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Djibouti révèle son potentiel touristique

par Mahdi A., novembre 2025 (Human Village 55).
 

Le premier Salon du tourisme de Djibouti s’est tenu samedi 22 novembre dans une atmosphère de dynamisme et d’espoir, révélant un secteur en pleine structuration et porteur de grandes ambitions nationales. Pour la première fois, les acteurs publics, les opérateurs touristiques, les responsables institutionnels, les partenaires internationaux et les visiteurs ont été réunis autour d’une vision commune : faire du tourisme l’un des moteurs essentiels de la diversification économique et du rayonnement du pays.

Osman Abdi

À travers les interventions du directeur du Tourisme, de l’ambassadeur de France, des professionnels du secteur et d’acteurs engagés dans l’écotourisme et la formation, ce salon s’est imposé comme un moment fondateur pour l’avenir du tourisme djiboutien.

Un salon qui révèle l’ampleur du potentiel touristique de Djibouti
Pour le directeur de l’Office national du tourisme de Djibouti, Osman Abdi Mohamed, ce salon représente une étape clé. Il a rappelé que l’objectif principal de cette initiative est de promouvoir le tourisme local, de présenter les offres existantes et de permettre aux visiteurs – qu’ils soient nationaux, expatriés ou étrangers – de découvrir la formidable diversité des activités touristiques disponibles dans le pays.
Il insiste sur la richesse des paysages naturels, encore largement intacts, et sur l’importance de mettre en avant les produits touristiques locaux et les services de qualité du pays, mais aussi les défis à surmonter, notamment en matière de coûts et de structuration. Conscient de ces enjeux, le gouvernement a classé le tourisme parmi les secteurs prioritaires de la diversification économique.
Il a aussi remercié l’ambassade de France pour son appui logistique et institutionnel, et a souligné que ce rendez-vous devrait devenir annuel afin de consolider la synergie entre les différents opérateurs et de renforcer la visibilité de la destination.
« Notre territoire est certes petit, mais il y a beaucoup de paysages naturels diversifiés. Donc notre objectif c’est de protéger ces sites. Nous travaillons avec tous les partenaires, que ce soit les associations, les ministères concernés comme celui l’environnement, pour la préservation et la valorisation de ces sites exceptionnels », a-t-il expliqué.

Dada Faiz

Une vitrine du savoir-faire local : gastronomie, écotourisme et innovation
Ce salon a aussi permis de valoriser des secteurs indirectement liés au tourisme, comme l’artisanat, la culture et la gastronomie, grâce à des espaces de dégustation présentant des plats djiboutiens traditionnels.
Parmi les participants, Dada Faiz, directeur du Djibouti Institute of Hospitality and Management, a offert une présentation remarquée. Son institut, spécialisé dans les métiers de la cuisine et de la restauration, a contribué à mettre en avant la richesse culinaire du pays.
Les visiteurs ont pu découvrir des spécialités telles que les bagiyas, les samboussas, le riz isku karis, ou encore la sauce à l’aubergine. Ces démonstrations culinaires ont été chaleureusement accueillies et ont permis de montrer à quel point la gastronomie djiboutienne constitue un atout culturel et touristique majeur.
Dada Faiz souligne que le tourisme culinaire complète parfaitement le tourisme naturel et historique, permettant aux étrangers de découvrir Djibouti sous un angle authentique et chaleureux. Il invite d’ailleurs les curieux à participer aux ateliers organisés par son institut, ouverts à toutes les personnes souhaitant approfondir cette découverte gastronomique.

Neem Farm : un modèle d’écotourisme et d’agroforesterie

Manar Houssein

Une autre participante, Manar Houssein, représentait The Neem Farm, un projet agro-forestier situé à As Eyla. Ce projet entend restaurer des sols arides grâce à l’arbre de neem, qui favorise la biodiversité et offre un cadre naturel exceptionnel pour l’écotourisme.
La ferme dispose de suites et d’un gîte permettant d’accueillir des visiteurs dans un cadre paisible. La restauration, entièrement bio et réalisée à partir de produits cultivés sur place, renforce l’engagement de la ferme dans une démarche durable.
Manar Houssein rappelle qu’il s’agit d’un projet associatif à but non lucratif, où les revenus sont intégralement réinjectés dans la préservation des terres et le développement local.
« Nous proposons des activités écotouristiques, des visites des sites millénaires, ainsi que la découverte de sites archéologiques. Nous organisons également des excursions vers le lac Abbé et l’observation de la faune locale, comme le phacochère, les flamands roses... La Neem Farm est une expérience unique à visiter. C’est un très beau site, riche en découvertes. »

Un modèle basé sur un tourisme durable et respectueux des sites naturels
L’ensemble des intervenants s’accordent sur la nécessité de préserver les sites naturels de Djibouti. Le directeur du Tourisme insiste sur l’importance de protéger l’intégrité des paysages, tout en impliquant les associations et les ministères concernés dans une démarche coordonnée.
L’objectif n’est pas de viser un tourisme de masse, mais plutôt un tourisme durable, respectueux de l’environnement et des communautés locales. Cette orientation s’inscrit dans une vision à long terme où la qualité prime sur la quantité, afin de préserver les richesses naturelles du pays pour les générations futures.
Djibouti accueille aujourd’hui un peu moins de 100 000 visiteurs par an, la stratégie nationale annonce un objectif ambitieux : atteindre 500 000 touristes entre 2025 et 2035. Cette ambition repose sur plusieurs investissements structurants, notamment des infrastructures hôtelières, dont la capacité a quadruplé en quelques années, ainsi que sur la réalisation de projets touristiques majeurs comme les complexes de Moucha ou de Ras Siyyan. Ces projets, portés par des investisseurs éthiopiens et chinois, devraient contribuer de manière significative à l’essor du secteur.
Le futur aéroport international, également en préparation, constituera un atout stratégique majeur, en facilitant la connectivité du pays et en renforçant son attractivité régionale et internationale.

Jérôme Bresson

La France, partenaire stratégique pour structurer et professionnaliser le secteur
L’ambassadeur de France, Jérôme Bresson, a salué l’organisation du salon et souligné le potentiel touristique exceptionnel de Djibouti. Il rappelle que le tourisme mondial est en croissance constante et que Djibouti pourrait capter une part bien plus importante de ce marché. Pour cela, il estime indispensable de promouvoir activement la destination à l’international, de renforcer la qualité des infrastructures, de multiplier les hôtels et restaurants, de développer la formation professionnelle et d’améliorer l’expérience des visiteurs.
La France, première destination touristique mondiale, souhaite accompagner Djibouti dans cette dynamique en partageant son expertise et en participant activement aux futures éditions du salon, avec l’objectif d’y attirer davantage d’acteurs internationaux.
« Pour développer le tourisme, à mon sens, il faut promouvoir la destination Djibouti, parler de Djibouti à l’international, expliquer qu’il y a des choses merveilleuses à voir pour que les tours opérateurs et les touristes décident de venir de s’y rendre plutôt que d’aller dans un autre pays. Donc, il faut investir dans la communication, pour promouvoir la destination. La deuxième chose, c’est avoir une offre touristique plus développée en augmentant le nombre d’hôtels, y compris le nombre de restaurants, avoir encore plus de guides, développer aussi la formation dans le secteur touristique.
Ça, ce sont des choses qui se travaillent avec l’Agence nationale du tourisme à long terme, et je crois que c’est aussi indispensable pour être en capacité de bien accueillir les touristes. Une chose que je veux dire, c’est que la France est le premier pays touristique du monde avec plus de cent millions de touristes par an, et donc on a un certain savoir-faire dans le domaine, et donc on est heureux de pouvoir apporter notre soutien à l’Agence nationale du tourisme de Djibouti. Il y a un partenariat entre la France et Djibouti sur ce secteur prioritaire de votre gouvernement. D’ailleurs, le premier partenariat, c’est ce premier salon et, il y en aura certainement beaucoup d’autres. Avec l’Agence nationale du tourisme de Djibouti, je pense que l’année prochaine, on essaiera de faire venir encore plus d’acteurs, des tours opérateurs, des compagnies aériennes, des voyagistes, pour encore mieux parler de Djibouti et faire venir des touristes. »

Mohamed Guireh

Des professionnels engagés pour valoriser la destination Djibouti
Mohamed Guireh Galab, directeur de Trip2Djib, a présenté une approche résolument tournée vers la coopération régionale. Son agence, membre du réseau IGAD regroupant douze tour-opérateurs, propose des circuits couvrant plusieurs pays, y compris Djibouti, l’Éthiopie et le Somaliland. Grâce à ses partenariats, notamment avec un réseau de 1 100 tour-opérateurs à Addis-Abeba, il souhaite attirer une partie des 77 millions de passagers qui transitent chaque année par l’aéroport de Bole. Si seulement 1 % d’entre eux choisissaient Djibouti comme extension de séjour, cela représenterait déjà 100 000 visiteurs supplémentaires.
Mohamed Guireh évoque également les défis liés au coût élevé des infrastructures touristiques, nécessaires pour garantir un service de qualité. Il appelle à un soutien plus concret de l’État afin de permettre au secteur de franchir un véritable cap.

Un plaidoyer pour l’écotourisme et la préservation du littoral
Salah Mahamoud Omar, inspecteur d’État et auteur, estime que le tourisme pourrait devenir un des secteurs les plus importants pour l’économie nationale. Selon lui, Djibouti pourrait facilement attirer des centaines de milliers de visiteurs, notamment parmi les touristes de la région, à condition de mieux protéger les côtes, d’encadrer les constructions en bord de mer et de valoriser davantage le patrimoine naturel. Il plaide pour un accueil plus chaleureux, une meilleure sensibilisation des professionnels et une volonté collective de faire des visiteurs les meilleurs ambassadeurs du pays.

Aman Mohamed

Enfin, le géographe Aman Mohamed Aman a présenté le site de Godoria, une mangrove exceptionnelle regroupant les quatre espèces présentes à Djibouti, ce qui en fait un lieu rare et précieux. Avec ses 275 hectares et ses longs canaux navigables, le site offre une expérience apaisante, idéale pour ceux qui souhaitent s’évader de la capitale. Il regrette toutefois que ces sites soient encore difficilement accessibles pour une partie de la population locale et appelle à davantage d’investissements pour les rendre plus inclusifs.

Un nouvel élan pour le tourisme à Djibouti ?
Ce premier Salon du tourisme marque le début d’une transformation profonde du secteur. Porté par une vision claire, des projets solides, des partenariats internationaux et l’engagement passionné des professionnels, Djibouti pose les bases d’un modèle touristique durable, ambitieux et ancré dans la valorisation de ses richesses naturelles et culturelles.
À travers ce rendez-vous, le pays affirme son intention de devenir une destination incontournable de la région, capable d’attirer un nombre croissant de visiteurs tout en préservant son identité et son environnement.

Mahdi A.

 
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