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L’interdiction des mutilations génitales féminine : un objectif à portée de main
 

Origine et différentes étapes de la campagne de lutte contre les MGF
Comme l’indiquent les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pratique des mutilations génitales féminines (MGF) est loin d’être un phénomène mineur. En effet, cette organisation onusienne estime que 150 millions de femmes ont déjà subi cette pratique et que chaque année environ 3 millions de petites filles risquent de la subir.
Les mutilations génitales féminines représentent une tradition culturelle profondément enracinée dans les communautés qui les pratiquent, où elles constituent un élément clé dans la détermination du rôle et du statut sociétal des femmes. Pratiquées par différents groupes ethniques dans plus de 28 pays du continent africain, on en trouve aussi des traces parmi des populations dans des pays de la péninsule arabique, au Moyen-Orient, en Asie du Sud-est et dans le reste du monde parmi certaines populations immigrées.
On dénomme mutilations génitales féminines toutes les interventions comportant l’ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins. Celles-ci comprennent donc l’excision du clitoris, l’infibulation et d’autres blessures.
Si leurs conséquences néfastes voire délétères sur la santé physique et psychique sont indéniables, les MGF sont avant tout une violation flagrante des droits fondamentaux de la personne humaine, tels que consacrés par de nombreux traités internationaux, et pas seulement une question de santé qu’il faudrait aborder en terme de réduction des risques, encore moins une question de diversité culturelle à respecter. Plusieurs instruments internationaux promeuvent les droits de la femme – notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes, la Convention relative aux droits de l’enfant, la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant – qui se doivent d’être ratifiés par tous les États, appliqués et retranscrits en droit interne. Dans le contexte régional, nous pouvons retenir deux textes fondamentaux favorisant les droits des femmes : la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et son protocole additionnel relatif aux droits des femmes, dit Protocole de Maputo, dont l’article 5 condamne explicitement la pratique des MGF.

Les MGF constituent donc une violation indéniable de l’intégrité physique et psychologique des femmes et des fillettes et elles doivent être traitées et combattues comme telle. Tel est le principe qui a déterminé dès le départ la campagne internationale, lancée en 2001 par No Peace Without Justice (NPWJ) visant à l’élimination des MGF.
En l’occurrence, l’approche adoptée par cette association, dont les activités se sont concentrées principalement en Afrique, se fonde sur la conviction et le constat qu’une composante essentielle des efforts visant à accélérer l’abandon des MGF réside dans l’adoption et la mise en œuvre d’une législation nationale efficace et appropriée. L’adoption d’une législation nationale est nécessaire, car d’une par, elle met en évidence la volonté étatique formelle et explicite de vouloir faire face à une pratique considérée comme une tradition ancestrale, et elle permet de protéger les femmes et les fillettes souhaitant abandonner la pratique.
Outre le fait qu’elle réponde aux obligations découlant de la ratification de traités internationaux, elle donne aussi une légitimité aux activités de sensibilisation en matière de lutte contre les MGF et constitue un moyen de contrer la médicalisation de la pratique. A cet égard il convient de souligner que l’approche consistant à considérer les MGF avant tout comme un problème de santé publique et donc à insister sur les aspects liés aux conditions non hygiéniques ou aux conséquences médicales des MGF, peut avoir - et a eu - des effets retors.
Cette approche a conduit à des « solutions » contreproductives, comme celle fournir exciseuses des instruments stériles afin de réduire les « effets collatéraux ». En d’autres termes, elle a contribué à une plus ample acceptation de cette pratique à travers sa médicalisation croissante, fournissant ainsi un alibi inattendu et inespéré pour ceux qui soutiennent les MGF.

Les activités entreprises par NPWJ ont donc pour objectif d’encourager et de renforcer l’engagement commun des gouvernements et de la société civile pour lutter contre les MGF, en particulier à travers l’action politique et l’adoption de mesures légales de plus en plus efficaces. La méthodologie utilisée comprend la préparation et l’organisation de conférences sous-régionales en étroite coopération avec le gouvernement et la société civile du pays hôte ainsi qu’en partenariat avec d’autres pays, organisations, institutions et agences de l’ONU.
L’un des avantages de cette approche est de stimuler des partenariats durables entre institutions, parlements, ONG, organisations communautaires, gouvernements et donateurs, qui – en plus du travail de terrain – peuvent graduellement conduire à des changements comportementaux durables dans la société. L’implication d’autres acteurs de la société civile, tels que des médecins et des représentants religieux, dans les conférences sous-régionales contribue aussi à l’adoption de positions claires, affirmant que la médicalisation des MGF sous conditions « hygiéniques » et « sanitaires » n’est en aucun cas une solution acceptable, et que la pratique des MGF ne trouve de fondement ou justification dans aucune religion que ce soit.

Les différentes étapes de la campagne
L’origine de l’engagement de No Peace Without Justice dans la lutte contre les mutilations génitales féminines remonte à 2001 lorsque, à l’initiative d’Emma Bonino et des eurodéputés radicaux italiens, le Parlement européen a adopté une résolution et successivement un rapport sur les mutilations génitales féminines reconnaissant que celles-ci constituent avant tout une violation des droits humains et non une simple question de santé publique. Ces deux documents ont joué un rôle crucial en dénonçant les risques encourus par les campagnes anti-MGF limitées aux aspects sociaux, sanitaires et culturels et conduit à l’élaboration de stratégies pour l’élimination des MGF, tant dans les pays où les MGF sont traditionnellement pratiquées qu’en Europe, où la pratique est également diffuse parmi les populations immigrées.

Après le succès de l’initiative au sein du Parlement européen, NPWJ, l’Association Italienne des Femmes pour le Développement (AIDOS) et sept organisations africaines lancent, en 2002, avec le soutien de l’Union européenne, la campagne internationales « StopFGM ! ». Dans le cadre de celle-ci est organisée en juin 2003, au Caire, la première conférence internationale Outils législatifs pour la prévention des MGF », par NPWJ et le Conseil national de l’enfance et de la maternité égyptien (NCCM), sous le haut patronage de la première dame Suzanne Moubarak. Grâce à cette initiative, on commence à parler librement des mutilations génitales féminines en Égypte, un sujet considéré jusqu’alors comme tabou. Mettant un terme une fois pour toute à l’alibi de la légitimation religieuse, la plus haute autorité religieuse du pays participe aux travaux et affirme que les MGF ne sont pas des pratiques dictées par l’islam.
La « Déclaration du Caire pour l’élimination des mutilations génitales féminines », adoptée à la conclusion de la conférence, est un document qui a contribué accroître la conscience auprès des gouvernements des pays concernés que les MGF doivent être reconnues et traitées comme une violation des droits humains, davantage que comme une problème de santé publique. Environ un mois plus tard, à Maputo, au Mozambique, les chefs d’État arabes et africains membres de l’Union africaine adoptent le protocole relatif aux droits de la femme en Afrique. L’article 5 du protocole reconnaît explicitement les pratiques dites traditionnelles affectant gravement la santé des femmes et des fillettes, en particulier les mutilations génitales féminines, comme une violation des valeurs universelles de l’intégrité de la personne et enjoint les États membres d’adopter toutes les mesures nationales législatives et autres mesures nécessaires afin de mettre un terme à ces pratiques. Pour la première fois, une norme spécifique contre les MGF est insérée dans un document contraignant au niveau international.

La seconde phase de la campagne, financée par le gouvernement italien à travers I’UNICEF a été lancée avec la conférence internationale Développer un contexte politique, légal et social pour la mise en œuvre du Protocole de Maputo, organisée à Nairobi, en septembre 2004, par NPWJ en collaboration avec le gouvernement du Kenya. Comme ce titre l’indique, cette phase s’est concentrée sur la promotion de la ratification du Protocole de Maputo de la part des États africains concernés par les MGF afin qu’ils obtiennent le plus rapidement possible le nombre de ratifications nécessaires à son entrée en vigueur. Un résultat tangible atteint le 25 novembre 2005, suite au dépôt du quinzième instrument de ratification. Un temps record si l’on considère le type d’instrument juridique en question. A ce jour, vingt-cinq pays l’ont ratifié.

La troisième phase, initiée en 2006, également financée par le gouvernement italien à travers l’UNICEF, s’est principalement focalisée sur l’adoption de lois nationales de mise en œuvre des principes inscrits dans le Protocole de Maputo, afin de consolider l’implication formelle, explicite et constante des autorités publiques contre les MGF, contribuant ainsi à inverser le cours des conventions sociales. Pour atteindre cet objectif. l’association a organisé plusieurs initiatives sur le terrain, telles que le Séminaire Législation sur les MGF et le Protocole de l’Union Africaine relatif aux Droits des Femmes en Afrique », qui s’est tenu à Khartoum, au Soudan, en décembre 2007 ; la Conférence Régionale de l’Afrique Orientale pour l’élimination des MGF’, qui a eu lieu en mars 2008, à Asmara, en Érythrée, en collaboration avec ‘Union Nationale des Femmes Érythréennes ; ainsi que le séminaire parlementaire La loi contre les MGF et son applicabilité , tenu les 8-9 octobre 2008, en collaboration avec l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD) et sous les auspices du Président de l’Assemblée nationale de Djibouti.

NPWJ et Djibouti : une collaboration fructueuse
Dans le cadre de sa campagne pour l’élimination des MGF, No Peace Without Justice a eu l’opportunité de tisser des liens de collaboration privilégiés avec le gouvernement et les associations locales impliquées dans la lutte contre fa pratique des MGF à Djibouti. Celle-ci a d’ailleurs vu la République du Djibouti en première ligne depuis de nombreuses années avec la mise en place d’une action soutenue et continue qui passe par la défense et fa promotion de l’ensemble des droits de la femme.
Cet effort du gouvernement sur le terrain fut entériné par l’adoption, en 1995, de l’article 333 du Code pénal stipulant que : « Les violences ayant entraîné une mutilation génitale sont punies de cinq ans d’emprisonnement et de 1 000 000 F d’amende ». Depuis l’adoption du Code pénal de 1995 interdisant explicitement la pratique des MGF, la volonté d’intensifier l’efficacité de l’engagement du gouvernement n’a cessé d’être réaffirmée au plus haut niveau. Tant le président de la République de Djibouti, M. Ismail Omar Guelleh, que les hauts responsables du gouvernement dont les secteurs d’administration sont concernés par la pratique des MGF et par leurs conséquences néfastes, n’ont pas hésité à les condamner, ne laissant aucune ambiguïté sur l’engagement ferme du gouvernement sur le sujet.
Dans le but de soutenir et d’accroître la visibilité et l’efficacité de cette volonté politique clairement affichée, NPWJ organisa en février 2005, en collaboration avec le Gouvernement de Djibouti et l’Union nationale des femmes djiboutiennes, la conférence sous-régionale sur les MGF, « Vers un consensus politique et religieux contre les mutilations génitales féminines », tenue sous les auspices de la première dame de Djibouti, Mme Kadra Mahamoud Haïd. Organisée en étroite collaboration avec l’ensemble des ministères les plus directement impliqués, à savoir le ministère délégué chargé de la Promotion de la femme, du bien-être familial et des affaires sociales et le ministère délégué chargé des Biens wakfs et des affaires musulmanes, la conférence a vu la participation des plus hautes autorités religieuses du pays, ainsi que des plus hautes personnalités gouvernementales, tant djiboutiennes que des pays frontaliers.

Cet événement a eu pour résultat de catalyser la volonté et le consensus du gouvernement et des autorités religieuses en faveur de l’abandon des MGF et la réaffirmation que celles-ci constituent un crime au regard de la loi djiboutienne. En mettant l’accent sur la nécessité d’une mise en œuvre rapide et effective des principes établis dans le protocole de Maputo, il a aussi permis de consolider ce consensus au niveau sous-régional. Fait notable et symbolique, lors de la session plénière de clôture, le Premier ministre de Djibouti ce-signe l’instrument de ratification du protocole de Maputo avec le représentant de l’Union africaine, s’engageant à adopter une législation en conformité avec ses dispositions.

Djibouti : l’excision, une tradition face aux lois de la République
L’action déterminante de I’UNFD pour voir cet engagement traduit dans certains instruments juridiques a conduit à l’atelier parlementaire « La loi contre les MGF et son application », organisé en collaboration avec NPWJ, les 8-9 octobre 2008. L’atelier, présidé par le président de l’Assemblée nationale de Djibouti, ldriss Arnaoud Ali, constitua un événement sans précédent dans l’histoire de l’Assemblée, voyant pour la première fois les parlementaires prendre l’initiative législative sur un sujet aussi sensible et controversé et s’engager à travailler à l’examen et à la révision de la loi existante, à savoir l’article 333 du Code pénal. Une révision jugée nécessaire dans la mesure où, depuis que la loi existe, aucun recours en justice n’a jamais été introduit à Djibouti, alors que la pratique de l’infibulation et de l’excision reste largement répandue.
L’expérience sur le terrain montre, en effet, que la difficulté qui persiste dans la mise en œuvre d’une démarche cohérente visant à assurer le respect des droits spécifiques de la femme reste liée à la difficulté pour les femmes et fillettes, en tant que victimes, de faire valoir en première personne leurs droits. En effet, quand il s’agit de violations des droits de la femme, d’autant plus si elles sont mineures, le recours à la justice reste encore tout à fait marginal.
N’étant pas interpellées, les institutions juridiques compétentes ne sont donc pas mises en mesure d’assurer la tutelle des droits qu’elles sont appelées à défendre et à faire valoir, quand ceux-ci sont violés. Cela est d’autant plus le cas s’agissant d’un acte comme les MGF qui est pratiqué sur des mineures, dans un contexte familial où la plupart des personnes impliquées, ne sont pas pleinement informées de la grave illégalité de l’acte qu’elles s’apprêtent à commettre ou à laisser s’accomplir sur ceux dont ils ont la tutelle.
La finalité de cet atelier parlementaire était donc d’inviter les parlementaires à évaluer, avec les acteurs institutionnels et de la société civile, l’efficacité des instruments légaux sanctionnant les MGF, à partir de l’article 333 du Code pénal, et à envisager les changements nécessaires pour assurer son applicabilité et en faire un instrument réellement efficace.
L’initiative s’inscrivait également dans la logique amorcée par le ministère de la Promotion de la femme, qui, en juillet 2008, dans le cadre de sa stratégie nationale pour l’abandon total de toutes les formes d’excision, adoptée en 2006, avait mis en place un processus de révision de l’article 7 du Code de procédure pénale de Djibouti afin de faciliter les conditions auxquelles des tiers peuvent se constituer parties civiles et dénoncer des violences pour la défense desquelles les victimes elles-mêmes ne sont pas dans les conditions d’assurer le recours à la justice.
Outre les parlementaires, cet atelier rassembla également les différents acteurs impliqués dans la lutte contre les MGF à Djibouti, tels le ministère de la Promotion de la femme, le ministère de la Santé, le ministère de la Justice, le ministère des Affaires religieuses, les tribunaux compétents, les autorités policières, et les associations de défense des droits de la femme.
Le débat a permis de mettre en lumière les lacunes inhérentes à certains éléments de l’article 333 du Code pénal djiboutien expliquant l’absence de cas de poursuites judiciaires : une sanction trop générale de la pratique des MGF, en précisant la peine encourue, sans pour autant définir et détailler les responsabilités et les sanctions pénales des différentes personnes responsables. En se limitant à une condamnation des auteurs de MGF à 5 ans d’emprisonnement et à 1000 000 d’amende, l’article 333 se distingue des législations adoptées par d’autres pays africains qui prévoient une définition de l’acte incriminé, une fourchette de peines pour les témoins qui ne dénoncent pas les faits, des peines aggravantes en cas de mort de la victime, une distinction entre les personnes coupables, des peines complémentaires à l’encontre du corps médical. Il fut aussi fait remarquer crue le libellé de l’article 7 permettait à très peu d’associations de se porter partie civile.
Au terme de deux journées de débats et d’échanges, l’Atelier s’est conclu sur l’adoption par les députés présents d’une déclaration par laquelle ils s’engageaient à réfléchir sur une proposition de loi visant à amender, l’article 333 du Code pénal relatif aux mutilations génitales, dans le but d’en assurer une meilleure applicabilité.

Sous l’impulsion des députées Degmo Mohamed et Safia Elmi, une proposition de loi fut rapidement soumise au bureau de l’Assemblée nationale, en vue d’amender l’article 333 en y ajoutant notamment des dispositions qui définissent les MGF et les personnes coupables. En parallèle, des discussions avec le ministère chargé de la Promotion de la femme, du bien-être familial et des affaires sociales débutèrent également afin que le travail de modification de l’article se fasse en partenariat avec les experts en la question du ministère. Ces discussions se révélèrent doublement fructueuses pour les députés, puisque le ministère décida, en plus de la proposition de loi concernant l’article 333 du Code pénal, de déléguer la modification voulue de l’Article 7 du Code de procédure civile et entreprise depuis juillet 2008 par la ministre de la Promotion de la femme, à l’Assemblée nationale.
Cette collaboration fructueuse entre les députés et le gouvernement a trouvé son aboutissement avec l’adoption, le 21 juin 2009, par l’Assemblée nationale de la République de Djibouti, de la nouvelle loi sur la violence contre les femmes, en particulier les mutilations génitales féminines. Djibouti dispose donc aujourd’hui d’une loi interdisant spécifiquement les mutilations génitales féminines. La nouvelle loi ajoute des éléments importants aux articles préexistants, y compris la définition des MGF ; des précisions sur la responsabilité pénale et les peines encourues ; et la possibilité pour plus d’associations d’engager des procédures en action civile et dénoncer la violence contre laquelle les victimes elles-mêmes ne sont pas en mesure de recourir en justice.
L’adoption de cette nouvelle loi doit être saluée comme une étape historique dans la lutte à long terme entreprise par la République de Djibouti en vue de favoriser l’abandon de la pratique des MGF. Si la désapprobation explicite de l’État à leur égard et le soutien à ceux qui ont renoncé à la pratique sont déjà affirmés, l’accent mis sur l’efficacité des outils législatifs, en garantissant leur force exécutoire et de dissuasion, représente un indéniable saut de qualité, susceptible de renforcer l’impact positif des actions menées sur le terrain par les associations de défense des droits des femmes.

Renforcement de la coopération régionale et transnationale dans la lutte contre les MGF
Au cours des cinq années qui se sont écoulées depuis la conférence du Caire de 2003, la lutte contré les MGF a enregistré plusieurs développements positifs et significatifs, comme en témoignent : l’adoption du protocole de Maputo ; l’approbation ou la révision de la législation anti-MGF dans nombre de pays qui ont participé à la conférence de 2003, à l’instar de Djibouti, du Burkina Faso et de l’Égypte ; la création de plans d’action nationaux pour contraster la pratique des MGF ; et le développement de nouvelles initiatives par des organisations internationales ainsi que des actions renforcées en matière d’information et de sensibilisation.

A ce jour, en Afrique dix-huit pays sur vingt-huit ont adopté une loi nationale réprimant les mutilations génitales féminines en matière pénale. Il s’agit d’un résultat extrêmement important, car il fournit aux militantes anti-mutilations un soutien juridique, en les aidants à sortir de la clandestinité, et constitue une base pour le changement social. En effet, les pays les plus engagés en la matière mettent en œuvre des outils de soutien aux victimes et de communication et de format ion des opérateurs sociaux, outre à l’application de la loi et des sanctions. Le Mali, la Sierra Leone, le Soudan, la Gambie, le Liberia, la Côte d’ivoire, la Guinée Bissau, la République Centrafricaine, le Cameroun et l’Ouganda sont les États africains qui n’ont pas encore adopté une loi à cet égard. De nombreux pays d’immigration également approuvé des lois contre les mutilations génitales féminines.
Face à ces résultats encourageant il serait bénéfique de partager les expériences acquises par les différents pays concernés mais aussi de générer et d’exploiter une « compétition positive » susceptible d’encourager les activistes, les parlementaires et les gouvernent à travailler pour l’adoption et l’application de la meilleure législation possible sur les MGF. Dans le but également de promouvoir une approche régional qui permette de réduire le phénomène de la pratique transfrontalière des MGF.
Dans cette optique, NPWJ a décide de relancer sa campagne internationale sur les MGF à un haut niveau politique, afin de donner vie une mobilisation politique majeure en mesure de concrétiser les engagements pris au niveau national et régional dans Une méthodologie politique stable,cohérente et partagée par les partenaires africains et internationaux visant à éliminer la pratique des MGF.

Le point de départ de cette nouvelle phase a été l’organisation de la réunion de haut niveau « Déclaration du Caire + 5 sur les MGF », en collaboration avec le Conseil national pour l’enfance et la maternité (NCCM) les 14 et 15 décembre 2008. Tenue sous le haut patronage de la première dame d’Egypte, Mme Suzanne Moubarak, la réunion a vu la participation de la première dame du Burkina Faso, Mme Chantai Compaoré, et de délégations représentant vingt pays de la région concernés par la pratique des MGF au niveau ministériel (Mali, Sénégal, Sierra Leone et Togo), ainsi que par des représentants de ministères parlementaires et acteurs de la société civile qui se sont distingués par leur travail en faveur d’une législation efficace sur les MGF.
Cette réunion a fourni l’opportunité d’effectuer une analyse systématique des résultats obtenus et des défis rencontrés clans les campagnes visant à éliminer la pratique, depuis la conférence internationale du Caire sur les instruments légaux pour la prévention des MGF, qui a eu lieu en 2003. Comme le proclame la déclaration finale adopte par les participants elle a aussi permis d’asseoir un consensus sur la nécessité d’une action renforcée afin que l’objectif d’une interdiction concrète et définitive des MGF ne soit pas seulement un objectif souhaitable, mais un objectif réalisé.
La campagne 2009/2010 de NPWJ entend répondre à cet appel cette année, en focalisant ses efforts sur l’Afrique occidentale. Les pays de cette région présentent une grande variété d’approches aux pratiques des MGF. Certains d’entre deux disposent, depuis longtemps, d’une loi spécifique dont l’application est considérée comme une priorité et ont entrepris des efforts considérables en matière d’action de proximité, alors que dans d’autres pays il y a eu beaucoup d’hésitations même pour la seule approbation d’une loi. Pour cette raison, il est très important de partager ces expériences diverses de façon à ce que les pays qui ne disposent pas encore d’une législation spécifique puissent bénéficier des expertises des pays voisins À cette fin, NPWJ organise dans plusieurs pays de la région de l’Afrique de l’Ouest (à l’image de celui tenu le 29 septembre dernier en Gambie) des séminaires interparlementaire en rassemblant des représentants des parlements, des systèmes judiciaires et exécutifs ainsi que les acteurs non gouvernementaux, afin de discuter des thématiques liées à la législateur sur les MGF et son application. Des séminaires dont les résultats viendront alimenter a conférence internationale de haut niveau qui, à la demande de la première dame burkinabé, Mme Chantal Compaoré, se tiendra à Ouagadougou au Burkina Faso le 9 et 10 novembre 2009.
A ce rendez-vous prévu comme suite idéale de la conférence du Caire +5 et comme moment de synthèse des activités à caractère l’institutionnel dans la région-participeront plusieurs premières dames des repentants et des parlementaires ainsi que les acteurs des pays concernés par les MGF et les organisations régionales et internationales intéressées. Cette conférence sera également une occasion pour exercer des pressions sur les gouvernements réticents â adopter une loi et elle fournira une importante possibilité de dialogue entre les gouvernements eux-mêmes et entre les et les acteurs non gouvernementaux ainsi que de partage des différentes expériences.

Vers l’interdiction définitive des MGF : un objectif à portée de main
La lutte contre les mutilations génitales féminines a demandé, au cours des premières années de campagne, un grand effort souvent récompensé par de petits résultats, mais aujourd’hui, enfin, il existe la possibilité d’imprimer une accélération positive et de déterminer, dans un délai de quelques années, un changement réel. En effet, non seulement de nombreux tabous sont mais tombés, mais surtout un nombre croissant de gouvernements se sont engagés en adoptant des législations et des programmes de lutte contre ces pratiques, alors que les gouvernements qui, jusqu’à présent, ont toujours maintenu une attitude de fermeture, commencent à se joindre au débat. Pour réussir à accélérer ce mouvement, il faut agir à différents niveaux et par le biais d’initiatives diversifiées selon le contexte sociopolitique et les cadres juridique et législatif des différentes réalités nationales ou régionales. Le moment est venu de redoubler vies efforts, non, seulement à travers des actions institutionnelles visant à inciter les gouvernements à légiférer et à appliquer les lois, mais également par des actions plus médiatiques, en mesure de toucher là population au sens large, en se servant de « témoins » qui, grâce à leur ascendant, puissent Imprimer une accélération du changement socioculturel.
Les pays les plus évolués se consolideraient ainsi dans une phase désormais stable d’élimination progressive de mutilations génitales féminines tandis que de nouveaux pays s’engageraient sur le chemin positive de la loi. Ainsi, se diffuserait dans le sentiment commun, grâce à l’existence de lois qui les interdisent, la conscience que mutilations génitales féminines sont une pratique inutile, nuisible et obsolète. Et que la respectabilité de la femme ne peut se baser sur une cicatrice douloureuse contraire à ses droits en tant que personne.

Nicola Giovannini et llwad Elmi

No Peace Wtthout Justice (NPWJ) est une association sans but lucratif, fondée par Emma Bonino en 1994 à la suite d’une campagne du parti radical transnational (ONG à statut consultatif général de première catégorie auprès de l‘ECOSOC des Nations unies) pour la création du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et du tribunal pénal international qui œuvre pour la protection et la promotion des droits humains, démocratie, de l’état de droit et de la justice pénale internationale. Les domaines d’action actuels de NPWJ comprennent la promotion des réformes démocratiques dans la région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, par la création d’un dialogue constrictif entre les gouvernement, les parlements et la société civile ; une campagne pour la ratification et le développement effectif du protocole de Maputo relatif aux droits des femmes en Afrique et notamment à l’éradication des mutilations génitales féminines, le renforcement d’un système efficace de justice pénale internationale pour la prévention, la dissuasion et la condamnation des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et du génocide.

 
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