Human Village - information autrement
 
Pour la scolarisation des plus démunis
par David Octor, mai 2008 (Human Village 2).
 

Parmi les devoirs régaliens d’une République, il en existe un qui s’impose de manière impérieuse à toute société soucieuse de prendre le chemin de la prospérité : l’éducation. En effet on ne peut plus, dans un monde devenu, par le biais de la communication, exigeant en matière de savoirs, faire l’économie d’un système éducatif performant autant qu’émancipateur.
De facto, Djibouti se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : la croissance s’ancre chaque jour un peu plus et les perspectives n’ont jamais été si souriante. Pourtant selon le rapport national du PNUD sur le développement humain, l’éducation et par extension la formation demeure un défi. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le taux d’alphabétisation des 15 ans et plus reste, à Djibouti autour des 60%, inférieur à celui des pays dit « les moins avancés ».
Pour autant on aurait tord de penser que l’alphabétisation est une continuelle stagnation. L’analphabétisme est en fort recul depuis l’indépendance et la dynamique semble se poursuivre. A ce stade, on peut s’interroger comment concilier les exigences d’un nouveau monde du travail âpre et une scolarisation relativement faible, cette dernière constituent le ferment de l’analphabétisme ?

La question, hors de tout investissement conséquent et une refonte idéologique des voies de formation, ne peut trouver de solution immédiate.
Au demeurant, il serait malvenu de jeter trop vite la pierre à une institution qui maximise ses efforts pour la fréquentation des écoles – devenue obligatoire en 1999 – ou la réduction des disparités filles/garçons. L’Education nationale, encore jeune et souvent exposée notamment dans les districts de l’intérieur à certaines résistances traditionnelles, reste constamment confrontée à la « sous-scolarisation », bien plus encore lorsqu’il s’agit des filles. C’est que l’émergence d’une réelle scolarisation ne peut se faire en calquant un modèle occidental sur une société d’essence pastorale. Aussi, le problème peut se poser en d’autres termes : comment faire en sorte que des élèves liés à l’économie pastorale et ses contraintes soient scolarisés dans de bonnes et favorables conditions ? Voilà un défi que Djibouti s’applique à relever.
Depuis février 2006, en complément des efforts initiés depuis novembre 2003 par le projet AIDE, l’Ambassadors girls scholarship program (AEI-AGSP) ou, en français, le programme de bourses pour la scolarisation des filles, est une composante de l’initiative pour l’éducation en Afrique initiée par le président des États-Unis. Il s’agissait, sous la direction de l’USAID, d’attribuer à des jeunes filles des bourses d’étude leur permettant d’aller au bout de leur scolarité.
Depuis son lancement à Djibouti, le succès du programme ne s’est pas démenti. 1000 bourses ont été attribuées à des filles de tous les districts et de la capitale. Fort de ce succès, le programme de bourses s’est étendu aux garçons : aujourd’hui 334 garçons scolarisés au primaire et vivant dans les régions de l’intérieur en bénéficient.

On pourrait soupçonner un coup d’épée dans l’eau si le programme se contentait de distribuer des bourses hors de tout contrôle mais ici ce n’est pas le cas.
Tout d’abord aucune contribution financière n’est directement versée aux bénéficiaires, ce qui peut paraître étonnant pour une bourse d’étude mais s’explique facilement. Chaque bénéficiaire est doté d’un « trousseau » qui comprend un sac d’école, toutes les fournitures scolaires, des vêtements (chaussures, tunique), le paiement des frais de manuels dans les CEM ainsi que tout ce qui est nécessaire aux enfants qui résideront dans des dortoirs des chef-lieux de Dikhil et Tadjourah (draps, pyjamas). On aperçoit d’ores et déjà le bénéfice de cette démarche : hors de toute contribution numéraire, l’élève se trouve en possession d’un « patrimoine scolaire » qu’il lui appartient de valoriser.
De même l’élève n’est pas livré à lui-même. Grâce à un système de monitorat animé par des bénévoles, l’élève se trouve un référent susceptible de l’aider, de le conseiller et l’encourager dans ses études. Cet encadrement est étendu à l’acquisition de connaissances liées aux aptitudes de la vie quotidienne, comme l’importance de l’éducation, l’environnement, l’égalité des chances et divers autres thèmes. Dans le domaine de la santé par exemple, un programme de sensibilisation au VIH/SIDA à destination des collégiens est animé par des mentors-pairs-éducateurs.
Il convient en outre de signaler que, le cas échéant, des cours de soutien mis en place avec le concours des établissements scolaires viennent en aide aux bénéficiaires en difficultés scolaire, et des frais de transport sont pris en charge. Ce dernier point permet de résoudre les soucis de convergence aux chefs-lieux du district ou de faire face aux longs trajets auxquels sont confrontées certaines des filles résidant dans la capitale.
Pour parachever le descriptif, ce programme s’adresse aux couches les plus défavorisées pout lesquels l’éloignement, le manque de moyens ou la santé ne permettent pas d’avoir un accès aisé à l’enseignement. Les bénéficiaires sont ainsi sélectionnés par des comités locaux rassemblant enseignants, chefs d’établissements et parents d’élèves, à même d’identifier les élèves répondant aux critères d’obtention.


Ce travail mené tambour battant par l’USAID comporte aussi un aspect facilitateur : il propose une expérience dont les retombées pourrait être d’une grande aide pour le ministère de l’Éducation. Avec l’obtention de données fiables sur la scolarisation des plus démunis, le constat des progrès des élèves liés à la facilitation logistique, ce programme fourni de précieux renseignements dont on peut tirer des enseignements. Au su des performances de ce programme (en 2007, le taux de déperdition est évalué à 2% et le taux de passage à près de 80%), le programme a été reconduit jusqu’en 2009.
Pour l’heure, on ne peut que ce féliciter d’une initiative qui a permis de dégager les obstacles de bien des élèves afin de leur permettre d’accéder à un enseignement qui leur sera utile au jour où, citoyens qu’ils seront devenus, il leur appartiendra, par leur travail ou leurs idées, de changer la société pour le meilleur.

David Octor

 
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