Human Village - information autrement
 
Finance solidaire et de proximité…
 

Depuis son inauguration officielle par le Premier ministre, Dileita Mohamed Dileïta, le 30 avril 2008, la Caisse nationale d’épargne et de crédit de Djibouti s’est imposée comme un établissement à part entière dans le paysage des institutions de micro finance. Ce projet de développement de la micro finance et de la micro entreprise (PDMM) est un instrument par excellence de la lutte contre la pauvreté, il s’inscrit dans l’Initiative nationale pour le développement social (INDS) lancé en janvier 2007 par le président de la République. En effet cette caisse a pour principale mission de contribuer à réduire la pauvreté sur l’ensemble du territoire, notamment en favorisant l’accès aux sources de financement aux personnes qui jusqu’à présent étaient exclues des systèmes bancaires traditionnels.
Human village se devait de faire le point sur le succès fulgurant d’une institution promise à un avenir prometteur. Faites vous votre propre opinion à partir des témoignages recueillis auprès de trois membres de la Caisse.

La parole à Eleyeh Farah Roukeh

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Bien entendu ! Je m’appelle Eleyeh Farah Roukeh, j’ai 35 ans et je vis maritalement avec trois enfants à charge. J’exerce la profession de commerçant depuis quelques années.

Comment avez-vous démarré votre activité ?
Mon métier de commerçant est le fruit d’un long cheminement. J’ai servi sous le drapeau entre 1991 et 1995 en intégrant le contingent de la police nationale. Suite à la démobilisation, j’ai traversé une période difficile car il n’est pas aisé de se recycler et de trouver sa voie compte tenu de la petitesse de notre marché du travail. Après un chômage de longue durée (deux ans), j’ai été engagé par Chebatco, laquelle m’a dispensé une formation de frigoriste. Cet emploi m’a beaucoup aidé et j’ai décidé à cette époque d’épargner afin de pouvoir me mettre un jour à mon propre compte. Avec les économies réalisées, j’ai pu prendre en charge les frais inhérents au permis poids lourds et transports. Par la suite j’ai travaillé en qualité de chauffeur de bus pendant un an et demi avant d’ouvrir un restaurant à Balbala en 2003. Mes activités se sont diversifiées et c’est ainsi que j’ai pu agrandir mon fond de commerce en y adjoignant une boutique et une cabine téléphonique.

Comment avez-vous connu la CNEC et que pouvez-vous dire sur l’accueil qui vous a été réservé ?
J’ai connu la Caisse à travers la compagne d’information et de sensibilisation entreprise. Je suis venu à la Caisse le 16 février 2008 et j’ai été l’un des premiers à bénéficier de ce programme. L’accueil était chaleureux, le personnel dévoué et très professionnel m’a donné toutes les informations dont j’avais besoin. J’ai d’autant plus apprécié les services offerts que les crédits sont alloués avec des conditions plus souples et plus accessibles que le système bancaire classique.

Quel est le montant du crédit que vous avez contracté auprès de la Caisse ?
J’ai sollicité un prêt d’un montant de 500.000 fdj pour accroître mes activités et consolider mon fond de commerce dans ce contexte d’inflation généralisée. La flambée des prix touche tous les produits et cette hausse grève le pouvoir d’achat des ménages. On ne cherche donc pas à faire du profit, mais on s’attache à préserver l’essentiel en évitant de vendre à perte dans la mesure du possible.

Y a-t-il eu une amélioration de vos conditions de vie grâce au crédit qui vous a été consenti ?
Je pense qu’il est un peu prématuré pour répondre à cette question, car pour le moment je ne suis qu’a mon deuxième mois de remboursement. Je ferai une première évaluation une fois ma dette acquittée.

Quels sont vos projets d’avenir et que conseillez-vous aux jeunes souhaitant réaliser des projets individuels ?
Je me suis fixé comme premier objectif le remboursement de mon crédit avant son terme, soit dans les six mois afin de solliciter un prêt plus important de l’ordre de deux millions de fdj. Je compte ouvrir bientôt un entrepôt pour revendre des marchandises en gros et en détail à l’échelle de mon quartier. Quant au jeune ou tout autre public concerné, je les encourage vivement à profiter de ce programme novateur. Je remercie encore le gouvernement et les bailleurs de fonds qui ont contribué à la réalisation de ce projet qui ne manquera pas d’atteindre ses objectifs : la lutte contre la pauvreté.

La parole à Mohamed Robleh Bouraleh

Mohamed Robleh Bouraleh est un jeune fonctionnaire qui travaille au ministère de l’Education nationale en qualité de conseiller pédagogique. Il est également le président du Conseil d’administration de la Caisse nationale d’épargne et de crédit de Djibouti, élu pour un mandat de trois ans.

Quel est le rôle du Conseil d’administration au sein de la CNEC ?
Le Conseil d’administration de la Caisse a été institué lors de la réuni on de l’Assemblée générale constitutive le 4 mai 2008 au Palais du Peuple. Composé de sept membres élus pour un mandat d’l an renouvelable. Le Conseil d’administration représente les membres de la CNEC dont il défend les intérêts.

Certains membres de la Caisse à qui des crédits ont été consentis, trouvent les montants des mensualités à rembourser très élevés. Que pensez-vous nous dire là-dessus ?
Vous savez, la CNEC a été ouverte récemment. Elle n’a pour ainsi dire que neuf mois d’activité derrière elle. Je trouve votre question à la fois pertinente et opportune car le point que vous venez de soulever faisait [objet de notre discussion lors de la dernière réunion du Conseil d’administration. Le montant des mensualités à rembourser est proportionnel au montant du crédit emprunté et de la durée de Prêt. Une solution pourrait être l’allongement de la durée de remboursement, mais cette opération n’est pas exempte de risque et le recouvrement pourrait se retrouver compromis.
Nous avons mis en place des mesures d’accompagnement afin de suivre le client pendant toute la durée de remboursement. Des facilités existent en cas de difficulté, mais ces dernières sont une exception et ne constituent pas la règle.

Comment la Caisse finance t-elle les crédits qu’elle octroit ?
Nous avons facilité les démarches d’ouverture de compte à nos membres afin de leur inculquer une culture d’épargne. Notre but de faire fructifier l’argent thésaurisé par les ménages a rencontré un succès inespéré, car nous avons réalisé une épargne globale de 95 millions en l’espace de neuf mois ! C’est dire le bien fondé de cette initiative qui ne demandait qu’à être réalisée. L’ouverture de la CNEC vient combler un besoin réel de la part d’acteurs désireux de se soustraire du circuit informel. Outre l’épargne des membres, nous disposons dune ligne de crédit mis à notre disposition par le Fonds international de développement agricole (FIDA), notre bailleur principal et partenaire du gouvernement dans ce projet.

Quel est le pourcentage de femmes membres de la Caisse ?
Au démarrage des activités de la Caisse nationale d’épargne et de crédit, les femmes étaient représentées à hauteur de 65 % des membres. Aujourd’hui, nous constatons que l’écart entre hommes et femmes s’est considérablement réduit, car le taux de participation des hommes devient de plus en plus important. Pour vous dire, nous avons 1026 femmes membres contre seulement 1004 hommes soit un taux de participation quasiment égal.
Les résultats de la CNEC nous enseignent que les hommes ont pu épargné un montant de 45 millions FDJ contre environ 40 millions FDJ pour les femmes. Les associations/groupements quant à eux, ont épargné une somme tournant autour de 10 millions FDJ.

Quels sont en quelques lignes, les projets d’avenir de la Caisse ?
Le PDMM a déjà mis en place une caisse nationale d’épargne de crédit et deux points de service respectivement à Einguella et à Balbala. Nos principaux objectifs à moyen terme consistent à asseoir la Caisse dans le paysage national de la micro finance en vue d’aider les populations défavorisées à sortir de l’indigence et des affres de la pauvreté. Nous envisageons de proposer d’autres produits de crédit spécifiques et plus adaptés aux besoins des membres de la CNEC.
L’ouverture d’antennes dans la localité du PK 2 et dans les régions de l’intérieur, fait partie de notre agenda car nous voulons être présents dans les secteurs prioritaires définis par la carte de la pauvreté. Tous ces projets, loin d’être des effets d’annonce ou des déclarations de bonnes intentions, sont à l’étude et ne manqueront pas une fois réalisés, d’œuvrer dans le sens d’une meilleure visibilité des travaux de la Caisse.

Propos recueillis par Daher Osman Karié

Rencontre avec Waris Youssouf Olow

Nous sommes allés à la rencontre de Madame Waris Youssouf Olow, membre de la Caisse nationale d’épargne et de crédit de Djibouti (CNEC). Waris est une femme déterminée, enthousiaste et qui a su tirer profit du soutien de la CNEC. Elle s’est lancée dans une nouvelle activité commerciale parallèlement à celle de la vente de poissons afin d’améliorer sa situation financière et sociale.
Nous avons souhaité donné la parole à Waris pour nous parler de son parcours, de son nouveau commerce et de ce qu’elle attend de l’avenir.

Bonjour, pouvez-vous vous présentez en quelques mots à nos lecteur ? Et en quoi consiste votre activité ?
Absolument ! Je me nomme Waris Youssouf OIow, je suis veuve et mère de huit enfants. J’habite au quartier 6 de la capitale avec tous mes enfants et je suis vendeuse de poissons depuis seize ans déjà.
Cette activité m’a permis de participer financièrement au besoin de ma famille et de joindre les deux bouts, et ce en complément du maigre salaire de mon mari. A sa mort, je devais donc doubler d’effort et de volonté pour que mes enfants ne manquent de rien et puissent manger à leur faim. Al hamdoulilah, jusqu’à ce jour, j’arrive à m’en sortir. De mes garçons, un seul d’entre eux va encore à l’école, certains sont en Somalie et me rejoignent pendant les vacances.
Je possède un petit comptoir au marché du quartier 6 qui me sert de support pour vendre les poissons. Il s’agit là de mon activité principale qui consiste à acheter les poissons en quantité pour les revendre directement aux consommateurs. Bien entendu, ce commerce de proximité est destiné à la ménagère du quartier. Je trouve un peu d’aide auprès d’une de mes filles qui m’accompagne au marché, l’autre s’occupe de la maison mais ne travaille pas.
Au fil du temps, j’ai mûri l’idée d’agrandir mon commerce afin de le faire fructifier. Je ne voulais pas me cantonner uniquement dans la vente de poissons. Et c’est à ce moment là que j’ai eu besoin de recourir à un financement.

Comment votre activité vous fait-elle vivre ? Rencontrez-vous des difficultés ?
Comme je l’ai évoqué plus tôt, l’essentiel de mon commerce est la vente de poisson. Au début, je m’approvisionnais au marché de poisson de Boulaos mais dorénavant c’est au port de pêche que je fais mes achats.
J’achète au kilo par jour c’est-à-dire selon la quantité de poisson disponible. Des fois je me procure jusqu’à 50 kg, mais d’autre fois les quantités sont minimes et peuvent descendre jusqu’à 10 kg, cela dépend de la pêche.
Je peux dégager un bénéfice de 2500 francs à 3000 franc par jour lorsque Les affaires vont bien, ce qui me permet de rester dans mes dépenses. La variété de poissons dépend des saisons, par exemple, pendant la saison fraîche les types de poissons sont la daurade, le merlan, le mérou...
Quant à la clientèle je dois dire qu’elle est demanderesse de poisson de bonne qualité. Les difficultés apparaissent lorsque les fournisseurs sont en rupture, mais lorsque les affaires marchent et que le poisson se vend bien nous nous en sortons.

Comment avez-vous eu connaissance de l’existence de la Caisse nationale d’épargne et de crédit de Djibouti ?
Vous savez dans notre ville les informations circulent très vite surtout en ce qui concerne les programmes d’aide au développement pour les petits commerçants.
En effet, la nouvelle m’a été apportée par ma très chère amie et sœur Amal. Hormis une explication très vague, l’essentiel des informations nous est parvenu par les médias nationaux notamment la radio et la télévision qui ont couvert l’événement. Plusieurs semaines après, Amal et moi avons décidé de nous rendre à la Caisse nationale d’épargne et de crédit pour avoir des réponses concrètes à nos questions et surtout connaître si réellement on pouvait bénéficier d’un appui financier.

Justement ! Avez-vous bénéficié de conseil et d’assistance technique de la part de la Caisse nationale d’épargne et de crédit ?
Bien évidemment. Les personnes en charge des dossiers de crédit m’ont très bien accueilli et m’ont informé sur les conditions à remplir, les modalités de remboursement, les avantages que présente ce type d’épargne mais également les différentes étapes de la procédure à suivre pour contracter un crédit. Ils ont prodigué des conseils d’une grande utilité pour des personnes comme nous qui ne savent ni lire et ni écrire, Ils nous ont également rassuré car ils ont compris nos craintes et nos appréhensions.
La période de sensibilisation et d’information a été longue et riche d’enseignement car elle a duré trois mois.

Pourquoi n’avoir pas fait appel aux services d’une banque traditionnelle ?
La facilité d’accès au crédit pour des gens de conditions modestes comme moi n’est pas aisée tout simplement.
Vous savez, je suis une personne dynamique, ayant l’esprit d’entreprise et motivée. Mes convictions sont ma famille et mon travail. Cependant, ces critères de bonne volonté ne constituent pas tin gage auprès des banques traditionnelles pour contracter un emprunt. Or, les adhérents de la Caisse d’épargne et de crédit sont membres actifs et en tant que tel peuvent émettre des suggestions, participer aux votes pour élire les membres des comités et bénéficier des crédits à des taux d’intérêt raisonnable.
Tandis que, dans les banques de la place, les conditions exigées ne permettent pas aux personnes comme moi d’avoir accès à un crédit bancaire. Je vous laisse vous-même constater la différence, mais pour moi elle est flagrante.

Pouvez-vous nous expliquer les raisons qui vous ont poussé à recourir aux services de la caisse ?
Il s’est avère que malgré mon ambition d’agrandir mon commerce, j’étais vraiment limitée dans mes moyens. Il me fallait donc un coup de pouce pour concrétiser enfin mon projet. Et cela n’a pas été difficile, car dans cette intitution, ils ont cru en moi, en mon projet, cette confiance m’a touché profondément.

Brièvement, en quoi consiste votre plan de crédit ?
Contracter un prêt n’est possible que si vous êtes adhérent au moins depuis trois mois. Or, la caisse ayant été opérationnelle à partir du mois de février dernier, l’allocation des crédits n’a été possible qu’à partir du mois de juin.
Malheureusement, peu de temps après avoir contracté le prêt j’ai eu un accident. Suite à cet événement j’ai eu trois mois d’invalidité pendant lesquels j’ai également remboursé mon crédit sans faire usage du capital qui m’avait été prêtée. Grâce à Dieu, je me suis vite rétablie pour me remettre au travail. Je devais relever la tête pour mes enfants.
Comprenez que, pour solliciter un emprunt dans cette banque, il faut au préalable avoir épargné une certaine somme qui peut varier selon la capacité de chacun. Me concernant, j’ai épargné 175 000 francs et c’est par la suite que j’ti décidé de demander un prêt de 200 000 francs, remboursable sur un an et à hauteur de 18 900 francs par mois.

Expliquez-nous quel a été l’impact de ce nouveau financement sur votre projet ? Comment avez-vous utilisé cet argent ?
Figurez-vous, que depuis deux ans, j’envisageais de me lancer dans une autre activité afin de diversifier mes sources de revenus. Après avoir contracté le crédit, j’ai pu finalement concrétiser mon projet. Autrement dit, je m’adapte aux besoins de la clientèle. La vente d’un seul produit comme le poisson peut, en cas de crise, fragiliser voire même condamner mon activité.
Alors pour me renforcer, j’ai décidé de me diversifier. Pour ce faire, grâce à quelques économies et l’emprunt dont j’avais bénéficié, j’ai pu acheter 70 cartons d’oranges, 30 cartons de biscuits et 10 cartons de piles.
Le reste m’a servi à acheter les matelas, qui constituent après les poissons la deuxième activité que j’ai entreprise. C’est en somme une garantie pour limiter des pertes éventuelles notamment si un produit en particulier ne se vend pas et je peux ainsi les compenser sur les gains des autres produits.
Avec le matelas par exemple, je dégage des bons revenus, car l’unité que j’achète à 3300 francs je la revends pour 5200 francs. En ce sens, je peux dire que ce financement fut « un filet de sauvetage » pour moi.

Le matelas ? Pourquoi avez-vous opté pour ce produit plutôt qu’un autre ?
D’une part, le matelas est un produit que je peux trouver a moindre coût et sur le marché local auprès des importateurs, d’autre part j’avoue que la clientèle est très demanderesse, l’activité ne comporte pas de risques de pertes financières.

Comment voyez-vous l’avenir qui s’offre à vous ?
Après le remboursement de ce premier prêt, je compte continuer sur ma lancée et en contracter un deuxième beaucoup plus conséquent afin de développer mon commerce de poisson et de matelas aussi. Je suis travailleuse et je continuerai quoiqu’il arrive à assurer le maximum pour mes enfants. Du point de vue de la caisse, je compte bien profiter des avantages et des services qu’elle propose. Elle représente un espoir. Pour nous, elle incarne une nouvelle vision, une approche basée sur la solidarité nationale entre les personnes à faible revenue.
Nous avons eu recours à la CNEC car elle véhicule une philosophie et un état d’esprit auquel nous adhérons.

Propos recueillis par Ahmed Abdourahman Cheick

 
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