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Debretsion Gebremichael : « Aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’alternative à Abiy, pas de paix »
par Mahdi A., août 2021 (Human Village 42).
 

Debretsion Gebremichael, président du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), a explicité, dans un entretien diffusé vendredi 6 août 2021, les conditions qu’il pose à une transition politique en Éthiopie. Elles représentent pour lui un préalable à l’établissement d’un cessez le feu dans le conflit avec le gouvernement fédéral. L’utilisation de la force aérienne, les crimes commis au Tigré par l’armée nationale, et le renfort apporté par des troupes étrangères, disqualifient Abiy Ahmed. Il ne pourrait donc être un interlocuteur légitime pour le rétablissement de la concorde et la cessation des hostilités, affirme Debretsion Gebremichael.
Il n’y va pas par quatre chemins : « Aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’alternative à Abiy, pas de paix », affirme-t-il. Pour lui cette option est la seule possible pour mettre fin à la guerre civile en cours en Éthiopie. Debretsion Gebremichael enjoint Abiy Ahmed de choisir la voie de la sagesse et de la paix, pour préserver l’unité nationale et la vie des Éthiopiens envoyés au front pour combattre leurs propres concitoyens à l’arme lourde. Son entêtement à se maintenir au pouvoir malgré les atrocités perpétrées ne serait qu’une voie sans issue qui conduirait irrémédiablement à la désolation et dislocation de l’Éthiopie, avec notamment l’auto-détermination du Tigré et la proclamation de son indépendance, estime-t-il.

Il ressort du discours de Debretsion Gebremichael, neuf mois après le déclenchement de l’assaut du Tigré par les forces d’Abiy Ahmed, que cette campagne militaire se solde par une déroute de l’armée nationale. Elle n’en finirait pas de buter contre les Forces de défense du Tigré, qui viennent dans une fulgurante contre-offensive de se saisir de Lalibela. Cette nouvelle prise en région Amhara – après l’ouverture d’un second front en région Afar - est considérée par de nombreux observateurs comme un énième affront à celui qui se voyait comme le nouvel empereur d’Éthiopie.
La crainte demeure cependant qu’il se lance dans une escalade potentiellement destructrice pour son pays, comme le suggère l’arrêt des négociations ouvertes avec le TPLF sous médiation soudanaise à Khartoum, annoncé par la porte-parole du cabinet du Premier ministre, Billene Seyoum, le 5 août. Elles ont achoppé sur la question du retrait du pouvoir d’Abiy Ahmed et la saisine d’une commission indépendante pour établir les crimes de guerre perpétrés durant le conflit au Tigré. Ces conditions inacceptables pour le gouvernement fédéral, pourraient faire d’Abiy Ahmed le premier Prix Nobel à être trainé devant le Tribunal pénal international, passant de Stockholm à La Haye.

La chute de Lalibela marque nettement une étape dans ce conflit
Il s’agit d’un revers embarrassant pour Ahmed Abiy qui risque de vouloir rétablir son autorité quoi qu’il en coûte. Il n’a pas le choix, c’est son avenir politique qui se joue. S’il échoue à regagner du terrain dans les prochains jours, alors on pourra craindre que l’Éthiopie se dirige vers l’éclatement que décrit Debretsion Gebremichael. La pente est extrêmement dangereuse, car plus Abiy recule sur le plan militaire tout en s’accrochant au pouvoir, plus le conflit devient destructeur pour la population éthiopienne. Les arrestations arbitraires de civils originaire du Tigré, ainsi que la fermeture administrative des entreprises leur appartenant sur des prétextes fallacieux, ne sont guère rassurants.
L’enlisement militaire et les nombreux revers des forces alliées à Abiy peuvent difficilement être occultés. Le pouvoir fédéral n’a pas été capable de mener à bien sa contre-offensive, malgré le renfort de troupes de neuf États régionaux aux côtés des forces armées nationales. Les tentatives pour masquer la débâcle militaire en intensifiant la répression sur les médias nationaux et les organisations internationales n’ont pas permis de masquer la réalité, sans compter la force des réseaux sociaux.
Abiy Ahmed est face à un choix difficile : entrainer son pays dans une guerre fratricide pour conserver son pouvoir, ou un exil doré aux Émirats Arabes Unis pour préserver l’unité et la cohésion sociale de l’Éthiopie et ne pas déstabiliser davantage la Corne de l’Afrique, comme lui suggèrent de manière appuyée plusieurs pays alliés ?
Son tweet du 10 août appelant à une mobilisation totale contre les forces tigréennes [1] montre que, en dépit de l’affaiblissement de sa position, il n’est pas en train d’engager une démarche diplomatique de médiation internationale qui le contraindrait à rendre des comptes.
Est-il envisageable, s’il continue à perdre du terrain face aux Forces de défense du Tigré, que les troupes qui le soutiennent en viennent à envisager des négociations, à songer à d’autres options pour ramener la paix en Éthiopie ?

Mahdi A.


 
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