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La « toupie » Abiy, ministre des Affaires étrangères de l’Érythrée
par Mahdi A., juillet 2018 (Human Village 33).
 

Le moins que l’on puisse dire, est qu’Isaias Afeworki a de l’humour. La presse érythréenne vient d’annoncer que le pays compte un nouveau ministre des affaires étrangères, en l’occurrence Abiy Ahmed Ali, avec pour objectif de faire lever les sanctions qui pèsent sur le pays. Quelle plus belle manière de signifier à la communauté internationale que les deux pays ont décidé définitivement de bâtir leur avenir en commun. La réconciliation est suivie de très près puisque « plus tard aujourd’hui [9 juillet], le nouveau ministre des affaires étrangères de l’Érythrée, M. Abiy, tiendra une réunion avec Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU à Addis Abeba pour discuter de la levée des sanctions – résolutions 1907 du conseil de sécurité – sur son “adopté” » [1].

La résolution 2385 (2017) [2] adoptée par le Conseil de sécurité le 14 novembre 2017, reconduit la résolution 2023 (2011) [3], qui avait très nettement renforcé les sanctions contre Asmara, notamment les résolutions 1862 (2009) [4], 1907 (2009) [5] et 2002 (2011) [6]. La mesure doit normalement être réexaminée en Conseil de sécurité au plus tard le 15 décembre 2018. Est-il possible qu’elle soit réévaluée avant cette échéance ? L’Éthiopie est membre du Conseil de sécurité depuis janvier 2017 ; à ce titre elle fait partie des pays dont la voix pèse au sein de l’organisation onusienne, suffisamment pour accélérer la réhabilitation d’Asmara au regard du droit international.
« Le conseil de sécurité maintient les embargos sur les armes visant la Somalie et l’Érythrée. Préoccupé par la grave menace que les Chabab continuent de représenter pour la paix et la stabilité en Somalie et dans la région, le conseil de sécurité a réaffirmé, ce matin, les embargos sur les armes visant ce pays et l’Érythrée. En adoptant la résolution 2385 (2017) par 11 voix pour 4 abstentions – Bolivie, Chine, Egypte et la Fédération de Russie -, le Conseil a également prorogé, jusqu’au 15 décembre 2018, le mandat du groupe de contrôle pour la somalie et l’Érythrée, l’organe chargé de veiller au respect de ces mesures de sanction » [7]. L’Érythrée est aussi suspendue de l’Igad en 2007, et de l’Union africaine depuis 2010.

La complicité entre les deux chefs d’État n’était pas feinte
Malgré leur différence d’âge, presque trente ans d’écart entre les deux personnalités, ils ont affiché leur affection l’un pour l’autre de façon étonnante durant les 48 heures de la visite officielle. On ne compte plus les photos des deux hommes se serrant dans les bras, se tenant la main et se souriant avec complicité. Même pendant les moments de détente, on voyait toujours une certaine sincérité. Les deux responsables sont apparus très décontractés. La population érythréenne est au diapason de son leader de 72 ans. La foule était massée dans les rues pour saluer le retour « au foyer » du frère éthiopien, Abiy Ahmed, rendant par moment la circulation des véhicules du convoi présidentiel prudente. Drapeau éthiopien et érythréen flottant au vent. C’était une cohue incroyable d’après les photos diffusées par la presse érythréenne. La foule était venue en nombre. Ce n’était pas Abiy qui était ainsi honoré, mais à travers lui, l’Éthiopie, et plus encore son peuple. Indéniablement, les Érythréens sont heureux de renouer les contacts et les relations avec leur ancienne patrie.

Et Djibouti dans tout cela ?
Peut-elle se permettre de continuer à bouder dans son coin alors que l’Éthiopie a décidé de faire cavalier seul ? Quoi qu’il en soit cette démarche solitaire du lion d’Abyssinie dénote un net refroidissement des relations, ou en tout cas, que les deux pays ont quelque peu perdu ce qui faisait la spécificité de leur relation, une entente et coordination parfaite dans les prises de décisions. Le couple connaîtrait-il un léger froid au point que l’Éthiopie ne se gênerait d’ailleurs plus pour commettre « l’infidélité » de passer la nuit à Asmara... sans nous ? Comment interpréter ce retournement de situation et le basculement dans l’adultère du fringuant Abiy ?
Djibouti la belle libertine a décidé malgré la mauvaise fortune, de s’accrocher à la « locomotive » Abiy et de monter dans le train de l’espérance... La Bonne Nouvelle est apparue sur la page Facebook du Rassemblement populaire pour le Progrès (RPP), qui a publié en début de soirée d’hier un communiqué dans lequel il se « réjouit de la nouvelle ère de paix et d’amitié entre les deux peuples. Le Rassemblement Populaire pour le Progrès soutient l’initiative audacieuse du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed pour son engagement en faveur de la paix entre les deux pays et généralement dans la Corne de l’Afrique ». Et d’ajouter pour ce qui est sans nul doute un ferme appel du pied à Isaias Afeworki : « souhaite que cette dynamique de paix va être inclusive et profitable à la sous région ». Cela a le mérite d’être clair ! Djibouti veut aplanir ses relations avec l’Érythrée et se dit disposer à discuter pour trouver un terrain d’entente. Le pays ne veut pas rester une minute de plus sur le banc de touche. Il faut signaler que bien que le communiqué émane du secrétaire général de l’instance politique, Ilyas Moussa Dawaleh, il a été établi au « nom du président du Parti et président de la République, au nom du Comité exécutif et en mon nom propre [...] se félicite des récents développements positifs intervenus dans les relations entre l’Érythrée et l’Éthiopie par la déclaration conjointe de paix et d’amitié à Asmara ».

C’est probablement une page rafraichissante qui s’ouvre pour toute la région, et particulièrement pour Djibouti. Nier l’évidence plus longtemps serait absurde, la population djiboutienne dans son ensemble souhaite ardemment tourner cette mauvaise séquence et se projeter dans un avenir commun avec Asmara. Il faudra évidemment discuter des questions en suspens mais avec de la bonne volonté de part et d’autre rien n’est impossible.

Mahdi A.

Déclaration commune diffusée par la presse éthiopienne
1. Des délégations politiques et publiques érythréennes de haut niveau se rendront dans les États régionaux du Tigrai et d’Afar à la fin de ce mois (Tigrai et Afar étant les seules portes d’accès à l’Éthiopie, l’Érythrée souhaite poursuivre les discussions avec ces États régionaux) ;
2. Le transport aérien entre Asmara et Addis-Abeba débutera à la fin du mois d’août ;
3. Le transport routier entre Addis et Asmara entre Asmara et Mekelle commencera début août ;
4. les artistes éthiopiens présenteront un festival de musique à Asmara à la veille de 2011 (dans le calendrier ge’ez) ;
5. Des artistes érythréens présenteront leur festival de musique à Addis, Jimma, Hawassa, Mekele et Bahirdar (la date sera annoncée bientôt) ;
6. L’Erythrée enverra deux équipes d’Ashenda à Mekelle et Axum ;
7. Le port d’Assab sera ouvert à l’Éthiopie avec une taxe équitable fin septembre 2018 ou début octobre ;
8. Aucun visa ne sera requis pour entrer en Érythrée à partir de fin septembre 2018 ;
9. L’Érythrée ouvrira une ambassade à Addis-Abeba au début de septembre 2018 et des bureaux consulaires à Mekelle, Bahirdar et Jimma ;
10. L’Érythrée relâchera tous les prisonniers, y compris les prisonniers de guerre et les pilotes ;
11. Au cours des cinq prochaines années, l’Érythrée sera reliée à l’Éthiopie par un chemin de fer via Massawa-Asmara-Mekelle-Semera-Adama-Addis (d’autres études seront bientôt effectuées).


 
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