Human Village - information autrement
 
Un rapport dénonce la gestion des droits de l’homme à Djibouti
par Mahdi A., octobre 2017 (Human Village 31).
 

« Dans cette publication, DefendDefenders [1], CIVICUS [2] et la FIDH [3] examinent le respect des obligations du gouvernement de Djibouti en matière de droits de l’homme, dans la création et le maintien d’un environnement sûr et propice pour la société civile. Nous analysons principalement le respect des droits à la liberté d’association, de réunion pacifique et d’expression, ainsi que les restrictions injustifiées imposées aux DDH depuis l’examen périodique universel de 2013. Nous évaluons la mise en œuvre des recommandations reçues au cours du deuxième cycle de l’examen périodique universel (EPU) portant sur ces questions et nous proposons des recommandations de suivi concrètes et spécifiques » [4].

Espace civique
Ce texte fait le constat qu’en dépit des engagements précédents pris par le gouvernement, notamment lors du deuxième cycle de l’EPU relatif à l’espace civique, l’« analyse de plusieurs documents juridiques portant sur les droits de l’homme, démontre que le gouvernement de Djibouti n’a mis en œuvre aucune des recommandations relatives à l’espace de travail de la société civile ».
Le document ne mâche pas ses mots puisque qu’il dénonce « un climat de harcèlement et de criminalisation qui règne dans le pays ne permet pas à la majorité des organisation de défense des droits de l’homme d’opérer à Djibouti. La plus grande partie des organisations pour la promotion des droits humains font face à des refus d’enregistrement et leurs dirigeants sont régulièrement arrêtés et détenus ».

Liberté de la presse
Ce même rapport tire la sonnette d’alarme à propos de la presse. Il pointe du doigt un climat de peur et d’incertitude dont lequel opère les journalistes. Il s’inquiète de la situation des médias, qui devraient s’abstenir de critiquer, de perturber l’ordre public, d’enquêter sur des sujets sensibles et pas menacer la sécurité. Autrement dit, ne pas déranger. « DefendDefenders, CIVICUS et la FIDH s’inquiètent de la violation flagrante du droit à la liberté d’expression de la part des autorités djiboutiennes. Comme il est cité plus bas dans ce document, les autorités arrêtent, détiennent et parfois battent des journalistes, des défenseurs des droits humains et des citoyens qui expriment des opinions qu’elles désapprouvent. Des lois restrictives injustifiées ont également été imposées par le gouvernement pour restreindre davantage la liberté de partage et d’accès à l’information des citoyens par le biais de médias traditionnels et en ligne. »
Par ailleurs tout en se félicitant de la création récente, en octobre 2016, de la commission de la communication les rapporteurs regrettent qu’« aucune activité importante n’a[it] été enregistrée par les partenaires locaux depuis la création de la commission. »

Liberté politique
Concernant l’opposition politique, le gouvernement ne ferait pas dans la dentelle et édicterait de nouvelles règles et multiplierait les pressions. « La Loi n°1/AN/92/2e L relative aux partis politiques, stipule à l’article 4 que les membres fondateurs des partis politiques doivent être djiboutiens et ne peuvent pas avoir la double nationalité, ne peuvent pas être condamnés à une peine entraînant la perte de droits civils ou de la liberté et doivent résider sur le territoire djiboutien. Plusieurs hommes politiques de l’opposition ont été poursuivis suite à de fausses accusations ou ont fui le pays en exil. Cette situation n’est pas propice à la mise en place d’une opposition politique saine et soucieuse du développement à Djibouti. En outre, plusieurs partis politiques n’ont pas été autorisés à être enregistrés ou ont eu leur enregistrement révoqué, y compris le Mouvement pour le Développement et la Liberté (MoDEL) et le Mouvement pour le Renouveau Démocratique et leDéveloppement (MRD). »
Dans la même veine le comité conjoint des Nations-unies dénonce des détentions arbitraires, des attaques contre les droits de l’homme, des cas de maltraitances, de morts inexpliqués, l’expulsion de journalistes étrangers, dont ceux de la BBC, l’impossibilité pour certains prévenus de consulter leur avocat, Me Zakaria Abdillahi Ali.

Recommandations
Enfin il formule de nombreuses recommandations, et demande entre autres au gouvernement de « mettre fin immédiatement à la pratique d’utilisation des lois et du système juridique de Djibouti pour faire taire les journalistes et les maisons de presse. Les autorités doivent veiller à ce que les journalistes soient en mesure de faire des enquêtes et des reportages de manière impartiale, y compris sur des sujets sensibles, sans craindre de représailles. ». En outre, il exprime également sa vive préoccupation à propos de cas non élucidés, et propose d’« enquêter de manière immédiate et impartiale sur plusieurs cas de meurtres extrajudiciaires et de violence excessive commise par les services de sécurité lors de manifestations. Une enquête approfondie devrait être menée sur les meurtres d’au moins 27 manifestants et les blessures infligées à plus de 150 personnes à Balbala le 21 décembre 2015, les auteurs devraient être identifiés et poursuivis en justice ».

Extrait de La Nation, 14-15 octobre 2017, p. 7.

La Nation, aux avant-postes de la liberté de la presse à Djibouti ?
Un fait singulier constaté dans l’édition du journal La Nation [5] en date du dimanche 15 octobre 2017 a attiré notre attention. À l’occasion du 30e anniversaire de la mort de Thomas Sankara, La Nation a tenu à marquer cet important événement avec la publication d’un long article consacré à cette figure charismatique burkinabé, intitulé « La renaissance d’un héros africain » [6]. Jusque là, vous me direz, rien de vraiment étonnant. Effectivement. Sauf, qu’un passage détone : il reprend un commentaire de l’écrivain franco-djiboutien, Abdourahman Waberi, qui compare l’homme fort de Ouagadougou, et ses réalisations, au bilan de chefs d’État africains, dont celui de la République de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh.
« Alors que Sassou, les Biya et les autres Guelleh et Nkurunziza, avec parfois plus de 40 années de règne et zéro développement à leur actif, sont sûrs de finir dans les poubelles de l’histoire, le bref passage de Sankara à la tête de son pays riche en réalisations sociales et orientations nouvelles, resteront longtemps dans les esprits ».

Forcément on s’interroge : « Les dieux seraient-ils tombés sur la tête » ? Ou tout simplement, Djibouti fait sa mue et le chef de l’État veut tracer pour le pays un nouvel horizon, comme il l’avait d’ailleurs annoncé à l’occasion de son premier discours d’investiture, en mai 2016 au Palais du Peuple : « C’est ainsi que se bâtit une citoyenneté moderne, forte et exemplaire. Et c’est ce chemin que nous allons emprunter, ensemble, en hommes libres, sûrs de notre capacité à réformer autant que de besoin » [7].
Monsieur le président, chapeau bas !

Mahdi A.


[1East and Horn of Africa Human Rights Defenders Project (DefendDefenders) est une OSC régionale qui a pour objectif principal de soutenir le travail des défenseurs des droits de l’homme (DDH) dans toute la sous-région, en les rendant moins vulnérables au risque de persécution et en renforçant leur capacité de défense des droits de l’homme. DefendDefenders œuvre au Burundi, à Djibouti, en Érythrée, en Éthiopie, au Kenya, au Rwanda, en Somalie (y compris le Somaliland), au Soudan du Sud, au Soudan, en Tanzanie et en Ouganda.

[2CIVICUS est une alliance mondiale d’organisations de la société civile (OSC) et d’activistes engagés dans le renforcement de l’action des citoyens et de la société civile dans le monde. Fondée en 1993, l’organisation assure la promotion des voix marginalisées, en particulier celles des pays du Sud. Ses membres sont présents dans plus de 170 pays.

[3La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) est une ONG internationale des droits de l’homme qui réunit 184 organisations membres issu de 117 pays. Depuis sa fondation en 1922, la FIDH a défendu tous les droits de l’homme énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et d’autres textes internationaux relatifs aux droits de l’Homme.

[4Rapport publié le 5 octobre 2017, disponible en ligne sur le site www.defenddefenders.org.

[5La Nation est un organe gouvernemental de presse écrite, et le seul quotidien du pays.

[6La Nation reprenait un texte de Tirthankar Chanda, « Thomas Sankara : mort et renaissance d’un héros africain », publié le 13 octobre sur le site de RFI.

[7« Cérémonie d’investiture du président de la République », Human Village, mai 2016.

 
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