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Nouvelle ligne de chemin de fer entre Djibouti et l’Éthiopie
 

Les derniers rails du tronçon Nagad-Galileh ont été officiellement inaugurés le 11 juin par le président Ismail Omar Guelleh en présence d’une forte délégation éthiopienne conduite par le ministre des Transports, M. Workeneh Gebeyehu. Côté djiboutien, l’appareil d’État, les officiels et les invités étaient plutôt en nombre. Le président de la République, les ministres djiboutien et éthiopien des Transports ainsi que le directeur général de la Société djiboutienne des chemins de fer, ont tour à tour exalté ce précieux outil pour le développement du commerce transfrontalier et l’accélération de l’intégration régionale.

Les voix officielles
Les relations entre l’Éthiopie et Djibouti et les intérêts économiques partagés représentent des enjeux cruciaux qui passent obligatoirement par l’intégration régionale. C’est ce qu’a affirmé le président de la République dans son discours en faisant longuement l’éloge de la dynamique de croissance et d’expansion entre les deux côtés d’une frontière qui se dissipe jour après jour au profit du commerce transfrontalier et d’échanges de plus en plus soutenus. Intervenu un peu plus tôt, le ministre djiboutien des Transports, Moussa Ahmed Hassan, a dans un premier temps souligné le caractère historique de cet évènement qui « intervient près d’un siècle après l’inauguration de la première ligne ferroviaire reliant Djibouti à Addis Abeba ». Il a indiqué que la ligne relie d’abord l’Éthiopie et Djibouti, mais s’étendra ensuite aux pays d’Afrique centrale et de l’ouest. Le ministre a ensuite fait un survol des relations historiques entre les deux pays, marquées par la construction de la première ligne de chemin de fer achevée en 1917, avant d’évoquer les projets en cours, dont cette ligne Djibouti-Addis et celle prévue pour relier Tadjourah à Mekele au nord de l’Ethiopie via Assayta. Le ministre des Transports a indiqué que ces voies de communication, une fois achevées, contribueront considérablement non seulement au développement économique et commercial des deux pays, mais également à l’ensemble des pays de la Corne et de l’Afrique centrale. Même son de cloche de son homologue éthiopien, Workeneh Gebeyehu, qui a largement encensé « ce train [qui] était [et restera] un cordon ombilical entre Djibouti et l’Éthiopie ». Il a également souligné le partenariat privilégié et les relations anciennes entre les peuples djiboutien et éthiopien qui ont en partage une histoire, une culture et des valeurs dont les destinées sont liées à tout jamais. « L’Éthiopie tient fermement à la pérennité de ces relations et veillera à cette communauté de destin », a-t-il lancé avec vigueur.


Vers une nouvelle dimension
Mis en œuvre par la CCECC (China Civil Engineering Construction Company), le chantier de la nouvelle ligne de chemin de fer avance à grande vitesse. Dans son sillage, les voies de communication modernes mises en chantier projetteront Djibouti et l’Éthiopie vers une nouvelle dimension d’intégration dont les desseins économiques dépassent, de loin, les besoins des deux pays. Pour relier les deux capitales, Djibouti et Addis-Abeba, la ligne cheminera sur un parcours de 756 km dont 100 km en territoire djiboutien. A l’inverse des vieilles locomotives, lentes avec leurs moteurs diesel, ce nouveau train d’une forme aérodynamique sera propulsé par un moteur électrique. Utilisant un écartement de voie standard de 1,435 m, sa vitesse moyenne en mode voyageur sera de 120 km/h, tandis que les trains de marchandises auront une vitesse moyenne de 80 km/h. Le financement global de ce projet de chemin de fer est de 1,4 milliards de dollar US. Les maitres d’œuvre du projet sont, côté djiboutien, la Société djiboutienne des chemins de fer et, côté éthiopien, l’Ethiopian Railways Corporation.
Le président Ismail Omar Guelleh et les nombreux officiels ont marqué cette cérémonie d’inauguration par un mini-voyage à l’intérieur d’une rame luxueuse qui a fait plusieurs kilomètres avant de revenir sur ses pas.
Cette ligne de chemin de fer qui reliera en 2016 les deux pays devrait accélérer les échanges entre les deux voisins dont l’économie est en pleine croissance. Plus généralement, l’ambition de Djibouti et de l’Éthiopie est de faire renaître la vieille ligne de chemin de fer construite il y a un siècle. Longue de plus de 700 km entre les deux capitales, elle était quasiment à l’arrêt depuis plusieurs années. Une longue période d’hibernation dont le transport de marchandises a lourdement pâtit.
Le commerce transfrontalier de biens et de marchandises de toute sorte se faisait jusque là par une route montagneuse et surchargée, et durait plus de quarante-huit heures en moyenne. Avec la mise en service prochaine du train électrique, c’est le grand voisin éthiopien qui trouve un débouché crucial pour son économie, l’une des plus performantes du continent avec 10% de croissance en 2014. Cet accès rapide à la mer, qui permettra de relier Addis-Abeba au port de Djibouti en sept heures seulement, donnera une nouvelle envergure aux échanges entre les deux pays et au-delà. Pour notre pays, il s’agit de renforcer sa position stratégique sur le golfe d’Aden et de concrétiser le vieux rêve de devenir la porte d’entrée de l’Afrique de l’Est, en particulier pour les importations asiatiques. D’ailleurs, il ne serait pas grotesque de penser que c’est le prolongement d’une ambition chinoise qui s’exprime aussi à travers ce projet. La China Civil Engineering Construction Corporation mène les travaux et la banque d’import-export Exim Bank les finance à hauteur de quatre milliards de dollars. Tout est dit !
Plus révélateurs encore, ces centaines d’ouvriers chinois qui travaillent d’arrache pied, sur le tronçon Nagad-port de Doraleh à l’intérieur de la capitale pour finaliser, dans les délais, la construction du bras de rail destiné à relier la gare ferroviaire au nouveau terminal dédié aux porte-conteneurs venus d’Asie.

Opérationnelle dès 2016, la voie Djibouti - Addis-Abeba devrait acheminer plus de 3 500 tonnes de marchandises en provenance du port de Djibouti et accélérer le transport des marchandises, activité fondamentale pour notre pays qui accueille 90% des importations éthiopiennes. Mais tout ne s’arrête pas là, l’ambition continentale de Djibouti et de ses partenaires éthiopiens et chinois prévoit la mise en œuvre d’un projet à terme d’un réseau de près de 5 000 km de rails, divisés en huit corridors reliant le Kenya, le Sud-Soudan et le Soudan à Djibouti.
Djibouti aurait-elle trouvé les moyens et les ressorts pour marcher sur les eaux de son ambition démesurée ?

Mohamed Ahmed Saleh

 
Commentaires
Nouvelle ligne de chemin de fer entre Djibouti et l’Éthiopie
Le 24 septembre 2015, par Gerard Lafage.

Bonjour
Votre article sur la nouvelle ligne ferroviaire Djibouti Addis Abeba est très exhaustif.
En plus de desenclaver l’Éthiopie et développer le port de Djibouti, cette ligne est de nature à Dire développer le tourisme dans les deux pays.
Je suis féru de l’ancienne et mythique ligne ferroviaire dont j’ai pu découvrir quelques tronçons et gares subsistants lors d’un voyage en Éthiopie fin 2014. Nous avons d’ailleurs séjourné chez la fille de madame Keke au buffet d’Awash.
Nous envisageons de retourner en Éthiopie fin 2016 ou en 2017 et comptons utiliser la ligne pour terminer notre séjour à Djibouti, avec une escale à Dire Dawa pour rejoindre la mythique Harrar qui nous a envoutés.
Avez-vous connaissance de la date de mise en service ? Quelles sont les loisirs à Djibouti, et est-il possible de faire de la plongée sous-marine ?
Cordiales salutations,
Gérard Lafage

 
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