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Rites et traditions de reconnaissance des ogaas
 

Ahmed Abdilleh Guedid, membre du gante, précise l’histoire de l’institution et le mode de désignation de l’ogaas.

Bien que l’avènement de l’ogaas Moustapha Mohamed Ibrahim, comme père spirituel, moral et social de notre communauté, vient constituer une réponse importante à nos espérances légitimement fondées en son autorité, un bref retour sur l’histoire du tout premier ogaas Ugaadhu Maal et du feu ogaas Hassan Hersi, paix en son âme, peut aider à mieux percevoir l’importance que les prédictions ou les révélations constituent dans la désignation de l’ogaas ainsi que les conditions protocolaires établies depuis.
En effet, lorsque la nécessité d’instaurer la royauté s’est manifestée dans notre organisation sociale, celle-ci découlant bien évidemment des faits et circonstances
de l’époque, le débat sur la pertinence des critères de désignation de la personne pouvant l’incarner s’est dès lors posé au sein de la communauté. A ce propos, après
bien des interrogations et propositions par les uns et les autres, la Communauté a opté pour les prédictions d’un cheikh très éminent qui révéla que l’ogaas à venir ne serait autre qu’un enfant de très bas âge présentant des signes particuliers et issu d’une de nos différentes familles tribales. Si toutefois, l’embarras des sages devenait de plus en plus grand parce qu’au fil des jours, des mois et des années sa recherche se faisait longue et bien que chaque tribu espérait très fermement que l’enfant élu puisse être des siens, celui-ci se manifesta, par le grand des hasards, au sein de la tribu des Wardiiq, Wakhtishiile, et plus précisément dans l’une de ses lignées appelée « Reer Hassan ».
Par une belle matinée, une très jeune fille repéra au cours d’une ces promenades un petit garçon sauvage en compagnie d’un troupeau d’animaux. Cette dernière trouvant étrange la présence du petit enfant au beau milieu de cette meute, s’empressa auprès de son père pour lui en faire part et sans plus tarder, le père qui fût très surpris par la nouvelle, se rendit sur les lieux. Mais lorsqu’il arriva sur le site avec sa fille et en constatant réellement la présence du petit garçon, c’est alors qu’une autruche s’est immédiatement mise à prendre la fuite avec à son dos l’enfant. Le père tenta, une première fois, de les rattraper mais en vain, puis retourna chez lui pour revenir le lendemain matin à bord d’un cheval pour une seconde tentative qui s’avéra, celle ci fructueuse. Sur le chemin du retour, l’enfant sauvage alors nu et très poilu, accompagnée du père et de sa fille croisèrent une femme qui, en les apercevant, fût très étonnée de la nudité apparente du jeune garçon et en ne restant pas insensible devant ce fait, lui lança instantanément une espèce de foulard qu’elle portait sur elle, et ce pour le couvrir. Durant un laps de temps, bien qu’en apprenant à s’adapter à sa nouvelle vie en société, l’enfant révélé fût mis, à son insu, sous observation par les sages afi n de s’assurer de la réalité de la providence.
Ce qui d’ailleurs a été confi rmé par la suite et ce à l’aune des manifestations constatées notamment par l’observance des nombreux signes prédits, il fût alors reconnu à l’unanimité par les sages : c’est ainsi qu’il fût naturellement désigné et intronisé premier ogaas. Celui-ci aura un fils prénommé Guled qui devint, à sa mort le deuxième ogaas, puis ce dernier sera succédé, dans un premier temps par son fi ls aîné appelé Houssein et ensuite à la mort de celui-ci par son frère, qui se nommait Kafi qui, à sa mort sera suivi par son fils dénommé Abdallah. En ce qui concerne le feu ogaas Hassan Hersi, paix en son âme, bien avant qu’il n’arrive au monde un sage très apprécié et respecté pour sa piété dans la foi de Dieu remarqua une jeune fille se trouvant à côté d’un chien, il alla à sa rencontre pour converser avec elle. Mais comme il s’attarda très longuement dans sa discussion avec la fille, des personnes de la communauté furent intriguées par cette scène et ce d’autant qu’ils connaissaient la grande piété et la grande générosité de coeur de ce grand sage. C’est la raison pour laquelle, ils allaient s’enquérir auprès de lui au sujet du grand intérêt qu’il portait à cette jeune fille. Il leur révéla que cette fille serait la mère du prochain Ogaas qui marquera le plus l’histoire, non seulement de notre communauté mais aussi de celle de tous les autres peuples somalis, ennemies ou alliés, par sa grandeur d’âme. Cette prédiction fût véridique puisque le règne de ce dernier a été un règne de grande médiation, d’arbitrage et de sauvegarde de la paix entre les communautés de la région mais également l’annonce de sa disparition a provoqué beaucoup de pleurs au sein de notre communauté ainsi que de très grands regrets pour les peuples voisins. Et si depuis, le code protocolaire établi dans notre xeer, définit bien le rôle à jouer et les tâches à accomplir pour chaque clan désigné, c’est, en toute vraisemblance, par rapport à des faits évidents qui se sont réalisés par le passé et pris en compte par la suite dans la désignation des ogaas.
C’est dans ces conditions qu’alors, toutes les règles et rites ont pu être scrupuleusement suivis par nos sages pour l’intronisation de notre nouveau ogaas Moustapha Mohamed Ibrahim, à l’exception de quelques unes sans grande importance qui n’ont pas été suivies à la lettre. Ainsi donc, du lancement de l’appel par les messagers et l’envoi des enquêteurs pour la recherche, en passant par la constitution des deux assemblées, pour le rapt effectué par une personne du clan « Saad Moussa, Reer Goulané », ou bien encore le port du tissu qui sert de couverture à l’ogaas, est confié à un Wardiiq, Reer Yessif : Cette grande responsabilité m’a été affecté, notamment du fait que j’appartiens à ce clan, ou enfin le voyage initiatique qui traverse les douze différents « lieux de passage », Habaqo, Geel-Case, Siti, Biyo-Qaboode, Biyo-Baxay, Meete, Ugaas-Lagu-Boqor, Xasan Gadiidshe, Ashkir Xagaa, Selel, Biyo-Caanood, Toqoshi, et Zeila, et qui se déroule jusqu’ à l’intronisation, après son rasage effectué non pas par les « Reer Makahil » traditionnellement chargés mais par une personne de la tribu des Charifans, toutes ces démarches ont été observées et accomplies, chacune selon les rites prescrits.
A l’exception de notre intermède par la capitale, Djibouti, qui n’était pas établie dans la tradition, tout a été réalisé dans le respect de la tradition et des coutumes ancestrales qui sont parfaitement codifiées. L’itinéraire traditionnel a été modifié mais ceci peut toutefois s’expliquer par l’invitation du chef de l’État djiboutien qui été faite à l’ensemble de la délégation, on ne pouvait refuser tant d’honneur de marque de respect et de considération, d’ailleurs je voudrais profiter de cette occasion qui m’est offerte pour adresser nos plus sincères remerciements à la population djiboutienne, au président de la République, et à l’ensemble de son gouvernement, pour l’accueil et la grande attention dont nous avons été entourés depuis la date de notre arrivée en République de Djibouti.

Propos recueillis par Dirieh Hassan Ali

 
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