mon domicile tous les jours. Je me déplace dans les quartiers pour m’enquérir des difficultés de la population, mais je ne fais pas de selfies pour photographier la misère des miens. Pourquoi médiatiser des visites dans les quartiers, si ce n’est pour se promouvoir ? C’est une pratique du RPP, mais c’est de l’intox. Il sert à quoi de se rendre auprès de la population pour se photographier à ses côtés, si derrière il n’y a pas de prise d’action pour rendre leur quotidien moins pénible.

Aller à la rencontre de la population c’est écouter ses doléances et essayer d’y répondre. Mais que peut faire l’ARD, qu’a t-elle à offrir aux populations ?
Effectivement nous ne pouvons offrir de recrutements, de vivres, d’argents comme le RPP ou l’UNFD… Mais cela ne dure que durant les campagnes pour le RPP, car entre les campagnes électorales le pouvoir n’a rien à offrir. L’ARD peut offrir des débats mais les débats ne les intéressent pas. Le niveau de culture politique n’est pas assez élevé, il est plus développé dans le milieu somali, mais dans le milieu afar c’est compliqué.

Dans ces conditions comment est-il possible de gagner une élection ?
On gagne en travaillant sur les frustrations de la population.

Donc le vote contestataire ?
Absolument le vote contestataire. Toutes les attentes, les engagements pris qui n’ont pas été respectés par le pouvoir, et la lassitude d’être gouvernée par le RPP depuis quarante années…

David contre Goliath donc ?
Je vous rappelle que David a gagné ! On peut facilement gagner contre ce régime, mais l’essentiel du combat se fera dans la capitale et ne peut être fait que par toutes les communautés, par une opposition sérieuse qui ne s’affronte pas pour le leadership, avec un projet de société commun pour le pays. Malheureusement, c’est ce qui manque pour l’heure. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes mobilisés autour de Tadjourah pour ne pas disperser nos forces. On a envisagé de mettre Dr Abbatte comme tête de liste à Djibouti-ville, mais Dr Abbatte n’est pas Ahmed Dini. Beaucoup de Somalis n’auraient peut-être pas accepté ce leadership. Il faut également tenir compte de ces paramètres. Ces questions peuvent être dépassées autour d’une opposition crédible et unie qui se rassemble autour d’un programme et qui n’a pas de problème de leadership. Cela sera possible après 2021 selon moi.
A l’ARD nous n’avons pas d’idéologie sectaire, nous voulons construire un pays unifié.

Propos recueillis par Mahdi A.


[1ARD : Alliance républicaine pour le développement.

[2CDU : Centre démocrate unifié.

[3Aman : Alliance des mouvements pour l’alternance et la nation.

[4USN : Union pour le salut national.

[5MRD : Mouvement du renouveau démocratique.

[6RADD : Rassemblement pour l’action, le développement et la démocratie.

[7Model : Mouvement pour la démocratie et la liberté.

 
Commentaires
En aparté avec… Cassim Ahmed Dini
Le 20 février 2018, par Mahdi Ibrahim God.

RAS.la véritable nature du système auquel il ne faut est là. Dixitmon frère et ami CAD. Je.laisse le soin aux lectrices et lecteurs d’apprécier les valeurs de notre lutte commune pour croire à des ministres dans un systeme dont les institutions n’autorisent en rien une queconque garantie
Concernant l’ARD nous ne croyons plus à une réunification.
Nous saurons agir avec fierté et Bravoure aptes les parades électorales et les majorettes.
Science sans conscience est une ruine de l’âme. Dicton modifié par moi.
Bonne chance

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