Human Village - information autrement
 
Ethiopia - a country where refugees can protest but citizens can’t…
par Mahdi A., novembre 2017 (Human Village 31).
 


On n’a pas pu s’empêcher de vous faire partager l’humour caustique de ce tweet de @FelixHorne1 [1], chercheur à Human Rights Watch pour l’Érythrée et l’Éthiopie.
Son commentaire met en lumière le ridicule de la situation. Laquelle ? Celle exposée dans un article du site d’information Fana Broadcasting Corporate [2], publié le 15 novembre dernier, et dont le titre est sans équivoque : « Des réfugiés érythréens en Éthiopie manifestent contre le régime d’Asmara ».
Loin d’être anecdotique, ce message révèle à quel point les médias peuvent devenir des agents d’influence, des instruments de sensibilisation, de pression afin de diffuser une version que l’on souhaite voir avaliser par la majorité… Il s’agit d’une bataille médiatique pour laquelle on veut nous faire entendre des femmes et des hommes qui crient leur colère, probablement justifiée d’ailleurs en ce qui concerne l’Érythrée, sauf qu’ils sont instrumentalisés et servent - sans le savoir ? - les intérêts du gouvernement éthiopien, qui contribue à donner le retentissement nécessaire aux cris de douleur de cette population déplacée… La manifestation se déroule sous les fenêtres de l’Union africaine… Scène à s’y méprendre qui, pourrait laisser croire, qu’il est tout à fait normal/possible en Ethiopie d’aller clamer une cause que l’on considère légitime aux pieds des murs d’enceinte de la plus importante des institutions du continent !

Dans ce combat médiatique, il est évident que, l’Éthiopie est mieux armée que son petit voisin. Addis Abeba est la troisième capitale diplomatique après New York et Genève [3] et, par ailleurs, siège au Conseil de sécurité des Nations-unies pour les deux prochaines années… Le lion d’Abyssinie cherchera à mettre à profit sa participation à cette instance pour nuire autant que possible à l’Érythrée. Cette séquence nous renseigne sur le fait que ce grand pays n’est pas à une manœuvre près, une intrigue dans les coulisses des organisations internationales, pour parvenir à son objectif de chasser du pouvoir Issaias Aferwoki et le remplacer par un gouvernement « ethiopian friendly ».

Aussi, cet éclairage de @FelixHorne1, invitant les citoyens du monde à rester vigilants, doit également susciter chez nous une certaine réflexion, qui doit nous amener à nous interroger sur le contenu des informations délivrées par la presse, qu’elle soit locale ou internationale. Il est donc important de prendre note que la radio, la télévision, ou même l’internet, interagisse dans la transmission idéologique.
Que nous rapporte Fana Broadcasting Corporate sur cette manifestation : « Les manifestations ont également porté des pancartes demandant au régime d’Isayas de démissionner. Les participants à la manifestation ont déclaré au journalistes de la FBC que “la manifestation d’aujourd’hui consiste à demander le soutien de l’Union africaine (UA) pour la liberté de notre pays. […] Il n’y a pas de liberté de religion et les chefs religieux sont derrière les barreaux sans raison. En général, il n’y a pas de règle de droit en Érythrée et les habitants meurent dans les prisons” », auraient-ils ajouté selon le journaliste Amare Asrat.
La séquence est d’autant grotesque que, comme nous le rappelle si justement @FelixHorne1, les Éthiopiens n’ont plus le droit de manifester depuis la décision prise en conseil de sécurité nationale le vendredi 10 novembre dernier. De toute façon, les manifestations n’ont jamais été tolérées par la coalition au pouvoir depuis vingt-cinq ans ; les contestations sont fréquemment réprimées dans le sang par les forces de l’ordre. La liberté d’expression, la liberté de manifestation, la liberté de la presse ne sont que des vœux pieux, ce dont la communauté internationale s’accommode sans grande difficulté. Pourquoi jeter la pierre à l’Érythrée ?

Enfin on notera que cette manifestation, sponsorisée par le gouvernement d’Haile Mariam Desalegn, intervient au lendemain de la décision des Nations-unies de maintenir l’embargo sur les armes visant l’Érythrée [4].
« S’agissant de l’Érythrée, le Conseil engage instamment Asmara à faciliter les visites du Groupe de contrôle dans ce pays, où il n’a pas été en mesure de se rendre depuis 2011. Il se félicite cependant des « efforts récents » du Gouvernement érythréen pour « renouer des liens » avec la communauté internationale, un « resserrement de la coopération » qui aidera le Conseil « à mieux apprécier la mesure dans laquelle l’Érythrée respecte ses résolutions pertinentes et à examiner les mesures visant l’Érythrée ».
Aux termes de la résolution, l’Érythrée est en outre exhortée à dialoguer avec Djibouti sur la question des combattants djiboutiens disparus. Elle est priée de communiquer toute information nouvelle à ce sujet, y compris au Groupe de contrôle. Il est en outre instamment demandé aux deux pays de continuer de « maintenir le calme », de « faire preuve de retenue » et d’explorer tous les moyens possibles pour régler leur différend frontalier de manière pacifique.
Si le Royaume-Uni, délégation porte-plume de cette résolution, s’est félicité de son adoption, son représentant s’est toutefois dit déçu de constater qu’elle n’avait pu l’être à l’unanimité. Pour la Fédération de Russie, qui s’est abstenue lors du vote, il est certain que l’Érythrée n’appuie pas les Chabab. L’Éthiopie a vu les choses autrement en arguant que si le Groupe de contrôle n’a pas trouvé de preuve irréfutable accréditant un tel soutien, c’est parce qu’il n’a pas été en mesure de se rendre à Asmara.
Dénonçant l’« attitude déstabilisatrice » du régime érythréen dans la Corne de l’Afrique, l’Éthiopie a été rejointe par Djibouti, qui s’est dit convaincu que l’Érythrée n’avait « jamais cessé » d’armer et de soutenir les Chabab. En cause pour lui également, s’agissant du manque de preuves, l’impossibilité pour le Groupe de contrôle de se rendre dans ce pays, alors que cet organe créé par le Conseil de sécurité en est à son cinquième mandat consécutif.
Le représentant djiboutien a également rappelé que, presque dix ans après que l’Érythrée a violé la souveraineté territoriale de son pays, l’occupation des îles de Doumeira se poursuit, tandis qu’Asmara refuse de fournir une liste des noms des prisonniers de guerre djiboutiens et autres personnes portées disparues qui restent détenus. Après avoir rappelé que treize prisonniers de guerre djiboutiens sont toujours portés disparus, le délégué a apprécié que le Conseil de sécurité, en reconduisant le régime de sanctions, adresse un « signal politique clair » à l’Érythrée.
S’inscrivant en porte-à-faux avec ces déclarations, le ministre érythréen des affaires étrangères, Osman Mohammed Saleh, a estimé que le Conseil de sécurité avait laissé une fois de plus passer l’occasion de « rectifier sa transgression contre son peuple » et de contribuer à la sécurité dans la Corne de l’Afrique et la mer Rouge.
Depuis cinq ans, a-t-il argué, le Groupe de contrôle assure qu’il n’y a aucune preuve d’un soutien érythréen aux Chabab en Somalie, alors que ce soutien allégué a été la « justification principale invoquée pour imposer des sanctions ». En outre, la façon dont le Conseil gère selon lui le différend avec Djibouti conforte ce pays dans l’impression qu’il n’a pas d’obligation, ce qui ne ferait qu’attiser les tensions, alors que la frontière entre les deux pays reste calme.
Le chef de la diplomatie érythréenne a en outre jugé ironique que le Conseil ait choisi de rester « silencieux » sur l’occupation illégale par l’Éthiopie, depuis 15 ans, de territoires érythréens souverains. « L’Érythrée n’a rien fait de mal ; elle n’a pas violé les résolutions du Conseil de sécurité », a plaidé le représentant en appelant ses membres à redresser ces torts, dans l’intérêt, non seulement de l’Érythrée, mais aussi de l’Éthiopie, de la sous-région, de l’Afrique et de la mer Rouge ».

« Les gens croiront un gros mensonge plus facilement qu’un petit. Et si vous leur répétez assez souvent, ils finiront par le croire, tôt ou tard », Walter Langer (psychanalyste).

Mahdi A.


[1Voir le message sur Tweeter.

[2« Eritrean refugees in Ethiopia stage demonstration in protest to regime in Asmara », Fana Broadcasting Corporate, 15 novembre 2017.

[3« Comment Addis-Abeba est devenue la capitale de l’Afrique », Le Monde, 29 janvier 2017.

 
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