Human Village - information autrement
 
Après l’orage, la population bouillonne de rage devant l’incurie du gouvernement…
par Mahdi A., mai 2018 (Human Village 33).
 

Au lendemain des fortes intempéries survenue dans les premières heures du dimanche 20 dernier, la population peste contre l’incurie du gouvernement à faire face à cet épisode… Les réseaux sociaux servent de défouloir pour évacuer sa colère. Mais certains prennent aussi la parole pour défendre les actions du gouvernement et ne manquent pas de remercier le chef de l’État et son gouvernement d’avoir su être présent.
La capitale a été balayée pendant des heures par des pluies torrentielles, accompagné d’éclairs par milliers qui illuminaient les cieux et d’un tonnerre assourdissant… Le ciel était ce soir là déchiré par la foudre. Le bilan des victimes n’a pas été communiqué avec précision par le gouvernement. Ont cependant été évoquées deux personnes décédées en cherchant à traverser l’oued d’Ambouli avec leur véhicule, ainsi qu’une troisième personne qui a été hélitreuillée dans les premières heures de la matinée alors qu’elle s’était accrochée à son véhicule emporté par le puissant courant. Ni le nombre de blessés ni l’étendu des dégâts n’ont été pour l’heure annoncés par les autorités.

Djibouti pays « immergeant »… en attendant l’émergence !
Rapidement, une réunion de crise s’est tenue au ministère de l’Intérieur, dimanche 20. Elle a réuni le secrétaire général de ce département, Siraj Omar Abdoulkader, le préfet de la capitale, Osman Bileh Guirreh, le directeur général de la protection civile, Mahamoud Moussa Deheyeh, le secrétaire exécutif de la gestion des risques et catastrophes (SEGRC), Ahmed Mohamed Madar, le secrétaire exécutif de l’ONARS, Houssein Hassan Darar, la coordinatrice résidente du système des Nations unies, Barbara Manzi, l’ambassadeur de l’Union européenne, Adam Kulach, la première conseillère de l’ambassade de France, Anne Suard, ainsi que des officiers djiboutiens, français et américains. Il s’agissait de coordonner les efforts de chacun afin de parer aux plus urgents et secourir la population. A l’issue de la réunion, où la question des secours a été au cœur des échanges, le nombre de personnes impactées par la tempête a été estimé entre 20 000 et 30 000.

« Les fortes pluies dues au cyclone Sagar ont provoqué des crues soudaines à Djibouti, en particulier dans la ville de Djibouti et dans les banlieue de Balbala.Selon les autorités, entre 20 000 et 30 000 personnes auraient été touchées. Alors que le niveau de l’eau diminue, la plupart des écoles auraient été touchées dans une certaine mesure et les centres de développement communautaire (où les gens seraient normalement relogés en cas de catastrophe) ont également été touchés. Plusieurs routes principales sont actuellement impraticables, ce qui interrompt presque le trafic entre la banlieue de Balbala et le centre de Djibouti. Certains abris de Damerjog ont été touchés.
Aucun besoin majeur n’a été enregistré dans d’autres régions. Cependant, à Obock, deux secteurs de la ville auraient été inondés (aucun besoin important enregistré), dans le camp de réfugiés d’Ali Addeh (province d’Ali Sabieh) certains abris auraient été endommagés par de fortes pluies, et à Tadjourah, des poteaux électriques et un répéteur radio endommagé, affectant les communications.
Il y a un risque de pollution de l’environnement, car les infrastructures clés ont été inondées, y compris le dispacheur électrique central. Par ailleurs, l’entrepôt de l’Officie nationale d’assistance aux réfugiés et aux sinistrés (ONARS) a été touché par un incendie rapidement maîtrisé. […] Le gouvernement a installé une cellule de crise au quartier général des pompiers, où se trouvent également des fonctionnaires de l’ONU. Plusieurs personnes ont été sauvées des maisons inondées, et des pompes à moteur pour extraire l’eau et d’autres formes de soutien sont fournies » [1], selon la déclaration du bureau de la coordination pour les affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).

On signalera que le ministère des Affaires étrangères du Japon vient d’annoncer par voie de presse ce matin, que son gouvernement « à la lumière de la perspective humanitaire et des relations cordiales entre les deux pays » allait fournir une aide d’urgence à Djibouti pour répondre à ses besoins humanitaires. « Aujourd’hui, le 23 mai, à la demande du gouvernement de la République de Djibouti, le gouvernement du Japon a décidé de fournir des secours d’urgence (tentes, couvertures, etc.) par l’intermédiaire de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) à Djibouti suite aux dommages causés par la récente inondation » [2].

Le chaos était si important que les membres des organismes sur lesquels le gouvernement comptait pour secourir la population, eux-mêmes sinistrés, n’ont pu répondre présents, s’affairaient à sauver ce qu’ils pouvaient à leur propre domicile. Cette situation explique le sentiment d’abandon par les autorités d’une partie de la population. D’autres dénoncent la mal gouvernance et les détournements à échelle industrielle pour expliquer les insuffisances des égouts d’évacuation des eaux de pluies. Il y eu aussi des traits d’humour sur les réseaux, l’un qualifiant Djibouti pays « immergeant » en attendant l’émergence, un autre déclamant sur un message ajouté sur sa photo, la flamme des Djiboutiens pour Ismaïl Omar Guelleh et s’engageant à le soutenir quoi qu’il advienne... : « Cala koulou hale Nihna maca Ismaïl ».

Dans certains quartiers la situation est dramatique, comme à Arrhiba où les habitants démunis de ce quartier, privé d’électricité depuis la veille des fortes intempéries, le 19 mai, n’ont pas hésité à bloquer la circulation sur le boulevard Hassan Gouled Aptidon (anciennement route d’Arta), artère principale au cœur de la capitale, pour montrer leur mécontentement devant l’absence de secours alors que le lotissement construit en dessous du niveau de la mer, est complètement immergé… les fosses septiques se mèlent aux eaux stagnantes, rendant le quartier complètement inhabitable. Hormis les vêtements qu’ils portent sur eux, ses habitants disent avoir tout perdu. Il aura fallu la venue sur les lieux du ministre de l’Intérieur, Hassan Omar Mohamed pour appeler les résidents à libérer la voie et promettre l’arrivée prochaine des secours, pour que la route soit réouverte à la circulation. Mais à bout de nerf et voyant les secours tarder, les jeunes d’Arrhiba ont à nouveau entravé la circulation. Les forces de sécurité ont du intervenir en fin de journée à l’aide de grenades lacrymogènes pour disperser le mouvement de contestation et libérer la voie.

Cyclone Mekunu… c’est imminent
Au delà de l’anecdote, cet incident d’Arrhiba est révélateur d’un sentiment partagé : l’organisation des secours a été désemparée devant l’étendu des dégâts. Une meilleure préparation aurait permis probablement d’atténuer la colère de la population. La détresse des habitants est telle qu’il n’est pas étonnant que des débordements aient eu lieu, lorsque la réponse des services de secours s’est montrée à ce point calamiteuse dans sa gestion de la crise.
Alors que l’on se relève à peine de la puissante tempête tropicale enregistrée à Djibouti, voilà qu’est annoncé une autre menace cyclonique possible dans les prochains jours. Le gouvernement tirera-t-il des enseignements des cafouillages constatés… mais pour cela il faut se dire la vérité. Comment se préparer pour éviter de reproduire les mêmes erreurs à la prochaine pluie ? On pourrait déjà commencer par tout simplement, après avoir identifié le personnel indispensable, le mobiliser la veille des intempéries, lorsque celles-ci, sont prévisibles et annoncées en amont, pour les déployer et agir dans les délais les plus courts. Le facteur temps est déterminant dans les situations d’urgence.

Mahdi A.


 
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