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Procréation médicalement assistée à Djibouti
par Mahdi A., avril 2016 (Human Village 26).
 

Beaucoup de couples qui veulent avoir un enfant pensent que c’est une formalité comme s’il suffisait de claquer des doigts, et qu’une relation sexuelle complète sans contraception égale automatiquement conception. Malheureusement les choses ne se passent toujours aussi aisément…

Il arrive trop souvent à beaucoup de personnes, après quelque mois d’essais infructueux, d’être gagnées par l’inquiétude ! Elles se demandent pourquoi cela ne marche pas pour elles. C’est une souffrance difficile à exprimer à Djibouti. Elle est profonde car elle touche à l’estime de soi. Elle gagne de nombreux couples et peut même provoquer des situations de crise, générer des réactions telles que l’anxiété, la dépression, l’isolement, des problèmes sexuels, des conflits conjugaux à n’en plus finir. Certains finissent même, en croyant ainsi résoudre l’infertilité de leur couple, par prendre une seconde épouse, voire une troisième dans certain cas, car la femme est souvent accusée à tort d’être la cause du problème. D’autres divorcent, ne concevant pas le couple sans progéniture in fine… Il est plus commode de penser que c’est la faute de l’autre, l’épouse.
Ces problèmes de santé restent délicats et touchent à notre pudeur, à notre virilité à nous les hommes. Forcément cela ne nous concerne pas, nous les hommes, particulièrement à Djibouti où beaucoup d’entre nous, ne se sentent pas concernés et refusent l’évidence… Nous refusons d’admettre l’idée que nous pourrions être infertile ou avoir des soucis de ce genre… Que faire pour surmonter cette crise, ce désir d’enfanter ?

Quelles sont les voies possibles, à Djibouti, pour les couples en difficulté qui veulent absolument enfanter et ne pas passer par l’adoption ?
Pour répondre à ces questionnements, nous avons rencontré Mahad Youssouf (c’est un pseudo la personne interviewée n’a pas souhaité que nous ne mentionnons son nom), qui a accepté de se livrer, de se confier, pour donner de l’espoir aux couples qui traversent les mêmes tourments… Il veut témoigner pour expliquer que les causes d’infertilité ne sont pas uniquement le fait des femmes !
Son couple s’est tourné vers la procréation médicalement assistée… Cela a marché pour eux. Comment s’y sont-ils pris, où sont-ils allés, puisque cette technique n’existe pas à Djibouti, quelles difficultés ont-ils rencontrés, est-ce onéreux ? Rencontre…

La femme, à l’origine du malheur du couple ?
« Marié depuis près de quatre ans avec mon épouse, il ne nous manquait qu’un bébé pour parfaire notre bonheur. Tu le sens, c’est pesant, la société a du mal à concevoir un couple sans enfant, on a l’impression qu’il y a presque un compte à rebours comme si c’était un peu la destinée du couple qui se jouait dans cette étape à franchir. On avait l’impression qu’aux yeux des autres, notre couple n’était pas considéré comme un vrai couple car nous n’avions pas d’enfant. J’étais effondré, découragé, mais surtout j’avais de la peine pour mon épouse. On avait foi en Dieu et on s’en remettait à lui d’ailleurs. N’empêche on désespérait d’avoir un enfant ! Le plus invraisemblable dans notre société c’est la femme qui est considérée comme responsable de cet échec à procréer. Elle serait à l’origine du malheur du couple. C’est un sentiment très partagé à Djibouti, cela vient sans doute du fait que la femme porte l’enfant… Il faut faire attention à ces préjugés, surtout lorsque l’on connaît notre addiction, à nous les hommes, aux drogues telles que les cigarettes et ou bien le khat. Evidemment c’est un cap pas évident à surmonter mais le plus important c’est de communiquer au sein de son couple et de ne pas avoir de tabou par rapport à cette souffrance. J’ai remarqué autour de moi que c’est le manque de discussion et de soutien qui fragilise les couples. Plus le temps passe et plus la pression de la société devient intenable. Il faut le dire ! Mon épouse était perturbée, je sentais bien que cela n’allait pas, pourtant je me suis toujours efforcé de la rassurer : il n’y a aucune honte à ne pas avoir d’enfant, ce n’est pas une obligation, et il vaudrait même mieux pour certains, lorsque je vois comme ils s’occupent des leurs, de ne pas en avoir que d’en faire juste pour faire plaisir à la société ou la famille… N’empêche, dans mon couple nous n’envisagions pas notre vie sans enfant. Nous adorons les enfants avec mon épouse. C’est pourquoi c’était très dur de voir autour de nous les enfants des amis ou de la famille. Vous ne pouvez pas imaginer la souffrance de voir vivre les familles autour de soi et d’en être privé. Au cours de la quatrième année, mon épouse a eu écho qu’un couple d’amis avait eu un enfant grâce à la procréation médicalement assistée (PMA). Cela avait marché pour eux, nous nous sommes dit pourquoi ne pas tenter l’expérience à notre tour. Mon épouse a contacté son amie d’enfance, qui lui a donné les coordonnées de la clinique à Dubaï. Nous avons pris toutes les informations utiles, contacté la clinique, pris rendez-vous avec le médecin, mis de l’argent de côté, etc. Entre notre décision et notre envol pour Dubaï il se sera écoulé six mois, le temps nécessaire pour nous organiser financièrement et nous libérer de nos engagements professionnels.

L’espoir renaît
On avait comme des ailes qui avaient poussé, comme une sorte de renaissance. Pour notre part avant de nous rendre à Dubaï, nous avons fait un petit crochet pour effectuer la « Oumra » afin de visiter la Maison sacrée de Dieu et effectuer la procession rituelle autour de la Ka’ba. Un hadith affirme qu’une prière accomplie dans la Mosquée sainte est meilleure que cent mille autres accomplies en dehors d’elle. Nous voulions mettre toutes les chances de notre côté et prier Dieu de nous exaucer. Nous étions plein d’espoir. Il faut dire que nous avons eu de la chance, nous sommes tombés sur un médecin formidable. Il était d’une patience infinie, il a réussi à nous réconforter et surtout à nous booster moralement pour y croire encore plus fort. Il nous a expliqué en long et en large en quoi consiste la fécondité in vitro (FIV) : qu’il allait reproduire en éprouvette ce qui se passe naturellement. Cette étape serait précédée par une phase de stimulation médicamenteuse, qui permettrait à mon épouse de stimuler artificiellement ses ovocytes, pour les féconder avec mes spermatozoïdes, puis enfin de transférer les embryons ainsi obtenus dans la cavité utérine afin qu’ils s’y accrochent. Nous étions déjà bien informés sur le sujet donc nous n’avons pas eu peur de passer par ces différentes épreuves car quoiqu’il arrive ce sera pour nous un bébé né de l’amour et par éprouvette. Nous avons entamé des batteries d’examens, c’était une grande aventure, avec des joies et des larmes, il faut le savoir. Personnellement mon test avec le spermogramme n’est pas catastrophique mais il décèle que mes spermatozoïdes sont franchement un peu faibles. Quand on est jeune et insouciant, on pense que c’est automatique et que ce genre de problème arrive uniquement aux autres… C’est autre chose, lorsqu’on vous annonce que le problème c’est vous, et on tombe de haut ! Le médecin me dit qu’il faudrait que j’arrête de fumer pour augmenter mes chances. Pour moi, il était clair que ce n’était pas possible d’arrêter de fumer. Je suis pris de panique, il le voit bien. C’est là qu’il me propose d’essayer alors ce qu’il nomme une FIV ICSI (Injection intracyplasmique de spermatozoïdes). Il m’explique que c’est une intervention semblable à la FIV, sauf qu’à travers ce mode opératoire il allait prendre en charge les défaillances morphologiques de mes spermatozoïdes, en ne sélectionnant soigneusement que les plus vigoureux, de faire une sorte de tri finalement, et ce sont les plus performants, m’indique t-il, qui seront injectés dans les ovocytes de mon épouse. Il nous restait un espoir et on a voulu s’y raccrocher. Pour autant, et je veux insister là-dessus, même si ce vœu ne s’était pas réalisé notre vie de couple n’aurait pas été gâchée, notre couple en serait sorti plus fort, et nous aurions adopté le cas échéant. Sur ce point nous étions sur la même longueur d’onde.

La délivrance
Dix-neuf ovocytes sont récoltés sur les trompes de mon épouse et sept sont fécondés. Trois embryons ont été implantés. Pour nous commence une longue attente, car il faut attendre quinze jours. Ce n’est qu’après ce délai qu’une prise de sang peut être réalisée qui confirme ou non, que ma femme est enceinte. Il est surtout important de ne pas y penser, il faut juste attendre, tâcher de tromper l’impatience ! Elle est finalement déclarée enceinte. Deux embryons sont bien accrochés… Ces embryons sont chargés de tellement d’espérance. Neuf mois plus tard, c’est la délivrance, puisque naissent nos jumeaux. Ils sont beaux, en pleine forme, et le fait de les voir, cela a effacé d’un coup toute notre douleur et notre souffrance après cinq années où on avait commencé à douter. Je me rappelle encore, je n’oublierai jamais ce moment. Mon épouse était submergée par les larmes, nous nous tenions par la main, ce sont des moments magiques, inoubliables. »

Il faut bien entendu comprendre que ce projet doit être porté par les deux personnes et être prêt à accepter l’évolution de la médecine ! C’est pour des familles en souffrance qui veulent construire une famille et sont terriblement frustrées. Mahad Youssouf et son épouse ont fait des émules, puisque dans la foulée de leur incroyable histoire plusieurs amis traversant les mêmes difficultés dans leurs couples ont tenté l’expérience… avec succès ! L’intervention n’est pas donnée, elle tourne autour de deux millions de nos francs, à cela s’ajoute les autres frais, notamment d’hébergement et de transport.

Une autre voie est possible, l’adoption ! Comment faire pour adopter à Djibouti ? La réponse à l’occasion d’un papier d’Amal O. sur le sujet la semaine prochaine…

 Mahdi A. 

 
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