Human Village - information autrement
 
Rifki Abdoulkader Bamakhrama, côté artiste
par Mahdi A., juin 2011 (Human Village 16).
 

L’artiste-peintre, après nous avoir fait asseoir confortablement dans son atelier, se dirigea vers ses pinceaux et son chevalet, puis se remit à peindre minutieusement, tout en nous contant son histoire…
Il peint d’instinct des formes et personnages sortis tout droit de son imaginaire, de son vécu du moment de sa mémoire visuelle, nous confie-t-il. Sauf pour ses portraits, il ne leur donne pas d’identité et laisse planer un certain mystère dans les visages. Ses tableaux sont les conséquences en général de la préparation des fonds de la toile. Ils sortent de la matière qu’il a appris à travailler avec amour : ayant fréquenté, régulièrement, les cours de dessins au lycée, et plus tard les ateliers de travaux de la poterie et du cuir… Il a conservé ce goût pour les arts plastiques que l’on devine dans ses toiles.
Ses couleurs chaudes nous réchauffent l’esprit et le cœur. Il aime les gens et la vie et nous le ressentons bien à travers son art… et son aimable refus de nous autoriser à quitter son domicile sans avoir partagé avec lui son repas du midi à la bonne franquette. Marian, Ibrahim et moi-même avons tous, le sentiment qu’il est impossible d’être triste bien longtemps à ses côtés. Son univers quotidien… est dédié à la peinture… sa peinture ! Tous les murs sont recouverts des oeuvres de sa vie. On y découvre l’histoire du « peintre amateur » autant que celle de l’homme touche à tout, qui d’ailleurs fut par le passé, un organisateur d’évènement dans les domaines les plus inattendus pour un politique : metteur en scène, forums nationaux culturels, festival de théâtre, ateliers de poterie,…

Presque un hymne à la vie…
Je pense que notre mission en tant que « peintre amateur », ou bien encore artistes confirmés, est de rendre hommage, un hommage à la vie en témoignant de ce que nous vivons… C’est peut être la raison pour laquelle la plupart de mes tableaux sont souvent de couleurs vives : j’aime découvrir de nouveaux outils, de nouvelles techniques de travail, comme j’attache une grande importance à la recherche en matière de couleur et de différentes nuances, pour mieux représenter « la vie ». J’ai besoin d’une bonne lumière pour mieux percevoir les couleurs… La couleur ne se livre pas à vous sans lumière et la lumière est source de vie : c’est d’ailleurs la raison pour laquelle mon atelier est de part et d’autre ouvert à la lumière.
Mon atelier, c’est « mon » endroit, le cœur de ma maison, là où je travaille, là où je me réalise, là où je me ressource, là où je m’isole, là où j’aime recevoir mes amis… L’endroit où je matérialise tout ce qui se passe dans mon cerveau.
J’écoute beaucoup de musiques différentes, pour me concentrer, avant de passer à l’acte. Je ne fais pas d’esquisse préalable avant de travailler la toile qui se construit au fil mon de pinceau. La magie de la peinture est pour moi dans l’improvisation. Une sorte de hasard maîtrisé je dirais. Je choisi, mélange et pose les touches de couleurs une à une et l’image s’organise. Il m’arrive de ne pas me donner à ce loisir plusieurs jours de suite, car pris par le travail, le quotidien ou tout simplement parce que l’envie n’est pas là …

Ce que les gens ressentent en regardant mes oeuvres ?
Je n’en sais rien. Je me livre entièrement dans mes toiles, les gens y voient ce qu’ils veulent. Pour ma part je travaille à l’envie et à l’inspiration ! Il arrive que mes tableaux soient assez différents les uns des autres. C’est peut être la raison pour laquelle j’ai du mal à m’en séparer. Je ne veux pas m’en séparer ! Ce n’est pas faute de recevoir des sollicitations amicales de tous ordres. Mais au dernier moment je désiste, car je n’appréhende pas peut être la valeur artistique et technique de mes toiles. Je n’ai jamais céder à la tentation de reproduire des images à la mode ou des tableaux, ni cherché une reconnaissance du public, je n’ai d’ailleurs, jamais exposé mes oeuvres. Pourtant je sais que je ne peins pas pour moi, je le fais également pour les autres évidemment, mais pour voir mes toiles, il faut venir chez moi dans mon atelier : la porte est toujours ouverte pour les amoureux de l’art, ou pour les curieux de la vie. Je fais ce que j’aime et je me dis que, si cela me plaît, il est possible que cela plaise également à d’autres. Je peins à ma manière… comme j’aime. J’exprime ce que je ressens : mes propres émotions. Mes tableaux racontent, des fois, plusieurs histoires superposées, multipliant les opportunités de rêverie et d’imagination : à vous d’y trouver la votre…

Une passion… de près de quarante ans !
Si c’est une passion ? Oui évidemment. Je peins depuis près de quarante ans mais je n’ai jamais eu la prétention d’être un « peintre », je me considère comme « un amateur » en quête perpétuelle de perfection. Je prends la peinture au sérieux, ça m’amuse et ça me plaît. Je peins pour me détendre, pour faire le vide, pour m’évader, puis dès que je pose le pinceau, le cours de la vie reprend le dessus.
Pour exercer sa passion il faut consentir certains sacrifices. Faute de temps, je m’efforce d’y consacrer tout de même mes vendredis, les jours fériés et quelques après-midi quand j’ai du temps de libre…
Transmettre la flamme, oui évidemment ! J’aimerai aider les jeunes qui le souhaitent à pouvoir vivre pleinement la peinture. Je serais heureux de transmettre mon enthousiasme : c’est important. Ce n’est pas une passion accessible financièrement à tous, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je m’organise pour ouvrir mon atelier à trois ou quatre jeunes amateurs motivés, qui seront conviés à partager avec moi espace et matériel pendant quelques mois. Combien ? Je ne sais, tout dépendra de leur degré d’engagement.

L’école doit briser la fracture culturelle…
Pourquoi je me suis tant engagé à essayer de faire bouger les lignes ? Le président Guelleh, un homme de culture, m’a fait le grand honneur de me confier la tutelle du premier ministère de la Culture en République de Djibouti, de 1999 à 2005. C’est ainsi que je suis tombé dans la marmite si je puis dire, à partir de ce moment là, ma priorité aura toujours été d’appuyer au maximum le développement de l’art et d’améliorer la condition des artistes de notre pays notamment en créant la première galerie d’art de Djibouti, la Galerie God. Elle devait permettre de mieux faire connaître les artistes peintres, de les valoriser ainsi que de permettre l’éclosion de nouveaux talents… permettre aux artistes d’avoir un lieu à eux, un lieu dédié à la création et à la promotion des artistes nationaux malheureusement trop souvent négligés. Les productions des différents domaines de la culture devaient absolument évoluer, se rénover se professionnaliser. Chaque art, possède des codes et obéit à des techniques : il faut apprendre à les maîtriser et à les adapter à nos authenticités culturelles, c’est la seule voie si l’on veut préserver notre identité. Les arts et les artistes doivent d’autre part s’ouvrir aux cultures des autres et échanger… Ces idées ont été subjacentes à la création de l’Institut djiboutien des arts qui a vu le jour en 2004, et qui a sans commune mesure, contribué à sensibiliser nos concitoyens à l’importance de l’apprentissage, de la recherche et du professionnalisme dans les métiers des arts, notamment dans l’enseignement à la musique, au théâtre et aux arts plastiques.
Parallèlement, le Fest Horn a pris son envol sous la houlette de l’ONG ADAC et a rayonné année après année, de plus en plus intensément, pour le plus grand plaisir de notre jeunesse. Les lois sur la protection de la propriété artistique et la création d’une distinction appelée « Ordre national des palmes de la culture » furent promulguées… L’aboutissement de ces réalisations ne fut possible que grâce à l’aide précieuse du chef de l’État auquel je rends d’ailleurs un hommage appuyé.
Cette énumération ne signifie pas que l’on doit s’arrêter là. La culture continue à être considérée comme la dernière roue du carrosse : on doit tous s’engager pour que l’appui ne soit plus ponctuel et non soutenu, mais pour que, l’effort soit durable et conséquent… En commençant par exemple à soutenir le retour, de l’art à l’école, cela serait une grande avancée. C’est d’ailleurs le rôle de l’école d’aider tout un chacun, à trouver sa voie… C’est à l’école de briser la fracture culturelle !
Ceci étant dit, je reste confiant, les esprits commencent à s’éveiller et une prise de conscience commence à naître chez nos dirigeants et parmi nos concitoyens : j’en sens les premiers frémissements, un nouvel élan semble s’amorcer.

Propos recueillis par Mahdi A.

 
Commentaires
Rifki Abdoulkader Bamakhrama, côté artiste
Le 13 septembre 2015, par un nomade .

On devrait se dire que dompter les couleurs lumineuses lui permet de raconter une histoire. Celle qu’il me dedie est celle de la Rue Des Mouches. La vie bouillonnante de couleurs, d’impressions et de fragrances, qui s’etale la-bas est fort bien dite dans sa toile. Je n’en suis que plus envoute par son genie. Bravo est bien peu mot pour le remercier de ce voyage au coeur de ce qui fit Djibouti de ce Djibouti que nous cherissons tous. Et que nous cherirons eternellement.

 
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