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Solidarité féminine
 

L’égalité des sexes, qui est inscrite dans les droits de l’homme, est au cœur de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement. Sans elle, on ne pourra vaincre ni la faim, ni la pauvreté, ni la maladie. C’est dire que l’égalité doit être réelle à tous les niveaux de l’enseignement et sur tous les lieux de travail, et que la maîtrise des ressources et la représentation dans la vie publique et politique doivent être également partagées. Parvenir à la parité dans l’enseignement, à l’école primaire et au-delà, est une condition préalable à la pleine participation des femmes à la vie sociale et à l’économie mondiale. Dans trop de pays, les filles sont des laissées pour compte. Parmi les nombreux avantages qu’offre un enseignement de qualité, il y a la sécurité qui s’attache au travail rémunéré. Or, les femmes sont trop souvent reléguées dans des emplois précaires et mal payés du fait de leur manque de qualifications.

Implantée au Quartier 5, c’est depuis 1994 que luttent quotidiennement huit femmes et un homme d’exception au sein de l’association « Solidarité féminine » [1]. Bénévoles en parallèle de leurs activités professionnelles diverses, les membres de cette ONG ont ciblé leurs interventions sur l’accueil, l’écoute et la formation des femmes venant de tout horizon.
Le contexte social dans lequel sont élevées et vivent les jeunes filles et les femmes djiboutiennes est dominé par des pesanteurs traditionnelles qui ne favorisent pas leur insertion économique et sociale en dehors du cercle familial. Conscients du quotidien de ces femmes et du peu de considération dont elles sont l’objet, Solidarité féminine propose en premier lieu un accueil personnalisé et confidentiel à toutes les femmes du pays. Pendant les permanences, la présence des bénévoles est un réconfort des plus apprécié. Selon les situations et les besoins, une assistance juridique, sociale et psychologique est proposée aux cent femmes qui bénéficient en ce moment de l’appui de l’association. Mettant l’accent sur la proximité, essentielle à une prise en charge adaptée, sécurisante et durable des femmes, les bénévoles offrent chaque jour une oreille professionnelle et bienveillante.

En matière d’emploi, les femmes fréquentant l’association sont représentatives du peu d’opportunités accessibles aux Djiboutiennes. Majoritairement sans emploi, on dénombre quelques femmes qui travaillent dans le secteur informel et sont seules pourvoyeuses de revenus pour leur famille. Malheureusement, le chômage et la précarité professionnelle dominent alors même que l’on ne cesse de clamer au niveau international que le rôle de la femme est essentiel pour l’amélioration du bien-être familial.
Grâce à la proximité associative et à la présence sur le terrain des dirigeants de Solidarité féminine, des actions adaptées sont mises en place pour proposer des alternatives à la pénurie de formation et donc d’emplois pour ces femmes. De nombreuses activités sont organisées chaque après-midi : un atelier cuisine très fréquenté, un atelier broderie, un atelier tricot, un atelier « perle »… Les groupes sont pris en charge par les membres de l’association et le savoir-faire dispensé ne correspond pas à l’artisanat habituellement vu à Djibouti. Les formateurs mettent un point d’honneur à apprendre des techniques spécialisées et originales aux femmes qui acquièrent ainsi des méthodes des plus créatives de confection de bijoux, de porte monnaie, de sandales en peau de chèvre brodées et autres accessoires en tout genre.

Katrin, responsable des ateliers broderies et perles, porte élégamment les bijoux réalisés par les femmes de l’association. Elle tente chaque jour d’impulser un dynamisme lors des ateliers et de moderniser les créations artistiques. Son aide ne se limite pas à l’animation des groupes, elle apprend aux femmes des groupes à gérer l’approvisionnement du matériel, le suivi des créations, les méthodes de confection… L’autonomisation de ces femmes passe par ainsi par l’information, le perfectionnement de leur savoir-faire. Chaque après-midi, la réunion des différents groupes est ainsi l’occasion d’un partage de confidences avec certaines, de formations spécifiques sur la logistique des ateliers, et d’apprentissage bien sûr d’une technique et des méthodes de travail. C’est lors d’expositions exceptionnelles au CCFAR ou parfois au siège de l’association, que les objets réalisés, véritables pièces uniques confectionnées professionnellement, sont vendus au public. Pour l’instant, chaque vente s’est révélée un succès et il y a de plus toute une formation sur la vente, l’approvisionnement qui participe à la réussite de ces interventions… Les femmes sont réellement mises à contribution et elles se cotisent même pour l’achat des marchandises qu’elles vendent elles-mêmes. Les moustiquaires et les cartes de vœux se sont très bien vendus auprès de grandes entreprises par exemple. L’association prélève le prix de revient des objets mais la somme de la revente est réservée aux femmes. Quant aux ateliers de cuisine, certaines femmes ont pu par elles-mêmes ouvrir certains points de vente de beignets et autres friandises, mais pour l’instant aucune femme n’a réellement pu installer un commerce durable.

Nagat, secrétaire générale à l’association plaide en ce sens pour une réelle autonomisation des femmes. A ce jour, quelques micros crédits ont pu être alloués à des femmes choisies par le reste du groupe en fonction de leurs besoins et de leur fiabilité à s’acquitter du remboursement. Pour l’instant, 95% des crédits sont remboursés car ils sont échelonnés en fonction des possibilités et des attentes de chaque femme. Mais cela reste insuffisant et limité à quelques-unes car les seuls fonds disponibles proviennent de l’association qui s’autofinance en grande partie. Les quelques organismes qui se sont alliés aux interventions de Solidarité féminine, ont participé financièrement sur du court terme, ce qui est un obstacle à un réel développement durable de la condition de ces femmes. Un approvisionnement en matériel et nouveaux appareils serait un moyen d’assurer une pérennisation des activités. Des salles équipées avec davantage de machines à broderie permettraient d’ouvrir les groupes à plus de femmes. Solidarité féminine a commencé à se tisser un réseau dans les districts où les membres de l’association se sont rendus pour proposer une formation aux responsables des associations sur une durée de quatre mois. Venant en aide à ces ONG pour la coordination de leurs activités, Solidarité féminines a besoin à son tour de fonds sur de plus longues périodes pour pérenniser ses actions, mais également de partenariats multiples susceptibles d’employer ces femmes ou de les orienter sur la création de micro-entreprises.

Les bénévoles de Solidarité féminine sont unanimes à souligner que la promotion du rôle socio-économique de la femme doit se faire au travers de leur formation professionnelle, de l’élaboration de législations favorisant une meilleure insertion dans le commerce (facilités d’accès au crédit, création de micro-entreprises…). Faut-il rappeler que le taux d’analphabétisme se situe toujours aux alentours de 71% pour les femmes urbaines et de 97% pour les femmes rurales. Malgré les avancées observées à Djibouti en matière d’égalité des sexes, de nombreuses contraintes pèsent en pratique sur les femmes, les empêchant ainsi de bénéficier pleinement des retombées de la politique nationale de promotion des activités liées au genre. Les causes à l’origine de ces contraintes sont multiples et de nature socioculturelle en grande partie. Le statut de la femme et de la place qui lui est dévolue tourne essentiellement autour de son rôle reproductif et la formation professionnelle n’est pas au centre des préoccupations familiales, alors même qu’un second salaire est souvent le seul moyen de ne pas tomber dans la précarité. Et pourtant, on dénombre encore près de 65% de femmes touchées par le chômage, contre 52% pour les hommes.

Dans ce cadre, veiller à la participation égale des hommes et des femmes dans l’activité économique et lutter contre la pauvreté par la formation professionnelle des djiboutiennes est un objectif stratégique poursuivi par Solidarité féminine. On déplore qu’un réseau ne se tisse pas autour de l’association afin de faciliter la création d’opportunités et l’insertion professionnelle de ces femmes. Les expériences de financement des petites activités génératrices de revenu pour les femmes sont récentes et encore trop limitées. La promotion d’une politique cohérente et intégrée de l’emploi constitue à l’évidence l’une des clefs de voûte de la stratégie de réduction de la pauvreté et de l’accès à l’égalité des chances.

Emilie Montourcy


[1Voir aussi le site de l’assocation.

 
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