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Avant première de « Dhalinyaro », de Lula Ali Ismaël
par Mahdi A., juillet 2017 (Human Village 30).
 


Hier, jeudi 27 juillet, la salle de projection du Palais du peuple était pleine, les Djiboutiens étaient venus en nombre pour voir du cinéma : le premier long-métrage entièrement réalisé à Djibouti par une de leur compatriote. Il aura fallu attendre la quarantième année d’indépendance de notre nation pour qu’une cinéaste parvienne à réaliser son rêve le plus fou. Lula Ali Ismaël n’est pas à son coup d’essai, il y a quatre ans déjà, elle nous présentait ici même son premier film, Laan, un court métrage.

Dans ce long métrage, Lula est à la fois réalisatrice, productrice, coauteurs (avec Alexandra Ramniceanu et la collaboration de Marc Wels) et actrice. Dhalinyaro (« jeunesse » en somali), est produit par sa société de production Samawada Films, en coproduction avec Les films d’en face et Maia Productions, avec le soutien de l’organisation internationale de la Francophonie (OIF) et Canal Plus Afrique.

Le 3e Art à l’honneur
Pas moins de trois ministres avaient fait le déplacement pour assister à cette avant-première de Dhalinyaro, ceux des affaires musulmanes, de la culture, et des biens waqfs, Moumin Hassan Barreh, de la communication, des postes et télécommunication, Abdi Youssouf Sougueh, et de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, Moustapha Mohamed Mahamoud.
La réalisatrice Lula Ali Ismaël a ouvert la cérémonie du haut de l’estrade pour indiquer son « immense plaisir et honneur » d’être présente ici pour présenter pour la première fois en public l’œuvre qui l’a habitée ces quatre dernières années. « J’ai tenu à ce que la première projection officielle de Dhalinyaro se tienne à Djibouti en guise de cadeau de 40e anniversaire de mon pays, alors que la postproduction en terme de son et d’étalonnage du film n’est pas complètement terminée », a-t-elle déclaré en préambule de son intervention.

Malgré l’émotion que l’on pouvait sentir dans la vibration de sa voix, elle n’a pas manqué de rappeler les enjeux que représente l’émergence possible d’une industrie cinématographique à Djibouti. Elle est bien conscience qu’elle est pionnière, ce secteur d’activité est inconnu, vierge… C’est d’ailleurs cela qui rend son cheminement et son engagement encore plus singulier. Il force le respect ! « Investir dans le cinéma djiboutien, réalisé et produit par des Djiboutiens c’est croire à notre potentiel, pour dire au monde que nous existons que nous créons, pour dire et montrer nos compétences. C’est ouvrir la voie pour une industrie cinématographique locale. Dans notre pays émergent, il est aujourd’hui possible de croire que la culture peut-être un des moteurs pour le développement. Le cinéma au delà d’être un art qui crée des emplois, permet d’instaurer des mécanismes de production qui deviennent une industrie », explique Lula Ali Ismaël.
Elle a tenu également à rendre grâce à ses nombreux sponsors djiboutiens, tant du secteur public que privé dans son intervention.

La cinéaste a du être ravie du discours prononcé par le ministre des affaires musulmanes, de la culture, et des biens waqfs, Moumin Hassan Barreh. Dans sa prise de parole, il a tenu à dire toute la fierté qu’il ressentait à assister à la première création cinématographique djiboutienne. Saluant « la ténacité, le courage et l’intelligence » de la réalisatrice pour être arrivée à surmonter tous les obstacles qui ont jalonné son chemin « de la création à la production de son film ». Moumin Hassan Barreh a, comme s’il voulait répondre à Lula, indiquer ses ambitions pour mieux soutenir ce que l’on nomme le « 3e Art » et son espoir de la voir faire des émules dans le domaine cinématographique. Il a estimé que son parcours était admirable, qu’elle a ouvert un sillon qu’il aimerait « voir emprunter par de nombreux autres Djiboutiens ». Le ministre déclare être conscient que cette activité culturelle est aussi « un secteur à fort potentiel économique, créateur d’emplois, au delà du fait qu’il contribue au rayonnement du pays ». C’est la raison pour laquelle, insiste-t-il, « mon département ministériel compte mettre en place rapidement l’arsenal juridique ainsi que les dispositifs appropriés pour le développement d’une industrie cinématographique à Djibouti ». On peut considérer que le ministre aura fort à faire puisque la dernière salle de cinéma du pays à baisser rideau il y a plus de vingt ans...

« Dire au monde que nous existons que nous créons, pour dire et montrer nos compétences »
« Ce film évoque la jeunesse djiboutienne, une jeunesse pleine d’humanité et pleine d’enthousiasme. Il vous laissera une sensation toute particuliere car c’est un film qui met en scène une histoire de chez nous, des comédiens de chez nous et des lieux de Quartier 4 à Haramous, en passant par Gachamaleh, Einguela, le lycée d’Etat, le CDC du Quartier 2, le Kempinski, la plage Siesta, l’île Moucha… », résume Lula Ali Ismaël.

Ayan Ahmed Houssein, qui s’est rendue à la projection en compagnie de deux de ses filles - Alya et Simane -, semble partager cette opinion de l’auteur de l’œuvre. Interrogée à la fin de la projection elle nous confie son sentiment sur Dhalinyaro : « La réalisatrice met le doigt sur des questions sociétales qui ne peuvent que m’interpeller et sur lesquelles évidemment il m’est arrivé de m’interroger. L’œil de Loula se glisse à l’intérieur de nos maisons. J’ai eu l’impression tout au long du déroulé du film que c’est le fonctionnement de notre société qui avait été scruté, analysé. Le film est en quelque sorte un condensé de la trame de nos vies : les délestages qui rendent la vie au quotidien pénible, la déresponsabilisation des pères, un des maux les plus difficilement compréhensibles de notre société, ou bien encore le fléau du khat, première cause de la destruction de foyers, la sexualité des jeunes aussi forcément interpelle les mères que nous sommes. C’est un beau film qui a le mérite de lever le voile sur des réalités locales, en filigrane, ce sont aussi les inégalités sociales, le partage des richesses qui sont d’une certaine manière dénoncée dans cette belle œuvre ».

Lula Ali Ismaël, à travers cette création a souhaité être au plus près de notre société et dont les acteurs principaux, Asma, Deka et Hibo font partie. Elle décrypte notre communauté sans tabou : la première scène du film montre toute la mesure de l’ambition de la réalisatrice elle détonne car il n’y a pas de filtre. La réalité est toute crue avec la fausse couche d’une jeune lycéenne. La scène désempare dans un pays où l’on a plutôt l’habitude de cacher tout ce qui à trait à l’intimité... sous le tapis. Un film par lequel on ne peut que se sentir concerné. Il met en exergue des préoccupations qui touchent la population dans son ensemble. Lula Ali Ismaël a un immense talent, elle a réussi avec brio à nous livrer à l’aide de son « pinceau » des tranches de vies de notre cité qui nous explosent en pleine figure.
Bon vent à Dhalinyaro ainsi qu’à notre ambassadrice du troisième Art, Lula Ali Ismaël !

Mahdi A.

 
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