Human Village - information autrement
 
L’heure de la délivrance est toute proche !
par Mahdi A., janvier 2018 (Human Village 32).
 

Diffusée jeudi 25 janvier 2018 au cours du journal télévisé de 15h en langue française sur les ondes de la RTD, les Djiboutiens ont pu assister à la remise officielle en main propre, des dossiers constitués indispensables pour concourir aux législatives du 23 février, au ministre de l’intérieur, Hassan Omar Mohamed, par les différents partis ou groupements politiques qui « postulent ».

Voici ce qu’il faut retenir :

RégionInscritsBureauxListesNombre RégionInscritsBureauxListesNombre
Djibouti 125 689 269 UMP ; UDJ-PDD 2 Ali Sabieh 13 801 38 UMP ; CDU 2
Dikhil 19 513 57 UMP 1 Obock 9 920 33 UMP 1
Arta 8 355 23 UMP 1 Tadjourah 16 891 48 UMP ; ARD ; UDJ-PDD 3
Total 194 169 468

Un climat de tension … et des remous au sein de la majorité
L’UMP est le seul groupement politique a avoir investi 65 candidats aux législatives. Cette incroyable machine électorale aux moyens illimités domine la vie politique nationale. Non sans couacs, au vu des tensions qui secouent cette coalition dont la clé de voûte est le RPP, cumulant quarante années de pouvoir sans discontinuité. Jouant le rôle pivot dans la coalition qui la lie aux PSD, UPR, FRUD, et PND, il règne sans partage sur les choix des investitures à la députation des membres de ces partis, prenant grand soin de sélectionner les meilleurs d’entre eux... Les mêmes critères guident le choix de ceux retenus au gouvernement ! Certains observateurs trouvent des similitudes entre le fonctionnement de l’UMP et de la coalition du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), où la surreprésentation du TPFL en son sein est à l’image de celle du RPP. Cette situation a conduit certains responsables du FRUD, dont notamment Bolock Mohamed Abdou [1], à prôner une rupture avec la première force politique du pays, le tout puissant RPP. Dans un texte publié sur sa page Facebook et intitulé « Le FRUD ou comment une organisation dynamique, révolutionnaire et démocratique s’est auto-anéanti », il pose un diagnostic sur l’état de cette alliance politique. Selon lui, elle serait déséquilibrée et aurait conduit le FRUD dans une « impasse politique ». Il estime que son parti a été roulé dans la farine, pointant du doigt la roublardise, « la mauvaise foi de son allié », sa « brutalité et irrespect » à l’égard de son mouvement politique. Il prévient finalement, pour ce que cela vaut, comme une mise en garde : « on ne va pas se laisser faire. Désormais on va répondre ».
« Poussant son avantage jusqu’à l’extrême, l’UMP a voulu récidiver pour ces législatives du 23 février 2018, en constituant tout seul la direction de la campagne et en proposant aux dirigeants du FRUD de faire valoir leur droit à la retraite politique et déguerpir. Le RPP n’avait pas compris que les dirigeants du FRUD se trouvaient dans leur dernier retranchement et qu’ils allaient réagir pour une fois. Leur réaction a été telle qu’on a évité, non pas la rupture, mais le pire de justesse. Le RPP a été tellement surpris de la réaction que c’est le président en personne qui a tranché en leur faveur. Mais le mal était fait et le feu couve !
[…] En effet le FRUD prend conscience de plus en plus que dans les circonstances actuelles c’est plus son allié qui a besoin de lui et non l’inverse. Mais aussi qu’il a besoin de prendre du recul et de faire le bilan pour se reconstituer et se refonder. Pour cela, le FRUD doit d’abord et avant tout se débarrasser des corps étrangers que lui a greffé le RPP et se réconcilier avec sa base. Jusqu’à présent au sein du FRUD, les ambitions personnelles l’avaient emporté sur l’enjeu collectif et on a vu sur quoi elles ont abouti. […] Le FRUD ne doit pas avoir peur de se retrouver dans l’opposition et de rompre l’alliance en cas de refus de son point de vue. En tout cas, ne plus accepter les humiliations. C’est la fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère et on doit se préparer en conséquence. On en reparlera ! »
Dans ce regard sans concession, Bolock Mohamed Abdou met en lumière avant tout la crise d’identité qui secoue le mouvement du FRUD, considérant qu’il se serait fourvoyé en s’associant à une mascarade d’alliance politique et que son parti aurait perdu électorat, militants ainsi qu’influence dans cette union contre nature. Il dévoile le fait que celle-ci a failli rompre et qu’il s’en serait fallu de peu de provoquer un séisme politique avec la rupture envisagée très sérieusement par son courant politique... sous entendant par voie de conséquence un retour au maquis pour la reprise de la rébellion armée !

Des désignations à la députation contestées avec véhémence...
La sélection des candidats cristallise ainsi les tensions entre les leaders. Elle fait ces derniers jours l’objet de fréquentes accusations croisées de parachutages, de favoritisme et de manipulation. Le RPP est confronté à la plus grave crise de sa coalition, tous les partis membres (PSD, PND, FRUD, UPR) sont sur les dents et estiment ne pas être suffisamment payés en retour de leur soutien indéfectible. Pour autant le RPP a t-il des raisons de s’inquiéter de ces menaces de divisions ? Quel est le poids politique du PSD, du PND, l’UPR… et même du FRUD ? Le FRUD et le PND ne disposent même pas de sièges pour réunir leurs instances et militants. Le PSD possède le sien, à la cité Progrès, mais c’est un lieu toujours désert et fermé depuis des lustres. L’UPR a colé son sigle sur le mur d’une bâtisse abandonnée qui a plus l’air d’une décharge publique que d’une instance politique… Comment expliquer une telle situation alors que ces partis membres de la majorité présidentielle perçoivent pourtant un financement public que l’on peut estimer comme correct ?

Effectivement ces mouvements coalisés ont des raisons de s’émouvoir de ne pas être consultés même pour des discussions exploratoires, lors de l’élaboration des listes des candidats à la députation ou du choix des membres du gouvernement qui vont représenter leurs couleurs mais finalement… à qui la faute ?

C’est un secret de Polichinelle que l’immense majorité de la population porte peu de crédit à ces dirigeants politiques, qu’elle accuse d’avoir vendus leur âme contre véhicules de prestige, accès privilégiés aux marchés publics de travaux, logements douillets et monnaies sonnantes et trébuchantes. Pourquoi le RPP les consulterait-il ? Il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître qu’ils ne pèsent vraiment pas lourd dans la balance électorale. Leurs mouvements s’apparentent davantage à des « coquilles vides » électorales sans militants, à des pions que l’on déplace au gré de ses envies dans une scène de théâtre composée essentiellement à l’usage de la communauté internationale, qu’à des structures politiques réellement guidées par la défense d’idéaux humanistes, voire démocratiques… Pourtant ils se rebiffent, montrent les crocs pour installer leurs affidés à l’accès aux ressources – puisque c’est là que le bât blesse. Mais il n’est pas dans les habitudes de la première force politique du pays de mener des pourparlers avec ses partenaires sur la répartition des uns et des autres à la députation, au gouvernement, ou la nomination de responsables de formations politiques à des fonctions importantes dans l’administration publique.
Ces décisions sont considérées comme relevant de la seule prérogative du président du RPP, Ismaïl Omar Guelleh... Il ne mégote pas sur ce point, la décision finale lui appartient ! La raison est simple : une ferme volonté de contrôler le type de candidat sélectionné pour servir à ses côtés, afin de s’assurer qu’il ne réponde que de lui. Les bienfaits qu’offrent la charge octroyée assurent d’une certaine manière la fidélité… N’empêche l’heureux désigné conservera l’étiquette du courant politique auquel il est censé appartenir... il faut préserver les apparences ! Rien de nouveau sous le soleil donc, ce qui nous amène à supposer que, malgré les distensions, les coups de rage, les colères, l’egos blessés de certains, la coalition « EPRDF » locale ne cèdera pas et restera unie. Le RPP saura panser, comme à l’accoutumée, les susceptibilités égratinées des ténors de ces mouvements politiques « fantômes », contraints de céder !

Seidik Abba, chroniqueur au quotidien Le Monde Afrique lève quelque peu le voile sur le fonctionnement des partis politiques en Afrique de l’Ouest, à s’y méprendre on pourrait croire qu’il relate une réalité djiboutienne… : « Certaines formations politiques n’ont pas de sièges, ni même de secrétariat. Le parti se résume finalement au président-fondateur, à son épouse, qui en est souvent la trésorière, à sa belle-fille qui assume le commissariat aux comptes et aux membres de « la famille africaine ». C’est-à-dire les frères, les cousins, les neveux, les oncles… […] La noble démarche de créer une formation politique pour participer au débat démocratique, contribuer à la formation civique et politique des citoyens a été dévoyée puis transformée en moyen de lever des fonds… très souvent, les finances du parti se confondent avec la poche du président-fondateur. Il s’y ajoute pour lui la possibilité de décrocher des subventions publiques. En l’absence des critères précis d’attribution des fonds publics, les formations politiques réclament souvent un traitement égalitaire. […] Au-delà de ces avantages en espèces sonnantes et trébuchantes, le président-fondateur peut négocier le ralliement du parti à la majorité au pouvoir. Qu’importe qu’il y ait un accord de gouvernement préalable ou une proximité idéologique. L’essentiel étant de rejoindre l’équipe au pouvoir et d’être « à la mangeoire » [2]. Il aurait pu ajouter que le fonds de commerce des mouvements politiques peut se transmettre naturellement à la progéniture de ses fondateurs !

Communiqué de l’ARD
Le secrétaire général de l’ARD « autorisée », tête de liste à Tadjourah, Hassan Mohamed Hassan « Dilleyta Tourab » a diffusé un communiqué hier, vendredi 26 janvier, intitulé « Législative 2018 : participer par principe ». Dans ce document diffusé sur les réseaux sociaux, il explique les raisons de sa participation à ce scrutin législatif bien que les conditions de transparence ne soient pas réunies selon lui. Il dénonce des « risques avérés de fraude, du fait d’un Conseil constitutionnel et d’une CENI dépendant de l’exécutif », a t-il notamment déclaré.
Il considère que « (r)eplonger une nouvelle fois dans l’inertie du boycott nous a semblé absolument contre productif, pire : cela aurait été un refus de combat, une fuite en avant devant une adversité calamiteuse car jamais sous ce régime, CENI et Conseil constitutionnel ne répondront aux exigences des démocrates. Parce que, pour exiger, il faut s’imposer dans sa détermination, et non pas quitter le jeu par le boycott.
C’est pourquoi, après avoir examiné la situation prévalant, l’ARD a décidé de participer aux élections législatives du 23 février 2018, en présentant une seule liste, dans la circonscription de Tadjourah. Pour y remporter la victoire, incha Allah ».

Dans le cadre de cette grande échéance électorale, Human Village rencontrera, sous forme d’interviews exclusives, toutes les têtes de listes qui accepteront de nous recevoir, afin de les questionner sur leur programme, les ambitions qu’ils veulent porter et leur recette pour lutter contre les différents maux qui dévorent notre société de l’intérieur.

Mahdi A.


[1Frère de Aden Mohamed Abdou président de l’ARD, non autorisée.

[2Seidik Abba, « Multipartisme en Afrique : les bons comptes des “présidents-fondateurs” », Le Monde, 7 avril 2016.

 
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