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Il n’y a qu’une seule voie
 

Ici, le citoyen risque l’asphyxie à force d’être étouffé par un système qui le tient à la gorge. Il ressent la souffrance d’un patient non anesthésié au cours d’une opération chirurgicale. Il mugit de mille et une façons pour faire entendre ses pleurs mais inaudibles sont ses doléances qui passent pour des cris de simulation. Ici, il y a un concept converti en théorie : plus l’on enfonce le citoyen dans la servitude plus il chante la gloire du dominant. C’est une volonté déshumanisante qui a pour mission de disgracier la personne en tirant du plaisir de son dépouillement.

Pour mieux achever sa victime, le système couronne l’étranglement du citoyen par le port d’une tenue vestimentaire désormais obligatoire. Les points de vente et les prix sont arrêtés puisqu’il est inutile de consulter un mourant. D’ailleurs, il rend les derniers soupirs et l’on aura beaucoup de peines à déchiffrer une voix trop confuse. Dès lors, l’on se substitue au citoyen écrasé et l’on décide à sa place. Après une série de décisions fracassantes à l’encontre du citoyen, voilà une énième épée sur le côté gauche de sa poitrine.

En réalité, il y a une forme de simulation dans tout ça afin de faire croire aux gens que les institutions de l’État fonctionnent et qu’elles instaurent l’égalité entre les élèves à travers le port d’un habillement généralisé. Du bluff car le régime roule selon un ordre foncièrement non équitable. À Mogadiscio, peu avant la chute de la dictature, l’antenne de la radio nationale transmettait directement un match de football. C’était le derby national. Et c’était une manière de distraire le peuple.

À vrai dire, le pays souffre d’un isolement géopolitique sans précédent. Le tsunami éthiopien et les conséquences qui en découlent placent le régime dans une mauvaise posture. Des personnages dramatiquement notoires tombent les uns après les autres. Des personnalités longtemps marginalisées réapparaissent à l’espace public. Un siècle d’indignation a peut-être la chance de voir le début d’une nouvelle ère. L’espoir de circuler librement sans travestir sa mémoire est peut-être né. Le Destin a, semble-t-il, décidé de tremper les misérables dans la miséricorde.

Ici, tout autre choix n’est que péril. Il n’y a qu’un seul chemin. Provoquer une consultation nationale en engageant la force mentale des djiboutiens. Sans doute, ils répondront présents à l’appel car ils sont plus que jamais prêts à installer le pays en dehors du danger qui le guète. Il n’y a qu’une seule issue : demander à des vrais pilotes citoyens de faire atterrir l’appareil avant qu’il ne se disloque à dix mille pieds. Dans ce genre de scénario, la chance de trouver des survivants reste très mince.

A l’état que l’on est, le pays ne regorge que de survivants. Mais il y a moyen de les récupérer et de leur apprendre à croire en la vie. Il y a moyen de redresser la confiance en leur pays et en ses institutions. Avec eux, il y a moyen de tracer une nouvelle voix dans une nouvelle direction. Ils peuvent passer de ce stade des mourants à un stade des vivants bâtisseurs. Naturellement, toute nation à ses génies et ses héros. Il y a moyen de les placer dans une situation où ils peuvent pleinement jouer ces rôles.

Il n’y a qu’une seule voie. Toute autre réaction et pourrissement mènent au crash de ce Boeing où la fin n’est qu’une tragédie. Avec comme conséquence la disparition cruelle des milliers d’âmes.

Abdourahman Barkat God

 
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