Human Village - information autrement
 
Des milliers d’Éthiopiens manifestent à Djibouti pour soutenir Abiy Ahmed
par Mahdi A., juillet 2018 (Human Village 33).
 

Ce vendredi matin, 6 juillet, de bonne heure s’est déroulée, pour la première fois de l’histoire du pays, une immense manifestation d’Éthiopiens établis à Djibouti, pour certains depuis de nombreuses années. Ils ne demandaient pas la régularisation de leur situation administrative – la grande majorité d’entre eux seraient en infractions avec la législation sur le séjour - mais pour manifester leur soutien enthousiaste aux réformes engagées en Éthiopie par le nouveau Premier ministre Abiy Ahmed Ali.
Ce dernier était à Djibouti la veille de cet élan populaire de la communauté éthiopienne en sa faveur. Il avait participé à l’inauguration de la plus grande zone franche du continent, en compagnie de trois autres chefs d’États de la Corne - ceux de Somalie, du Soudan et du Rwanda. Le président de la commission de l’Union africaine avait aussi fait le déplacement.

Ils étaient des milliers à défiler. Il est difficile de donner une estimation précise du nombre de participants, mais c’est une marée humaine qui a envahi les principales rues de la capitale. Ils étaient tellement nombreux qu’ils ont empêché la circulation automobile dans les artères traversant le boulevard de la République, celles qui longent le palais présidentiel, au niveau du rond point d’Einguela, un bout de l’avenue 13 et enfin le boulevard Hassan Gouled Aptidon, passant devant le quartier d’Arribha puis du Stade Hassan Gouled Aptidon où le regroupement à pris fin.
Ils avaient répondu à l’appel de l’ambassade d’Éthiopie à Djibouti, instigateur de se rassemblement. L’information a été relayée vers les ressortissants éthiopiens à travers ses principaux lieux de rencontres à Djibouti, dont notamment le Club éthiopien, et les canaux de mobilisation des lieux de cultes orthodoxes.
Le point de départ était situé à proximité du Club communautaire, situé non loin de l’école élémentaire Dolto. Ils ont ensuite défilé dans les rues en chantant ou en proférant des slogans rassembleurs. « A bas les Woyane », scandaient jusqu’à l’épuisement de leurs cordes vocales les manifestants des deux sexes.

Mohamed, oromo de 27 ans, installé depuis cinq à Djibouti, nous renseigne sur ce rassemblement communautaire : « J’ai été informé hier soir de la tenue de cet événement par un ami. Il s’agit d’un appel à la mobilisation organisé par notre ambassade à Djibouti, pour soutenir la politique d’Abiy. La mobilisation s’est déroulée de bouche à oreille, mais également à travers les réseaux sociaux ou encore les appels téléphoniques des uns aux autres pour se mobiliser et surtout s’organiser puisqu’il fallait réunir des drapeaux de l’Oromia mais également de la république de Djibouti ». Pour lui ce rassemblement permet de libérer la parole et de dénoncer les crimes perpétrés par l’ancien régime : « Je n’aurai jamais pensé vivre cela. Voir un Oromo prendre la tête du pays, c’est un rêve, Dieu a exaucé notre vœu le plus cher.
Les meurtres, les violences ou les arrestations survenus lors des manifestations pacifiques en Éthiopie sont des crimes commis par le TPLF pour essayer de museler la contestation de la population et de la priver de ses droits. Nous avons fait chuter ce régime criminel et inhumain et nous manifestons aujourd’hui pour dire qu’un retour en arrière est impossible. Abiy ira au bout de son projet et il a les peuples d’Éthiopie à ses côtés. Vive Abiy ! ».

La manifestation n’a été émaillée d’aucun incident. Il n’y a pas eu de fauteurs de troubles et les quelques forces de l’ordre présentes se sont tenues respectueusement à distance. Il faut vraiment souligner le bon comportement et la bonne humeur des manifestants, car il ne fait pas de doute qu’en cas de débordement, les services de police auraient été dépassés par le nombre… Questionné, un policier nous explique qu’ « il [leur] a été donné l’ordre d’encadrer à distance les manifestants, mais je suppose que personne n’imaginait qu’ils seraient si nombreux à répondre présents. Dieu soit loué pour le moment ils défilent pacifiquement ».
Deux observateurs de la manifestation m’interpellent, le premier avec une touche d’humour déclare : « C’est dingue. Ils sont tellement nombreux. Probablement qu’ils manifestent pour obtenir un poste de député pour la composante oromo résidente de Djibouti ? ». Le second se montre plus sarcastique : « C’est quand même incroyable, les nationaux n’ont pas le droit de manifester dans leur propre pays, et les sans papiers défilent devant le palais présidentiel… Il y a quelque chose qui ne va pas très bien dans ce pays !
Et dire qu’il y a encore quelques mois, les autorités livraient sans vergogne aux griffes des services de renseignements éthiopiens présents à Djibouti, en contravention avec toutes les conventions des droits humains, les opposants oromos réfugiés sur notre sol pour être reconduits manu militari en Éthiopie ; dans les meilleurs des cas, c’étaient la prison qui les attendaient là bas. Et aujourd’hui on laisse manifester contre ceux qui étaient nos alliés hier : impensable il y a encore trois mois. Nous, c’est simple, on va avec le plus fort ou le plus offrant sans pudeur ! Voilà la morale qu’il faut retenir de tout cela », nous confie t-il, un peu amer.

Cette manifestation montre aussi la richesse et la diversité de la société djiboutienne, et son intégration dans la région. Ses composantes sont capables de se mobiliser pour de nombreuses causes, en Somalie, en Éthiopie, au Yémen… avec lesquelles elles entretiennent des liens forts. Cette capacité d’empathie et ces liens sont un atout que nous devons valoriser pour soutenir toutes les forces d’intégration régionale, qui sont une garantie pour notre pays et lui assurent un avenir prometteur à travers le renforcement des collaborations de tous ordres.

Mahdi A.

 
Commentaires
Des milliers d’Éthiopiens manifestent à Djibouti pour soutenir Abiy Ahmed
Le 7 juillet 2018, par Djibouti.

Cest rassemblement d’oromo a’Djibouti est premierement un soutien pour Mr Abey ,mais aussi est un preuve que Djibouti est un pays Ami pour LEthiopie surtout le peuplpe Oromo frere.
la question est pourquoi les Djiboutiens n’ont pas le droit de manifester lgalement dans leur pays Djibouti ?

 
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