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En aparté avec… Gélase Daniel Ndabirabe
par Man Mohamed Djama, août 2022 (Human Village 45).
 

En marge de la 76e session du comité exécutif de l’Union parlementaire africaine et de la 43e Conférence de l’UPA à Djibouti, nous avons eu le plaisir de rencontrer le président du Parlement burundais, Gélase Daniel Ndabirabe, second personnage politique du pays. Un homme discret et courtois. Il met en exergue l’importance du peuple dans l’édification et la solidité d’un État, pour lui, intrinsèquement lié à la notion de patriotisme, valeur refuge et voie de salut pour unir les citoyens et surmonter les défis régionaux et continentaux.

Dans la situation géopolitique de la région des Grands Lacs, quelle est la position du Burundi ?
Actuellement, nous sommes en voie de normalisation de nos relations dans la région de l’Afrique centrale, et plus particulièrement à l’Est de la RDC ou règne une instabilité liée à la présence de beaucoup de forces rebelles. Cependant, pour l’instant les pays limitrophes s’unissent pour trouver une solution durable, voire éradiquer toute ces sources d’instabilité avec le concours de différents pays, tel que le Rwanda ou l’Ouganda, à travers des accords bilatéraux.
Dans l’évolution des relations entre le Rwanda et le Burundi récemment, il s’agit d’une évolution lente mais sûre de nos relations bilatérales. Pour illustrer mes propos, dernièrement le Premier ministre rwandais est venu lors de la célébration du 1er juillet, la fête nationale burundaise. En coulisse également, on peut noter des rapprochements et des échanges significatifs qui marquent le souci de bien évoluer. C’est une volonté de réaliser ensemble quelque chose de positif.

Lors de votre intervention, vous avez insisté sur l’importance pour la population de soutenir l’armée nationale pour lutter contre le terrorisme et les mouvements armées qui pillent les ressources naturelles et génèrent l’instabilité.
Au vue de mon expérience on ne peut pas séparer l’armée du peuple. C’est une loi universelle ; en cas de difficulté surtout en temps de guerre, on désigne souvent un bouc émissaire pour chercher pourquoi on a échoué. La population est la seule force qui peut unir l’armée. La population doit être mobilisée, enseignée, encadrée surtout pour l’amour de son pays. Il faut aimer son pays et verser son sang ; c’est cela le patriotisme. Nous ne possédons pas une autre maison que notre pays ni un autre toit que l’Afrique !
J’entends les parlementaires parler des faillites de nos armées nationales, incapables de freiner l’avancée de bandes armées. Selon moi, quand une armée est en guerre, dès que des difficultés opérationnelles apparaissent - c’est un constat mondial – les forces armées se divisent, s’épuisent à chercher un bouc émissaire au lieu de rester mobilisées pour faire face contre vent et marée aux les ennemis de la patrie. Qu’est-ce que le peuple peut faire pour éviter cette cassure ? Soutenir son armée. Cela ne peut pas se passer autrement, puisque c’est le dernier rempart pour la sauvegarde de l’intégrité du territoire et la protection des biens et des personnes. Le contraire, l’échec sur le terrain – et je ne le dis pas parce que je suis un ancien militaire - tout se disloque, tout prend l’eau et l’on fait la chasse aux responsables de cette débâcle militaire. En agissant ainsi on plonge davantage le pays dans l’effondrement, la destruction, la désolation, les violences intra-communautaires, et c’est le commencement du règne de la loi du plus fort. Ici, à l’UPA, en tant qu’élus continentaux, qu’est-ce que l’on peut faire ? On peut discuter, bien évidemment, d’une proposition de résolution et la soumettre au vote des délégués. Mais plus concrètement, en rentrant dans nos pays respectifs qu’allons-nous faire pour inverser la tendance ?

Nos pays sont blessés, c’est le constat de nombreux délégués qui ont pris la parole pour s’exprimer sur la situation de leur pays respectifs et dénoncer les ingérences des ex puissances coloniales. Mais moi, ce qui m’intéresse, c’est comment réparer le mal qui nous ronge, comment soigner nos plaies ? Je crois que pour avancer dans la voie de la guérison, il faut avant tout aimer de tout son cœur son pays. C’est l’élément le plus important, le remède le plus puissant, l’antidote à tous les maux dont souffrent nos nations. Aimons nos pays, aimons nos compatriotes, aimons notre continent ! Comment peut-on espérer sortir des ténèbres en remettant sa sécurité, la défense de ses siens entre les mains de pays qui nous ont colonisés ? Comment veut-on voir redresser son pays, lorsque l’on refuse soi-même de défendre sa patrie, d’aller jusqu’à verser son sang pour protéger sa propre famille, ses proches, son territoire ? Comment peut imaginer que des armées étrangères vont verser le leur pour un pays dont ils ne sont pas issus ?
Le second point est primordial. Lorsque la population est solidaire et unie, elle a une force deux ou trois fois supérieurs à celle de l’armée. Autrement dit, la population doit être mobilisée, hommes comme femmes doivent s’engager dans un sursaut national.

Troisièmement, l’armée est une force qui fonctionne comme un moteur de voiture, elle a besoin d’énergie. Son carburant, son soutien, c’est la force du peuple. Les terroristes seront toujours là, à occuper le terrain, tant que les populations ne seront pas engagées pour combattre ces extrémistes, ces criminels dont l’absence d’État et d’organisation communautaire favorise l’essor […]. La détermination du peuple à s’engager est un facteur puissant pour renverser la tendance. Vous voyez, on revient toujours à la même chose. Sans communion du peuple avec son armée pour lutter contre le terrorisme, ou les insécurités qui se répandent dans nos pays, le constat sera toujours le même : l’échec face à l’ennemi. Apprenons à compter sur nos populations, sensibilisons davantage nos peuples pour qu’ils se rangent derrière leurs soldats, leurs enfants… Il faut qu’ils soient à 100% mobilisés derrière eux, c’est la seule voie possible pour vaincre les criminels sanguinaires, les terroristes.

Enfin je voudrai dire ma fierté de signaler que le Burundi est l’un des rares pays africains qui n’importe pas de produits alimentaires. Nous produisons localement tout ce que nous consommons.

Propos recueillis par Man Mohamed.
@maandjama

 
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