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Abou Mazen plaide la cause palestinienne à Djibouti
par Mahdi A., janvier 2016 (Human Village 26).
 


Le président de l’Autorité palestinienne a effectué une importante visite de travail de 48 heures à Djibouti, au cours de laquelle il a eu l’occasion de prononcer un discours solennel, le jeudi 28 janvier, au Parlement devant l’ensemble de la représentation nationale réunie pour l’occasion, mais également le gouvernement et les chefs des missions diplomatiques présentes en République de Djibouti.
L’intervention de Mahamoud Abbas était d’autant plus attendue qu’elle s’est déroulée deux jours après la déclaration très remarquée du secrétaire général des Nations unies, du 26 janvier 2016, dans laquelle Ban Ki-Moon estime que la colère de la jeunesse palestinienne a pour origine « le poids d’un demi-siècle d’occupation et de paralysie du processus de paix ». Il a ajouté qu’« il est dans la nature humaine de résister à l’occupation, qui est souvent un moteur puissant de la haine et de l’extrémisme. Des soi-disant faits sur le terrain en Cisjordanie occupée sont en train de sérieusement saper la viabilité d’un État palestinien et la capacité des Palestiniens à vivre dans la dignité. […] Des progrès sur la voie de la paix passent par le gel des activités de colonisation israéliennes ». M. Ban a souligné que ces activités constituent un affront pour le peuple palestinien et la communauté internationale ; elles soulèvent des questions fondamentales sur l’engagement d’Israël en faveur de la solution à deux États. Il s’est dit, « troublé » de l’approbation par le gouvernement israélien de 150 nouvelles unités dans des colonies de peuplement illégales en Cisjordanie occupée. Il a condamné d’autres actions israéliennes provocatrices, notamment l’appropriation d’hectares de terres au sud de Jéricho, qui ne font qu’aggraver les tensions et saper une perspective de solution politique.
Le secrétaire général a également condamné les démolitions de maisons appartenant à des Palestiniens dans la zone C en Cisjordanie et les projets israéliens de transfert par la force de communautés bédouines. « Dans le même temps, la situation humanitaire à Gaza demeure périlleuse », a-t-il fait remarquer, en expliquant que les conditions ne s’étaient pas améliorées de manière significative depuis la fin des hostilités. Le secrétaire général a noté que rien ne pourra être accompli à Gaza sans le soutien des donateurs et la concrétisation des promesses de dons formulées lors de la conférence du Caire, ainsi que sans le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza. « Je continue de penser que les conditions à Gaza posent une grave menace à la paix et à la sécurité dans la région ».
Cette sortie d’un secrétaire général des Nations unies contre Israël est tellement rare qu’il était important de la souligner. Il est juste regrettable de constater qu’il aura fallu attendre la fin prochaine du deuxième mandat de M. Ban Ki-Moon pour que ce dernier puisse dire tout haut certaines vérités sur « l’enfant gâté du Proche-Orient ».

Le discours d’un peu plus d’une vingtaine de minutes de Mahamoud Abbas – âgé de 81 ans et dont le mandat a expiré il y a six ans du fait de l’impossibilité d’organiser des élections législatives et présidentielles sur l’ensemble du territoire - était précédé de celui du président de l’Assemblée nationale, Mohamed Ali Houmed, qui a rappelé dans une vibrante allocution et sur un ton très ému, combien la cause palestinienne était au cœur des préoccupations du peuple djiboutien. Il a en outre accusé Israël de commettre en territoire occupé des actes qui visent à modifier la démographie et la géographie des frontières du futur État palestinien. Mohamed Ali Houmed a condamné très fermement les implantations de colonies de peuplement et la judaïsation de Jérusalem, et a demandé à la communauté internationale de tout faire pour mettre fin au drame quotidien des attaques perpétrées contre les Palestiniens par les Israéliens et à agir contre ce pays qui se croit au dessus des lois. Il a estimé qu’il ne fallait pas laisser les acquis des accords d’Oslo partir en fumée du simple fait du refus d’Israël de négocier. Cette partie de son discours à été chaudement applaudie.

Abou Mazen a commencé son intervention en remerciant la population djiboutienne pour son soutien sans faille à la cause palestinienne. Il a également tenu à saluer les avancées économiques et la politique de développement menée au pas de charge par le chef de l’Etat, Ismaïl Omar Guelleh. En outre il a tenu à rappeler sa fierté de pouvoir procéder ce jour à l’inauguration de la nouvelle ambassade de Palestine à Djibouti. Enfin il a espéré qu’un jour prochain la République de Djibouti pourra inaugurer sa représentation diplomatique en terre sainte, à Jérusalem. Dans le second volet de son discours Mahamoud Abbas a su toucher son auditoire, notamment lorsqu’il a évoqué le nouveau soulèvement qui se déroule depuis le début du mois d’octobre dernier dans les territoires palestiniens. Il a expliqué que cette réaction des jeunes résultait de l’oppression et de la discrimination qu’ils subissent depuis leur plus jeune âge. « Ces jours ci, les territoires palestiniens sont en état d’effervescence et même d’ébullition, et à cause de la désespérance et la perte de repère pour les jeunes qui voient leur horizon s’assombrir avec la poursuite de la politique de colonisation et d’agression contre les symboles sacrés de l’islam et du christianisme à Jérusalem, et surtout la sainte mosquée d’Al Aqsa ».
Cela serait le début d’une troisième intifada, conduite par une nouvelle génération qui se soulève à son tour. Ces jeunes qui mènent des attaques au poignard n’obéissent à personne, ne répondent pas aux appels au calme des dirigeants palestiniens, ils sont hors de contrôle. Ils se révoltent car ils n’ont tout simplement rien n’a perdre, ils n’ont pas de situation professionnelle à préserver, de famille à nourrir ou bien de carrière à construire.
« Je voudrais réaffirmer du haut de cette noble tribune, notre attachement à une paix juste qui se fonde sur le droit et les résolutions internationales […]. Je redis également notre ferme décision de ne pas retourner à la table des négociations pour le plaisir de mener des négociations stériles, et nous n’allons pas nous en tenir à des résolutions internationales qu’Israël ne respecte pas. […] L’État israélien est engagé dans des manœuvres insidieuses qui ne visent qu’à nous faire perdre du temps pendant qu’il poursuit son œuvre d’occupation des terres de l’État de Palestine, le vol de nos territoires, et le blocage de nos voies de communication naturelles avec les pays limitrophes. Ainsi, Israël compte imposer à notre peuple la privation suprême de ne pouvoir aspirer à une vie décente dans une Palestine libre et souveraine qui exerce ses pleins droits sur les terres de ses aïeux ».
Il fait le constat – que la communauté internationale feint d’ignorer – que la négociation avec Israël est au point mort et ne conduit nulle part depuis la dernière médiation américaine en avril 2014 sous les auspices du secrétaire américain Kerry. Aucune négociation n’est en cours, aucun préparatif de pourparlers ne se dessine. Cette situation est d’autant plus dramatique que chaque jour qui passe sans un règlement durable entre Israël et la Palestine, explique-t-il, écarte un peu plus la possibilité même de l’existence d’un État de Palestine viable, tant la colonisation à marche forcée des territoires occupés ampute son futur territoire. Il fait valoir que ces manœuvres dilatoires israélienne ont comme objectif de rendre impossible une solution à deux États, et que c’est la raison pour laquelle l’actuel gouvernement israélien multiplie les implantations en territoire palestinien. Pour Abou Mazen, les dirigeants israéliens ne cherchent pas à préserver un quelconque statu quo territorial dans l’attente des résultats d’une négociation. Au contraire, ils modifient par la force ce statu quo pour décourager par avance toute tentative de négociation. Aussi, dans un « coup de tonnerre » le président palestinien menace de ne plus respecter les accords avec Israël si l’État hébreu continue de ne pas les respecter, notamment en poursuivant sa politique de colonisation en Cisjordanie. Cela serait un moyen efficace pour contraindre Israël à assumer ses responsabilités comme puissance occupante, en démantelant l’Autorité palestinienne, puisque sa création a permis à Israël de sous-traiter de manière efficace l’occupation. Israël serait alors contraint de prendre totalement en charge les affaires civiles de la population des territoires occupés… Cette possibilité a été évoquée de nombreuses fois par le passé par le président de l’autorité palestinienne, mais jamais appliqué. Pourtant elle permettrait d’acter définitivement la mort du processus de paix, l’échec de la stratégie de négociation en vue de la création d’un État palestinien. Les accords d’Oslo ont été signés le 13 septembre 1993, ils auraient du aboutir en cinq ans à la création d’un État palestinien. Deux décennies plus tard il n’y a toujours pas d’État, la colonisation se poursuit à grande échelle, Gaza est devenue une prison à ciel ouvert… Ces accords d’Oslo avaient été présentés comme une étape importante dans le règlement entre Israël et la Palestine, qui devait déboucher sur la coexistence « de deux États ». Force est de constater qu’il n’en est rien. L’emprise israélienne sur les territoires occupés est énorme. La répression à Gaza est d’une violence inouïe, et rien ne semble indiquer que ces tendances pourraient être inversées. C’est la raison pour laquelle Abou Mazen demande à la communauté internationale « d’assurer une protection à notre peuple car Israël est la force d’occupation qui nous écrase et qui est la source de nos épreuves ».

« L’occupation doit s’achever », puisque soixante-neuf ans après le vote de la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations-unies en 1947, la Palestine n’existe toujours pas. Pourtant elle prévoyait la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe le « 1er octobre 1948 au plus tard » ! Ce constat est celui de l’échec des négociations bilatérales sous médiation américaine et du processus acté en 1993 par les accords d’Oslo. L’argument selon lequel la reconnaissance internationale d’un État palestinien devrait suivre l’obtention d’un accord avec Israël, n’est plus valable, il mène dans une impasse. Ne pas reconnaître la Palestine comme un État, c’est accepter « que cette région ne pourra jamais vivre dans la paix et la sécurité tant que notre peuple en sera privé. La guerre commence en Palestine et s’achève en Palestine », a déclaré le président de l’autorité palestinienne. Il fait valoir que la Palestine est au cœur du tumulte au Proche-Orient et que donc elle contribue à augmenter les crispations dans la région, puisque les groupes terroristes instrumentalisent la question palestinienne pour la poursuite de leurs macabres desseins et pour recruter des combattants. Aussi, pour désamorcer les tensions actuelles au Proche-Orient, indique t-il, il est urgent de sortir des discussions bilatérales entre Israélien et Palestiniens qui n’ont aucune chance d’aboutir si l’on souhaite réellement trouver une réponse juste et durable à la question palestinienne qui est la clé de la pacification du Proche-Orient.

Mahdi A. photos de Hani Khiyari

 
Commentaires
Abou Mazen plaide la cause palestinienne à Djibouti
Le 2 février 2016, par mohamed Hassan .

Excellent article mais une très bonne lecture à nos lecteurs.

 
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