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Présidentielle française 2017 : l’élection des extrêmes
par Mohamed M., mai 2017 (Human Village 30).
 

Dimanche 7 mai 2017, second tour de la présidentielle française. Comme prédit par tous les sondages (les plus exacts depuis le Brexit et l’arrivée de Donald Trump au pouvoir), Emmanuel Macron vient à bout de l’incroyable vitalité et combativité de Marine Le Pen et écrase dans l’œuf le fol espoir de la candidate du Front national, avec une large majorité de 66,06% des suffrages exprimés en sa faveur contre 33,94%.

Elections des premières
Pourtant rien ne prédestinait ce jeune novice en politique, nommé quelques trois ans auparavant au gouvernement après avoir occupé les fonctions de secrétaire général adjoint à l’Elysée, à briguer la magistrature suprême de la République française. Sans autre atout visible que sa jeunesse, 39 ans, et sa présence dans la commission Attali commanditée par Nicolas Sarkozy en 2008, et uniquement armé d’une formidable audace couplée à une inébranlable confiance dans ses capacités, il s’est lancé dans la périlleuse course à l’Elysée sans aucun parti constitué pour l’encadrer et l’appuyer dans sa folle entreprise, ni le soutien de ténors et autres hiérarques de la vie politique française.
Durant cette consultation électorale majeure, il réussi à fédérer, autour de son nom et sur une plateforme innovante, des personnalités politiques de premier plan des différents appareils partisans de gauche, du centre et de droite en pariant sur l’adhésion à un programme de réformes relativement osées et révolutionnaires.
Avec son mouvement baptisé En Marche !, il réussit au premier tour de l’élection à éliminer les grands partis « traditionnels » de la gauche et de la droite. Il ouvre ainsi la voie à une implosion du Parti socialiste et à la dislocation de Les Républicains dont un certain nombre d’élus souhaitent ensuite rejoindre son mouvement.

Contexte national, régional et international menaçants
Pourtant, sa candidature ne se présentait pas sous les meilleurs auspices. D’abord, un contexte mondial peu favorable, dominé par plusieurs guerres : en Syrie pour abattre le régime de Bachar Al Assad, en Irak et en Libye. Elles ont causé l’installation dans ces pays de différents mouvements terroristes islamistes (ISIS, Daech, Al Qaïda…), engendré des vagues d’émigration vers l’Europe sans précédents et motivé de nombreux actes terroristes, particulièrement meurtriers en France et plus généralement en Europe. La Turquie en proie à un autoritarisme grandissant, en voie d’islamisation rampante et de plus en plus en rupture et méfiante avec ses partenaires européens, brandit l’épée de Damoclès des migrants présents massivement sur son sol. Et de surcroit l’engagement militaire de la Russie, menaçante et absolument opposée aux interventions de l’Occident au Proche-Orient. Le tout est agrémenté d’un Brexit désastreux pour la stabilité et la crédibilité de l’Union européenne. Autant d’écueils qui ont entrainé une montée de l’islamophobie, ainsi que la peur et les craintes des migrants, favorisant l’émergence d’un climat indubitablement propice à l’essor de l’extrémisme de droite en Europe (France, Autriche et Pays Bas) et aux États-Unis avec l’avènement de Donald Trump, qui séduit des électorats toujours plus grands en capitalisant des taux de sympathie records.
Malgré ces circonstances peu favorables, Emmanuel Macron gagne contre toute attente avec une confortable avance, qui est moins le résultat d’une adhésion à ses idées et son programme qu’à un sursaut mou du front républicain et à la providentielle incurie et incompétence crasse du FN et de sa candidate. Sa formidable progression n’est due qu’à sa capacité à exploiter habilement la tentation xénophobe de son électorat traditionnel, à profiter des innombrables laissés pour compte des désastreux mandats de Sarkozy et Hollande et à séduire les franges les plus racistes et anti-européens des Français en flattant leurs « glandes suprématistes et souverainistes ».

Etonnante progression du FN à Djibouti
A contre-courant de la tendance du vote des français en Afrique, où Emmanuel Macron et Jean Luc Mélenchon ont battu Marine Le Pen à plates coutures, le Front national réalise un score inattendu à Djibouti. Alors que c’est un fief de la droite républicaine depuis des décennies, cette dernière n’obtient que la deuxieme place du podium derrière Marine Le Pen. Pourtant rien ne prédisposait la communauté française à Djibouti, essentiellement composée d’expatriés et de militaires, à opérer un tel glissement puisqu’elle bénéficie, jusqu’à preuve du contraire, d’une très grande bienveillance des autorités nationales et jouit d’un statut particulier issu de très anciens liens de proximité culturelle et d’une situation économique plus qu’appréciable. Les Djiboutiens ne constituent pas non plus une force migratoire invasive en France susceptible de contribuer au sentiment de rejet des immigrés. Par ailleurs, il est très peu probable que l’adhésion au programme de défense nationale du FN puisse justifier à lui seul une telle transformation dans les choix politiques opérés au cours de cette présidentielle, la plus incertaine depuis la création de la Cinquième République.
Qu’est-ce qui explique cette singularité électorale des Français de Djibouti par rapport à leurs compatriotes du reste du continent ? Qu’est-ce qui justifie le soudain revirement de cet électorat et son intérêt pour les sirènes et thèses racistes de l’extrême droite française ? Est-ce que « la misère intellectuelle des frontistes n’est pas moins pénible au soleil » comme le faisait remarquer l’éditorialiste Ali Barkat Siradj du quotidien national La Nation [1] ?
Avant de pouvoir avancer un quelconque diagnostic, cet étrange résultat qui a généré une très grande stupeur à Djibouti suscite de très nombreuses questions quant à sa signification, qui ne trouveront de réponses satisfaisantes qu’après une analyse approfondie des dynamiques internes à l’électorat français à Djibouti.
Mais il y a fort à parier que la vérité est à chercher ailleurs.

Mohamed M.


[1« Les idées frontistes sous le soleil de Djibouti », La Nation, 2 mai 2017, voir en ligne..

 
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