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Les migrants, prêts à tout pour une « vie meilleure »
septembre 2013 (Human Village 21).
 

Certains des migrants rassemblés sur le quai d’Obock sont bloqués depuis plus d’un mois, sans argent pour continuer leur voyage ou rentrer chez eux.
Obock, des centaines de migrants suivent la route qui relie la capitale de Djibouti, Djibouti-Ville, à la ville côtière d’Obock : ils n’emportent guère plus qu’une bouteille d’eau et l’espoir de parvenir à une meilleure vie. Ils traversent une contrée aride parsemée de roches volcaniques qui abrite bien peu de vie ; à peine y rencontre t-on de temps à autre un éleveur et ses chèvres. Les températures tournent autour de 34 degrés centigrades en hiver et peuvent atteindre 52 degrés en été.
Ceci n’est qu’une étape du voyage qui, dans la plupart des cas, a débuté en Ethiopie ou en Somalie et qui, pour ceux qui ont de la chance, se terminera avec un emploi bien rémunéré en Arabie Saoudite.

Les migrants, surtout de jeunes hommes éthiopiens âgés de 18 à 30 ans, ont tendance à sous-estimer les risques d’un tel voyage. En septembre 2011, le gouvernement de Djibouti a fait savoir que quelque 60 cadavres de migrants éthiopiens avaient été découverts près du lac Assal, un lac salé situé à environ 120 kilomètres à l’ouest de Djibouti-Ville.
Nul ne sait s’ils sont morts d’avoir bu de l’eau contaminée ou bien de soif et d’épuisement après avoir été abandonnés par leurs passeurs, mais Bort Curley, responsable adjoint pour la protection auprès de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (le HCR) à Djibouti, a décrit leur sort comme « symbolique des dangers courus par ces personnes qui se lancent dans un voyage à travers l’une des régions les plus chaudes et les plus inhospitalières au monde. »
Jamal Yimar, maçon originaire d’Addis Abeba, la capitale de l’Ethiopie, n’a survécu à ce périple de huit jours jusqu’à Djibouti que pour se faire voler, alors qu’il était en route vers Obock, les 10 000 francs djiboutiens (57 dollars) réclamés par les passeurs pour assurer le passage au Yémen.
« Ici, c’est affreux pour tout le monde, » a t-il dit, devant la mosquée principale d’Obock, aux côtés d’une cinquantaine d’autres migrants éthiopiens qui dorment là la nuit. « Je suis obligé de mendier pour manger. »
M. Yimar a travaillé durant cinq mois pour économiser l’argent pour ce voyage, mais il reste optimiste quant à ses chances de remplacer l’argent volé et de passer au Yémen, un pays ravagé par des conflits internes, pour atteindre la frontière saoudienne.
« Après un certain temps, les problèmes au Yémen vont se résoudre. Regardez mes mains : Je suis capable de travailler dur et là-bas [en Arabie Saoudite], on est très bien payé »

Trop nombreux pour être mis en détention
Au lieu de décourager la migration, les troubles au Yémen ont peut-être encore facilité la tâche des passeurs, a indiqué M. Curley du HCR. Plus de 60 000 migrants sont arrivés dans ce pays entre janvier et août 2011, deux fois le chiffre des arrivées durant la même période en 2010. La proximité relative d’Obock de l’autre côté du golfe d’Aden en a fait un point de départ favori.
Dans cette ville portuaire assoupie qui compte quelque 8 000 habitants, des groupes de migrants, principalement des hommes et occasionnellement une femme, se distinguent facilement, quand ils se reposent à l’ombre de la mosquée, qu’ils lavent leurs vêtements au bord du quai ou se dirigent vers la vaste zone de maquis aux abords de la ville où dorment beaucoup d’entre eux.
Selon une enquête du Conseil danois pour les réfugiés (DRC) publiée en janvier 2011, d’autres migrants sont cachés chez les passeurs ou dans des zones isolées le long de la côte au nord de la ville.
Entre juillet et octobre de cette année, le Centre d’interventions face aux migrations de la banlieue d’Obock, géré par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en collaboration avec l’Association pour la réinsertion et le développement (ARDO), a enregistré 2 500 migrants. On considère qu’un nombre bien plus important a probablement évité le Centre où le personnel fournit de l’eau, une assistance et des conseils médicaux aux rares migrants désirant rentrer chez eux, mais n’offre ni nourriture ni abri pour la nuit.
Omar Fradda (ndlr, ancien préfet d’Obock), estime le nombre de migrants qui passent chaque année dans cette ville à 30 000. « Auparavant, nous leur donnions un petit déjeuner, un repas le midi et le soir, et payions le bateau pour les ramener à Djibouti-Ville [d’où ils étaient déportés], mais maintenant, ils sont devenus trop nombreux, » du gouvernement pour couvrir les coûts de détention, d’alimentation et de transport des migrants. « Comment pourrions-nous les arrêter ? » a demandé un policier. « Ils sont bien trop nombreux et leur nombre augmente chaque jour. »
Les migrants comme M. Yimar, qui se sont fait voler leur argent par des brigands ou par leurs propres passeurs, dépendent de la charité de la population locale pour obtenir à manger et occasionnellement être payés pour transporter les cargaisons des bateaux ; mais il y a des limites à ce que la population d’une petite ville peut donner à cette marée constante de migrants affamés.
« Avant, ils nous donnaient quelque chose, mais maintenant que nous sommes de plus en plus nombreux, ils ne donnent plus, » a dit Melese Fantay, originaire de la région éthiopienne d’Amhara. Il dort dehors près de la mosquée depuis 40 jours et a dû mendier pour manger, après que le passeur à qui il avait donné ses derniers 1 350 birr éthiopiens (78 dollars) pour l’amener au Yémen a disparu avec l’argent.
L’afflux [de migrants] a aussi mis à rude épreuve les ressources de l’hôpital d’Obock, où le docteur Ibrahim Hassan estime que 10 des 40 patients qu’il voit chaque jour en ambulatoire sont des migrants, qui souffrent principalement d’affections provoquées par leur pénible voyage, telles que malnutrition, paludisme et blessures aux pieds.
Problème plus inquiétant, depuis juin, une centaine de migrants ont été admis à l’hôpital, surtout pour des cas de choléra. « Ils attrapent cela en buvant de l’eau contaminée, » a dit le docteur Hassan.
« Quelquefois, ils s’évanouissent en cours de route et une ambulance va les chercher pour les amener ici. »


La mort au point de départ
De nombreux migrants font une partie du voyage vers Obock en voiture ou en camion, mais Osman Keno, un étudiant éthiopien de 21 ans en génie électrique, originaire de la région d’Oromia, a fait tout le voyage à pied, en voyageant avec un groupe de 32 personnes rencontrées en cours de route.
Il a raconté que souvent ils ne trouvaient pas d’eau pendant plusieurs jours et quand il en trouvaient, ils remplissaient autant de récipients qu’ils pouvaient porter. De la bouillie qu’on appelle « besso », à base de farine d’orge, d’eau et de sucre, était leur seule nourriture. Les parents de M. Keno ne savaient pas où il se trouvait avant qu’il ne leur téléphone de Djibouti-Ville pour leur demander de lui envoyer de l’argent. Ses compagnons de route et lui-même avaient versé chacun 2 000 birr (116 dollars) à un passeur pour qu’il les mène au Yémen, mais ils n’avaient aucune idée du moment où ils partiraient.
Tandis qu’ils sont en train de parler à IRIN sur le terrain broussailleux où ils attendent depuis trois jours, un habitant local portant un bâton s’approche et les migrants, dont le groupe comprend deux femmes somaliennes, se dirigent vers lui à la hâte.
L’homme les met en rangs, les compte plusieurs fois avec son bâton puis les divise en deux groupes. Des sacs de pain et des bouteilles d’eau sont distribués. Il semble que le départ soit imminent et qu’ils seront bientôt transférés vers l’une des zones côtières isolées qui s’étendent au nord d’Obock.
« C’est quand ils sont là qu’ils n’ont aucun accès à la nourriture et à l’eau salubre et aucune protection contre le soleil, » indique le rapport du Conseil danois pour les réfugiés. Les migrants doivent souvent attendre entre trois et cinq jours des conditions favorables pour traverser la mer vers le Yémen.
« Au cours de la dernière année, des cas de décès au point de départ ont été rapportés par de nouveaux arrivants. Beaucoup de migrants nouvellement arrivés au Yémen doivent être traités pour déshydratation sévère ou diarrhée aiguë et certains arrivent très malades, pour avoir bu de l’eau de mer, » indiquent les auteurs du rapport.
Un autre risque considérable est de mourir en mer : le bateau peut chavirer par mauvais temps, les gens meurent par suffocation ou les passeurs forcent les migrants à sauter de bateaux surchargés. Certains des migrants utilisent le temps qu’ils passent à Obock pour apprendre à nager.
« Je n’ai pas peur, » dit M. Keno. « Mes parents veulent que je rentre, mais je ne veux pas rentrer. Jamais. »

ks/he-og/amz

 
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