Human Village - information autrement
 
En aparté avec… Dileita Mohamed Dileita
par Mahdi A., mai 2008 (Human Village 2).
 

L’hebdomadaire The Economist en date d’avril 2008 compare Djibouti au Saint-Tropez de l’Afrique de l’Est. Ne pensez-vous pas que cette comparaison est un tant soit peu exagérée, d’autant plus que le rapport national sur le développement humain, dont le lancement vient juste d’avoir lieu, estime le niveau du chômage à près de 60% de la population active ?
Djibouti n’est pas Saint-Tropez, je crois que tout le monde en est conscient, y compris même l’auteur de l’article. Globalement ce que je retiens de cet article, c’est que son auteur souligne les bouleversements économiques que nous connaissons, et c’est un fait incontestable. Les perspectives de développement économique à moyen terme de Djibouti sont favorables. La croissance est estimée entre 5,7 et 7% entre 2007 et 2011. Je ne vois que des avantages à ce qu’un magazine international, référence pour les questions économiques et disposant d’une large distribution tel que The Economist, contribue à nous faire connaître comme un pays où il fait bon investir. Les investissements massifs de capitaux étrangers et notamment en provenance principalement des pays du Golfe, les différents projets en cours de réalisation ou à venir sont énumérés dans cet article, sont une excellente chose. Ces investissements participent grandement à la création de richesses, ils appuient notre stratégie de développement pour faire de Djibouti le grand hub dont nous rêvons. Je peux annoncer que nous allons poursuivre nos efforts dans cette direction, renforcer nos infrastructures, nos services, pour rendre notre position stratégique de plaque tournante encore plus attractive dans ce grand échiquier du transbordement et des routes maritimes qui se noue.

Pensez-vous que la République de Djibouti est en bonne voie pour atteindre ses objectifs du Millénaires ?
Il est absolument nécessaire de continuer à progresser dans la réalisation de nos objectifs du Millénaires, d’autant plus qu’une grande majorité de nos citoyens vivent en dessous du seuil de pauvreté, en particulier en milieu rural. Mais ces objectifs du Millénaires ne pourront être atteints que si la communauté internationale appuie davantage les efforts du gouvernement dans son programme de développement économique et social. Il faut plus d’argent, plus de moyens, et ne plus continuer à faire comme si de rien n’était. Sans l’apport décisif d’investissements plus importants, la pauvreté ne pourra être éradiquée.
Toutefois je voudrais souligner les progrès substantiels qui ont été enregistrés dans le domaine de l’éducation, de la santé et de l’eau depuis 2000. Nous assistons à un doublement du taux net de scolarisation qui est estimé à plus de 66% en 2006. Concernant la santé, il mérite de signaler que la mortalité infanto-juvénile a baissé de 69% environ entre 2000 et 2006. Enfin quant à l’eau, nous connaissons une progression confortable de 10% pour la période. Mais les efforts doivent redoubler, et j’ai eu l’occasion de m’entretenir sur ce sujet avec Madame Alsoswa, sous secrétaire-générale des Nations-unies lors de son récent séjour à Djibouti, mais également sur les voie de coopération possibles entre la République de Djibouti et le système des Nations-unies afin de nous appuyer au mieux pour atteindre les objectifs du Millénaires. Nous sommes en attente des différentes requêtes que nous avons formulées.

L’intérieur du pays connaît une extrême sécheresse une paupérisation de la population rurale, quelles sont les actions que le gouvernement compte entreprendre pour venir en aide à ces populations ?
Notons que le gouvernement n’a pas attendu l’aide alimentaire de la communauté internationale pour répondre aux besoins urgents de la communauté pastorale affectée par la sécheresse. Les ressorts de la solidarité active sont fonctionnés immédiatement et notamment après l’appel lancé par la Première dame. L’UNFD a aussitôt envoyé des stocks de denrées alimentaires et autres commodités de base à la population pastorale. Cet élan de solidarité a été relayé par une contribution volontaire des membres du gouvernement, des parlementaires, des agents de l’administration ainsi que des opérateurs du secteur privé.
Pour juguler à l’avenir ces sécheresses récurrentes, le gouvernement à travers le ministère de l’Agriculture a lancé un vaste chantier de mobilisation des ressources en eau souterraine et de surface, clé de la production agricole. Je peux déjà vous annoncer que nous avons mobilisé pour la première phase du démarrage trois millions d’euros sur financement de la Banque africaine de développement pour appuyer ce programme. Nous espérons ainsi éloigner progressivement à tout jamais nos populations rurales de la soif.
Par ailleurs dans le cadre de la mise en place d’un stock stratégique de sécurité alimentaire, des banques fourragères ont été créées autour des forages d’hydraulique pastorale. Il me sied de mentionner également le périmètre céréalier de 3000 ha octroyés par le gouvernement du Soudan et dont la première récolte vient juste d’être acheminée à Djibouti. Ce vaste chantier s’inscrit dans le cadre de la réduction de la dépendance alimentaire de Djibouti et de la fixation de la population rurale dans leurs terroirs.

Comme vous l’avez signalé précédemment vous avez reçu récemment Madame Alsoswa, qui participait au lancement du rapport national sur le développement humain. Pensez-vous en règle générale que les agences des UN présentes en République de Djibouti appuient suffisamment le gouvernement dans son développement et en quoi ce rapport a-t-il un intérêt pour le gouvernement ?
Tout d’abord je tiens à rappeler que nous entretenons des relations privilégiées avec le système des Nations-unies et en particulier avec le PNUD. La plupart de ces agences ont leur siège à Djibouti et nous travaillons en partenariat dans le cadre du développement économique et social de Djibouti.
Pour revenir sur ce rapport, il était ciblé cette année sur l’adéquation emploi-formation, thème qui occupe la priorité des priorités dans la politique du gouvernement. Il était nécessaire de réfléchir sur ce sujet central, alors que notre pays connaît une forte croissance économique et que les capacités humaines disponibles ne répondaient plus aux attentes des entreprises. Cette question devenait encore plus criante du fait du ballon d’oxygène crée par l’arrivée de ces opérateurs internationaux tant dans le domaine des transport que des banques, notamment par les opportunités d’emplois importantes que cela a engendré. Mais trop souvent ces nouveaux emplois demandent un minimum de qualifications. Nous ne pouvions plus accepter cette fatalité. Des mesures énergiques ont été prises, le gouvernement a donc mis l’accent sur la valorisation de nos ressources humaines notamment par la création de l’Agence nationale de l’emploi de la formation professionnelle dont la mission sera de s’attaquer d’une manière frontale à la manière d’assurer la meilleure intégration dans la vie active des personnes sans qualification ou des jeunes diplômés ne disposant pas d’expérience professionnelle.

Le Rapport sur national sur le développement humain sera à plus d’un titre d’une grande utilité, il a le mérite de poser clairement les lacunes de notre système formatif et ce au moment même où le gouvernement compte s’investir ou investir lourdement sur la formation professionnelle. Mais je tiens toutefois à rappeler que le gouvernement n’a pas attendu les conclusions de ce rapport pour commencer à repenser la formation professionnelle. A ce propos je suis heureux de vous annoncer l’ouverture dès septembre 2008 de l’Ecole hôtelière d’Arta. Vous constaterez que le gouvernement a pris ce sujet à bras le corps. Nous souhaitons apporter de manière diligente des réponses concrètes afin d’adapter l’outil formatif aux besoins du marché. Mais ce n’est qu’un début un débat inclusif doit débuter prochainement sous l’égide du ministère de l’Emploi réunissant le secteur privé, le secteur public, la société civile, les syndicats patronaux et salariaux. L’État régalien qui décide de tout n’a jamais été la bonne réponse. Le système formatif en devenir résultera des recommandations de l’ensemble des parties concernées.

Les dernières élections législatives ont porté à 13% le niveau de représentation des femmes à l’Assemblée nationale, ce taux démontre une avancée encourageante mais il reste très en deçà de la moyenne mondiale qui est de 30%. Pensez-vous poursuivre vos efforts dans le domaine de la promotion de la femme, et notamment dans une meilleure représentativité dans les postes à responsabilité ?
Je tiens à vous signaler qu’il n’y avait pas de femmes à l’Assemblée nationale en 1999. En janvier 2003 la proportion des femmes au Parlement est aussitôt passée à 10,8%. Lors du renouvellement de l’Assemblée nationale au début de cette année cette progression s’est poursuivie et vient d’atteindre le chiffre de 13%.
Par ailleurs pour manquer la volonté gouvernementale en matière de promotion de la femme, il mérite de signaler que le portefeuille de ministre déléguée chargée de la promotion de la femme a été relevé au rang de ministre à part entière. Pour le reste je crois qu’il faut laisser du temps au temps, je ne doute pas une seconde que ces chiffres vont encore évoluer positivement. Prenez en actes et jugez nous sur les faits, vous serez surpris de la volonté du chef de l’État et de l’ensemble du gouvernement à donner à la femme toute sa place dans la société.

Propos recueillis par Mahdi A.

 
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