Human Village - information autrement
 
L’association Atuyoofan
par Olivier Chemin, mai 2008 (Human Village 2).
 

Lorsque l’on parle du problème de l’emploi, que ce soit à Djibouti ou dans n’importe quel autre pays du globe, il est impossible de le dissocier de l’éducation ou la formation de la population. Malgré les efforts mis en place pour que l’éducation soit accessible à tous, bon nombre de jeunes Djiboutiens se retrouve rapidement hors du système scolaire, le plus souvent en situation d’échec. Les raisons sont souvent simples : le manque de moyens de la famille afin d’assurer les frais, même minimes, de la scolarisation des enfants et un manque de volonté de scolariser ces enfants. Face à ce problème grave l’association Atuyoofan tente d’apporter son aide, avec ses moyens et surtout sa volonté d’agir pour le bien de ces enfants, adolescents, ou jeunes adultes afin de leur donner les moyens de s’intégrer à la société d’aujourd’hui.

Fatouma Mohamed Robleh est la présidente de l’association Atuyoofan depuis sa création en 1996. Au départ, celle-ci axe sa lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité des femmes, principalement dans le quartier d’Arriba. Dans ce cadre, l’association s’occupe déjà de dispenser des formations dans divers domaines : langue, informatique, secrétariat, etc. Sa présence au cœur même de la vie du quartier, connue et reconnue de ses habitants, lui permette de tisser des liens étroits avec la population. C’est ce travail de terrain, d’action auprès des gens qui lui ouvre les yeux autant que les oreilles sur la situation problématique de bon nombre de jeunes défavorisés. En effet, pour des raisons diverses un grand nombre de ces jeunes ne sont soit jamais allés à l’école, soit déscolarisés.

Malheureusement et bien que les frais de scolarisation au sein du système éducatif djiboutien soient réduits au strict minimum, la principale raison invoquée par les parents est le manque de moyens financiers. Ces familles au revenu modeste, voire inexistant, ne peuvent même pas assumer les quelques frais que supposent la scolarité de leurs enfants, à savoir acheter quelques fournitures (cahiers, stylo, etc…) et vêtements. Dans d’autres cas, il arrive aussi que ces familles ne voient pas forcément l’intérêt d’envoyer leur progéniture passer leur temps dans une salle de classe alors qu’il y a tant ç faire à la maison pour faire vivre la famille. En tout cas, le constat est flagrant : il y a une réelle demande d’aide aussi bien de la part des parents que de celle des enfants afin de pallier à ce manque d’éducation, auquel le système classique ne peut pour l’instant pas répondre. On ne peut effectivement parler de réel progrès que si celui-ci profite à l’ensemble de la population. Or, il faut se rendre à l’évidence : il y a encore beaucoup à faire. C’est alors, en 2006, que l’association décida d’agir. Tout est à faire : qui aider prioritairement ? Comment ? Avec quels moyens ? Quels partenaires ? Des questions auxquelles l’association a su répondre de manière intéressante et constructive, en se tournant naturellement vers le ministère de l’éducation nationale.

Le premier objectif a été de sensibiliser les familles à l’importance de l’éducation, plus particulièrement en ce qui concerne les filles. Celles-ci, dans les fondements traditionnels de notre société, ne sont pas forcément destinées à recevoir une éducation poussée. Mais après plusieurs campagnes de sensibilisation menées par Fatouma Mohamed Robleh et les membres de son association, les premiers résultats ont commencé à se faire sentir. Ils sont même allées au delà des espérances, avec notamment un grand nombre de filles venues se scolariser à l’issue de ces campagnes. Cette initiative encourageante par les résultats qu’elle a montrés, a aussi permis de tisser des liens avec le système éducatif national. Car l’association ne comptait pas s’arrêter là. Il y avait encore trop de jeunes, complétement hors du circuit éducatif ou formatif, sans aucun moyen de s’en sortir, qui demandaient constamment « et pour nous, quand l’école va t-elle ouvrir ? ».
C’est alors qu’a germé l’idée de prendre en charge ces jeunes qui parfois ne sont même jamais allés dans un établissement scolaire, et qui aujourd’hui sont trop âgés pour y entrer. En fait il s’agit d’agir là ou personne ne le fait pour le moment, là où l’éducation nationale ne prend plus le relais, car ce n’est plus son rôle, afin de leur donner les moyens d’apprendre un métier.

Avec l’aide de l’école d’Arrhiba et de son directeur, le projet a pu vraiment débuter à la rentrée 2006 avec un effectif conséquent de 200 élèves. Tous les après-midi, l’école d’Arrhiba met gracieusement à la disposition de l’association ses locaux, afin d’accueillir les élèves et leurs professeurs. Cinq enseignants bénévoles se partagent les cours, avec l’aide pédagogique du directeur de l’école. Les élèves en phase de scolarisation suivent les programmes de l’éducation nationale, ce qui suppose une collaboration étroite avec les membres du système éducatif. Cette collaboration (plus ou moins formelle pour le moment, mais qui gagnerait grandement à devenir un véritable partenariat) permettra à terme de réinsérer ces jeunes dans un système dit « normal » s’ils le désirent. Dans cette optique tous les élèves subissent un contrôle des connaissances, de telle sorte que l’on puisse suivre leur progression en leur assignant des objectifs raisonnables. Il faut éviter à tout prix que dans le cas d’une réinsertion dans un établissement classique, l’élève se retrouve à nouveau en situation d’échec et complètement démuni dans ce nouvel environnement. C’est pourquoi il faut veiller à ne pas reverser dans celui-ci que des enfants ayant toutes les armes nécessaires pour affronter les défis qui dès lors se dresseront devant lui, sous peine de voir tout un travail réduit à néant et l’enfant de se retrouver à nouveau en situation d’échec.

Actuellement, cinq enseignants se partagent les 200 élèves, ce qui fait une moyenne de … 40 élèves par classe ! Il est complètement impossible de faire un enseignement de qualité, qui plus est avec des enfants en grande difficulté, avec des classes si surchargées. Tous les enseignants le savent et vous le dirons. Cependant il faut trouver ces professeurs, qu’ils soient compétents, du moins capables, et éventuellement leur fournir une indemnité financière, même modeste, pour le temps qu’ils y consacrent. Plus le nombre de professeurs sera grand, meilleur sera le fonctionnement du projet et logiquement, les résultats suivront de la même façon. Il y a des personnes prêtes à donner de leur temps pour ce genre d’action à Djibouti, c’est certain. Il faut rassembler ces énergies. C’est un véritable appel que l’association lance aujourd’hui autant au niveau des personnes susceptibles de venir en aide à Atuyoofan en donnant de leurs temps, qu’à celui des bailleurs de fonds ou autres partenaire (nationaux ou international) pouvant apporter leur aide matérielle ou financière. L’attente est palpable sur le terrain : les familles ont compris l’importance de donner une éducation à leurs enfants et les enfants montrent par leur assiduité aux cours et leur motivation qu’ils supportent également le projet. Les manques sont là, à nous de faire le nécessaire afin de les combler. Cette passerelle entre ceux que l’école n’a pas pu prendre en charge et le monde de l’emploi/formation est plus que nécessaire, mais demande de rassembler les énergies nécessaires et de leur donner les moyens dont elles ont besoin.

Olivier Chemin

 
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