À Djibouti, l’État ne gouverne plus, mais meuble avec aplomb et mensonge. Le président Ismaïl Omar Guelleh a échoué sur tous les plans. Vingt six ans de pouvoir pour quels résultats ? Une jeunesse marginalisée, un chômage massif, des services publics en ruine, une santé fragile, une éducation brisée, et aucune vision nationale pour faire face aux défis du climat, de la migration ou de l’avenir économique du pays.
Dans ce vide, ce sont les organisations internationales qui prennent le relais en définissant, finançant, pilotant et mettant en œuvre les politiques censées pourtant être celles de l’État, pendant que ce dernier se contente d’assister en spectateur, voire de parasiter parfois les efforts.
Aujourd’hui, ce sont l’ONU, l’Union européenne, la Banque mondiale et tant d’autres qui comblent la faillite étatique sur l’insertion des jeunes et de leur place dans notre société, la création d’emplois, l’accès aux soins, l’éducation, l’environnement, la formation civique et même les valeurs démocratiques. Ce sont elles qui consultent, qui écoutent, qui investissent, qui forment, qui accompagnent. Pendant ce temps, le pouvoir fait du sur place, préoccupé avant tout par sa survie politique et la reproduction de ses réseaux clientélistes.
Et le pire dans tout cela ? Le président, ses ministres et responsables locaux, qui n’ont rien conçu, rien financé, rien organisé, comme c’est le cas du Forum panafricain sur la jeunesse, n’hésitent pas à récupérer, sans complexe, ces actions comme si elles étaient les leurs, paradent devant les caméras, prononcent des discours creux, déconnectés, sans lien réel avec le contenu des programmes. Ils s’attribuent des résultats auxquels ils n’ont jamais contribué. C’est le règne du mensonge en costume-cravate, pendant que la vraie gouvernance se fait désormais ailleurs et par des acteurs extérieurs.
On peut dire qu’heureusement, ces organisations existent, car sans elles, l’abandon serait absolu. Mais on ne peut pas se satisfaire de cette situation, car un pays ne peut pas vivre éternellement sous assistance technique et sous perfusion financière pendant que ceux qui devraient gouverner s’accrochent à leurs privilèges en recyclant l’inaction.
La présidence actuelle est tout simplement une coquille de vide avec un État, là aussi, en mort cérébrale.
Alexis Mohamed, ancien conseiller auprès du président de la République.