Human Village - information autrement
 
Des frappes françaises en Syrie… depuis Djibouti ?
par Mahdi A., avril 2018 (Human Village 32).
 

Sept jours après la présumée attaque au gaz chimique qui a fait plus de 40 morts et une centaine de blessés dans la ville de Douma, dans la Gouta orientale, la réponse militaire promise sur Tweeter par le président Trump a été engagée conjointement avec ses alliés britanniques et français, et l’appui logistique de l’OTAN.
« Les Etats-Unis ont lancé des frappes de missiles sur la Syrie contre les armes chimiques utilisées sur des civils le week-end dernier. […] Une opération combinée avec les forces armées de la France et du Royaume-Uni est actuellement en cours », a déclaré Trump en direct de la Maison blanche [1].

L’objectif de ces tirs serait… de protéger la population
« Le samedi 7 avril 2018, à Douma, des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont été massacrés à l’arme chimique, en totale violation du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Les faits et la responsabilité du régime syrien ne font aucun doute. La ligne rouge fixée par la France en mai 2017 a été franchie.
J’ai donc ordonné aux forces armées françaises d’intervenir cette nuit, dans le cadre d’une opération internationale menée en coalition avec les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni et dirigée contre l’arsenal chimique du régime syrien.
Notre réponse a été circonscrite aux capacités du régime syrien permettant la production et l’emploi d’armes chimiques.
Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de l’emploi d’armes chimiques, qui est un danger immédiat pour le peuple syrien et pour notre sécurité collective », déclare la Présidence française pour expliquer l’engagement de la France dans cette action militaire [2].

Quelle est cette ligne rouge mentionnée par Macron ?
Selon le quotidien Libération, elle aurait été fixée mais finalement ignorée par Barack Obama en 2013. Emmanuel Macron décide de faire sien de ce principe. « Le 29 mai, deux semaines après sa prise de fonctions, il la traçait devant Vladimir Poutine, reçu en grande pompe au château de Versailles : toute utilisation d’armes chimiques ferait l’objet « d’une riposte immédiate, en tout cas de la part des Français », assurait le chef de l’État [3].

Faire ce que l’on dit et dire ce que l’on fait, voilà un principe que Macron vient de mettre en application dans cette réaction à l’utilisation de l’arme chimique par Damas. Il ne va pas bouder son plaisir, puisqu’il adresse aussi un pied de nez à son prédécesseur François Hollande, à l’instar de Donald Trump à Barak Obama. Ils ont été bernés en 2013, par un coup de maître des Russes, qui se sont installés durablement en Syrie et ont stoppé in extremis les bombardements programmés sur le régime syrien. Le projet de représailles avait été abandonné à la suite de la proposition russe de placer l’arsenal chimique syrien sous contrôle onusien pour destruction. Depuis le ver est dans la pomme… L’engagement militaire russe a redistribué entièrement les cartes. Les plus virulents opposants à ce renoncement sont les Saoudiens, qui ne pardonnent pas aux Américains de ne pas avoir renversé Bachar El Assad après le massacre au gaz sarin du 21 août 2013, qui a causé entre quelques centaines et plus de 2000 victimes selon les estimations.

La riposte aérienne française serait partie de France… mais pas uniquement !
« Un peu avant 3h du matin, une force maritime déployée en Méditerranée et un raid aérien parti de France en début de nuit ont tiré des missiles sur des objectifs stratégiques du programme chimique clandestin syrien. Un Centre de recherche et des sites de production ont été visés. Par ces frappes, c’est la capacité de production d’armes chimiques du régime syrien qui est atteinte. L’objectif est simple : empêcher le régime d’utiliser des armes chimiques à nouveau. Ni confrontation ni escalade militaire. Les cibles ont été choisies précisément : ce sont les lieux-même qui ont permis le massacre de femmes et d’enfants syriens au mépris de toutes les normes du droit, au mépris de toute humanité », a annoncé en début de matinée Florence Parly la ministre française des Armées, depuis son compte Twitter [4].
Ce Tweet de Florence Parly nous précise que la France aurait participé à l’offensive militaire conjointe en utilisant « une force maritime déployée en Méditerranée et un raid aérien parti de France en début de nuit ont tiré des missiles sur des objectifs stratégiques », mais reste vague quant à la désignation des outils militaires utilisés. Le Figaro nous apprend que « cinq frégates multimissions FREMM, une frégate anti-aérienne et une frégate anti-sous-marin et un pétrolier ravitailleur ont été engagés, ainsi que cinq Rafales, quatre Mirages 2000-5, deux Awacs et six ravitailleurs. […] Le raid aérien est parti vendredi de plusieurs bases en France – dont Saint-Dizier en Haute-Marne - afin de rejoindre les côtes de la Syrie » [5].

Après avoir noté cette information, on constate étrangement qu’aux environs de 23h heure locale, hier soir, vendredi 13 avril, des avions de défense aérienne française, probablement des Mirages 2000-5 puisque la base aérienne 188 (BA 188) en accueille quatre [6], ont décollé de l’aéroport de Djibouti pour une destination non communiquée. Dans la même veine il faut mentionner que dans la matinée de cette même journée, l’ambassadeur de France, Christophe Guilhou, a sollicité un entretien avec le Premier ministre, Abdoulkader Kamil Mohamed qui, le vendredi étant fériée à Djibouti, l’a reçu en audience à son domicile en fin de matinée. Sans trop tirer de conclusions sur la comète, il n’est pas impensable de supposer qu’il souhaitait informer le gouvernement djiboutien de la participation des forces aériennes françaises stationnées à Djibouti aux opérations contre la Syrie.

Comment expliquer alors le communiqué partiellement mensonger de Florence Parly sur le lieu de départ des attaques aériennes ?
Premièrement la menace proférée par l’ambassadeur de Russie au Liban n’y est sans doute pas pour rien : « Tout missile américain qui viendrait à être tiré sur la Syrie sera abattu et les sites d’où ils sont partis seront pris pour cibles » [7].
La crainte de voir l’intervention occidentale en Syrie se transformer en conflit direct entre puissances nucléaires a affolé toutes les capitales du globe. « Les frappes risqueraient de plonger les Etats-Unis plus profondément dans la guerre complexe et avec de nombreux fronts en Syrie et impliqueraient la possibilité d’une confrontation avec la Russie et l’Iran, qui soutiennent tous deux M. Assad avec des forces militaires », s’alarmait d’ailleurs le New York Times [8].

Deuxièmement, Djibouti étant membre de la Ligue arabe, il serait compréhensible que le pays ne souhaite pas faire trop de publicité sur le fait que son territoire ait été utilisé pour aller frapper un autre pays musulman, alors que le pays sert déjà de plateforme logistique aux opérations anti-terroristes contre les Shebbabs en Somalie, Al Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), ou bien encore contre les actes de flibusteries en océan Indien.
On ne peut s’empêcher de craindre que cette décision accroisse l’instabilité et conduise à une relance encore plus folle de la course aux armements dans la région. Les essais de tir de missiles balistiques iraniens – d’une portée de plus 1400 kilomètres – des 8 et 9 mars 2017 en sont l’exemple le plus significatif…

Mahdi A.


 
Commenter cet article
Les commentaires sont validés par le modérateur du site avant d'être publiés.
Les adresses courriel ne sont pas affichées.
 
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 
Plus c’est gros, plus ça passe
 
Abiy Ahmed Ali à Djibouti, enjeux d’une visite
 
Nouveau gouvernement éthiopien
 
| Flux RSS | Contacts | Crédits |