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Un orage d’une rare violence s’est abattu sur Djibouti
par Mahdi A., mai 2018 (Human Village 33).
 

La capitale était placée partiellement sur la trajectoire du cyclone dans la nuit de samedi à dimanche. Si le ciel a beaucoup grondé, ce sont surtout les pluies diluviennes qui ont entraîné les plus gros dégâts. Il est tombé par endroits, selon les services de la météorologie nationale, plus de 110 mm d’eau la nuit dernière en quelques heures. L’intensité de l’événement a surpris la population.

Ce matin c’est un spectacle de désolation
Le calme après la tempête… même si certains quartiers avaient des airs d’apocalypse ! L’intensité de la pluie était impressionnante, du jamais vu selon les personnes croisées ce matin. Elles relatent toutes un ciel qui s’est tout d’un coup assombri, de quelques gouttes et puis une importante pluie accompagnée d’éclairs par centaines [719 selon le décompte du service de météorologie] et le fracas de tonnerres assourdissants qui durant quelques heures, ont illuminé les cieux... Le ciel hier était déchiré par la foudre !
Concernant les habitations, des toitures ont été emportées, des maisons très endommagées du fait d’importantes infiltrations d’eau, mais dans une proportion qui reste à déterminer par les services d’urgence. Pareillement il y aurait aussi eu des blocs de quartiers privés d’électricité suite à l’arrachage de lignes à haute tension. Plus grave, les entrepôts de stocks alimentaires de l’ONARS, service clé du dispositif ORSEC pour secourir les populations sinistrées en produits de première nécessité en cas de calamité, auraient subi un incendie causant d’importants dégâts. L’ONARS étant lui même sinistré, et faute de plan B, il n’est pas impossible que l’Etat lance un appel à la solidarité, aussi bien nationale auprès des Djiboutiens fortunés et des grandes entreprises, qu’internationale pour parer au plus urgent et secourir les familles durement impactées en ce mois de ramadan.

De nombreuses rues se sont retrouvées sous plusieurs dizaines de centimètres d’eau
Ce matin tout un chacun pouvait faire le constat que, saturés, les égouts ont été incapables d’évacuer le trop-plein de pluie. Les canalisations sont bouchées ou partiellement entravées, ce qui a engendré un débordement des égouts publics. Les routes sont encombrées et très partiellement praticables, les premières opérations d’évacuation des eaux pour libérer les voies n’ont débuté qu’en fin de matinée.
L’évacuation de ces torrents d’eau se fait difficilement. En effet selon les estimations de la météorologie nationale, il est tombé à Arta de 19 mm, Djibouti-ville 28 mm, PK20 13 mm, Loyada 8 mm, Damerjog 20 mm, Iskutir 3 mm, Omar Jagah 5 mm, Petit Bara 64 mm, Ali Sabieh 9 mm, Holl Holl 20 mm, Goubetto 8 mm, Assamo 8 mm, Ali Addeh 15 mm, Dasbio 7 mm, Guellileh 3 mm, Kabah-kabah 12 mm, Doudouballaleh 4 mm, Guellileh 3 mm, aéroport d’Ambouli 110 mm, Tadjourah 11 mm, Randa 8 mm.

L’oued Ambouli est sorti de son lit et a largement débordé sur la chaussée coupant la capitale en deux durant plusieurs heures ; après s’être assuré que l’infrastructure du pont n’avait pas été endommagée par la crue, les services de sécurité ont finalement autorisé les véhicules à franchir l’ouvrage. Les autres passages en contre-bas reliant les quartiers de la capitale ont été condamnés par les services de police par mesure de sécurité. Il faut dire que l’oued avait un débit puissant, ne faisant qu’une bouchée de tout ce qui se trouvait sur son chemin… L’intensité de l’averse était exceptionnelle. Les enfants semblent apparemment les seuls à se réjouir de ces mini-inondations. Ils barbotent dans les eaux stagnantes comme s’ils étaient à la piscine…
Les interventions des différents services se multiplient pour un retour à la normale. Les motos-pompes des sapeurs pompiers ainsi que les services de l’assainissement sont mobilisés pour évacuer les eaux en fonction des urgences, quartier par quartier, rue après rue, faute de moyens adaptés et suffisants face à l’étendue de la calamité. Il sera procédé à la décrue progressivement. Fort heureusement, les rayons du soleil sont revenus dès l’aube et contribuent à résorber les difficultés.

Et maintenant, les dures leçons de Sagar
Par le passé nous avons déjà eu de nombreuses vies humaines perdues ainsi que la destruction d’importantes infrastructures avec les inondations de 1994 ou de 2004. Ces désastres aux coûts humains et matériels trop élevés avaient amené le gouvernement à lancer une réflexion afin que ces malheurs ne se reproduisent plus jamais. Elle avait conduit à prendre des décisions courageuses notamment le déplacement forcé de nombreuses familles et la déclaration de certaines zones non constructibles.
Ces inondations, contrairement au cyclone Sagar, ne sont pas des accidents mais des phénomènes cycliques et récurrents. Aussi peut-on se féliciter des mesures prises antérieurement et qui ont permis de sauver de nombreuses vies. On pense aux travaux de renforcement et d’aménagement de la digue d’Ambouli, financés par la Banque mondiale pour près de 20 millions de dollars. Le faible nombre de victimes humaines est déjà une victoire que l’on doit aux enseignements tirés des expériences de 1994 et 2004.

Le cyclone Sagar est un phénomène météorologique conjoncturel, c’est une première pour Djibouti. Et encore, notre pays n’est qu’une victime collatérale, atteinte que par la queue du cyclone, pourtant les dégâts sont énormes et risques d’impacter durement notre croissance ainsi que le plan d’investissement du gouvernement. Il avait été annoncé et le gouvernement avait pris les mesures utiles afin d’alerter la population à se préparer, mais cela s’est avéré insuffisant le choc ayant été trop brutal. Aucune préparation ne peut permettre de parer à un tel sinistre naturel tout au plus peut on amoindrir les séquelles.

A la suite des phénomènes d’inondations, des mécanismes nationaux de préparation, de gestion et de réponses aux désastres naturels avaient été mis en place. Qui fait quoi ? Quand ? Et surtout comment ? Le Secrétariat exécutif de gestion des risques de catastrophes (SEGRC) a ainsi vu le jour. C’est en quelque sorte l’équivalent du FEMA américain. Ce département a la responsabilité de coordonner toutes les institutions qui fournissent des données et celles qui disposent de moyens logistiques. Lesquelles ?
Dised, CERD, Agence nationale de la météorologie, et pour les moyens, la protection civile, l’ONARS, la police, la gendarmerie, l’armée, les gardes-côtes, les ministères sectoriels appropriés… Mais dans la réalité, cet outil est-il fonctionnel et surtout dispose t-il des moyens humains, matériels, et financiers nécessaires ? La législation lui reconnaît-il un leadership en période de calamité ? A l’image de sa grande sœur américaine, le SEGRC ne devrait-il pas, pour des raisons évidentes d’efficacité dans la gestion de la coordination, être placé sous l’autorité directe du chef de l’État plutôt que celle du ministère de l’intérieur ? Dans le même ordre d’idées, où en sommes-nous avec les plans ORSEC et POLMAR ? Sont-ils adaptés ou dépassés ? Est-il nécessaire de les remettre à jour ?
En outre disposons-nous d’une législation appropriée sur l’état de catastrophe naturelle ? Djibouti dispose-t-elle d’un fonds d’indemnisation des victimes de calamité naturelle ou son équivalent ? L’État dispose du Fonds de solidarité national (FSN), du secrétariat d’État aux affaires sociales. Mais comment est-il financé ? Comment y accède-t-on ? Quels sont les critères d’éligibilité ?
Le gouvernement devrait débuter dans les jours prochains l’évaluation du coût du sinistre. Pour ce faire, la Banque mondiale a mis en place un outil, le PDNA (Post Disaster Needs Asssessment). Ce mécanisme va demander du temps pour évaluer avec précision l’état des dommages dans la capitale et les différentes localités affectées. On parle de plusieurs millions de dollars au bas mot. Il faut se retrousser les manches pour rebâtir ce qui peut l’être, se mobiliser solidairement pour panser les plaies des sinistrés et redonner un visage un peu plus accueillant à notre capitale, qui a un air de champ de bataille après un conflit. Enfin il faut s’attendre, et donc se préparer, à accueillir convenablement des populations encore plus sinistrées que la notre, originaires des pays environnants qui, faute de pouvoir être pris en charge par leurs pays respectifs, risquent d’affluer en nombre vers nos frontières pour retrouver quiétude et soins le cas échéant.

Les autorités appellent la population à la vigilance face aux risques électriques pouvant provoquer des électrocutions. Les liaisons du ferry, suspendues, reprendront normalement demain selon les services des affaires maritimes. Il faut dire que la mer était démontée hier… Pour cause de cyclone, le ministère de l’éducation a annoncé le report des examens qui devait se tenir ce matin, dimanche 20, au mardi 22 mai.

Mahdi A.

 
Commentaires
Un orage d’une rare violence s’est abattu sur Djibouti
Le 21 mai 2018, par Jean-Michel ROUX.

Bonsoir,
Article intéressant par les précisions apportées sur les quantités d’eau tombées par lieu. Par contre, le terme cyclone est inadéquat. Non seulement il ne s’agissait "que" d’une tempête tropicale, mais en plus l’épicentre a atterri à 250 km de Djibouti au Somaliland. Enfin, du vent était prévu jusqu’à 40/50 km/h et finalement, et c’est une grande chance, il n’y a quasiment pas eu de vent. Donc, attention à ceux qui cherchent à se cacher derrière le mot cyclone pour minimiser des responsabilités derrière l’aspect catastrophe naturelle...


Un orage d’une rare violence s’est abattu sur Djibouti
Le 25 mai 2018, par BRETON JEAN-FRANCOIS.

Cher Mahdi,

Merci pour ce témoignagne terrible et bien documenté.
J’étais à Addis ce jour-là, il a aussi grélé quelques heures.
Maintenant je suis de retour à Paris.
Amitiés à toi
Jean-François

 
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