Depuis son accession à l’indépendance il y a 65 ans, la Somalie n’a pas reconnu l’État d’Israël et a toujours été un fervent défenseur de la cause palestinienne. La reconnaissance entre États relève d’un calcul politique et dépend des intérêts nationaux de chacun. Israël, largement considéré comme un État paria, mène une politique prédatrice dans laquelle s’inscrit sa nouvelle initiative.
Cette nouvelle géopolitique de la région aligne Israël sur les Émirats arabes unis et l’Éthiopie, tandis que la Somalie s’inscrit dans le consortium de la mer Rouge dirigé par l’Arabie saoudite. La Turquie et le Qatar, connus pour leurs mauvaises relations avec Israël, se posent en bienfaiteurs de la Somalie. La Turquie a signé un traité multiforme avec la Somalie, dont une clause protège la souveraineté de l’espace aérien, maritime et terrestre de la Somalie. L’Égypte, peu réputée pour son soutien significatif à ses alliés, est amie de la Somalie. Quel que soit le soutien qu’elle lui apportera, on peut penser qu’il sera minime, voire inexistant.
Israël pourrait être suivi par l’Éthiopie. Le défunt Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, avait déclaré qu’il ne serait pas le premier, mais le deuxième à reconnaître le Somaliland. Le Premier ministre Abiy, qui a déjà tenté un protocole d’accord de 2024, sera-t-il le prochain ? L’avenir nous le dira, mais il est dans l’intérêt de la stabilité régionale que l’Éthiopie ne suive pas la voie empruntée par Israël.
On peut penser que les Émirats arabes unis, proches d’Israël et l’un des architectes des accords d’Abraham, suivront la voie ouverte. Sans que cela soit certain, Netanyahu a probablement eu une consultation préliminaire avec les États-Unis à ce sujet et on ne sait pas si l’administration Trump respectera la souveraineté de la Somalie qu’ils ont reconnue en 1960.
Quelles sont les options qui s’offrent à Mogadiscio ? Il est difficile de dire que la première chose que HSM doit faire est de réunir les dirigeants somaliens pour une consultation et une action plus unificatrice, alors que les Émirats arabes unis et d’autres puissances sont en train de détruire la Somalie. Mogadiscio devrait faire appel à ses soutiens : l’UA, l’ONU et la Ligue arabe. Ironiquement, de nombreux membres de la Ligue arabe sont également signataires des accords d’Abraham, une question épineuse que Natenhahu a certainement l’intention d’aborder à Washington pour obtenir le soutien de sa démarche concernant le Somaliland. De son côté, le Somaliland redoublera d’efforts pour obtenir le soutien d’un plus grand nombre de pays, tant en Afrique qu’ailleurs.
Israël a toujours mené une politique prédatrice en Afrique. Par exemple, il a reconnu de facto et généreusement approvisionné en armes les Ibos du Biafra dans les années 1960. Il était engagé dans une coopération poussée avec le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud. Il est également impliqué dans la crise au Soudan. On peut donc affirmer sans risque que son action envers la Somalie est conforme à sa politique prédatrice indigne.
Israël est plus fort que dans les années 1960 et son action pourrait avoir un impact négatif sur la Somalie. Quant à l’Éthiopie, si elle décidait de suivre l’initiative d’Israël, un port situé dans une région instable pourra-t-il offrir lui un accès fiable à la mer. Une région en paix profite à l’Éthiopie, à son économie et sa population en pleine croissance.
La reconnaissance du Somaliland pose un défi majeur à l’Union africaine. Personne ne peut revenir sur la décision d’Israël, la question est de savoir qui suivra son exemple. Hargeisa est plus optimiste aujourd’hui qu’il y a un an et semble avoir réussi à faire connaître sa cause. En revanche, il a perdu le SSC-Khatumo, désormais rebaptisé État régional du Nord-Ouest de la Somalie. Israël peut être un atout pour le Somaliland. Il peut lui apporter son expertise dans le domaine de l’agriculture en zone aride, mais il ne peut pas apporter une reconnaissance mondiale et le retour de l’État régional du Nord-Ouest.
En conclusion, nous observerons attentivement le comportement du dirigeant du Puntland, qui a récemment flirté avec l’idée d’une sécession. La décision de l’Éthiopie est aussi importante que celle d’Israël. Les Émirats arabes unis peuvent briser ou réparer la Somalie. Pendant ce temps, les Somaliens se tournent vers la Turquie, l’Égypte et l’Arabie saoudite.
Enfin, la péninsule somalienne a connu de nombreuses partitions : en 1928, un traité quadripartie anglo-franco-italo-éthiopien ; en 1948 le transfert du Hawd à l’Éthiopie [1] ; en 1990, l’État a sombré entre les mains d’une classe moyenne prédatrice. La même chose pourrait se produire en 2026, à moins que les dirigeants somaliens de tous les secteurs ne s’unissent pour se préparer à tous les scénarios.
Faisal Abdi Roble, urbaniste californien, membre de l’Heritage Institute de Mogadiscio
Texte publié en anglais sur X le 26 décembre. Traduction Human Village avec DeepL.
[1] Note de la rédaction : nous n’avons pas trouvé trace d’un traité quadripartite en 1928 concernant la Somalie. Il existe un traité tripartite divisant l’Éthiopie en zones d’influence en 1906, et un accord italo-éthiopien en 1928 sur la route d’Assab. Les frontières de la Somalie sont définies par : un traité italo-éthiopien de 1908, qui laisse l’Ogaden en Éthiopie et n’a pas été suivi d’une délimitation ; un traité italo-britannique sur le Juba transfére une partie du Kenya à la Somalia en 1924 ; un accord fixe la frontière entre le Somaliland et la Côte française des Somalis en 1933. La remise de l’Ogaden à l’Éthiopie s’effectue en 1948, celle du Hawd (partie de la Reserved Area) en 1954, en application des traités anglo-éthiopiens de 1942 et 1944.