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Seize personnes tuées par l’armée en Oromia
par Mahdi A., décembre 2017 (Human Village 31).
 

« Le président de l’Oromia a promis une enquête rapide sur un affrontement dans la ville de Chelenko, à l’est de la région, dont le bilan est de seize victimes. » [1].
Selon le journal éthiopien en ligne Horn Affairs en date du 14 décembre, une intervention des forces fédérales pour disperser une foule aurait causé le décès de seize personnes et treize blessés. Les manifestants avaient bloqué un important axe routier et projetaient de se venger d’un meurtre survenu la veille, dimanche 9 décembre, qui aurait été commis par les forces de polices somaliennes du Liyu police [2], dans le kebele de Serkema.
L’armée fédérale éthiopienne serait intervenue dans ce contexte, notamment dans la localité de Chelenko, de la woreda de Meta en région Oromia, pour ouvrir la voie de circulation mais aussi s’opposer aux règlements de comptes entre les communautés. Les forces de l’ordre n’y seraient pas allé avec le dos de la cuillère pour disperser les attroupements, la répression a été violente.

Vol de bétail
« La nature du conflit à Serkema n’est pas entièrement connue. Des sources de la région somalienne ont déclaré à Horn Affairs que les Somalis tentaient de récupérer plus de cinquante chameaux, qui avaient été capturés par un groupe d’hommes oromos quelques jours plus tôt. Les sources ont affirmé que les chameaux appartenaient aux sous-clans de Rerekun et Ferbula d’Issa et que l’armée fédérale a failli à ses promesses de récupérer les chameaux » [3].
A l’origine de ce nouveau différend communautaire, il y aurait le vol de plus d’une cinquantaine de chameaux. Ces violences entre Somalis et Oromos [4]s’inscrivent dans un climat tendu où les populations oromos se sentent livrées à elles-mêmes face à la Liyu, Elles considèrent que ces forces spéciales bénéficient d’une impunité dans les crimes qu’elles commettraient pour soutenir leur communauté lors de différends sur les territoires disputés. Les deux communautés – somalie et oromo - s’accusent mutuellement des pires atrocités. Les réactions à ces accusations sont explosives, prenant jour après jour des proportions de plus en plus inquiétantes. Les débordements signalés jusqu’à l’intérieur des universités font craindre que le brasier soit d’ors et déjà hors de contrôle… La presse éthiopienne évoque des expéditions punitives estudiantines meurtrières qui se seraient notamment déroulées dans des dortoirs, allant jusqu’à des défenestrations d’étudiants la nuit tombée… Un sentiment général délétère de suspicion et de peur a envahi les différentes communautés. On le serait pour moins !
« La tension s’est intensifiée dans les universités éthiopiennes, quatre étudiants ayant été tués dans trois universités en l’espace d’une semaine. Le lundi 11 décembre, vers la mi-nuit, deux étudiants de l’université de Wollega, campus de Shambu, ont été tués après avoir été attaqués dans leur dortoir.
Selon les membres du personnel de l’Université, parlant à la radio VOA, les étudiants décédés sont originaires de Tigray. L’un a été jeté du bâtiment, l’autre a été tué à l’intérieur du dortoir » [5]
Concernant les étudiants désertant les universités gagnées par la violence, le ministre de l’Éducation, Tilaye Gete, a expliqué dans un entretien au journal éthiopien FBC que le gouvernement avait pris des mesures afin de rétablir le calme et la sécurité dans celles-ci. « [Les troubles] ont été créés par quelques étudiants soutenus par des forces actives dans la lutte contre le processus de développement et de démocratisation en cours dans le pays. Le gouvernement est convaincu que les problèmes sont complexes et nécessitent des solutions durables », a-t-il notamment déclaré au sujet des troubles estudiantins [6].

Les Etats Unis d’Amérique condamnent les violences sur la population et appellent à enquêter sur les crimes
« Nous sommes troublés et attristés par les informations faisant état de violences ayant entraîné des morts et des blessés dans la ville de Chelenko et dans plusieurs universités au cours des deux derniers jours. Nous présentons nos condoléances aux familles et aux amis des victimes. Il est important que le gouvernement éthiopien garantisse la sécurité de tous les citoyens éthiopiens et rende responsables ceux qui sont responsables de la violence », indique le communiqué de l’ambassade américaine en Ethiopie, publié le 13 décembre [7].
Horn Affairs signale que dans la même journée d’hier, le président de la région de l’Oromia, Lemma Megersa, intervenant sur les ondes de la télévision locale, a annoncé diligenter une enquête afin de déterminer les responsabilités de chacun dans les exactions commises, tout en qualifiant l’intervention militaire comme « illégale » selon la chaîne officielle de la région, OBN Amharic. « Une enquête rapide sera menée pour tenir les solidaires responsables et informer le public sur les circonstances, a promis le président régional » [8] Cela sera t-il suffisant pour apaiser la rage des Oromos ?

Le phénomène de violence interpelle les autorités aussi bien fédérales que régionales
Bien que le gouvernement ait décrété la fin de la « récréation » en Conseil de sécurité le 10 novembre dernier [9], interdisant les rassemblements et les manifestations de protestation sur l’ensemble du territoire, le feu ne s’est pourtant pas estompé… Un rapport récent sur la situation sécuritaire du département de protection et de sécurité du personnel des Nations unies (UNDSS) [10] confirme que cette situation demeure « volcanique » et fait état de graves violences dans de nombreuses localités. Les brindilles de la discorde se seraient propagées à presque toutes les régions à l’exception de la capitale, Addis Abeba. L’Oromia serait la plus durement meurtrie [11].

Mahdi A.


[1Daniel Berhane,« Oromia president denounces as Chelenko’s death toll increases », Horn Affairs, 14 décembre 2017.

[2Force créée en 2008, en réponse à l’attaque en 2007 par l’Ogaden national libération front (ONLF) d’une exploitation énergétique, qui avait entraîné la mort de 74 ingénieurs chinois et militaires éthiopiens.

[3« Oromia president denounces… », op. cit.

[4« Violences entre Somalis et Oromos en Éthiopie », Human Village, septembre 2017.

[5Daniel Berhane, « Student ​murders, ethnic tension in Ethiopian Universities », Horn Affairs, 13 décembre 2001.

[8« Oromia president denounces… », op. cit.

[10UNDSS, « Weekly Security Update 01 December – 07 December 2017 ».

[11« La colère oromo se double d’une crise politique », Human Village, octobre 2017.

 
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