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La géothermie à Djibouti
 

Abdou Mohamed Houmed est le chef du département géothermie d’Électricité de Djibouti.

Pourriez-vous nous présenter le projet de la géothermie dont on a tant parlé durant plusieurs décennies ?
Avant de vous présenter le projet en question je voudrais tout d’abord m’attarder sur les raisons qui ont conduit à se lancer dans cette grande aventure de la géothermie à Djibouti. Il s’agit tout simplement de savoir que notre territoire national présente des conditions exceptionnellement favorables pour le développement industriel de l’énergie géothermique.
Sur le territoire national de la République de Djibouti se trouve en effet la frontière de la séparation entre les plaques tectoniques africaine et arabique, marquée par un rift océanique. Cette morphologie géologique, complétée par une étude du potentiel géothermique fait que le gouvernement est persuadé qu’il s’agit là d’une énergie prometteuse pour le développement socio-économique de notre pays. Dans ce cadre géologique la vocation géothermique de Djibouti devient évidente. L’objectif de développement de ce projet est de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des carburants importés afin de satisfaire nos besoins.
A Djibouti le développement des ressources géothermiques est une nécessité parce que c’est une énergie renouvelable disponible sur place, susceptible d’être exploitée à grande échelle et de remplacer les centrales thermiques actuelles, elle est également fondamentale pour la diversifi cation stratégique énergétique du pays.

Parlez-nous un peu de l’historique de l’exploration géothermique à Djibouti.
C’est vrai que le chantier de la géothermie a démarré bien avant l’Indépendance et que malgré plusieurs explorations, le pays n’est pas encore connecté à cette énergie.
Cependant la reconnaissance, l’exploitation et l’évaluation d’une telle ressource qui relève du domaine minier, demande des programmes conséquents où le temps, l’investissement et surtout la technologie constituent des facteurs primordiaux avant toute exploitation industrielle.
Dans l’historique de l’exploration on peut distinguer quatre étapes :
La première étape (1970-1975) concerne l’exploration géothermique dans la région d’Assal, site sélectionné parmi d’autres après avoir mené des études géologiques, géophysiques, géochimiques et forages de gradient. Le principal résultat de ces travaux effectués s’est concrétisé par la réalisation des deux forages (A1, A2) au Goubet. À la suite de tests, un puits s’est révélé improductif (A2) et l’autre (A1 ) producteur d’un fluide excessivement salin.
La seconde étape (1980-1985) a trait à l’inventaire des manifestations thermales existantes sur le territoire national, par la suite de différentes études géologiques, géophysiques et géochimiques ainsi que des forages de gradient qui se sont concentrées dans la zone du Hanlé. L’État des résultats de ces études ainsi que les conditions logistiques ont permis de porter le choix sur la zone du Hanlé pour la phase exploratoire d’un projet de développement des ressources géothermiques.
La troisième étape (janvier 1987-juillet 1988) a été marquée par la mise en valeur des ressources géothermiques, notamment dans la plaine du Hanlé. Cela s’est concrétisé par la réalisation des deux forages profonds, atteignant respectivement les profondeurs de 1623m (Hanlé 1) et 2038m (Hanle2). L’objectif poursuivi par cette exploration profonde consistait, d’une part, à trouver une imperméabilité suffi sante pouvant fournir un débit intéressant et, d’autre part, une température minimale de 180-200°c permettant d’assurer la production de la vapeur.
La quatrième étape (1989-avril 1990) concerne l’étude d’incrustation et de corrosion, réalisée dans le but d’obtenir des éléments indispensables pour réduire le risque de la phase de développement.
Cette étude permettrait par la suite de mieux apprécier les effets induits par les incrustations et les corrosions et de proposer les techniques à adopter pour permettre l’exploitation optimale du réservoir géothermique d’Assal.

Quels sont les résultats obtenus lors de la réalisation de la phase exploratoire du projet de développement géothermique ?
Cette exploration a vu la réalisation de six forages dont les profondeurs s’échelonnent entre 1100 et 2105m. Compte tenu des résultats des deux forages réalisés à Hanlé, il a été admis que la zone du Hanlé ne s’apprêtait pas à une exploitation de l’énergie géothermique pour la génération électrique en raison de faibles valeurs de la température, bien que les débits soient particulièrement intéressants. Il était donc nécessaire de substituer à Hanlé une nouvelle zone où le projet pourrait se poursuivre dans l’exploration géothermique. Tenant compte de la mise en valeur d’un réservoir géothermique à fluide sursalé (BFGM 1975) et, surtout, du développement au cours de ces dernières années de nouvelles techniques de production et d’exploration de ces mêmes fluides, la zone d’Assal située entre le Ghoubet et le lac Assal a été finalement choisie. La poursuite du projet a abouti à la stratégie de reconnaissance du réservoir depuis la zone externe jusqu’à l’axe du rift d’Assal.
Cette approche avait pour but d’avoir une première idée sur l’extension du reservoir, les variations de la perméabilité à grande échelle et l’étude de l’évolution de la salinité du fluide.
Parmi les quatre forages réalisés dans cette zone, deux se sont avérés productifs (Assal 3 et Assal 6) et les deux autres se sont avérés secs (Assal 4 et Assal 5) mais avec des températures trop élevées (360°C).
Les résultats de l’étude d’incrustation et de corrosion ont permis de préciser les natures des problèmes liés à la maintenance et ont abouti à un certain nombre de recommandations sur le nettoyage mécanique du forage et les équipements de surface ainsi que l’utilisation des inhibiteurs et les coûts afférents aux deux solutions.

Quelles sont les contraintes et les difficultés rencontrées durant l’exploration géothermique dans la zone d’Assal ?
Dans le cadre de la recherche et de la mise en valeur des ressources par la société américaine GDA et le programme régional intitulé ARGEO).
Ce partenariat conclu avec l’Islande, pays disposant d’un capital d’expérience bien établi dans ce domaine et dont Djibouti partage des similitudes géologiques, la coopération est centrée sur l’exploitation du réservoir géothermique de la région d’Assal afin que Djibouti puisse bénéficier de la compétence de ce partenaire en matière de technologie.
La société Reykjavile Energy à laquelle la concession provisoire a été octroyée a déjà réalisé l’étude de préfaisabilité à partir du mois d’octobre 2007 au mois de mars 2008. Des accords concernant les grandes lignes d’un accord de projet et d’achat d’énergie ont été signés au mois d’avril 2008. Avec ces accords la société Reykjavikl Energy Invest pourrait réaliser les autres phases du projet de développement géothermique, à savoir, une étude de faisabilité concernant la réalisation des trois forages profonds de 2500 m de profondeur ; ce qui permettrait de confirmer les ressources déjà existantes qui ne sont pas quantifiées à ce jour ; la construction d’une centrale électrique fonctionnant à l’énergie géothermique d’une capacité de 50mw dans un premier temps et une seconde si la capacité permet d’aller jusqu’à 150mw. Cette phase de faisabilité est en cours de réalisation bien que cela a pris beaucoup de retard faute de financement. La société Islandaise Reykjavik Energy semble être convaincue de la concrétisation de ce projet qui aboutira à l’industrialisation du champ géothermique dans le rift d’Assal.

Quelles sont les perspectives de développement de ce projet dans l’avenir ?
D’une manière générale, dans l’état actuel des choses, on peut dire que l’épuisement programmé des réserves d’énergie fossiles, la nécessité de préserver l’environnement et le réchauffement climatique dû à l’effet de serre imposent de faire toutes leurs places aux énergies renouvelables ; la géothermie fait partie de celles-ci. Dans le contexte du projet de développement géothermique de Djibouti, les atouts favorables au développement de ce projet sont au nombre de quatre selon moi : La volonté du gouvernement de Djibouti à consentir de gros efforts considérables pour mettre en valeur les potentialités du pays en géothermie, d’autre part les facilités offertes par le code d’investissement au secteur privé ainsi que les efforts fournis par le gouvernement pour la réalisation de ces objectifs, ainsi que l’implication du secteur privé dans le développement de la géothermie, et enfin j’ajouterais, la mise en place du programme régional intitulé ARGEO bénéficiant d’un soutien financier de nombreux bailleurs de fonds Tous ces facteurs nous prouvent que le projet de développement géothermique de Djibouti pourrait aboutir à une concrétisation d’une éventuelle industrialisation du champ géothermique Assal dans les années à venir.
Ceci permettra sans aucun doute à terme à la population djiboutienne d’avoir à leur portée une énergie nationale propre et à moindre coût.

Filsan Abdi Omar

 
Commentaires
La géothermie à Djibouti
Le 26 décembre 2015, par mahad hassan.

A. Quelles sont la différents type de geothermie existe-on a l’Obock ? B. Comment se manifeste-elle la géothermie d’Obock ?


La géothermie à Djibouti - Exportation de la technologie en Afrique
Le 3 février 2016, par FREMONT Guy.

Le niveau d’avancement du Projet permet-il déjà une exportation, par les Djiboutiens, de la technique vers d’autres pays africains à fort potentiel géothermique, tels que ceux situés sur la ligne volcanique (active) du Cameroun à l’Ouest, où encore rien n’a été fait.


La géothermie à Djibouti
Le 25 avril 2017, par Abdoulkader Mahamoud .

je prépare mon mémoire de fin mon étude licence mon thème se géothermique donc je veux sa voir plus que sa alors vous pouvez m’aidé

 
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