Human Village - information autrement
 
Les dangers des feux d’artifice
par Mouna Frumence, septembre 2010 (Human Village 13).
 

Ces dernières années, l’usage intensif des feux d’artifice est à l’honneur dans notre pays. Et ce ne sont pas les occasions qui manquent : fête de l’indépendance, fête de l’Aïd, jour de l’an, réussite scolaire et universitaire, mariage etc. Le feu d’artifice est devenu l’outil indispensable pour exprimer sa joie, son bonheur et le faire savoir. Les feux d’artifices sont des explosifs déflagrants qui produisent un son assourdissant, des mouvements, de la lumière et de la fumée. Le coup d’envoi des étincelles qui illuminent avec fracas le ciel dans un déploiement des couleurs multicolores est destiné à marquer les esprits des voisins. A priori totalement inoffensif, le feu d’artifice est juste un instrument festif mais hélas il peut être une arme redoutable. La preuve avec le témoignage de ces trois jeunes hommes au destin tragiquement fauché.

Témoignages

Il s’appelle Ahmed Hassan Houssein , 29 ans, domicilié à Balbala.
L’événement a lieu le 22 juin, vers 18h 40, juste après la prière du Maghreb, à la Place Rimbaud. On vient de proclamer les résultats du Bac Pro et Houssein, le petit frère d’Ahmed vient de décrocher son Bac dans la série scientifique. Pour fêter dignement la réussite, ce dernier décide de faire exploser un feu d’artifice en son honneur. Il se rend dans une boutique du centre-ville et achète une boîte de feux d’artifice à 2000frcs. Ensuite, il part voir sa mère, Roun Omar, qui tient un petit commerce à proximité. Malgré le ton dissuasif de sa mère, Ahmed allume la mèche du feu d’artifice et procède au tir. Sept coups partent, le bruit est assourdissant. Jusque là rien d’anormal, bien au contraire, c’est l’intérêt du jeu. Mais l’instant d’après c’est le silence absolu, le feu d’artifice ne réagit plus alors qu’il reste une dernière cartouche à faire exploser.
De la fumée commence à se dégager et puis d’un coup… c’est l’explosion. Une projection énorme éclate…. au creux même de la main droite du jeune homme. Trois doigts, le pouce, l’index et le majeur volent immédiatement en éclat, les deux doigts restants sont déchiquetés et la paume entièrement ensanglantée brûle sous l’effet de l’explosion. C’est l’horreur. La stupéfaction. Le sang coule à flots. Un moment d’euphorie qui se transforme en larmes. Le jeune homme, étourdi ne réalise pas encore ce qu’il lui arrive. À cet instant précis, plus que la douleur, c’est l’incompréhension. Ahmed fixe sa main, du moins ce qu’il en reste avec consternation.
Il est aussitôt évacué à l’hôpital Peltier par la police. Roun, sa mère, qui - sous le choc s’était enfuie - rejoint son fils dans l’ambulance. Elle m’avouera par la suite que sur le coup, la fuite lui avait paru la meilleure solution. Le spectacle de la main déchirée et déchiquetée de son fils lui était insupportable. Cependant, même si c’est en pleurs, c’est elle qui tient la main de son enfant dans l’ambulance tout au long du trajet vers l’hôpital. Elle l’enveloppe dans son châle dans l’espoir de stopper l’hémorragie. Peine perdue. Sur place, le constat est sans appel. Il faut sectionner la main jusqu’à la naissance du poignet. Le médecin en garde informe sans détours Ahmed sur l’impossibilité d’une autre solution. Résigné et souffrant atrocement, ce dernier n’a d’autre choix que de se rendre à la salle d’opération.
Placé sous perfusion, il sera hospitalisé pendant 14 jours. Il continue néanmoins à se rendre un jour sur deux à l’hôpital pour recevoir un soin et surtout désinfecter la plaie.
La vue du moignon emmailloté d’un gros pansement blanc me soulève le coeur. Mais je suis extrêmement surprise par le calme olympien qu’affiche le jeune homme. Malgré ce qu’il lui est arrivé, il n’a pas perdu le sourire, au contraire, il fait preuve d’un courage exemplaire. Étudiant arabe en cinquième année, il me dit le plus naturellement possible que dorénavant, il va devoir apprendre à écrire avec sa main gauche. Je lui demande s’il a porté plainte contre le détaillant qui lui a vendu le feu d’artifice. La réponse est catégorique : « non ». Il sait juste que sur le moment, la police a procédé à l’arrestation dudit vendeur et l’a placé en garde à vue.
Par la suite, il n’a pas cherché à savoir. Pour Ahmed, personne n’est responsable ou doit porter la culpabilité de ce qui lui est arrivé. Il ne ressent aucune amertume, aucune rancune contre qui que ce soit. « C’est le destin, me dit-il, ni plus, ni moins ». Je dois avouer qu’après de telles circonstances pour le moins dramatiques, la réponse et l’équilibre de son état psychologique me surprennent au plus haut point. La force de sa foi m’impose le respect.
Le jeune homme n’a pas d’exigence, juste un souhait à formuler à l’intention des autorités publiques : « il faut prendre des mesures concrètes et urgentes pour une interdiction totale de cette bombe à retardement ». La mère qui était restée silencieuse durant tout l’échange intervient à cet instant. « Ce n’est un feu d’artifice mais une bombe ». Les mots sont lâchés avec une telle conviction. Je lui demande ses impressions. Profondément traumatisée depuis l’incident, elle est surtout attristée de vivre avec l’idée que son fils ne pourra jamais récupérer l’usage de sa main droite et tout ça, juste pour fêter la réussite de son jeune frère au bac. C’est un moment d’allégresse qui s’est transformé en horreur. Le prix à payer est bien trop fort. Et même s’il fait preuve d’un courage et d’une force exceptionnelle, Ahmed souffre profondément. « Il a mal, très mal, surtout la nuit où la douleur est plus intense. Il doit tenir son bras vers le haut pour soulager sa douleur, me raconte la mère. De plus, il a perdu 10kg en l’espace de trois semaines uniquement. Il a passé de 65 à 55kgs ». Je commence à prendre progressivement conscience de la dangerosité insoupçonnée du feu d’artifice. D’autant plus que ce cas est loin d’être isolé. Les jeunes garçons ayant perdu une main ou parfois les deux pour certains d’entre eux, en manipulant un feu d’artifice sont aujourd’hui au nombre de 16. C’est pourquoi fils et mère sont unanimes sur la nécessité d’aboutir à une interdiction totale et absolue des pétards et feux d’artifice. Ils ne souhaitent à personne d’autre et encore moins à aucun autre jeune de subir le même calvaire avec la conséquence de vivre pour le restant de ses jours avec une main mutilée.
Grâce à Ahmed, j’ai pu également rencontrer deux autres victimes. Deux autres garçons dans la fleur de l’âge, au destin similaire.

Il s’appelle Zakarié Ahmed Guirreh, tout juste 20 ans, domicilié à Balbala.
Pour ce jeune homme à peine sorti de l’adolescence, le terrible accident survient le 26 juin vers 14h 30 de l’après-midi. À travers la cloison, il entend des youyous de joie. Une voisine vient de réussir au Bac arabe. Il rejoint la fête. Naturellement, un feu d’artifice à 1800 fdj est acheté pour l’occasion mais il n’y a personne qui sait le manipuler. De bon cœur, Zakarie propose son aide. Il allume la mèche du feu et le tient vers le haut. Les explosions des cartouches se succèdent. La joie est à son comble. Toute la famille, les amis et les voisins frappent dans leur main. Le 7ème coup part puis c’est le même scénario qu’Ahmed qui se reproduit. Un silence alors qu’il reste une dernière cartouche dans la boîte, suivi de l’apparition d’une fumée puis enfin l’explosion. L’explosion au creux même de la main droite du jeune garçon. C’est l’horreur et la stupéfaction. La main de Zakarié éclate en morceaux. Sous l’effet de l’explosion, trois doigts, le majeur, l’annulaire et l’auriculaire partent en fumée. Le pouce en très mauvais état et pratiquement découpé pend de façon tragique. On ne voit que les os de ces doigts. Déchiquetée, la paume est entièrement brûlée. Seul l’index semble être en bon état. Bizarrement, il n’y a pas eu beaucoup de sang, juste des brûlures. Toute la main fumait et seul le nerf du petit doigt tressautait nerveusement en giclant du sang. Issu d’une famille de 4 enfants, la mère de Zakarié était absente pendant l’incident.
Elle est bouchère au marché et doit se débrouiller avec cette maigre ressource pour élever ses quatre enfants orphelins. De plus, sa grande soeur Ifrah sous le choc s’évanouit. Il faudra les transporter d’urgence tous les deux à l’hôpital Peltier. Sur place, c’est le même constat. Il faut sectionner les doigts, du moins ce qu’il en reste. Seul l’index est épargné. Le jeune garçon restera hospitalisé pendant 11 jours. Quant à sa soeur Ifrah, elle ne reprendra connaissance que deux jours plus tard à l’hôpital. Comme Ahmed, Zakarié se rend un jour sur deux à l’hôpital pour une désinfection de la plaie.
Lorsque je l’ai vu à l’hôpital, il sortait de sa séance de désinfection et souffrait horriblement. Mal soignée, la plaie était enflée et la désinfection n’avait pas été une partie de plaisir. Je le laisse reprendre ses esprits. « J’ai mal, me dit-il, je souffre la nuit mais c’est surtout entre midi et 15h, quand le soleil est au zénith, que la douleur est la plus insupportable. Notre maison n’a pas d’électricité et la chaleur est atroce. La douleur me transperce jusqu’à l’épaule. Je suis obligé de tenir ma main vers le haut pour me soulager en partie ». Ses confessions sont pour moi autant des coups de poignard. Pour autant, Zakarié ne cherche pas à susciter la compassion ou la pitié. Pour lui non plus, ce n’est guère facile de revivre le cauchemar en parlant mais il m’informe qu’il n’a pas le choix.
Si le fait de raconter son histoire et la façon dont les événements se sont déroulés peut permettre à ses concitoyens de prendre conscience des dangers méconnus des feux d’artifice, alors il est prêt à s’y plier de bonne grâce.
Zakarié a quitté l’école primaire au bout de la 5ème année. Il est néanmoins inscrit dans un cours privé depuis l’année dernière afin de rattraper ses années perdues. De plus, il venait de passer son permis B pour devenir chauffeur. Aujourd’hui, tous ses efforts sont anéantis. C’est le doute. Il ne sait pas comment il pourra conduire avec une main amputée. Cependant, il m’informe qu’il est hors de question qu’il abandonne à nouveau les études. Par ailleurs, Zakarié non plus n’a pas cherché à porter plainte contre le vendeur auprès duquel le feu d’artifice a été acheté. « Chercher un coupable ne me servira à rien. Ce qui est arrivé est arrivé. Un point c’est tout. Tout ce qui me reste à faire, c’est apprendre à vivre avec ». Une fois encore, je suis surprise par le courage et la force du jeune garçon. Sa foi et sa force de caractère sont pour moi une leçon de vie. Et comme Ahmed, il lance un appel à l’intention des pouvoirs publics pour interdire le plus vite possible la vente de ces « instruments de malheur ». Aucun autre jeune ne doit en devenir la victime.

Le troisième jeune homme dont j’ai recueilli le témoignage a 24 ans. Il est étudiant en 3e année à l’Institut supérieur des sciences de santé dans la filière laboratoire. Il m’a demandé de préserver son anonymat.
Son histoire est légèrement différente en ce sens que l’accident n’est pas lié à la réussite du Bac mais pour fêter des retrouvailles. On est le 3 juillet 2010, son ami et voisin vient de rentrer des Pays-Bas où il séjournait. Pour fêter dignement son retour, notre jeune homme ne fait pas exception à la règle. Un feu d’artifice à 2000frcs est prévu pour marquer l’événement. Il se charge de les faire exploser. Une fois n’est pas coutume. Et dans ce cas précis, l’explosion survient dès le 2ème coup. La main gauche vole en éclats et la main droite est sérieusement endommagée puisque le jeune homme tenait le feu d’artifice dans le creux de ses deux mains. Le sang gicle à flots ininterrompu. Les éclats de la projection lui ont également causé des brûlures dans le dos et les bras. C’est alors le même scénario qui se reproduit. L’horreur. L’incrédulité. La consternation et l’évacuation rapide à l’hôpital Peltier. Immédiatement conduit en salle d’opération, la main gauche réduite en miettes est sectionnée jusqu’au delà du poignet. Quant à la main droite, même si elle est plus épargnée, elle se retrouve amputée du petit doigt, l’auriculaire.
Notre jeune homme restera hospitalisé pendant deux semaines. A l’instar de ses deux autres compagnons, il est soigné un jour sur deux pour désinfecter les plaies. Les trois jeunes garçons, réunis par la force des circonstances sont devenus de véritables amis.
La vue du jeune homme avec les deux mains emmaillotées dans des gros pansements me bouleverse à nouveau, profondément. Mais ma peine, ma douleur, n’est en rien comparable à la sienne. Sa mère me raconte que depuis l’accident, son fils n’est plus le même, ce qui peut d’ailleurs aisément se comprendre. Comment peut-on garder le sourire ou continuer à voir la vie de la même façon lorsque l’on se retrouve subitement avec deux mains amputées ?
Et ce d’autant plus lorsque l’on a seulement 24 ans et que l’on est plein d’espoirs, de projets d’avenir et de rêves ! Meurtri dans sa chair, le jeune homme s’est renfermé sur lui-même. Dans un accès de rage, la mère lance « ce n’est pas un feu d’artifice mais une arme ». Je dois avouer que je suis totalement en accord avec elle. Le destin brisé de ces trois jeunes garçons me fend le coeur. L’amertume, la colère et la souffrance sont bien là dans la pièce, elle est lourde, pesante même, et comment pourrait-il en être autrement d’ailleurs me direz-vous. Contrairement aux deux autres garçons, il ne souhaite pas communiquer sur sa tragédie personnelle. Il m’avoue néanmoins vouloir continuer à tout prix ses études. Je loue silencieusement son courage et son obstination. Très ému et réservé, il me demande de ne pas le questionner davantage et se lève pour quitter la pièce.

Un appel à la solidarité
Le nombre de jeunes garçons, victimes des pièces d’artifice en tout genre était au nombre de 16 rien que dans la période qui couvre la fin juin/début juillet. Un laps de temps très court, vous en conviendrez.
C’est dire la dangerosité avérée de ces engins d’explosion. Au-delà du choc psychologique, ces jeunes se trouvent aujourd’hui confrontés à un problème majeur : une insertion socio-professionnelle plus que compromise. Il est évident que ce handicap ne leur facilitera guère les choses. Si on prend le cas de nos trois jeunes hommes, ils doivent entreprendre avant tout une rééducation. Ahmed et Zakarié doivent dorénavant apprendre à écrire avec la main gauche. C’est le seul moyen pour continuer leurs études. D’autre part, pour Zakarié qui a seulement 20 ans et qui souhaitait devenir chauffeur, il est conscient qu’avec une main coupée, son avenir professionnel ne se présente pas sous les meilleurs auspices.
Quant au 3ème jeune homme, son désir de devenir info rmier est sérieusement remis en question. Un infirmier a absolument besoin de ses deux mains pour travailler. Pour autant, il ne renonce pas à sa vocation. Il souhaite juste, à l’instar de ses compagnons d’infortune, obtenir une main de substitution. De quoi s’agit-il ?
Une sorte de main artificielle qui sera rattachée au moignon. Bien entendu, cette main de substitution n’effacera pas les séquelles et les stigmates de l’accident mais ils pourront néanmoins vivre à peu près normalement. Il s’agit d’un souhait commun.
Il faut savoir que nos jeunes concitoyens ne cherchent pas de coupable pour ce qui leur est arrivé. Ils n’ont pas de sentiments de vengeance, pas de revendications. Ils formulent juste une demande, un besoin. Obtenir une main de substitution constitue aujourd’hui leur dernier espoir. Mais le coût de cette opération est très élevé.
De plus, nos infrastructures hospitalières ne pouvant offrir de telles prestations, la seule possibilité consiste pour eux à se déplacer à l’extérieur. Or aucune des familles de ces jeunes n’a les moyens de prendre en charge le coût d’une opération de cette envergure : par ailleurs, il se trouve par une sorte de curieux hasard que ces jeunes garçons sont tous les trois orphelins de père.
Le cas d’Ahmed est un peu plus particulier puisqu’il a déjà perdu ses deux parents. Sa mère Roun est en réalité sa tante maternelle.
C’est elle qui l’a recueilli et élevé comme son propre fils, à la mort de sa soeur. Par conséquent, se trouvant dans l’impossibilité absolue d’assurer les frais médicaux d’une opération qui leur est pourtant vitale, ces jeunes lancent un appel à la solidarité. Cet appel est adressé au pouvoir public, à la représentation nationale et aux organismes humanitaires nationaux ou internationaux ainsi que toute autre personne susceptible d’apporter son aide. Je me dois d’insister sur la question parce que ces jeunes garçons me l’ont demandée expressément mais aussi parce que c’est la seule issue dont ils disposent afin de retrouver un semblant de vie normale.
De même, les mères se joignent à la prière de leurs fils. Toutes aussi traumatisées, elles forment le voeu de voir cet ultime souhait se concrétiser. L’une des mères m’avoue que si c’était possible, elle couperait sa propre main pour en faire don à son fils. « Je suis vielle. Mais mon fils a l’avenir devant lui. Il est si jeune. Aujourd’hui ses rêves sont anéantis. Il n’est plus le même et je souffre de le voir dans cet état. J’aurais aimé que l’accident me soit arrivé à moi. Je serais prête à lui donner ma main si seulement c’était possible. Mais malheureusement ce n’est pas possible. C’est la raison pour laquelle je demande, je prie,et toute ’aide d’où qu’elle vienne nous serait d’un grand secours. » Cet appel du coeur ne doit pas rester sans écho.
Il nous appartient de nous mobiliser pour aider le plus rapidement et dans la mesure du possible nos jeunes concitoyens frappés par ce sinistre drame. Il nous appartient également de sensibiliser nos proches sur les dangers qu’ils encourent à manipuler cet instrument du diable. Tout doit être mis en oeuvre afin que ces malheurs ne frappent plus aucune famille en République de Djibouti à l’avenir.

Une vulgarisation de masse
Principalement utilisés lors des événements pyrotechniques (jour de l’an, fêtes nationales, fêtes religieuses, mariage etc.), les feux d’artifices sont devenus des joujoux de premier choix. Ces derniers temps, ils sont même lancés pour fêter le retour des pèlerins de la Mecque. Qui n’a pas sursauté, certaines fois en plein milieu de la nuit et en plein sommeil par les déflagrations qui fêtaient joyeusement l’arrivée d’un pèlerin voisin ? Il semble que l’engouement des pièces d’artifice n’est pas près de s’éteindre. Pour autant, il va falloir mettre un terme à cette pratique. Il y va de la sécurité de nos concitoyens.
Certes, avec la multiplication des incidents de ces derniers mois liés aux feux d’artifice, une prise de conscience progressive s’est opérée. La dangerosité de ces engins est de plus en plus une réalité manifeste. Des accidents causés par les explosions des feux d’artifices ont toujours été signalés mais jusqu’à présent, il ne s’agissait que de cas isolés. Cette année, le nombre des victimes a subitement grimpé en l’espace d’un mois. Alors, que s’est-il passé ? Les produits sont importés de Chine et bizarrement, il ressort des différents témoignages que les accidents sont imputés aux pièces d’artifice vendus à 2000frcs. Y aurait-il un défaut de fabrication quelconque sur ce type d’engin spécifique ? Les produits ont-ils atteint la date limite d’expiration ? Respectons-nous pas les instructions d’emploi ?
Malgré les interrogations soulevées ici et là, aucune expertise n’a été réalisée jusqu’à ce jour.
Toutefois des démarches à grand renfort médiatique ont été menées dans le but d’avertir la population sur les dangers néfastes des pétards et feux d’artifice. Premiers concernés par la campagne de sensibilisation, La Nation et la RTD ont saisi le problème à bras-le-corps.
C’est ainsi que le 12 juillet 2010, La Nation a publié dans ses colonnes un article qui rapporte les accidents et les blessures occasionnées par l’usage des feux d’artifice. Interrogé, le Dr. Nachad Fathi Ahmed, médecin de permanence au service d’urgence de l’hôpital Peltier, a déclaré à la presse que « les pétards et feux d’artifice en vente libre sur le marché djiboutien constituent des véritables bombes à retardement dont certaines peuvent tuer sur place plusieurs personnes ».
Mieux, une opération coup de poing a été menée le 21 juillet 2010 par des équipes mobiles de la douane et de la gendarmerie nationale qui ont effectué une descente dans les commerces du centre ville.
Cette opération de contrôle entrait dans le cadre de la lutte contre les importations et le trafic de produits illicites et dangereux pour la sécurité publique. Sous l’objectif des caméras de la RTD, les autorités ont saisi plus d’une centaine de cartons de différentes espèces de pétards ainsi qu’une importante quantité de tubes de feux d’artifice ou d’explosifs très dangereux pour la sécurité de la population.
À titre d’illustration et pour prouver la dangerosité avérée de ces feux, la RTD a invité certaines victimes à montrer à l’écran leurs bras sectionnés dans un but pédagogique de provoquer une véritable prise de conscience dans le subconscient de leurs téléspectateurs et de les alerter sur les dangers de l’usage de tout explosif déflagrant.
Par ailleurs, soulignons que la Direction des douanes et des droits indirects a publié le jour même un communiqué de presse, repris dans ses grandes lignes par La Nation dans son édition du 22 juillet 2010. Ce communiqué porte à la connaissance du public que « l’importation, la détention, la vente et l’utilisation des feux d’artifice sont strictement interdites sur l’ensemble du territoire national ».
Cette interdiction entre dans le cadre général de la prohibition de certaines marchandises posées par l’article 21-61-01 du nouveau code général des impôts. Le communiqué stipule également que « tout contrevenant à ces mesures de prohibition s’exposera à des sanctions tant fiscales que pénales ». Pour l’heure, il semble que l’opération coup de poing et la menace du communiqué aient porté leurs fruits. Pour en avoir le coeur net, je me suis rendue dans plusieurs boutiques du centre ville en demandant à acheter un tube de feux d’artifice. La réponse de tous les vendeurs a été catégorique.
La commercialisation de ces produits est désormais interdite suite à l’intervention des forces de l’ordre et aux nombreux accidents qui ont été signalés.Si l’initiative de l’opération a été un succès, toujours est-il que la nécessité de poser une réglementation stricte en ce qui concerne l’importation, la vente et le mode d’utilisation de pièces d’artifice se fait de plus en plus ressentir.

La nécessité d’une réglementation stricte
Nous l’appelons tous de nos voeux. Il faut rapidement réglementer l’usage des produits d’artifice. Le problème ne peut être occulté, il s’agit d’une question de sécurité publique. Les victimes et leurs familles sont, pour leur part, en faveurd’une interdiction totale. Leur ressentiment peut aisément se comprendre. Toutefois, une telle dérive n’est guère souhaitable. Le mieux serait d’envisager plutôt un cadre législatif rigoureux avec un champ d’application bien déterminé.
Par exemple, interdire l’usage à titre privé et le limiter uniquement aux grandes festivités, aux commémorations ou aux fêtes nationales comme l’indépendance ou le jour de l’Aïd, etc. Pour l’instant, ce n’est qu’un communiqué de presse de la Direction des douanes qui prévoit que « l’importation, la détention, la vente et l’utilisation des feux d’artifice sont strictement interdites sur l’ensemble du territoire national ». Or un communiqué n’a pas valeur de loi.
Il n’a pas vocation à imposer une règle de droit qui appelle une observation obligatoire. Il faut stricto sensu mettre en place une loi qui puisse régir les différents aspects de la question. Que cette loi soit d’origine gouvernementale ou d’initiative parlementaire importe peu. L’essentiel est que l’on puisse aboutir à une législation restrictive limitant l’utilisation sauvage des pièces d’artifice.
En effet, ayant constaté le caractère de plus en dangereux de l’utilisation des pièces d’artifice, nombreux sont les pays qui ont procédé à une limitation voire à une interdiction des engins explosifs (Etats-Unis, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Canada, France, Ethiopie etc.). La spécificité de tous ces Etats est qu’ils ont établi une réglementation très structurée. Qu’en est-il ? L’utilisation des artifices de divertissement à des fins privées est extrêmement restreinte. C’est une interdiction graduée puisque les feux d’artifices sont classifiés selon leur dangerosité. Et c’est cette classification qui détermine la vente et leurs conditions d’utilisation. Par exemple, la classification s’opère en catégorie 1, 2, 3 pour la Grande-Bretagne, en classe A, B, C pour les Etats-Unis, en Groupe K1, K2, K3 en France et ainsi de suite. Le marquage apparaît obligatoirement sur le produit et doit être accompagné d’une mention réglementaire.
De plus, l’utilisation d’artifices non-agréés est prohibée. Par ailleurs, seule la première catégorie des feux d’artifice dont la manipulation ne nécessite que le respect des précautions d’emploi est vendue aux mineurs.. Pour les autres catégories dont les risques potentiels sont beaucoup plus élevés, les personnes physiques doivent impérativement détenir une autorisation. En France, par exemple, pour les engins explosifs très dangereux, l’autorisation est double : il faut un certificat de qualification et un agrément préfectoral. Le certificat de qualification est délivré aux personnes possédant une connaissance suffisante des artifices de divertissement, des conditions techniques et réglementaires de leur mise en oeuvre et des risques qu’ils comportent. L’agrément préfectoral est délivré aux personnes présentant des garanties suffisantes au regard de la sécurité publique. Le préfet vérifie ces documents et valide le carnet de tir.
En fin de compte et au regard de tous ces éléments, il me semble qu’une interdiction totale serait abusive. L’on pourrait par exemple et sans procéder à un mimétisme juridique s’inspirer de ces modèles en étoffant une réglementation précise. En premier lieu, les produits doivent être étiquetés pour limiter les risques. De même, pour mettre un terme à la vente libre des pièces d’artifice, mieux vaudrait confier la vente uniquement à certains spécialistes. Il serait peut être judicieux qu’une autorité administrative compétente (pourquoi pas le préfet ou le maire) soit habilitée à accorder la licence de vente. La loi devrait également définir des conditions de stockage et d’entreposage spécifiques vu la dangerosité des produits.L’usage à titre privé, dans le cadre familial, doit être prohibé. La vente aux mineurs doit bien évidemment être interdite sous peine d’encourir des sanctions pénales. Quant à l’utilisation de feux d’artifice lors des fêtes nationale ou religieuse, l’usage doit être confié à des professionnels (par exemple les artificiers de l’Armée nationale) et le tir doit avoir lieu à une distance préalablement définie afin d’éviter tout accident. Par mesure de précaution, un détachement des forces de l’ordre serait peut être souhaitable pour sécuriser la zone de tir.
D’autre part, il faudrait aussi durcir la législation sur les modalités d’importation car les pétards et feux d’artifice sont des produits, qui sont pour leur plupart importés clandestinement. En tout état de cause, peu importe qu’il s’agisse d’un projet de loi ou d’une proposition de loi. Pour la sécurité de tous, il convient de légiférer rapidement sur la question des pétards et feux d’artifice. C’est une nécessité absolue.

Mouna Frumence

 
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