Human Village - information autrement
 
En aparté avec… Tatsuo Arai
par Mahdi A., juillet 2017 (Human Village 30).
 

Priorité à la formation et à l’emploi ; le pays se lance donc un grand défi : enrayer le chômage, ou du moins le sous emploi. Le gouvernement a du pain sur la planche pour en venir à bout. Nous avons interrogé un des partenaires d’un projet pilote de contrat de travail aidé, porteur de grandes espérances : Tatsuo Arai, ambassadeur du Japon à Djibouti.
À quelques jours de l’arrivée du premier contingent des forces militaires chinoises sur les côtes djiboutiennes, nous n’avons pas pu nous empêcher de glisser une question subsidiaire sur le sujet…


Quelle est la particularité de ce projet sur l’emploi ?
L’idée est de soutenir la formation en entreprise pour promouvoir l’emploi des jeunes. C’est un partenariat parfait entre le public et le privé. Les étudiants ne disposent souvent que d’une connaissance théorique, ils leur manquent la pratique du monde des entreprises. C’est la raison d’être de ce programme : soutenir l’insertion professionnelle des jeunes diplômés en recherche d’emploi. Il s’inscrit dans les efforts constants que nous menons au côté du gouvernement djiboutien pour lutter contre le chômage à Djibouti. C’est la seconde année que nous menons cette expérience en partenariat avec le gouvernement. Je tiens à rappeler que les 140 jeunes insérés en entreprise l’an dernier ont été à 41% recrutés à la fin de leur stage. C’est très encourageant pour nous ! C’est un grand succès !
Cette année, pour améliorer le taux de recrutement à la suite de la période de stage, nous avons mis l’accent sur la sélection des candidats. Elle a été plus affinée si je puis dire, puisque cette fois-ci nous avons sélectionné les candidats sur la base des besoins des entreprises. C’est la raison pour laquelle nous sommes convaincus que les résultats seront meilleurs. Il faut savoir que c’est un projet enthousiasmant que nous expérimentons dans le cadre d’un projet pilote. La jeunesse djiboutienne est très active. Les jeunes veulent travailler et il faut les aider à réaliser leurs rêves. Nous voulons lutter auprès de nos amis djiboutiens contre le chômage et la pauvreté. Il faut savoir que le Japon a beaucoup d’expérience dans le développement humain. Dépourvus de ressources naturelles abondantes, nous n’avons pas eu d’autre choix que le développement de notre capital humain au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour rebâtir notre pays et créer de la richesse. Dans la période récente, nous avons su donner un essor à notre pays en s’appuyant essentiellement sur notre population. Nous voulons inviter votre pays à partager notre expérience en contribuant au financement de cette politique de l’emploi. A ce propos permettez-moi de souligner que nous sommes heureux de constater que le gouvernement djiboutien a depuis plusieurs années pris le taureau par les cornes et qu’il mène une politique axée sur l’adéquation emploi-formation.

Comment la population djiboutienne perçoit-elle selon vous la coopération japonaise ?
Nous avons une dizaine de jeunes japonais très bien intégrés dans les communautés sur l’ensemble du territoire. Ils habitent avec la population et travaillent avec elle. Ils sont très bien accueillis. Cela s’explique par le fait que nous souhaitons travailler à proximité de la population ; notre volonté est de mettre en place des projets qui profitent directement à la population djiboutienne. Dans le cadre de cette politique de coopération de proximité, nous appuyons les associations, les coopératives, comme à Tadjourah où entre autres nous avons financé un centre pour l’autonomisation des femmes. Y sont dispensées des formations, sous forme d’apprentissage, à la couture ou la fabrication de produits artisanaux. À Obock, un projet similaire a été développé, à travers notamment la réhabilitation d’un centre d’autonomisation que nous avons également pourvu en équipements. Mais ce n’est pas tout, nous ambitionnons aussi de transmettre notre expérience dans le domaine de la pêche, notamment en formant les jeunes à des méthodes durables de pêche et en équipant cette communauté de pêcheurs d’une vingtaine navires entièrement équipés.Un navire de pêche c’est quatre emplois directs, sans compter les emplois indirects. Nous menons ce projet en partenariat avec le PNUD, le ministère du travail et les autorités locales. C’est un projet concret.

Des jeunes volontaires japonais de la JICA sont installés à Dikhil pour appuyer au développement de l’agriculture.
A Djibouti nous travaillons sur trois axes. D’abord le développement social et économique du pays, avec les routes, l’eau, la géothermie. La formation et le développement des ressources humaines est aussi une de nos priorités, c’est ainsi que nous soutenons la construction d’infrastructures d’enseignements dans la capitale mais aussi dans les régions de l’intérieur. Enfin nous appuyons le centre de formation pour la sécurité maritime. Nous soutenons pour ce faire les gardes-côtes, auxquels nous avons fournis des navires. Ce corps bénéficie de formation continu dans le cadre de ce programme : elle se déroule au Japon, au Maroc ou en Malaisie.
Concernant le ferry, nous sommes heureux de voir que ce navire est utile, qu’il est très bien entretenu par les affaires maritimes, et qu’il soulage les populations du Nord. D’ailleurs nous sommes très disposés à en founir un deuxième au service de la population, toujours sous forme de don. Nous sommes conscients qu’il y un besoin, un souhait de la population de voir le nombre de liaisons renforcées, et nous souhaitons y répondre.

Pourquoi le niveau de l’aide bilatérale du Japan a t-il été considérablement revu à la baisse par rapport aux dernières années ? Et, que pouvez-vous nous dire sur le Ticad 6 ?
L’aide reste conséquente. Elle est de l’ordre de 18 à 20 millions de dollars depuis l’an passé. Cependant vous avez raison, elle a été un temps plus élevée et avoisinait 35 à 40 millions. Il faut comprendre que le montant de l’aide est fixé en fonction des projets proposés. Donc, on trouve d’abord des projets, puis ensuite les financements correspondants. Aussi il ne faut pas être surpris que d’une année à l’autre cela puisse évoluer…
Le dialogue avec les pays africains remonte à 1993. À cette époque personne ne s’intéresse à ce type de partenariat. Les Japonais ont été les premiers à avoir initié ce type de partenariat. Depuis, d’autres pays ont ressenti le besoin de développer ce type de dialogue. Au Kenya notre Premier ministre a annoncé plus d’investissements publics-privés pour le continent.

La présence des forces militaires chinoises à Djibouti pose-t-elle un problème au Japon ? Votre pays vient de signer un important accord de coopération avec l’Inde quelle est sa signification ?
La Chine participe à la lutte contre la piraterie et nous travaillons avec tous les pays pour sécuriser le trafic maritime.
Concernant les relations entre le Japon et l’Inde, elles sont excellentes. Nous considérons que pour que puisse s’accroître le développement humain, le progrès et les échanges commerciaux dans le monde, la stabilité et l’ouverture sont indispensables. Nous considérons que les océans doivent être libres et ouverts à la circulation des biens et des personnes : c’est d’ailleurs la raison de la présence de notre force d’autodéfense, pour la lutte contre la piraterie. Nous allons agrandir notre base militaire afin de renforcer nos capacités de lutte contre la piraterie et contribuer ainsi à la stabilité régionale. Pour rappel, nos forces ont été un temps présents au Sud Soudan sous mandat des Nations-unies pour participer à la pacification de ce nouvel État.

Dois-je comprendre que vous ne voyez pas le débarquement de l’armée chinoise au DMP d’un mauvais œil ?
On verra cela dans le temps, pour le moment on ne sait pas ce qu’ils veulent en faire. Seul le temps nous le dira !

Propos recueillis par Mahdi A.

 
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